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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" |
aucun accent |
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fin de l'été
- Marche lente et triste par les rues de Jérusalem 56 - Arrêt. Anne confie sa peine à Élisabeth 57 - Zacharie encourage Joachim et Anne 57 - Anne laisse à Marie son voile d'épouse 58 - Marie demande la bénédiction de ses parents 59 - Arrivée au Temple 59 - Le Souverain Prêtre accueille l'Agnelle sans tache 60 |
1.13. |
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56> Je vois Marie
entre son père
et sa mère
et qui chemine par les rues de Jérusalem. Les passants s'arrêtent pour regarder la
belle Enfant toute vêtue d'un blanc de neige et enveloppée dans un très léger
tissu. Avec ses dessins de feuillage et de fleurs, plus épais, sur le fond
léger du tissu, il me semble que c'est le même qu'avait Anne le jour de sa
Purification. Seulement tandis que pour Anne, il ne dépassait pas la ceinture
pour Marie, il descend presque jusqu'à terre et l'entoure d'un voile blanc
léger et lumineux d'un rare charme. Le blond des cheveux épars sur les épaules et
mieux sur la nuque délicate transparaît là où il n'y a pas de damassure sur
le voile, mais seulement le fond très léger. Le voile est maintenu sur le front
par un ruban de couleur d'azur très pâle sur lequel, certainement la maman, a
brodé de petits lys d'argent. Le vêtement, comme déjà dit, très blanc,
descend jusqu'à terre et quand elle marche c'est tout juste si l'on aperçoit
ses petits pieds dans les sandalettes blanches. Les petites mains semblent
deux pétales de magnolia qui sortent des longues manches. Hors le cercle
d'azur du ruban, il n'y a pas d'autre couleur. Tout est blanc. Marie semble
vêtue de neige. Joachim et Anne sont vêtus, lui du même habit
qu'à la Purification et Anne d'un violet très sombre. Même le manteau, qui
lui couvre la tête, est d'un violet foncé. Elle le tient très baissé sur les
yeux. Deux pauvres yeux de maman, rouges pour avoir trop pleuré, qui ne
voudraient pas pleurer, et ne voudraient surtout pas être vus en larmes, mais
qui ne peuvent s'empêcher de pleurer sous le couvert du manteau. Cette
précaution vaut pour les passants et même pour Joachim dont du reste l’œil
habituellement serein est aujourd'hui mouillé et obscurci par les larmes déjà
versées ou qui coulent encore. Il chemine très courbé sous un voile disposé
comme un turban dont les ailes latérales descendent le long du visage. Il
fait très vieux, en ce moment Joachim. A le voir on le prendrait pour le
grand-père Ou même le bisaïeul de la toute petite qu'il tient par la main. Le
chagrin de la perdre donne au pauvre père une démarche traînante, une
lassitude de tout son maintien qui le vieillit de vingt ans. Son visage
semble, non seulement vieilli, mais celui d'un malade tant il est accablé et
triste. La bouche tremble légèrement, entre deux replis de la peau, très
marqués aujourd'hui de chaque côté du nez. 57> Ils essayent tous les deux de cacher leurs larmes, mais, s'ils
y réussissent pour beaucoup de gens, c'est impossible pour Marie. A cause de
sa petite taille, elle regarde de bas en haut et son regard se porte
alternativement sur son père et sa mère. Eux essaient de sourire de leur
bouche tremblante et augmentent l'étreinte de leur main sur la petite main de
Marie, chaque fois que leur enfant les regarde en souriant. Ils doivent
