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"L'Évangile tel qu'il m'a été
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Plan du Site >> Sommaire des dossiers Évangélisation de la Gaule Les romains en Gaule - Les
Gallo-Romains en Palestine
- Tibère appelle Pilate - Lazare en Provence
- L'archéologie au service de l'Histoire - La contestation - Les Saintes-Maries-de-la-mer
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L'origine du christianisme dans la province narbonnaise reste, pour beaucoup, aujourd'hui, une inconnue historique. [1] Pour la plupart des
Français, curieux de l'implantation de la foi chrétienne dans leur pays,
c'est au deuxième siècle que la Gaule fut christianisée : les prémices de
cette christianisation étant marquées par le martyre, à Lyon, de l'évêque
Pothin, de la jeune Blandine et de nombre de leurs coreligionnaires, sous
Marc-Aurèle en 177. Or, si l'on veut bien
se pencher attentivement sur le passé, on découvre une réalité bien
différente : Les romains en Gaule Vous savez
certainement que c'est dès le deuxième siècle avant notre ère, en 154, une
première fois, puis en 125 que les romains eurent l'occasion d'intervenir en
Gaule (transalpine), à la recherche d'une route entre leurs possessions
lombardes et espagnoles sous le prétexte d'aider Marseille à se protéger des salyens. Dès 122 (avant Jésus-Christ), toute la région
allant en gros de Toulouse au lac Léman, en contournant le Massif Central par
le sud, allait ainsi devenir province romaine et le tracé de la Via Domitia, des Pyrénées aux Alpes, était entrepris. Cet événement, en
fait, allait avoir des conséquences bien méconnues aujourd'hui sur la
naissance du Christianisme en Gaule. Mais commençons par
le commencement : Tout au long de ces quelque cent-cinquante ans qui séparent
la création de la province narbonnaise de la vie publique de Jésus, de hardis
pionniers romains, de toutes classes sociales, renforcés peu à peu par les
vétérans de l'armée, s'installèrent dans la nouvelle province, protégés par
les légions d'occupation et aussi profondément enracinés sur notre sol, que
nos Pieds-Noirs pouvaient l'être, en 1950, en Algérie. Et vous allez voir
que l'analogie ne s'arrête pas là. En effet, les Romains devaient apprécier
de la même manière les vertus guerrières des autochtones du sud de la Gaule
que les Français apprécièrent, au cours de nos dernières guerres, celles des
Maghrébins d'Afrique du Nord. C'est ainsi que,
lorsque, au cours des années 18, 19 de notre ère, soit quelques années à
peine avant l'apparition en public de Jésus, Germanicus, né à Lyon, l'ami par
excellence des gaulois, installa la domination romaine en Judée, il utilisa
tout naturellement nos ancêtres. Et, cinq ans plus tard, en 24, 25, quelques
trimestres donc avant le baptême de Jésus dans le Jourdain, on dénombrait en
Palestine pas moins de quatre légions romaines, presque entièrement gauloises
: la sixième Ferrata, la dixième Fretensis, la douzième Fulminata
et la troisième Gallica, [2] soit plus de vingt mille hommes originaires de notre pays,
pour l'essentiel. Mais ce n'est pas
tout ; il faut savoir aussi que la famille de l'empereur Tibère, la gens
Claudia, faisait partie de ce que j'appellerai les Pieds-Noirs romains de
Gaule ; la région de Lyon était sa patrie d'adoption. Tibère lui-même avait
vécu longtemps en Gaule et avait grande confiance en les capacités
administratives et militaires de ses habitants. Or la femme de Pilate s'appelait Claudia, très exactement
Claudia Procla ou Procula.
