|
Vision du samedi 5
mai 1945
54> Jésus dit : "Petit Jean,
viens avec Moi. Je veux te faire écrire une instruction pour les consacrés
d'aujourd'hui. Vois et écris."
Jésus est
encore à Césarée Maritime. Il n'est plus sur cette place d'hier mais plus à.
l'intérieur, en un endroit d'où cependant l'on voit le port et les navires.
Ici, il y a beaucoup d'entrepôts et de
boutiques. Et comme même parterre en cet endroit terreux il y a des nattes
couvertes de produits variés, j'en conclus que je suis près des marchés qui
peut-être étaient situés dans le voisinage du port et des magasins pour la
commodité des navigateurs et de ceux qui viennent acheter les marchandises
apportées par bateaux, L'endroit est tout bourdonnant des allées et venues de
la foule, Jésus attend avec Simon et ses cousins que
les autres aient pris les vivres dont ils ont besoin. Des enfants regardent
avec curiosité Jésus qui les caresse doucement tout en parlant avec ses
apôtres.
Haut
de page
55> Jésus dit : "il me
déplaît de voir qu'on est mécontent parce que je vais vers les gentils. Mais
je ne peux que faire mon devoir et être bon avec tout le monde. Efforcez-vous
d'être bons, au moins vous trois et Jean; les autres vous suivront par
imitation."
"Mais,
comment faire pour être bons avec tout le monde ? Enfin, ces gens nous
méprisent, nous oppriment, ne nous comprennent pas, sont remplis de
vices..." dit Jacques d'Alphée en
s'excusant.
"Comment faire ? Tu es content d'être né d'Alphée et de Marie ?"
"Oui, bien sûr. Pourquoi me le demandes-tu ?"
"Si Dieu t'avait interrogé avant ta conception, aurais-tu voulu naître
d’eux ?"
"Mais, oui. Je ne comprends pas..:"
"Et si, au contraire, tu étais né d'un païen, en t'entendant accuser
d’avoir voulu naître d'un païen qu'est-ce que tu aurais dit ?"
"J’aurais dit... j'aurais dit : "Je n'en suis pas responsable.
Je suis né de lui, mais j'aurais pu naître d'un autre". J'aurais
dit : "Vous êtes injustes en m'accusant. Si je ne fais pas de mal,
pourquoi me haïssez-vous ?"
"Tu l’as dit. Ceux-ci aussi, que vous méprisez parce que païens, peuvent
dire la même chose. Tu n'as pas de mérite d'être né d’Alphée, véritable
israélite. Tu dois seulement en remercier l’Éternel parce qu'il t'a fait un
grand don, et par reconnaissance et humilité chercher à amener au Dieu vrai
ceux qui n'ont pas reçu ce don. Il faut être bons."
"Il est difficile d'aimer ceux qu'on ne connaît pas !"
"Non. Regarde. Toi, petit, viens ici."
Un garçon s'approche d'environ huit ans, qui joue dans un coin avec deux
autres camarades. Un garçon robuste aux cheveux très bruns alors que son teint
est très blanc.
"Qui es-tu ?"
"Je suis Lucius, Caïus Lucius fils de Caïus Marius , je
suis romain, fils du décurion de
garde resté ici après avoir été blessé."
"Et ceux-ci qui sont-ils ?"
"Ce sont Isaac et Tobie. Mais on ne doit pas le dire, parce qu'ils
seraient punis"
"Pourquoi ?"
"Parce qu'eux sont hébreux, et moi je suis romain, et on ne peut
pas."
"Mais tu restes avec eux. Pourquoi ?"
"Parce que nous nous aimons bien. Nous jouons toujours ensemble aux dés,
ou à
sauter. Mais on se cache."
Haut
de page
56> "Et Moi, tu m'aimerais
bien? Je suis hébreux, Moi aussi et je ne suis pas un enfant.
Réfléchis : je suis un maître, comme qui dirait un prêtre."
"Et qu'est-ce que cela peut me faire à moi ? Si tu m'aimes bien, je
t'aime bien et je t'aime bien parce que tu m'aimes bien."
"Comment le sais-tu ?"
"Parce que tu es bon. Celui qui est bon aime bien."
"Voilà, mes amis, le secret pour aimer : être bons. Alors on aime
sans se demander si un tel a ou non la même foi."
