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249> La
salle du Sanhédrin, pareille pour la disposition et pour les personnes à ce
qu’elle était, dans la nuit du jeudi au vendredi, pendant le procès de Jésus.
Le Grand Prêtre et les autres sont sur leurs sièges. Au centre, dans l’espace
vide, devant le Grand Prêtre, où était Jésus durant le procès, il y a
maintenant Étienne. Il doit déjà avoir
parlé pour confesser sa foi et apporter son témoignage
sur la vraie Nature du Christ et sur l’Église, car le tumulte est à son
comble et dans sa violence il est en tout semblable à celui qui s’agitait
contre le Christ dans la nuit fatale de la trahison et du déicide.
Coups de poing, malédictions, blasphèmes horribles sont lancés contre le
diacre Étienne qui, sous les coups brutaux, vacille et chancelle alors que
férocement ils le tirent çà et là.
Mais lui garde son calme et sa dignité et même plus encore, Il est non
seulement calme et digne, mais même bienheureux, presque en extase. Sans se
soucier des crachats qui coulent sur son visage, ni du sang qui descend de
son nez brutalement frappé, il lève à un certain moment son visage inspiré et
son regard lumineux et souriant pour regarder fixement une vision connue de
lui seul. 250>
Ensuite il ouvre ses bras en croix et les lève comme pour embrasser ce qu’il
voit. Après cela il tombe à genoux en s’écriant : "Voici que je vois les
Cieux ouverts et le Fils de l’Homme, Jésus, le Christ de Dieu, que vous avez
tué, qui siège à la droite de Dieu."
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Alors le tumulte perd le minimum d’humanité et de légalité qu’il gardait
encore, et avec la furie d’une meute de loups, de chacals, de fauves enragés,
tous s’élancent sur le diacre, le mordent, le piétinent, le saisissent, le
relèvent en le soulevant par les cheveux, le traînent, le faisant tomber de
nouveau, la furie s’opposant à la furie, car dans la rixe ceux qui cherchent
à entraîner le martyr dehors sont contrariés par ceux qui le tirent dans une
autre direction pour le frapper, le piétiner de nouveau.
Parmi les furieux des plus furieux il y a un jeune homme de petite taille et
laid, qu’on appelle Saul. Il est impossible de décrire
la férocité de son visage.
Dans un coin de la salle se tient Gamaliel. Il
n’a jamais pris part à la bagarre, ni jamais adressé la parole à Étienne, ni
à aucun puissant. Son dégoût devant la scène injuste et féroce est bien
visible. Dans un autre coin, dégoûté et étranger au procès et à la mêlée, se
trouve Nicodème, qui regarde Gamaliel dont le visage a une expression plus
claire que toute parole. Mais tout à coup, et précisément quand il voit que
pour la troisième fois on soulève Étienne par les cheveux, Gamaliel
s’enveloppe dans son ample manteau et il se dirige vers une sortie opposée à
celle vers laquelle on traîne le diacre.
Son action n’échappe pas à Saul qui crie : "Rabbi, tu t’en vas ?"
Gamaliel ne répond pas. Saul qui craint que Gamaliel n’ait pas compris que la
question s’adressait à lui, répète et précise : "Rabbi Gamaliel, tu te
détournes de ce jugement ?"
Gamaliel se tourne tout d’une pièce et, avec un regard terrible tellement il
est dégoûté, hautain et glacial, il répond seulement : "Oui." Mais
c’est un “oui” qui a plus de portée qu’un long discours.
Saul comprend tout ce qu’il y a dans ce “oui” et, abandonnant la meute
féroce, il court vers Gamaliel, le rejoint, l’arrête et lui dit : "Tu ne
voudrais pas me dire, ô rabbi, que tu désapprouves notre condamnation."
Gamaliel ne le regarde pas et ne lui répond pas. Saul poursuit : "Cet
homme est doublement coupable pour avoir renié la Loi en suivant un
samaritain possédé par Belzébuth, et pour l’avoir fait après avoir été ton
disciple."
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251> Gamaliel continue à ne pas le
regarder et à se taire. Saul, alors, demande : "Mais serais-tu
peut-être, toi aussi, un partisan de ce malfaiteur appelé Jésus
?"
Gamaliel parle maintenant et dit : "Je ne le suis pas encore. Mais
si Lui était ce qu’il disait, et en vérité beaucoup de choses tendent à
prouver qu’il l’était, je prie Dieu de le devenir."
"Horreur !" crie Saul.
"Aucune horreur. Chacun a une intelligence pour s’en servir et une
liberté pour l’appliquer. Que chacun s’en serve donc d’après la liberté que
Dieu a donnée à tout homme et la lumière qu’il a mise dans le cœur de chacun.