L'évêché de Carcassonne possède depuis au moins un siècle une lettre fort
intéressante, adressée par Claudia Procula
elle-même à une certaine Fulvia Hersila : "Je
ne te parlerai pas, y écrit-elle, de mes premières années passées à Narbonne
sous l'égide de mon père et sous la garde de ton amitié. Tu sais que, ma
seizième année accomplie, je fus unie à Pontius,
romain d'une famille noble et antique", et la lettre continue sur des
considérations personnelles, puis plus loin une mention importante : "tu
sais que je rencontrai le centurion qui avait présidé à l'exécution de Jésus,
un vétéran des guerres contre les parthes et les germains..." Réfléchissons
ensemble à tout cela : Procula ne pouvait porter le
nom de la gens Claudia que si elle était parente, cliente ou affranchie de la
famille impériale. Elle n'était sûrement pas affranchie, car elle n'aurait pu
épouser Ponce Pilate, qui était chevalier romain. Simple cliente, on connaît
assez Pilate, ambitieux par excellence, pour penser qu'il n'en aurait pas
voulu. Par contre, parente de Tibère, cela explique beaucoup de choses,
Mais revenons un peu
sur ce mariage de Claudia avec Pilate. Notons d'abord que Pilate n'étant que
chevalier, il n'aurait certainement pas obtenu la main de Claudia, si Tibère
avait déjà été empereur ou sur le point de l'être. On peut donc penser que
c'est peu avant, vers l'an 10 par conséquent, que ce mariage eut lieu. Si
Claudia avait alors effectivement 16 ans, cela signifie qu'elle avait un ou
deux ans de plus que Jésus, soit environ 32 ans lorsque son mari fut nommé en
Judée. Notons aussi qu'à l'époque de ce mariage, vers l'an 10, Tibère était
en Gaule, Claudia, nous l'avons vu, résidait à Narbonne. Quant à Pilate, dont
la famille, la gens "Pontia", avait
également des représentants dans notre pays, il est très probable aussi qu'il
était originaire de la vallée du Rhône ; en effet le suffixe "atus" de son nom "Pilatus"
était particulièrement caractéristique chez les "Pieds-Noirs" de la
Narbonnaise. Les musées de Narbonne, Vienne, Genève, Arles, Nîmes, possèdent
des amphores, vases d'argile et autres objets marqués du nom de la gens Pontia. Aussi pouvons-nous, sans laisser par trop notre
imagination vagabonder, penser que ce mariage entre Procula
de la gens Claudia et Pilatus de la gens Pontia eut lieu dans notre pays. Les (Gallo)-Romains
en Palestine Pour ce qui concerne
plus précisément notre sujet, comment alors ne pas penser que Pilate et sa
femme devaient être particulièrement entourés, en Palestine, de romains de
Gaule, comme eux, c'est-à-dire de gallo-romains de la Narbonnaise, dans
l'administration et l'armée, et de grandes dames de cette société gallo-romaine
autour de Claudia ? Que se passa-t-il
alors en Palestine ? On sait déjà que Claudia fut, sinon convertie, du moins
fortement ébranlée par Jésus. On sait aussi qu'au sein même de la cour
d'Hérode, qui ne pouvait pas ne pas avoir de contacts fréquents avec les
romains, la femme du propre intendant du tétrarque, Jeanne, fut, elle,
disciple de Jésus (Luc 8,3). Et Manaën, le propre frère de lait d'Hérode Antipas — saint
Luc dit : compagnon d'enfance (Actes 13,1) — ne fut-il pas un des principaux
fondateurs et responsables de l'Église d'Antioche ? Et dans l'entourage
immédiat de Jésus n'y avait-il pas ce personnage énigmatique qu'était Lazare ? Juif certes, mais loin du Temple et
du Sanhédrin
;
riche pourtant, rappelons-nous le nombre de jérusalémites qui se sont
déplacés pour ses funérailles (Jean 11,18-19), ou encore le parfum de grand
prix répandu par sa sœur Marie au cours d'un banquet offert en l'honneur de
Jésus (Jean 12,3) ; intouchable apparemment cependant, souvenons-nous des
tracasseries, exercées par le Sanhédrin sur Sidoine,
l'ex-aveugle-né de la piscine de Siloé, et sa famille, rien de tel contre
Lazare, ni contre sa sœur Marie, qui pourtant devait être, avant sa
conversion, un objet de scandale épouvantable pour les pharisiens du Temple. Cette attitude de
réserve vis-à-vis de Lazare et de sa famille est d'autant plus curieuse que
c'est la résurrection de ce même Lazare qui déclencha la décision du grand
Prêtre de faire mourir Jésus (cf. Jean 11,50). Comment alors, dans
ce bouillonnement des esprits autour du prêche de Jésus, de nombreuses dames
au moins, sinon quelques hommes, de l'entourage de Claudia, en relation avec
Jeanne, voire avec Marthe et sa sœur, n'auraient-elles pas, elles aussi, été
touchées par l'enseignement de ce rabbi si captivant, en particulier après la
Croix, face au constat de la Résurrection ? N'est-ce pas
d'ailleurs un des gardes au pied de la Croix (gaulois lui aussi, qui sait ?)