Et Jésus, tenant par la main le petit Caïus Lucius, s'en va caresser les
petits hébreux qui effrayés se sont cachés derrière une porte cochère, et il
leur dit : "Les enfants qui sont bons sont des anges. Les anges ont
une seule patrie : le Paradis, Ils ont une seule religion : celle
du Dieu unique. Ils ont un seul Temple: le cœur de Dieu. Aimez-vous bien,
comme des anges, toujours."
"Mais, si on nous voit, on nous frappe..."
Jésus secoue tristement la tête et ne réplique pas...
Une femme élancée et plantureuse appelle Lucius qui quitte Jésus en
criant : "La maman !" et il crie à la femme :
"J'ai un grand ami, sais-tu ? C’est un maître !…"
La femme ne s'éloigne pas avec son fils mais au contraire vient vers Jésus
l'interroge : "Salut. Es-tu l'homme de Galilée qui hier parlait au
port ?"
"Oui, c'est Moi."
"Attends-moi ici alors. J'aurai vite fait." et elle s'en va avec le
petit.
Entre temps même les autres apôtres sont arrivés, sauf Mathieu et Jean. Ils
demandent : "Qui était-ce ?"
"Une romaine, je crois." répondent Simon et les autres.
"Et que voulait-elle ?"
"Elle a dit d'attendre ici. Nous allons le savoir."
Des gens, pendant ce temps, se sont approchés et attendent avec curiosité.
La femme revient avec d'autres romains. "Tu es donc le
Maître ?" demande quelqu'un qui semble le serviteur d'une maison
riche. Et en ayant eu confirmation, il demande : "Cela
t’ennuierait-il de guérir une petite fille d'une amie de Claudia ?
L'enfant est mourante car elle s'étouffe et le médecin ne sait pas de quoi
elle meurt. Hier soir elle était en bonne santé. Ce matin elle est à
l'agonie."
"Allons-y."
Haut
de page
57> Ils font quelques pas dans
une rue qui mène à l'endroit où ils étaient hier et arrivent au portail grand
ouvert d'une maison qui semble habitée par des romains.
"Attends un moment." L'homme entre rapidement et revient aussitôt
en disant : "Viens."
Mais,
avant même que Jésus puisse entrer, en sort une jeune femme d’aspect
distingué mais visiblement tourmentée. Elle a dans les bras une petite fille
de quelques mois qui s'abandonne, livide comme quelqu'un qui se noie. Je
dirais qu'elle a une diphtérie mortelle et
qu'elle est sur le point de mourir. La femme se réfugie sur la poitrine de
Jésus, comme un naufragé sur un écueil. Ses pleurs sont tels qu'elle ne peut
parler.
Jésus prend la petite qui a de petits mouvements convulsifs dans ses menottes
cireuses aux ongles déjà violets. Il la lève. Sa petite tête pend sans force,
en arrière. La mère, sans aucun orgueil de romaine devant un hébreu, s'est
glissée aux pieds de Jésus, dans la poussière, et elle sanglote le visage
levé, les cheveux à moitié défaits, les bras tendus qui s'accrochent au
vêtement et au manteau de Jésus. Derrière et autour, des romains de la maison
et des hébreux de la ville qui regardent.
Jésus mouille son index droit avec de la salive et le met dans la petite
bouche haletante, l'enfonce profondément. La fillette se débat et devient
encore plus noire. La mère crie : "Non ! Non !" et
semble se tordre sous un couteau qui la transperce. Les gens retiennent leur
souffle. Mais le doigt de Jésus sort avec un amas de membranes purulentes. La
fillette ne se débat plus et après avoir versé quelques larmes se calme avec
un sourire innocent, agitant ses menottes et remuant les lèvres comme un
oiseau qui pépie en battant des ailes, en attendant la becquée.
"Prends-la, femme. Donne-lui le lait. Elle est guérie."
La mère est tellement abasourdie, qu'elle prend la petite et restant comme
elle est, dans la poussière, la baise, la caresse, lui donne le sein, folle,
oublieuse de tout ce qui n'est pas sa petite.
Un romain demande à Jésus : "Mais comment as-tu pu ? Je suis
le médecin du. proconsul et Je suis savant. J'ai essayé d'enlever l'obstacle,
mais il était enfoncé, trop enfoncé !... Et toi... ainsi..."
"Tu es savant, mais tu n'as pas le Dieu vrai avec toi. Que Lui en soit
béni ! Adieu." Et Jésus va s'éloigner.
Mais voici qu'un petit groupe d'israélites éprouve le besoin d’intervenir.
