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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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jeudi 8 juin 28 (26 siwan)
- Marie-Madeleine dans sa pose de convertie 89 - Un amant mystérieux pour la fille de Philippe 90 - Les fiançailles de l'âme avec Dieu 91 - Jésus ne pardonne jamais à moitié 91 - Les rencontres de la Madeleine avec Jésus 92 - Magdala remué par la présence de Marie-Madeleine 93 - Jésus s'arrête à la maison de l'autre fois 93 - Discours (La drachme perdue : La joie des retrouvailles) 94 |
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89> La barque louvoie le long de la côte de
Capharnaüm à Magdala. Marie de Magdala se trouve pour la première fois dans
sa pose habituelle de convertie : assise sur le fond de la barque aux
pieds de Jésus qui, de son côté, est assis austère sur une des banquettes de
la barque. Le visage de Marie-Magdeleine est très
différent de celui d'hier. Ce n'est pas encore le visage radieux de Marie-Magdeleine qui court à la rencontre de Jésus chaque
fois qu'il va à Béthanie, mais c'est déjà un visage débarrassé des craintes
et des tourments, et son œil, qui d'abord était humilié autant qu'auparavant
il était effronté, maintenant est sérieux et plein d'assurance et dans son
sérieux plein de dignité brille de temps à autre une étincelle de joie quand
elle entend Jésus qui parle avec les apôtres ou avec sa Mère et Marthe. Ils parlent de la
bonté de Porphyrée si simple et si aimante, ils parlent de l'accueil
affectueux de Salomé et des femmes de la famille de Barthélemy et de
Philippe, et ce dernier dit : "S'il n'y avait pas cette raison
qu'elles sont encore bien jeunes et que la mère ne veut pas les savoir sur
les routes, elles aussi te suivraient, Maître." 90> "Leur âme me
suit, et c'est également un saint amour. Philippe, écoute-moi. Ta fille aînée
est sur le point d'être fiancée, n'est-ce pas ?" "Oui, Maître,
c'est un digne fiancé et ce sera un bon époux. N'est-ce pas,
Barthélemy ?" "C'est vrai.
J'en suis garant car je connais la famille. Je n'ai pas pu accepter d'être
celui qui propose l'affaire mais, si je n'avais pas été retenu auprès du
Maître, je l'aurais fait avec l'assurance paisible de créer une famille
sainte." "Mais la jeune
fille m'a prié de te dire de n'en rien faire." "Le fiancé ne
lui plaît pas ? Elle est dans l'erreur, mais la jeunesse est folle.
J'espère qu'elle se laissera convaincre. Il n'y a pas de raison de repousser un
excellent époux. A moins que... Non, ce n'est pas possible !" dit
Philippe. "A moins
que ? Achève, Philippe" dit Jésus pour l'encourager. "A moins qu'elle
n'en aime un autre. Mais ce n'est pas possible ! Elle ne sort jamais de la
maison, et à la maison elle a une vie très retirée. Ce n'est pas
possible !" "Philippe, il y
a des amants qui pénètrent même dans les maisons les plus fermées; qui savent
parler, malgré toutes les barrières et toutes les surveillances, à celles
qu'ils aiment; qui abattent tous les obstacles de veuvage, ou de jeunesse
bien gardée, ou... encore d'autre sorte, et qui prennent celles qu'ils
veulent. Et il y a aussi des amants qu'on ne peut refuser parce qu'ils sont
irrésistibles dans leur volonté, parce qu'ils sont séduisants pour vaincre
toute résistance, fut-ce celle du démon. C'est l'un d'eux qu'aime ta fille,
et le plus puissant." "Mais qui ?
Quelqu'un de la cour d'Hérode ?" "Ce n'est pas
une puissance !" "Quelqu'un.
..que1qu'un de la maison du Proconsul, un patricien romain ? Je ne le
permettrai à aucun prix. Le sang pur d'Israël n'aura pas de contact avec un
sang impur. Je tuerais plutôt ma fille. Ne souris pas, Maître ! Je
souffre !" "Parce que tu es
comme un cheval ombrageux. Tu vois des ombres où il n'y a que de la lumière.