qui osa dire avec le centurion : "vraiment, celui-là était le Fils de
Dieu" ? Tibère rappelle Pilate Sautons maintenant
six ans et arrivons à l'automne de l'année 36. A cette époque Tibère rappela
Pilate à Rome. De fait, comme on évitait de naviguer, de ce temps, entre
novembre et mars, ce n'est qu'en avril 37 que Pilate y arriva, alors que
Tibère était mort quelques semaines auparavant. L'histoire dit que Pilate fut
alors exilé, mais fut-ce vraiment un exil ? Et où ? En Gaule justement, dans
la région de Vienne. Le mont Pilat y porte encore son nom. On peut alors se
poser les questions suivantes
Dans ces conditions
comment imaginer que l'énorme bouleversement, dans les données
politico-religieuses, que constitua le départ de Pilate et de Claudia, resta
sans répercussions sur la situation des disciples les plus proches à la fois
de Jésus et des dirigeants ? Et je pense bien sûr à Lazare, ses sœurs, son
intendant. Lazare en Provence (Voir
la carte => ) Je vais maintenant
sauter à nouveau non pas six ans mais de nombreux siècles pour en arriver à
cette tradition, dont vous attendez que je vous parle, celle de Lazare,
justement, de ses sœurs et de son intendant Maximin, venus évangéliser la Provence. Notez
au passage que j'ai bien dit tradition et non pas légende. Il convient
évidemment que je m'explique là-dessus ; la différence entre les deux est que
la tradition, au contraire de la légende, est une transmission, de génération
en génération, de faits réellement enracinés dans l'histoire des hommes. Voici donc ces faits
que je vais tenter de reprendre dans l'ordre chronologique. L'Archéologie au secours de l'Histoire - 1er fait Un vestige archéologique : il est daté de l'époque de Néron, donc des années 60, à l'époque même où Pierre et Paul évangélisaient Rome et y mouraient en martyrs. Il s'agit d'une pierre funéraire, érigée en l'honneur de deux martyrs chrétiens, Volusianus et Fortunatus, martyrisés par le feu. Cette pierre a été retrouvée en 1837 lors des travaux d'agrandissement du bassin de carénage de Marseille. Donc dans les années 60, le christianisme était déjà implanté depuis assez longtemps à Marseille pour que des chrétiens aient pu être à ce point gênants, qu'une persécution soit déclenchée contre eux. Ainsi quelqu'un d'assez proche de Jésus, disciple ou apôtre, était déjà venu évangéliser la communauté juive (et probablement aussi païenne) phocéenne, avant peut-être que saint Paul n'évangélisât l'Asie Mineure, la Macédoine et la Grèce. - 2e fait Une constante reconnaissance par les évêques d'Arles (qui désiraient pourtant avoir la primauté sur les Eglises de Provence, celles de la deuxième Narbonnaise) de l'antériorité des Eglises d'Aix, Marseille et Avignon sur la leur, que la Tradition veut avoir été fondée au 1er siècle pourtant, par Trophime. À cet égard il est de fait que dès son origine, les évêques de la deuxième Narbonnaise recevaient leur ordination des mains de l'évêque de Marseille. Pourquoi ? De même, au concile d'Arles, en 313, l'évêque de Marseille, Orose, eut l'honneur de signer le premier les conclusions des travaux. Pourquoi ? Il est nécessaire,
pour le comprendre, de rapprocher ces faits de la croyance constante des
mêmes évêques d'Arles, dont j'ai parlé à l'instant en la fondation des
Eglises d'Aix, Avignon et Marseille, par "un saint du groupe de
Béthanie". - 3e fait La tradition se poursuit sans faille : Vers 600, l'évêque de Cahors, écrivant à une religieuse déchue, mentionne une "vie de sainte Madeleine" en Provence, - 4e fait Un autre vestige archéologique : il s'agit cette fois-ci d'un morceau d'écorce lisse, roulé, de la largeur d'une main, à l'intérieur d'une boule de liège, contenant, en latin, l'inscription suivante : "en l'an 716 de Notre-Seigneur, en décembre, régnant Eudes, roi de France, du temps des perfides sarrasins, le corps de sainte Madeleine a été transporté très secrètement, pendant la nuit, de son sépulcre d'albâtre dans un de marbre, car il est plus en sûreté dans ce tombeau où reposait le corps de Sidoine que nous avons ôté". Cette découverte eut lieu
