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254> "Je me suis manifesté
bien des fois, et à plusieurs, même dans des manifestations extraordinaires.
Mais mes manifestations n’ont pas agi en tous de la même façon. Nous pouvons
voir comment à chacune de mes manifestations correspond une sanctification de
ceux qui possédaient la bonne volonté demandée aux hommes pour avoir Paix,
Vie, Justice.
Ainsi chez les bergers la Grâce a travaillé
pendant les trente années de ma vie cachée, et puis elle a fleuri en donnant
un saint épi quand ce fut le temps où les bons se séparèrent des mauvais pour
suivre le Fils de Dieu qui passait par les chemins du monde en jetant son cri
d’amour pour appeler à se rassembler les brebis du Troupeau éternel,
disséminées et égarées par Satan. 255> Présents parmi les
foules qui me suivaient, ils étaient mes messagers, car par leurs récits
simples et convaincus, ils faisaient connaître le Christ en disant :
"C’est Lui, nous le reconnaissons. Sur ses premiers vagissements
descendirent les berceuses des anges. Et les anges nous ont dit, à nous, que
les hommes de bonne volonté auront la paix. La bonne volonté c’est le désir
du Bien et de la Vérité. Suivons-le ! Suivez-le ! Nous aurons tous la paix
promise par le Seigneur".
Humbles, ignorants, pauvres, mes premiers messagers parmi les hommes
s’échelonnèrent comme des sentinelles le long des routes du Roi d’Israël, du
Roi du monde. Yeux fidèles, bouches honnêtes, cœurs affectueux, encensoirs
qui exhalaient le parfum de leurs vertus pour rendre moins corrompu l’air de
la Terre autour de ma Divine Personne qui s’était incarnée pour eux et pour
tous les hommes, je les ai trouvés jusqu’au pied de la Croix, après les avoir
bénis de mon regard le long de la voie sanglante du Golgotha, les seuls avec
quelques autres, qui ne m’ont pas maudits au milieu de la foule déchaînée,
mais qui m’ont aimé, ont cru, espéré encore, et qui ont porté sur Moi un
regard de compassion en pensant à la nuit lointaine du jour de ma Naissance, et
en pleurant sur l’Innocent qui avait dormi son premier sommeil sur un bois
inconfortable et son dernier sur un bois encore plus douloureux. Cela parce
qu’en me manifestant à eux, qui avaient l’âme droite, je les avais
sanctifiés.
Et il en fut ainsi pour les trois Sages d’Orient, pour
Siméon et Anne dans
le Temple, pour
André et Jean au Jourdain, et
pour Pierre, Jacques et Jean au Thabor, pour
Marie de Magdala à l’aube de
Pâque, aux onze, pardonnés sur l’Oliveraie, et
encore avant
à Béthanie, de leur égarement... Non, Jean, le pur, n’eut pas besoin de pardon.
Il fut le fidèle, le héros, toujours aimant. L’amour très pur qu’il avait en
lui et sa pureté d’esprit, de cœur, de chair, l’a préservé de toute
faiblesse.
Gamaliel, et avec lui Hillel, n’étaient pas simples comme les bergers, saints comme
Siméon, sages comme les trois Sages. Chez lui, et chez son maître et parent,
s’étaient développées des lianes pharisaïques pour étouffer la lumière et le
libre développement de l’arbre de la foi. Mais dans leur être pharisien ils
avaient la pureté d’intention. Ils croyaient être dans le juste, et ils
désiraient de l’être. Ils le désiraient par instinct, parce
que c’étaient des justes; et par intelligence, car leur esprit s’écriait
mécontent : "Ce pain est mêlé à trop de cendre. Donnez-nous le pain de
la vraie Vérité".
256> Gamaliel pourtant n’avait pas assez de force pour avoir
le courage de briser ces lianes pharisaïques. Son humanité le tenait encore
trop esclave, et avec elle les considérations de l’estime humaine, du danger
personnel, du bien-être familial. Pour toutes ces choses Gamaliel n’avait pas
su comprendre “le Dieu qui passait parmi son peuple”, ni user de “cette
intelligence et de cette liberté” que Dieu a données à tout homme pour qu’il
en use pour son bien. Seul le signe attendu pendant tant d’années, le signe
qui l’avait terrassé et torturé par des remords qui ne cessaient plus, aurait
produit en lui la reconnaissance du Christ et le changement de son ancienne
pensée, par laquelle, de rabbi de l’erreur il serait devenu, après une longue
lutte entre son ancien moi et son moi actuel, disciple de la
Vérité divine, car les scribes, les pharisiens et les docteurs avaient
corrompu l’essence et l’esprit de la Loi, en étouffant la simple et lumineuse
vérité venue de Dieu sous un tas de préceptes humains souvent erronés, mais
toujours avantageux pour eux.