Les justes, maintenant ou plus tard, emploieront ces deux dons de Dieu pour
le Bien, et les mauvais pour le Mal." Et il s’en va en se dirigeant vers
la cour où se trouve le trésor et il va s’appuyer contre la même colonne
contre laquelle Jésus avait parlé de la pauvre veuve qui donne au Trésor du
Temple tout ce qu’elle a : deux piécettes. Il est là depuis peu de temps
quand Saul le rejoint de nouveau et se plante devant lui.
Il y a entre les deux un très grand contraste. Gamaliel grand, à l’aspect
noble, beau, aux traits fortement sémitiques, un front haut, des yeux très
noirs, intelligents, pénétrants, longs et très enfoncés sous les sourcils
épais et droits, aux côtés d’un nez droit, long et fin qui rappelle un peu
celui de Jésus. La couleur de la peau, aussi, la bouche aux lèvres fines,
rappellent celles du Christ. Seulement les moustaches et la barbe de
Gamaliel, autrefois très noires, sont maintenant grisonnantes et plus
longues.
Saul, au contraire, est petit, trapu, presque rachitique, avec des jambes
courtes et grosses, un peu écartées aux genoux que l’on voit bien car il a
enlevé son manteau et a seulement un vêtement à tunique courte et grise. Il a
les bras courts et musclés comme les jambes, le cou court et trapu qui porte
une tête grosse, brune, avec des cheveux courts et rêches, des oreilles
plutôt écartées, un nez camus, de grosses lèvres, des pommettes hautes et
grosses, un front bombé, des yeux sombres, plutôt bovins, sans douceur, mais
très intelligents sous des sourcils très arqués, épais et hérissés. Les joues
sont couvertes d’une barbe hirsute comme les cheveux et très épaisse, qu’il
garde courte. Peut-être à cause de son cou si court, il paraît légèrement
bossu ou avec des épaules très voûtées.
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252> Il se tait un moment en
fixant Gamaliel, puis il dit quelque chose à voix basse. Gamaliel lui répond
d’une voix bien nette et forte : "Je n’approuve pas la violence. Pour
aucun motif. Tu n’auras jamais de moi une approbation pour un dessein violent.
Je l’ai même dit publiquement, à tout le
Sanhédrin, quand on a pris pour la seconde fois Pierre et les autres apôtres
et qu’ils ont été amenés devant le Sanhédrin pour être jugés. Et je répète la
même chose : "Si c’est un dessein et une œuvre humaine, il périra par
lui-même; si cela vient de Dieu, les hommes ne pourront le détruire, mais au
contraire ils pourront être frappés par Dieu". Ne l’oublie pas."
"Es-tu le protecteur de ces blasphémateurs, disciples du Nazaréen, toi,
le plus grand rabbi d’Israël ?"
"Je suis le protecteur de la justice. Et elle enseigne à être prudent et
juste dans les jugements. Je te le répète : si c’est une chose qui vient de
Dieu, elle résistera, sinon elle tombera d’elle-même. Mais moi, je ne veux
pas me tacher les mains avec un sang dont je ne sais pas s’il mérite la
mort."
"C’est toi, toi, pharisien et docteur, qui parles
ainsi ? Tu ne crains pas le Très-Haut ?"
"Plus que toi. Mais je réfléchis. Et je me souviens... Tu n’étais qu’un
enfant, pas encore un fils de la Loi, et j’enseignais déjà dans ce Temple
avec le rabbi le plus sage de ce temps... et
avec d’autres qui étaient sages, mais pas justes. Notre sagesse eut, dans ces
murs, une leçon qui nous donna à réfléchir pour le reste de notre vie. Les
yeux du plus sage et du plus juste de notre temps se fermèrent sur le
souvenir de cette heure, et son esprit sur l’étude de ces vérités, entendues
des lèvres d’un enfant qui se révélait aux hommes, spécialement aux justes. Mes
yeux ont continué à veiller, et mon esprit à réfléchir, en coordonnant les
événements et les choses...J’ai eu le privilège d’entendre le
Très-Haut parler par la bouche d’un enfant qui
fut ensuite un homme juste, sage, puissant, saint, et qui fut mis à mort
justement à cause de ces qualités. Les paroles qu’il a dites alors ont pu
être confirmées par des faits arrivés plusieurs années après, à l’époque dite
par Daniel...
Malheureux que je suis de n’avoir pas compris avant ! D’avoir attendu le
dernier terrible signe pour croire, pour comprendre ! Malheureux peuple
d’Israël qui n’a pas compris alors et ne comprend pas, même maintenant ! La
prophétie de Daniel et celle d’autres prophètes et de la Parole de Dieu
continuent, et elles s’accompliront pour Israël entêté, aveugle, sourd,
injuste, qui continue de persécuter le Messie dans ses serviteurs !"