à l'occasion d'une fouille, le 9 décembre 1279, effectuée en présence des
archevêques de Narbonne, Arles, Aix et Embrun, des évêques d'Adge, Maguelone et Glandève, et
devant Charles II d'Anjou, neveu de saint Louis, qui avait ordonné les
travaux. Et le moins extraordinaire de l'histoire n'est pas que cette
opération eut lieu à la suite d'un songe où Marie-Madeleine révéla elle-même
à Charles l'endroit où son tombeau était caché et que ce fut effectivement à
cet endroit, "dans un champ voisin de l'église de Villelate"
(je cite), l'actuel Saint Maximin, que les chercheurs découvrirent un tombeau
d'albâtre et trois de marbre. Il convient de noter
aussi que Charles d'Anjou était très pieux et très méfiant à la fois, et
qu'il avait longuement prié le Seigneur de lui indiquer cette cachette,
qu'une constante Tradition locale affirmait être celle des ossements de
sainte Madeleine depuis le huitième siècle. Comment savons-nous
tout cela ? De manière très simple : d'après un parchemin, longtemps conservé
dans la chapelle du monastère de Saint Maximin, et d'après la narration de
ces événements, à la suite d'une visite que rendirent, en 1447, le dauphin
Louis, le futur Louis XI, et René d'Anjou, le roi René, au prieur de Saint
Maximin, un certain Adhémar Fidélis, en se rendant
en pèlerinage à la sainte Baume, pour la Pentecôte, les trois augustes
personnages s'étant évidemment entretenus de tous ces faits, aussi réels que
miraculeux. Mais revenons à
l'évolution chronologique de notre tradition - 5e fait Au neuvième siècle, le martyrologe anglo-saxon du roi Alfred, que l'on ne saurait taxer de chauvinisme à l'égard de la Provence, confirme le séjour de Marie-Madeleine à la sainte Baume. - 6e fait Les moines de Chypre, peu taxables eux non plus de partialité en faveur de notre région, ont de tout temps (et cela est concrètement attesté dès le 12e siècle) mentionné la présence et la sépulture en Provence des saints de Béthanie. - 7e fait Aucun autre endroit au monde que la sainte Baume ne revendique une grotte de Marie-Madeleine. Or, en 1221., existait en Italie, dans la campagne romaine, une église, celle de la Nunziatella, qui vénérait depuis longtemps, comme relique, une pierre, (je cite) "de la grotte où Marie-Madeleine fit pénitence". Il convient de noter à cet égard, que la grotte où Marie-Madeleine se retira n'a rien à voir avec la "cathédrale souterraine" que l'on montre aux touristes sur le flanc nord du massif de la Sainte Baume, mais se trouve, à la taille normale d'un ermitage, sur le flanc sud de ce massif, du côté de la mer. - 8e fait Enfin : pour terminer avec les faits irréfutables, dont le rapprochement autant que la matérialité, permettent à chacun de se forger une intime conviction, je dois citer le résultat de fouilles, concernant les très anciennes cryptes de Tarascon, de saint Victor à Marseille et d'Aix, où l'on découvrit des sarcophages, antérieurs au 4e siècle, et attestant du caractère vivace, pratiquement sans discontinuité depuis l'origine, de cette tradition de l'évangélisation de la Provence par les saints de Béthanie, puisqu'ils comportent des scènes sculptées mettant en œuvre (qui ?) Marthe, Lazare et Maximin. Mais alors,
allez-vous peut-être me dire, comment se fait-il que, pour tout le monde
apparemment, même au sein de l'Eglise, on considère de nos jours que cette
histoire relève exclusivement d'une pieuse légende ? La contestation C'est très simple :
c'est l'œuvre d'un certain Launoy, janséniste au
17e siècle. Jean de Launoy, théologien de la maison
de Navarre et philosophe, n'avait pas admis d'être exclu de la Sorbonne en
même temps qu'Antoine Arnauld, le frère de la célèbre mère Angélique de
Port-Royal. Et il se mit à pourfendre ce qui lui sembla le plus facile à attaquer
dans l'Eglise, c'est-à-dire les traditions populaires. Et bien sûr la
Tradition des saints de Béthanie était pour lui une cible de choix (cf.