penser : "Voilà une autre fois de moins à voir ce sourire." Ils marchent lentement, doucement; ils
semblent vouloir allonger le plus possible la route. Tout leur est prétexte
pour un arrêt... Mais le parcours doit finalement finir ! Il est sur le
point de se terminer. Voilà à ce dernier bout de chemin montant, le mur
d'enceinte du Temple. Anne fait entendre un gémissement et serre plus fort la
petite main de Marie. "Anne, aimée, je suis avec
toi !" dit une voix qui sort de l'ombre d'une arcade basse à un
croisement de route. Et Élisabeth qui certainement l'attendait, la rejoint et la serre au
cœur et, comme Anne pleure, elle lui dit : "Viens, viens un peu
dans cette maison amie, puis nous irons ensemble. Zacharie est là." Ils entrent tous dans une pièce basse et
obscure où brille un grand feu. La maîtresse, une amie certainement
d'Élisabeth mais inconnue de Anne, se retire par politesse pour laisser libre
le petit groupe. "Ne crois pas que je me sois repentie,
ou que je donne à regret mon trésor au Seigneur" explique Anne à travers
ses larmes... "mais c'est le cœur... Oh ! mon cœur, quelle
souffrance il éprouve, mon vieux cœur qui va retourner à sa solitude de mère
sans enfants... Si tu le sentais..." "Je le comprends, mon Anne... mais tu es
bonne et Dieu te réconfortera dans ta solitude. Marie priera pour que Dieu
donne la paix à sa mère, n'est-ce pas ?" Marie caresse les mains maternelles et les
embrasse, elle se les passe sur le visage pour en être caressée et Anne serre
entre ses deux mains ce petit visage et l'embrasse, l'embrasse. Elle ne lui a
pas encore donné assez de baisers. Zacharie entre et salue : "Aux
justes, la paix du Seigneur." "Oui" dit Joachim, "demande
pour nous la paix car notre cœur tremble de l'offrir. C'est comme l'offrande d'Abraham
quand il gravissait la montagne, et nous ne trouverons pas une autre offrande
pour racheter celle-là. 58> Nous ne le voudrions
pas parce que nous sommes fidèles à Dieu. Mais, nous souffrons, Zacharie.
Prêtre de Dieu, comprends-nous et ne te scandalise pas." "Jamais, au contraire votre douleur, qui
sait ne pas dépasser les bornes de ce qui est permis et vous porter à
l'infidélité, m'enseigne à aimer le Très-Haut. Mais ayez confiance, La prophétesse
Anne aura grand soin de cette fleur de David
et d'Aaron [1]. En ce moment, c'est l'unique lys de sa descendance
sainte que David ait au Temple. On en prendra soin comme d'une perle de roi.
Bien que le temps vient à son terme et les mères de la descendance de David
devraient avoir souci de consacrer leurs filles au Temple, puisque c'est
d'une vierge de la race de David que sortira le Messie, à cause de la
diminution de la foi, les places réservées aux vierges sont vides. Il y en a
trop peu au Temple, et de race royale aucune depuis qu'en est sortie, il y a
maintenant trois ans, Sara d'Élisée qui s'est mariée. Il est vrai qu'il
manque encore six lustres pour arriver à l'époque, mais... Eh bien, espérons
que Marie sera la première de plusieurs vierges davidiennes devant le Voile
Sacré. Et puis... qui sait ? ..." Zacharie n'ajoute rien d'autre,
mais pensif il regarde Marie. Puis il reprend : "Moi aussi je
veillerai sur elle. Je suis prêtre et j'ai mes entrées. J'en profiterai pour
cet ange. Et Élisabeth viendra souvent la voir..." "Oh ! pour sûr ! J'ai grand
besoin de Dieu et je viendrai le dire à cette Enfant pour qu'elle le dise à