Du reste, il n’avait pas été le seul à rester dans l’indécision et à manquer
de force pour agir. Joseph
d’Arimathie aussi, et plus
encore Nicodème, ne surent pas mettre tout de suite sous leurs pieds
les coutumes et les lianes judaïques et embrasser ouvertement la nouvelle
Doctrine, si bien qu’ils avaient l’habitude de venir trouver le Christ “en
secret” par crainte des juifs, ou bien de le rencontrer comme par hasard, et
tout au plus dans leurs maisons de campagne ou dans celle de Béthanie, chez
Lazare, parce qu’ils la savaient plus sûre et plus redoutée par les ennemis
du Christ qui connaissaient bien la protection de Rome pour le fils de Théophile.
Pourtant ceux-ci furent certainement toujours plus avancés dans le Bien et
plus courageux que Gamaliel, au point d’oser manifester leur pitié par leur
attitude le Vendredi Saint.
Moins avancé était le rabbi Gamaliel. Mais remarquez, vous qui lisez, la puissance
de sa droiture d’intention. Grâce à elle sa justice, très humaine, se teint
de surhumain. Celle de Saül, au contraire, se souille de démoniaque à l’heure où le
déchaînement du mal met lui et son maître Gamaliel au carrefour du choix
entre le Bien et le Mal, entre le juste et l’injuste.
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257> L’arbre du Bien et du Mal se
dresse devant tout homme pour lui présenter ses fruits mauvais sous un aspect
plus attirant et plus alléchant, alors que dans le feuillage, avec une voix
trompeuse de rossignol, siffle le Serpent tentateur. Il appartient à l’homme,
créature douée de raison et d’une âme que Dieu lui a donnée, de savoir
discerner et vouloir le fruit qui est bon parmi ceux nombreux qui ne le sont
pas et qui blessent et font mourir l’esprit. Et il faut cueillir le bon
fruit, même si on se pique et si on se fatigue à le faire, même si le goût en
est amer et l’aspect mesquin. Le changement qui le rend tellement plus lisse
et agréable au toucher, doux au palais, beau à voir, arrive seulement quand,
par justice d’esprit et par raison, on sait choisir le bon fruit, et qu’on
s’est nourri de son suc qui est amer mais saint.
Saül tend ses mains avides au fruit du Mal, de la haine, de l’injustice, du
crime, et il les tendra jusqu’à ce qu’il soit foudroyé, abattu, rendu aveugle
pour la vue humaine afin d’acquérir la vue surhumaine et de devenir non
seulement juste, mais apôtre et confesseur de Celui que d’abord il haïssait
et persécutait dans ses serviteurs.
Gamaliel, en rompant les lianes tenaces de son humanité et de l’hébraïsme,
pour faire naître et fleurir une lointaine semence de lumière et de justice,
non seulement humaine mais surhumaine aussi, que ma quatrième épiphanie, ou
manifestation, qui peut-être est une parole plus claire et plus
compréhensible, lui avait mise dans le cœur, dans son cœur aux intentions
droites, semence qu’il avait gardée et défendue avec une honnête affection et
une noble soif de la voir pousser et fleurir, tend les mains vers les fruits
du Bien. Sa volonté et mon Sang rompirent la dure écorce de cette lointaine
semence qu’il avait conservée dans son cœur pendant des dizaines d’années,
dans ce cœur de roche qui se fendit en même temps que le voile du Temple et
que la terre de Jérusalem, et qui cria son suprême désir vers Moi qui ne
pouvais plus l’entendre de mes oreilles mais qui l’entendais bien avec mon
divin esprit quand il était, allongé par terre, au pied de la Croix. Et sous
le soleil de feu des paroles apostoliques et des meilleurs disciples et la
pluie de sang d’Étienne, premier martyr, cette
semence poussa des racines, devint un arbre, fleurit et fructifia. La plante
nouvelle de son christianisme, poussée là où la tragédie du Vendredi Saint
avait abattu, déraciné, détruit toutes les plantes et herbes anciennes.
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