l'Introduction du Christianisme en Gaule 1659). Comme vous le savez,
insinuez, insinuez, il en restera toujours quelque chose. Eh bien on peut
dire que Launoy a parfaitement réussi. Et cela
d'autant plus qu'il fut magnifiquement relayé par Monseigneur Duchesnes, académicien, directeur de l'Ecole française de
Rome et qui fut bien imprudent dans cette affaire. Aussi, malgré les mises au
point de nombreux exégètes méticuleux, dont Monseigneur Bellet
et le Père Sicard, les assertions très orientées de ces deux illustres
personnages firent des ravages et l'on en sait aujourd'hui le résultat. Pour
vous éclairer je ne vous citerai que quelques-uns des arguments des
contestataires et la réalité qu'on peut très facilement leur opposer : - 1er argument Le texte de 716, que je vous ai mentionné tout à l'heure ne peut être qu'un faux : d'abord quel serait cet Eudes, roi de France ? Ensuite à cette époque on n'utilisait pas encore l'ère nouvelle, inventée par Denys le petit, peu de temps auparavant.
- 2e argument des
contestataires Marie-Madeleine et Lazare auraient fini leur vie en Orient et leurs sépultures seraient à... Ephèse. Décidément Ephèse serait bien gourmande. Saint Jean ne lui suffirait pas ! Il lui faudrait aussi la mère et les amis du Seigneur !
- 3e argument Ce n'est qu'après la vénération de Marie-Madeleine à Vézelay au douzième siècle que la légende provençale aurait pris naissance.
Je ne m'étendrai pas
davantage, laissant à chacun le soin de se faire sa propre opinion.
Toutefois, vous êtes peut-être étonnés que je ne vous ai pas parlé dans tout
cela des Saintes-Marie-de-la-Mer.
[3] Eh bien, venons-y. Les Saintes Marie (de la Mer) C'est encore le roi
René qui nous conduit à elles. Je vous ai rappelé qu'il portait à
Marie-Madeleine une vénération particulière. Et en 1448, l'année suivant son
passage à saint Maximin avec le futur Louis XI, il s'y arrêta à nouveau en
allant, pour le Carême, faire une retraite de neuf jours à la sainte Baume.
C'est lors de cette halte que le prieur, Adhémar Fidelis,
lui parla des saintes Maries, cette autre tradition fortement ancrée dans le
sol de notre Midi méditerranéen. Que pouvons-nous en
dire ? 1.
L'évêque d'Arles,
Saint Césaire, mort le 27 août 543 laissa dans son testament ces mots :
"...Je désire et vous conjure, mon Seigneur Archevêque, de ne nommer
proviseur ou aumônier de l'église de Sainte Marie de Rats (l'actuelle Saintes-Marie-de-la-Mer, alors à l'embouchure du Rhône de
Saint Ferreol) que celui choisi par la sainte
congrégation du monastère", étant donné l'importance particulière de
cette église-sanctuaire. 2.
Le testament fut
conservé précieusement par les successeurs de Césaire et par les comtes de
Provence, notamment Guillaume, en 992, le vainqueur des sarrasins qui
saccagèrent la Camargue tout au long du huitième siècle, avant et après la
bataille de Poitiers, en 732. En 720, particulièrement (soit, je le rappelle,
quatre ans après que les fidèles eurent transféré dans un autre tombeau la
dépouille de Marie-Madeleine), ils ne laissèrent que des ruines du monastère
de Psalmodi (sur la route de Nîmes à Aigues-Morte), dont dépendait le sanctuaire. Les
chroniqueurs du temps ont laissé de nombreux récits de ces opérations
meurtrières. Pourtant l'église des Saintes traversa intacte cette tempête. Or
ce ne fut qu'au 11ème siècle que lui succéda l'église-forteresse romane que
l'on connaît aujourd'hui. Après plusieurs changements de titulaires, elle fut
confiée en 1080 aux bénédictins de Montmajour.