l'Éternel." Anne a repris son courage; Élisabeth, pour la
remonter encore plus, lui demande : "N'est-ce pas ton voile
d'épouse ? Ou bien as- tu filé du nouveau byssos ?" "C'est mon voile, je le consacre avec
elle au Seigneur. Je n'y vois plus clair ...et puis les ressources ont bien
diminué à cause des impôts et des revers de fortune... Je ne pouvais faire de
lourdes dépenses. J'ai seulement préparé un riche trousseau pour son séjour à
la Maison de Dieu et pour après... parce que je pense que ce ne sera pas moi
qui l'habillerai pour ses noces... et je veux que ce soit toujours la main de
sa maman, même froide et inerte, qui la pare pour son mariage et lui file les
linges et les vêtements d'épouse." "Oh ! pourquoi ces tristes
pensées ?!" "Je suis vieille, cousine. Jamais, comme
sous le poids de cette douleur, je ne l'avais ressenti. Les dernières forces
de ma vie, je les ai données à cette fleur, pour la porter et la nourrir, et
maintenant... maintenant... la douleur de la perdre souffle sur ces dernières
forces et les dissipe." 59> "Il ne faut pas
parler comme ça, à côté de Joachim." "Tu as raison. Je penserai à vivre pour
mon homme." Joachim a fait semblant de ne rien entendre, attentif envers
Zacharie, mais il a entendu et pousse un profond soupir, les yeux mouillés de
larmes. "Nous sommes exactement entre la
troisième et la sixième heure [2], je crois que ce
serait le moment d'aller" dit Zacharie. Ils se lèvent pour remettre les manteaux et
partir. Mais, avant de sortir, Marie s'agenouille sur le seuil, bras
ouverts : un petit chérubin qui implore : "Père !
Mère ! Votre bénédiction !" Elle ne pleure pas, la courageuse petite,
mais ses petites lèvres tremblent et la voix, brisée par un sanglot retenu, a
plus que jamais le gémissement tremblant de la tourterelle. Le visage est
plus pâle et l’œil a un regard d'angoisse résignée. Plus fort, jusqu'à
devenir insoutenable, sans en souffrir profondément, je le verrai au Calvaire
et au Sépulcre. Les parents la bénissent et l'embrassent,
une, deux, dix fois. Ils ne peuvent s'en rassasier ...Élisabeth pleure
silencieusement et Zacharie bien qu'il ne veuille pas le montrer est
profondément remué. Ils sortent, Marie entre son père et sa mère
comme auparavant. Par devant, Zacharie et sa femme. Les voilà à l’intérieur
des murs du Temple. "Je vais chez le Souverain Prêtre. Vous,
montez jusqu'à la grande terrasse." Ils traversent trois cours et trois porches
superposés [3]. Les voilà au pied
d'un vaste cube de marbre couronné d'or. Chaque coupole convexe qui ressemble
à une moitié d'une énorme orange resplendit au soleil qui, maintenant, sur le
midi, tombe à pic sur une vaste cour entourant un bâtiment majestueux, et
remplit le vaste palier et l’escalier monumental qui conduit au Temple. Seul
le portique qui fait face au perron le long de la façade est à l'ombre et la
gigantesque porte de bronze et d'or est encore plus sombre et solennelle
contrastant avec tant de lumière. Marie paraît encore plus comme neige sous ce
grand soleil. La voilà au pied de l'escalier. Entre son père et sa mère,
Comme le cœur doit leur battre à tous les trois ! Élisabeth est à côté
d'Anne, mais un peu en retrait d'un demi pas. 60> Un son de trombe
argentin et la porte tourne sur ses gonds. On dirait le son d'avertissement
d'une cithare pendant que la porte tourne sur les sphères de bronze.