"Malédiction ! Tu blasphèmes ! Vraiment il n’y aura plus de salut pour
le peuple de Dieu si les rabbis blasphèment, reniant Jéhovah, le Dieu vrai,
pour exalter et croire un faux Messie !"
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253> "Ce n’est pas moi qui
blasphème, mais tous ceux qui ont insulté le Nazaréen, et continuent de le
mépriser, en méprisant ses fidèles. Toi, oui, tu le
blasphèmes parce que tu le hais, en Lui et dans les siens. Mais tu as parlé
juste en disant qu’il n’y a plus de salut pour Israël. Mais ce n’est pas
parce qu’il y a des israélites qui passent dans son troupeau, mais parce que
Israël l’a frappé à mort, Lui."
"Tu me fais horreur ! Tu trahis la Loi, le Temple !"
"Alors dénonce-moi au Sanhédrin, pour que j’aie le même sort que celui
que l’on va lapider. Ce sera le commencement et la fin heureuse de ta
mission. Et moi, à cause de mon sacrifice, je serai pardonné de n’avoir pas
reconnu et compris le Dieu qui passait, Sauveur et Maître, parmi nous, ses
fils et son peuple."
Saul, avec un geste de colère, s’éloigne impoliment, pour retourner dans la
cour qui donne sur la salle du Sanhédrin et où continue la clameur de la
foule exaspérée contre Étienne. Saul rejoint les argousins dans cette cour,
s’unit à eux, qui l’attendaient, et il sort avec les autres du Temple, et
puis des murs de la ville. Insultes, moqueries, coups, continuent à l’adresse
du diacre qui avance déjà épuisé, blessé, chancelant vers le lieu du
supplice.
Hors des murs, il y a un espace inculte et
pierreux, absolument désert. Arrivés là, les bourreaux forment un cercle en
laissant le condamné seul au milieu, avec des vêtements déchirés et couverts
de sang en plusieurs parties du corps à cause des blessures déjà reçues. Ils
les lui arrachent avant de s’écarter. Étienne reste avec une tunique très
courte. Tous enlèvent leurs vêtements longs pour rester avec les seules
tuniques courtes comme celle de Saul, à qui ils confient leurs vêtements.
Saul ne prend pas part à la lapidation soit qu’il ait été impressionné par
les paroles de Gamaliel, soit qu’il sait qu’il est incapable de viser.
Les bourreaux ramassent des grosses pierres et des silex coupants qui
abondent en ce lieu, et ils commencent la lapidation.
Étienne reçoit les premiers coups en restant debout, et avec un sourire de
pardon sur sa bouche blessée. Un instant avant le début de la lapidation il a
crié à Saul, occupé à rassembler les vêtements des bourreaux : "Mon ami,
je t’attends sur le chemin du Christ."
À quoi Saul lui avait répondu : "Porc ! Obsédé !" en unissant aux
injures un vigoureux coup de pied dans les jambes du diacre qui est sur le
point de tomber par le coup et la souffrance.
Après plusieurs coups de pierre qui l’atteignent de tous côtés, Étienne tombe
à genoux, appuyé sur ses mains blessées et, se
rappelant certainement un lointain épisode, il
murmure en touchant ses tempes et son front blessés : "Comme Lui me
l’avait prédit ! La couronne.., les rubis.., ô mon Seigneur, mon Maître,
Jésus, reçois mon esprit !"
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254> Une autre grêle de coups sur
sa tête déjà blessée l’allongent complètement sur le sol qui s’imprègne de son
sang. Pendant qu’il s’abandonne au milieu des pierres, toujours sous une
grêle d’autres pierres, il expire en murmurant : "Seigneur... Père,
pardonne-leur... ne leur garde pas rancune pour leur péché... Ils ne savent
pas ce que..." La mort coupe la phrase sur ses lèvres. Un dernier
sursaut le pelotonne sur lui-même et il reste ainsi. Mort.
Les bourreaux s’avancent, lancent sur lui une autre charge de pierres sous
lesquelles ils l’ensevelissent presque. Puis ils reprennent leurs habits et
s’en vont, en revenant au Temple, pour rapporter, ivres d’un zèle satanique,
ce qu’ils ont fait.
Pendant qu’ils parlent avec le Grand
Prêtre et d’autres personnages puissants, Saul va à la recherche de
Gamaliel. Il ne le trouve pas tout de suite. Il revient, enflammé de haine
contre les chrétiens, va trouver les Prêtres, parle avec eux, se fait donner
un parchemin avec le sceau du Temple qui l’autorise à persécuter les
chrétiens. Le sang d’Étienne doit l’avoir rendu furieux comme un taureau qui
voit du rouge, ou un vin généreux donné à un alcoolique.
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