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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
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jeudi 15 mars 29 (11 Nisan)
- Jésus entre en bénissant les
malheureux 426 - Les malheurs d'une jeune veuve 427 - Jeanne rend compte à Jésus de ses
préparatifs 428 - Elle a aussi invité un groupe de
païennes 428 - Esther raconte une histoire à un
groupe d'enfants 430 - Marie-Madeleine s'occupe à revêtir dix
enfants 430 - La fille de Jaïre
et Annalia préparent les tables 431 - Jésus rencontre Élise et la femme de
Philippe 431 - Puis les enfants de Jeanne : Marie et
Mathias 432 - Il salue de nombreuses femmes 432 - Philippe apprend le vœu de sa deuxième
fille 432 - Marie explique comment la chose est
arrivée 434 - Anastasica
est confiée à Élise 435 - Jésus console Marie-Madeleine 435 - La mère de Judas a honte de son fils
436 - Judas apostrophe sa mère et s'enfuit
436 - Les convives prennent place 437 - Les sept païennes serviront aux tables
437 - Le repas se termine dans
l'enthousiasme 438 - Discours (La grandeur du service) 439 - Irruption d'un groupe de pharisiens
440 - Irruption de Salomé qui est chassée
par Jésus 441 - Aumônes et guérisons multiples 442 - Judas avertit d'un danger 443 |
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426>
"La paix soit à cette maison et à tous ceux qui sont présents"
ainsi salue Jésus en entrant dans le vaste vestibule très fastueux, tout
illuminé bien qu'il fasse encore jour. Et les lampes ne sont pas inutiles car
s'il est vrai qu'il fait jour, et il est vrai aussi que dehors le soleil est
éblouissant dans les rues et sur les façades des maisons blanchies à la
chaux, mais ici, dans le vaste et surtout très long corridor qui sert de
vestibule, qui traverse toute la maison, depuis le portail massif jusqu'au
jardin dont on aperçoit au fond la verdure ensoleillée que la perspective
fait paraître lointaine, il doit y avoir habituellement de la pénombre qui
est de l'ombre pour ceux qui viennent du dehors, les yeux éblouis par le
grand soleil. Aussi Chouza a pourvu à ce que les
larges poêles de cuivre repoussé, fixées en grand nombre et à des intervalles
réguliers sur les deux murs, soient toutes éclairées et de même aussi le
lampadaire central, un large bassin d'albâtre rosé, avec encastrées dans la
transparence carnée de l'albâtre, des jaspes et autres écailles précieuses et
multicolores qui, à cause de la lumière allumée à l'intérieur, resplendissent
comme autant d'étoiles qui projettent des arcs-en-ciel sur les murs peints en
bleu foncé, sur les visages, sur le dallage de marbre cipolin. 427> Il semble que de petites étoiles se
posent sur les murs, sur les visages, sur le sol, étoiles multicolores,
menues et mouvantes, car le lampadaire se balance légèrement a cause du
courant d'air qui traverse le vestibule et qui déplace continuellement les
facettes des écailles précieuses. "La paix à cette maison" répète Jésus en entrant,
alors que sans arrêt il bénit les serviteurs courbés jusqu'à terre, les hôtes
étonnés d'être rassemblés là, tout près du Rabbi, dans un palais princier...
Jésus passe et bénit. Chaque malheureux reçoit sa bénédiction,
et si la main droite se lève pour bénir, la gauche s'abaisse pour caresser
les têtes tremblantes et chenues des vieillards ou les têtes innocentes des
petits. Il parcourt ainsi le vestibule, en allant et venant pour bénir tout
le monde, même ceux qui entrent alors que Lui bénit déjà et, encore en
lambeaux, se cachent craintifs et timides dans un coin jusqu'à ce que les
serviteurs les amènent gentiment ailleurs pour être, comme ceux qui les ont
précédés, lavés et habillés de vêtements propres. Une jeune veuve passe avec sa nichée d'enfants... Quelle misère !