Mais sois tranquille. N'est-ce pas aussi un serviteur, le Proconsul, ne
sont-ce pas des serviteurs ses amis patriciens, et n'est-ce pas un serviteur,
César?" "Mais tu
plaisantes, Maître ! Tu as voulu me faire peur. Il n'y a personne de
plus grand que César et de plus maître que lui." "Il y a Moi,
Philippe." 91> "Toi ? Tu veux épouser ma
fille ?!" "Non. Son âme.
Je suis l'amant qui pénètre dans les maisons les mieux fermées et dans les
cœurs les mieux verrouillés par sept et sept clefs. Je suis Celui qui sait
parler malgré toutes les barrières et les surveillances. Je suis Celui qui
abat tous les obstacles et prend ce qu'il veut prendre : les purs et les
pécheurs, les vierges et les veuves, ceux que le vice n'enchaîne pas et ceux
qui en sont esclaves. Et à tous je donne une âme unique et nouvelle,
régénérée, rendue heureuse, éternellement jeune. Mes fiançailles. Et personne
ne peut refuser de me donner mes douces proies : Ni le père, ni la mère,
ni les enfants, et même pas Satan, que je parle à l'âme d'une fillette comme
ta fille, ou d'un pécheur plongé dans le péché et tenu par Satan avec sept
chaînes, l'âme vient à Moi. Et rien ni personne ne me l'arrache plus. Et
aucune richesse, puissance, joie du monde, ne communique la joie parfaite qui
est celle de ceux qui s'unissent à ma Pauvreté, à ma Mortification. Dépourvus
de tout pauvre bien, revêtus de tous les biens célestes. Joyeux de la
sérénité d'appartenir à Dieu, seulement à Dieu... Ce sont eux les maîtres de
la terre et du Ciel. De la première parce qu'ils la dominent, du second parce
qu'ils le conquièrent." "Mais, dans
notre Loi, cela n'a jamais existé !" s'exclame Barthélemy. "Dépouille-toi
du vieil homme, Nathanaël. Quand je t'ai vu pour la première fois, je t'ai
salué en t'appelant parfait israélite, sans fraude. Mais maintenant tu
appartiens .au Christ, et pas à Israël. Sois au Christ sans fraude ni
réticence. Revêts-toi de cette nouvelle mentalité; autrement tu ne pourras
comprendre tant de beautés de la Rédemption que je suis venu apporter à
l'humanité toute entière." Philippe intervient
en disant : "Et ma fille, tu dis qu'elle a été appelée par
Toi ? Et que fera-t-elle maintenant ? Moi, je ne te la dis- pute
pas, mais je voudrais savoir, ne serait-ce que pour l'aider, "À amener les
lys consacrés par un amour virginal dans le jardin du Christ. Il y en aura
tant dans les siècles à venir !... Tant !... Parterres parfumés par
l'encens pour contrebalancer les sentines des vices. Âmes de prière pour
contrebalancer les blasphémateurs et les athées. Aide à toutes les infortunes
humaines, et joie de Dieu." Marie de Magdala
ouvre les lèvres pour poser une question et elle le fait en rougissant
encore, mais avec plus d'aisance que les autres jours : "Et nous,
les ruines que tu relèves, que devenons-nous ?" 92> "Ce que sont vos sœurs vierges..." "Oh ! Ce
n'est pas possible ! Nous avons foulé trop de boue et... et... et ce
n'est pas possible." "Marie,
Marie ! Jésus ne pardonne jamais à moitié. Je t'ai dit que je t'ai
pardonnée. Et il en est ainsi. Toi, et tous ceux qui péchèrent comme toi et
que mon amour pardonne et épouse, vous parfumerez, vous prierez, vous aimerez,
vous réconforterez. Rendues conscientes du mal et capables de le soigner où
il est, âmes qui, aux yeux de Dieu, sont des martyres. Elles Lui sont donc
chères comme les vierges." "Martyres ?