"Comment t'es-tu permis d'aborder des étrangers ? Ils sont corrompus, impurs et quiconque les approche devient comme eux."
Haut
de page
58> Jésus les regarde - ils
sont trois - fixement, avec sévérité, et puis il parle : "N'es-tu
pas Aggée ? L'homme d'Azot venu
ici au mois de Tisri dernier pour
chercher à conclure des affaires avec un marchand qui réside près des
fondations de la vieille source ? Et toi, n'es-tu pas Joseph de Rama,
venu ici pour consulter le médecin romain et, comme Moi, tu sais
pourquoi ? Et alors ? Vous ne vous croyez pas impurs ?"
"Le médecin n'est jamais un étranger. Il soigne le corps, et le corps
est le même pour tous."
"L'âme aussi, plus que le corps. Du reste, qu'est-ce que j'ai
soigné ? Le corps innocent d'une enfant, et de la même manière j'espère
guérir les âmes des étrangers, qui ne sont pas innocentes. Comme médecin et
comme Messie, je puis donc aborder n'importe qui."
"Non. Tu ne le peux pas."
"Non, Aggée ? Et toi pourquoi fais-tu des affaires avec un marchand
romain ?"
"Il ne m'est voisin que par la marchandise et l'argent."
"Et, parce que tu ne touches pas sa chair mais seulement ce que sa main
a touché, il ne te semble pas que tu te contamines. Oh ! aveugles et
cruels !
Écoutez
tous. Justement dans le livre du Prophète dont cet homme porte le nom, il est
dit : "Adresse aux prêtres cette question sur la Loi :
'Si un homme porte de la chair sanctifiée dans un pan de son vêtement et
qu'avec il touche ensuite du vin ou des plats, du pain ou de l'huile, ou
d'autres aliments, seront-ils sanctifiés ?' Et les prêtres ont
répondu : "Non" .
Alors Aggée dit : 'Si quelqu'un, impur pour avoir touché un mort, touche
une de ces choses, sera-t-elle souillée ?' Et les prêtres ont
répondu : "Oui".
Par cette façon rusée, mensongère, incohérente d'agir, vous excluez et
condamnez le Bien et vous n'acceptez que ce qui favorise vos intérêts. Alors,
plus de mépris ni de dégoût C'est pour éviter un dommage personnel que vous
décidez si une chose est impure ou rend impur, si une autre ne l'est pas. Et,
comment pouvez-vous, bouches de mensonge, professer que si ce qui est
sanctifié pour avoir touché une chair sainte ou une chose sainte ne sanctifie
pas ce qu'il touche, et que ce qui a touché une chose impure puisse rendre
impur ce qu'il touche ?
Haut
de page
59> Vous ne comprenez pas que
vous vous démentez, ministres menteurs d'une Loi de Vérité qui en tirez parti
en la tordant comme une corde à seule fin d'en sortir quelque chose qui serve
vos intérêts. Pharisiens hypocrites qui
sous un prétexte religieux déversez votre rancœur humaine, toute humaine,
profanateurs de ce qui appartient à Dieu. Ennemis de l'Envoyé de Dieu que
vous insultez ? En vérité, en vérité je vous dis que chacun de vos
actes, chacune de vos conclusions, chacune de vos démarches est mue par tout
un mécanisme astucieux auquel servent de roues, de ressorts, de poids et de
tirants, vos égoïsmes, vos passions, vos manques de sincérité, vos haines,
votre soif de domination, vos envies.
C’est honteux ! Avides, tremblant de peur, haineux, vous vivez dans la
peur orgueilleuse qu’un autre vous soit supérieur, même s’il n'est pas de
votre caste. Et vous méritez alors d'être comme celui qui vous inspire la
peur et la colère ! Vous qui, comme dit Aggée, d'un tas de vingt
boisseaux en faites un de dix et d'un tas de cinquante barils en faites un de
vingt en empochant la différence alors
que, pour l'exemple que vous devriez donner à l'homme et pour l'amour que
vous devriez donner à Dieu, vous devriez au tas de boisseaux et au tas de
barils non pas enlever mais ajouter de votre propre bien pour ceux qui ont
faim. Vous méritez que le vent brûlant, que la rouille et la grêle
stérilisent toutes les œuvres de vos mains.