Le plus jeune est tout à fait nu, serré dans le voile déchiré de sa mère...
les plus grands avec juste ce qu'il faut pour sauvegarder la décence. Seul
l'aîné, un garçon efflanqué, a ce que l'on peut appeler un habit mais en
revanche il n'a pas de chaussures. 428> Jésus
observe et appelle la femme pour lui dire : "D'où
viens-tu ?" "De la plaine de Saron, Seigneur. Lévi est devenu
majeur... J'ai dû l'accompagner au Temple... moi... puisqu'il n'a plus de
père" et la femme pleure sans bruit, du pleur muet de qui a trop pleuré.
"Quand ton homme est-il mort ?" "Il y a eu un an au mois de Scebat.
J'étais enceinte depuis deux lunes..." et elle réprime ses sanglots pour
ne pas troubler, en se penchant sur son petit. "Le bébé a donc huit mois ?" "Oui, Seigneur." "Que faisait ton mari ?" La femme murmure si doucement que Jésus ne comprend pas. Il se
penche pour entendre en disant: "Répète sans crainte." "Il était forgeron dans une maréchalerie... Mais il a été
très malade... car il avait des blessures qui s'étaient envenimées." Et
elle termine en disant tout bas: "C'était un soldat de Rome." "Mais toi, tu es d'Israël ?" "Oui, Seigneur. Ne me chasse pas pour impureté, comme
l'ont fait mes frères quand je suis allée implorer leur pitié après la mort
de Cornélius..." "N'aie pas pareille peur ! Que fais-tu maintenant
comme travail ?" "La servante, quand on veut de moi, la glaneuse, la
laveuse de draps, la broyeuse de chanvre... de tout... pour leur donner à
manger. Lévi maintenant va faire le paysan... si on veut de lui car... c'est
un bâtard de race." "Confie-toi dans le Seigneur !" "Si je n'avais pas eu confiance, je me serais tuée avec
eux, Seigneur." "Va, femme, nous nous reverrons" et il la congédie. Jeanne, pendant ce temps, est accourue et elle est restée à
genoux en attendant que le Maître la voie. Lui se retourne, en fait, et il la
voit. "Paix à toi, Jeanne ! Tu m'as parfaitement
obéi." "T'obéir, c'est ma joie. Mais je n'ai pas été la seule à
te procurer "la cour" comme tu le voulais. Chouza
m'a aidée de toute manière et aussi Marthe et Marie. Et Elise avec elles. Les
uns en envoyant leurs serviteurs prendre ce qu'il fallait et pour aider les
miens à rassembler les hôtes, d'autres en aidant les serviteurs et les
servantes des bains, à laver les "bien-aimés" comme tu les
appelles. Maintenant, avec ta permission, je vais donner à tout le monde un
peu de nourriture pour qu'ils n'aient pas trop faim en attendant le
repas." 429> "Fais-le, oui. Où sont
les femmes disciples ?" "Sur la terrasse supérieure où je fais préparer les
tables. Ai-je pensé juste ?" "Oui, Jeanne. Là-haut, on sera tranquille, aussi bien eux
que nous." "Oui, c'est ce que j'ai pensé. D'ailleurs, dans aucune
autre salle je n'aurais pu faire les préparatifs pour tant de monde... Et je
ne voulais pas faire de séparation pour ne pas occasionner des jalousies et
des souffrances. Les malheureux ont une sensibilité si vive, ils souffrent si
facilement, je dirais même !... Ils ne sont qu'une plaie et il suffit
d'un regard pour les faire souffrir." "Oui, Jeanne. Ton âme est sensible à la pitié, et tu
comprends. Que Dieu te récompense pour ta pitié. Y a-t-il beaucoup de femmes
disciples ?" "Oh ! toutes celles qui étaient à Jérusalem!...
Mais... Seigneur... j'ai peut-être commis une faute... Je voudrais te dire
quelque chose en secret." "Mène-moi dans un endroit solitaire." Ils vont eux deux seuls dans une pièce où, à cause des jouets
étalés partout, je comprends que c'est la salle de jeux de Marie et de
Mathias. "Eh bien, Jeanne ?" "Oh ! mon Seigneur, certainement j'ai été
imprudente... Mais l'idée m'en est venue, si spontanément, et avec tant
d'impétuosité ! Chouza me l'a reproché. Mais
maintenant... Au Temple il est venu un esclave de Plautina
avec une tablette. Elle et ses compagnes demandaient s'il était possible de
te voir. J'ai répondu : "Oui, dans l'après-midi, chez moi". Et
elles vont venir... Ai-je mal fait ? Oh ! pas à cause de
Toi !... Mais à cause des autres, pour ceux qui sont tous Israël... et
ne sont pas amour comme Toi. Si j'ai fauté, j'essaierai de réparer... Mais je
désire tant que le monde, le monde entier, t'aime, que... que je n'ai
pas réfléchi que dans le monde Toi seul es Perfection et qu'il y en a trop
peu qui cherchent à te ressembler." "Tu as bien fait. Aujourd'hui je prêche à vous tous par
les œuvres. Et la présence des gentils parmi ceux qui croient en Jésus Sauveur
sera une des choses que dans l'avenir devront faire ceux qui croient en Moi.