En quoi, Maître ?" "Contre
vous-mêmes et les souvenirs du passé et par soif d'amour et
d'expiation." "Dois-je le
croire ? ..." Marie-Magdeleine regarde
tous ceux qui sont dans la barque, cherchant une confirmation pour
l'espérance qui s'allume en elle. "Demande-le à
Simon. Je parlais de toi, et de vous pécheurs en général, un soir éclairé par
les étoiles, dans ton jardin. Et tous tes frères peuvent te dire si ma parole
n'a pas chanté pour tous les rachetés les prodiges de la Miséricorde et de la
conversion."[1] "Il m'en a parlé
aussi l'enfant, de sa voix angélique. Je suis revenue, l'âme rafraîchie de sa
leçon. Il m'a donné la connaissance de Toi, mieux encore que ma sœur, si bien
qu'aujourd'hui je me sens plus courageuse pour affronter Magdala. Maintenant
que tu m'as dit cela, je sens grandir ma force. J'ai scandalisé le monde
mais, je te le jure, mon Seigneur, maintenant le monde, en me regardant,
arrivera à comprendre ce qu'est ton pouvoir." Jésus lui met un
instant la main sur la tête, alors que Marie Très Sainte lui fait un sourire
comme elle sait le faire: un sourire de paradis. Voici Magdala qui
s'étend au bord du lac, avec le soleil qui se lève en face et la montagne d'Arbèle qui la protège des vents par derrière, et
l'étroite vallée aux pentes abruptes et sauvages d'où débouche dans le lac un
petit torrent qui se dirige vers l'occident avec ses bords abrupts, pleins
d'une beauté fascinante et sévère. "Maître"
crie Jean de l'autre barque, "voici la vallée de notre retraite..."
[2] et son
visage resplendit comme si un soleil s'était allumé au dedans de lui. "Notre vallée,
oui. Je l'ai bien reconnue." "On ne peut pas
ne pas se souvenir des lieux où l'on a connu Dieu" répond Jean. 93> "Alors moi, je
me rappellerai toujours ce lac parce que c'est sur lui que je t'ai connu.
Sais-tu, Marthe, que c'est ici que j'ai vu le Maître, un matin ?
..." [3] "Oui, et pour un
peu, nous allions tous à fond, nous et vous. Femme, crois bien que tes
rameurs ne valaient pas grand-chose" dit Pierre, en faisant la manœuvre
d'abordage. "Nous ne valions
rien, ni les rameurs ni ceux qui étaient avec eux. ..Mais il reste que cela a
été la première rencontre et cela a une grande valeur. Et puis, je t'ai vu
sur la montagne, et puis à Magdala, et puis à Capharnaüm... Autant de
rencontres, autant de chaînes brisées... Mais Capharnaüm a été l'endroit Je
plus beau. C'est là que tu m'as délivrée..." Ils descendent à terre,
alors que ceux de l'autre barque sont déjà descendus. Ils entrent dans la
ville. La simple curiosité
ou... une curiosité qui n'est pas simple de la part des habitants de Magdala
doit être une torture pour Marie-Magdeleine, mais
elle la supporte héroïquement en suivant le Maître qui est devant au milieu
de tous ses apôtres, alors que les trois femmes sont en arrière. Le
chuchotement est fort. L'ironie ne manque pas. Tous ceux qui à l'époque où
Marie était la maîtresse influente de Magdala et qui la respectaient par
crainte de représailles, maintenant qu'ils la voient et la savent séparée de
ses amis puissants, humble et chaste, se permettent de lui témoigner aussi du
mépris et de lui lancer des épithètes peu flatteuses. Marthe, qui en
souffre autant qu'elle, lui demande: "Veux-tu rentrer à la
maison ?" "Non, je ne
quitte pas le Maître. Et Lui, avant que la maison ne soit purifiée de toute
trace du passé, je ne l'invite pas à entrer." "Mais tu
souffres, ma sœur !" "Je l'ai
mérité." Et on voit qu'elle souffre. La sueur qui perle sur son visage,
la rougeur qui se répand jusqu'au cou ne sont pas dues uniquement à la
chaleur. Ils traversent toute
la ville de Magdala en se rendant dans les quartiers pauvres, jusqu'à la
maison où ils se sont arrêtés l'autre fois [4]. La
femme reste stupéfaite quand, levant la tête au-dessus du lavoir pour voir
qui la salue, elle se trouve en face de Jésus et la bien connue dame de
Magdala qui n'est plus vêtue luxueusement, plus couverte de bijoux, mais qui
a la tête couverte d'un voile de lin léger, vêtue de bleu pervenche, un habit
montant, étroit, qui n'est certainement pas le sien, bien que l'on ait essayé
de le mettre à ses mesures, enveloppée dans un lourd manteau qui doit être un
supplice par cette chaleur. 94> "Me permets-tu
de m'arrêter dans ta maison et de parler à ceux qui me suivent ?"