Quels sont parmi vous ceux qui viennent à Moi ? Ceux-là, ceux-là qui
pour vous sont fumier et immondices, ces Ignorances totales qui ne savent
même pas qu'existe le vrai Dieu, viennent ceux à qui ce Dieu se rend présent
dans les paroles et dans les œuvres. Mais vous, mais vous ! Vous vous
êtes fait une niche et y demeurez. Arides, froids comme des idoles attendant
l'encens et les adorations. Et puisque vous vous croyez des dieux, il vous
paraît inutile de penser au vrai Dieu comme Il doit être pensé, et comme il
vous semble dangereux que les autres, en dehors de vous, osent ce que vous
vous n’osez pas. Vous ne le pouvez pas, en vérité, l'oser, puisque vous êtes
des idoles et parce que vous êtes les serviteurs de l’Idole. Mais celui qui
ose peut, parce que ce n’est pas lui, mal Dieu qui opère en lui.
Haut
de page
60> Allez ! Rapportez
à ceux qui vous ont envoyés sur mes talons que je dédaigne les marchands qui
n’estiment pas contamination le fait de vendre les marchandises ou la patrie
ou le Temple à ceux dont ils reçoivent de l’argent. Dites-leur que j’ai du
dégoût pour les brutes qui ont seulement le culte de leur propre chair, de
leur propre sang, et qui pour leur guérison
n'estiment pas contamination les visites à un médecin étranger. Dites-leur
qu'il y a une seule mesure, égale pour tous et non pas deux mesures.
Dites-leur que Moi, le Messie, le Juste, le Conseiller, l'Admirable ,
Celui qui aura sur Lui l'Esprit du Seigneur avec ses sept dons ,
Celui qui ne jugera pas selon les apparences, mais selon ce qui se cache dans
les cœurs, Celui qui ne condamnera pas d'après ce qu'il entend par ses
oreilles, mais d'après les voix de l'esprit qu'il entendra au-dedans de
chaque homme ,
Celui qui prendra la défense des humbles et jugera les pauvres avec justice,
Celui que je suis, parce que je suis cela, est déjà en train de juger et de
frapper ceux qui sur la terre ne sont que terre, et le souffle de ma
respiration fera mourir l'impie et détruira son repaire ,
alors qu'il sera Vie et Lumière, Liberté et Paix pour ceux qui, désirant la
justice et la foi, viendront à ma montagne sainte pour se rassasier de la
Science du Seigneur. Cela est d'Isaïe, n'est-ce pas ?
Haut
de page
Mon
peuple ! Tout vient d'Adam et Adam vient de mon Père. Tout est donc œuvre
du Père, et j'ai le devoir de vous rassembler tous au Père. Et Moi, je te les
conduis, Père saint, éternel, puissant, je te les amène les fils errants
après les avoir rassemblés en les appelant avec les voix de l'amour, en les
rassemblant sous ma verge pastorale semblable à celle que Moïse éleva contre
les serpents dont la morsure était mortelle. Pour que Tu aies ton Royaume et
ton peuple . Et
je ne fais pas de différence entre les hommes parce qu'au fond de
chaque vivant je vois un point plus brillant que le feu: l'âme, une étincelle
qui vient de Toi, éternelle Splendeur. O mon éternel désir ! O mon
inlassable volonté !
C'est cela que je veux, c'est de cela dont je brûle. Une terre qui tout
entière chante ton Nom. Une humanité qui t'appelle Père. Une Rédemption qui
les sauve tous. Une volonté fortifiée qui les rende tous soumis à ta volonté.
Un triomphe éternel qui remplisse le Paradis d'un hosanna sans fin...
Oh ! Multitude des Cieux !... Voici que je vois le sourire de
Dieu... et ceci est une compensation pour toute la dureté des hommes."
Les trois se sont enfuis sous la grêle des reproches. Tous les autres,
romains ou hébreux, sont restés, bouche bée. La femme romaine avec la petite
rassasiée de lait, qui dort tranquille sur le sein maternel est restée où
elle était, presque aux pieds de Jésus, et elle pleure de joie maternelle et
de joie spirituelle. Un grand nombre pleurent à la conclusion irrésistible de
Jésus qui paraît flamboyer dans son extase.
Haut
de page
61> Et Jésus abaissant les
yeux et son esprit du Ciel sur la terre, voit la foule, voit la mère... et en
passant, après un geste d'adieu à tous, effleure de la main la jeune romaine
comme pour la bénir à cause de sa foi. Et Il s'en va avec les siens pendant
que les gens encore sous le coup de l'émotion restent en place…
|