3.
Un siècle plus tard,
en 1315, la tradition orale s'enracine une nouvelle fois dans l'écriture,
officiellement ; le nom des deux Marie apparaît alors en clair dans
l'appellation de la confrérie réunissant tous les notables de la petite
ville. Cette dernière compte à l'époque 2 500 à 3 000 âmes. La confrérie est
dite "des saintes Marie Jacobé et
Salomé". 4.
Enfin, de nombreux
miracles attestés aidaient puissamment au maintien de la Tradition, vivace
parmi les habitants de la région. Ces miracles, peu ou prou, n'ont d'ailleurs
jamais cessé. Parmi les plus célèbres, on peut noter la guérison subite de
Pierre de Nantes, évêque de saint Paul de Léon, en 1332, qui fit grand bruit
à l'époque, à la suite d'une prière aux saintes et d'un vœu de pèlerinage. Cependant il est
probable qu'on ne parlerait plus de tout cela depuis longtemps si le roi René
ne s'était pas montré aussi méfiant que son illustre ancêtre, Charles II d'Anjou.
Très pragmatique, il voulut en avoir le cœur net, après son entretien avec le
père Fidelis. Après sa retraite à la sainte Baume,
il se rendit en Camargue pour y mener sa propre enquête. Elle lui sembla
sûrement suffisamment positive, puisqu'il écrivit au pape Nicolas V, en
juillet, pour solliciter l'autorisation d'effectuer des fouilles sous
l'église. Cela se passait, vous ai-je dit, en 1448. Je passe sur le détail
des travaux, réalisés sous le contrôle pontifical de l'archevêque d'Aix,
Robert Damiani, et l'évêque de Marseille, Nicolas
de Brancas, pour vous dire qu'on mit successivement à jour un premier corps
entier, les mains pliées en croix, puis un deuxième dont les mains étaient
jointes, ensuite un crâne humain, enveloppé de plomb, enfin trois autres
têtes, beaucoup plus petites, dont les emplacements figuraient bien une
croix, avec celui de la première, exactement comme deux cents ans plus tôt
Gervais de Tilbury l'écrivait à l'empereur Othon IV. Le détail des
procès-verbaux des fouilles ne présente ensuite aucun intérêt, si ce n'est
celui, majeur, d'authentifier une fois encore la Tradition, n'en déplaise à
ceux qui ne daignent pas s'abaisser à de telles "sornettes", à
leurs yeux. Maintenant : ·
Si vous me parlez des
conditions dans lesquelles Lazare et les siens ou les Saintes Marie sont
arrivés en Provence, je vous avouerai très humblement que je n'en sais rien. ·
Si vous me parlez de
la source miraculeuse que les "Marie" auraient fait jaillir, je ne
sais qu'une chose, c'est qu'il existe un puits d'eau douce à quelques mètres
de l'endroit où les deux corps et les quatre têtes furent découverts. ·
Si vous me parlez de
Sarah la noire et des gitans, je ne sais qu'une seule chose, c'est qu'une des
servantes de Lazare s'appelait effectivement Sara. Elle lui aurait été
confiée par Jésus, qui l'aurait guérie et recueillie lors de ses sermons au
mont des Béatitudes. Pour le reste, sans
doute des légendes n'ont-elles pas manqué, ultérieurement de noyer le tout,
comme les ors, les tapis, les marbres et les encens noient encore le saint
Sépulcre à Jérusalem ou la grotte de la Nativité à Bethléem, les rendant
certes méconnaissables, mais n'en altérant pas, pour autant, l'impérissable
réalité. |
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[1] Il est a remarquer en effet
que l'évangélisation de la Gaule ne se réclame d'aucune grande tradition
d'apôtres alors qu'elle s'avère précoce comme l'indique le martyr de Pothin et
de Blandine.
[2] Sur ce point Jean Aulagnier diffère de l'œuvre de Maria Valtorta qui ne cite que
la Légion Italique comme présente en Palestine. Il n'y a que cinq ans d'écart
entre les deux datations.
[3] Les Saintes-Marie-de-la-Mer
se trouvent en Camargue, au sud-ouest d'Arles en France, au bord de la
méditerranée.