L'intérieur du Temple apparaît avec ses lampes au fond et un cortège s'avance
vers la porte, venant de l'intérieur. Un cortège majestueux avec sonnerie de
trompettes d'argent, nuages d'encens et lumières. Le voilà au seuil. En avant, celui qui devait
être le Souverain
Prêtre. Un vieillard solennel, vêtu de
lin très fin et par dessus ce premier vêtement une tunique plus courte, de
lin aussi, et par dessus encore une sorte de chasuble, quelque chose
d'intermédiaire entre la chasuble et l'habit des diacres, multicolore :
pourpre et or, violet et blanc s'y alternent et brillent comme des gemmes au
soleil; deux gemmes authentiques, par dessus tout cela brillent encore plus
vivement à la hauteur des épaules. Ce sont peut-être des boucles avec leurs
chatons précieux. Sur la poitrine, une large plaque toute étincelante de
gemmes soutenue par une chaîne d'or. Des pendentifs et autres ornements
brillent en bas de la tunique courte et l'or éclate sur le front à la partie
supérieure d'une coiffure qui me rappelle celle des prêtres orthodoxes, leur
mitre arrondie au lieu d'être pointue comme celle des catholiques. Le solennel personnage avance seul, en avant
jusqu'au commencement du perron, dans la lumière dorée du soleil qui le rend
encore plus splendide. Les autres attendent, rangés en cercle en
dehors de la porte, sous le portique ombragé. A gauche, il y a un groupe de
jeunes filles en vêtements blancs avec la prophétesse Anne et d'autres femmes
âgées, certainement des maîtresses. Le Souverain Prêtre a regardé la Petite et
sourit. Elle devait lui paraître bien petite au pied de ce perron digne d'un
temple égyptien ! Il lève, en priant, les bras au ciel. Tous baissent la
tête comme anéantis devant la majesté sacerdotale en communion avec la
Majesté Éternelle. Puis, voilà. Un signe à Marie. Et elle se sépare de son père et de sa mère
et elle monte, comme fascinée elle gravit les marches. Elle sourit. Elle
sourit à l'ombre du Temple là où descend le Voile précieux... Elle est au
haut du perron aux pieds du Souverain Prêtre qui lui pose les mains sur la
tête. La victime est agréée. Quelle hostie plus pure avait jamais vu le
Temple ? Puis, il se retourne et lui mettant la main
sur l'épaule comme pour la conduire à l'autel, elle, l'Agnelle sans tache, il
la mène vers la porte du Temple. Avant de la faire entrer, il lui
demande : "Marie de David, est-ce ton vœu ?" 61> Un "oui"
argentin lui répond. Il s'écrie : "Entre, alors, marche
en ma présence et sois parfaite." Et Marie entre, et l'ombre l'engloutit, puis
le groupe des vierges et des maîtresses, suivi de celui des lévites, la
dérobe toujours plus, la sépare... Elle n'y est plus... Maintenant, avec un son
harmonieux, la porte roule sur ses gonds. Une ouverture, de plus en plus
étroite laisse voir le cortège qui se dirige vers le Saint. Maintenant, ce
n'est plus qu'une fente, puis plus rien, c'est la clôture. Au dernier accord des gonds sonores répond un
sanglot des deux vieillards et un cri unique : "Marie !
Fille !" et puis deux gémissements qui s'entrecroisent :
"Anne !", "Joachim !" et ils concluent :
"Rendons gloire au Seigneur qui la reçoit dans sa Maison et la conduit
sur sa route." Et tout finit ainsi. |
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[1] David par son père
Joachim et Aaron par sa mère Anne
[2] 10.30 du matin
[3] On verra avec intérêt le
site consacré à : "Le Beth Hamikdach Temple de
Jérusalem" ainsi que le chapitre 5 de
l'œuvre de Maïmonide "Lois de la Maison d'Election" (Beth Habe'hirah).
Maïmonide, de son nom Rabbi Moshe ben Maimon (רבי משה
בן מיימון),
dit le Rambam (30 mars 1135, Cordoue - 13
décembre 1204, Fostat), est un philosophe et
théologien juif, Nagid (chef de la communauté) des
juifs d’Égypte et médecin à la cour de Saladin. C'est une figure majeure du
judaïsme rabbinique ayant exercé une influence considérable sur la philosophie
médiévale. Les Chrétiens le connaissent sous le nom de Moïse Maïmonide et les
Musulmans sous le nom de Mussa bin Maimun ibn Abdallah al-Kurtubi
al-Israili.