C'est-à-dire à tout Magdala car toute la population a suivi le groupe
apostolique. "Et tu me le
demandes, Seigneur ? Mais ma maison est à Toi." Et elle s'empresse
d'apporter des sièges et des bancs pour les femmes et les apôtres. En passant
près de Marie-Magdeleine, elle s'incline comme une
esclave. "Paix à toi, ma
sœur" répond celle-ci. Et la surprise de la femme est telle qu'elle
laisse tomber le petit banc qu'elle a entre les mains. Mais elle ne dit rien.
Son acte, pourtant, me fait penser que Marie traitait plutôt avec hauteur les
gens qui dépendaient d'elle. Et l'étonnement de la femme grandit quand elle
s'entend demander comment vont les enfants, où ils sont, si la pêche a été
bonne. "Ils vont bien
Ils sont à l'école ou chez ma mère. Seul le petit dernier dort dans son
berceau. La pêche est bonne. Mon mari te portera la dîme..." "Non, il ne
faut plus. Garde-la pour tes enfants, me permets-tu de voir le
petit ?" "Viens."...
Les gens affluent dans la rue. Jésus commence à parler: 95> La femme, pleine de
joie, la prit, la lava, l'essuya. Elle était plus belle qu'auparavant,
maintenant. Et elle la montra aux voisines appelées de nouveau à grands cris,
celles qui s'étaient retirées après les premières recherches, en leur
disant : "Voilà ! Vous voyez ? Vous m'avez conseillée de
ne pas me fatiguer davantage, mais j'ai persisté et j'ai retrouvé la drachme
perdue. Réjouissez-vous donc avec moi qui n'ai pas eu la douleur de perdre un
seul de mes trésors". Votre Maître aussi, et avec Lui ses apôtres, fait
comme la femme de la parabole. Il sait qu'un mouvement peut faire tomber un
trésor. Toute âme est un trésor et Satan, qui hait Dieu, provoque les mauvais
mouvements pour faire tomber les pauvres âmes. Il y en a qui dans la chute
s'arrêtent près de la bourse, c'est-à-dire vont à peu de distance de la Loi
de Dieu qui garde les âmes sous la protection des commandements. Et il y en a
qui vont plus loin, c'est-à-dire s'éloignent davantage encore de Dieu et de
sa Loi. Il y en a enfin qui roulent jusque dans les balayures, les ordures,
la boue. Et là elles finiraient par périr et être brûlées dans les feux
éternels, comme les immondices que l'on brûle dans des endroits spéciaux. Le Maître le sait et
il cherche inlassablement les pièces perdues. Il les cherche partout, avec
amour. Ce sont ses trésors, et il ne se fatigue pas, ni ne se laisse dégoûter
par rien. Mais il fouille, il fouille, remue, balaie, jusqu'à ce qu'il
trouve. Et lorsqu'il a trouvé, il lave par son pardon l'âme retrouvée, et il
appelle ses amis : le Paradis tout entier et tous les bons de la terre,
et dit : "Réjouissez- vous avec Moi, parce que j'ai trouvé ce qui
s'était égaré et c'est plus beau qu'auparavant car mon pardon en a fait
quelque chose de nouveau". En vérité je vous dis
qu'il y a grande fête au Ciel et que les anges de Dieu et les bons de la
terre se réjouissent pour un pécheur qui se convertit. En vérité je vous dis
qu'il n'y a rien de plus beau que les larmes du repentir. En vérité je vous
dis que seuls les démons ne savent pas, ne peuvent pas se réjouir pour cette
conversion qui est un triomphe de Dieu. Et je vous dis aussi que la manière
dont un homme accueille la conversion d'un pécheur donne la mesure de sa
bonté et de son union à Dieu. La paix soit avec
vous." |
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Les gens comprennent
l'instruction et regardent Marie-Magdeleine venue
s'asseoir à la porte avec le petit bébé dans les bras, peut-être pour se donner
une contenance. Les gens s'éloignent lentement et il ne reste que la
maîtresse de la petite maison et sa mère, arrivée avec les enfants. Il manque
Benjamin, encore à l'école. |
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