Les enfants, où sont-ils ?" "Un peu partout, Seigneur" dit en souriant Jeanne
rassurée, et elle dit pour finir : "La fête les exalte, et ils
courent ça et là comme des oiseaux heureux." 430> Jésus la quitte, revient dans
le vestibule, fait un signe aux hommes qui étaient avec Lui et se dirige vers
le jardin pour monter sur la vaste terrasse. Une joyeuse activité remplit la maison de la cave au toit.
C'est un va et vient incessant, avec des vivres et du mobilier, avec des
paquets de vêtements, des sièges. On accompagne les hôtes, en répondant aux
questions toujours joyeusement et affectueusement. Jonathas,
solennel dans sa fonction d'intendant, dirige, surveille, conseille inlassablement.
La vieille Esther, heureuse de voir l'entrain et le bonheur de
Jeanne, rit au milieu d'un cercle de pauvres enfants auxquels elle distribue
des fouaces tout en racontant des histoires merveilleuses. Jésus s'arrête un
moment pour écouter la conclusion magnifique de l'une d'elles, où on dit que
"à la bonne Aube de mai, qui jamais ne se révoltait contre le Seigneur
pour les souffrances qui étaient survenues dans sa maison, Dieu accorda
beaucoup de faveurs qui permirent à Aube de mai d'apporter sauvegarde et
biens même à ses frères. Les anges emplissaient la petite huche, finissaient
le travail sur le métier pour aider la bonne fillette en disant :
"C'est notre sœur parce qu'elle aime le Seigneur et son prochain. Il
faut que nous l'aidions"." "Dieu te bénisse, Esther ! Je m'arrêterais presque
Moi aussi pour écouter tes paraboles ! Me veux-tu ?" dit Jésus
en souriant. "Oh ! mon Seigneur ! C'est moi qui dois
t'écouter, mais pour les tout petits, je fais encore l'affaire, moi pauvre
vieille sotte !" "Ton âme juste est utile aux adultes aussi. Continue,
continue, Esther..." et il lui sourit en s'éloignant. Dans le vaste jardin, les hôtes sont maintenant dispersés et
consomment un casse-croûte, en regardant autour d'eux et en se regardant l'un
l'autre stupéfaits. Ils parlent et échangent des commentaires sur ce bonheur
inespéré. Mais, en voyant Jésus passer, ils se lèvent quand ils peuvent le
faire et se courbent pour adorer. "Mangez, mangez, en toute liberté et bénissez le
Seigneur" dit Jésus en passant pour aller vers les pièces des jardiniers
où commence l'escalier extérieur qui mène à la vaste terrasse. "Oh ! mon Rabbouni !"
crie Marie-Magdeleine qui sort en courant d'une
pièce, les bras chargés de langes et de chemisettes pour les petits. Et sa voix
veloutée d'orgue d'or remplit le chemin, ombragé par des festons de rosés. 431>
"Marie, Dieu soit avec toi. Où vas-tu avec tant
d'empressement ?" "Oh ! j'ai dix enfants à vêtir ! Je les ai lavés
et maintenant je les habille. Après cela, je te les amènerai, frais comme des
fleurs. Je m'enfuis, Maître, car... tu les entends ? On dirait dix
agneaux qui bêlent..." et elle s'en va en courant et en riant splendide
et sereine dans son vêtement simple et seigneurial de lin blanc, serré à la
taille par une fine ceinture d'argent, les cheveux serrés d'un simple nœud
sur la nuque, retenus par un ruban blanc noué au front. "Comme
elle est différente de celle qui était sur le Mont des
Béatitudes !" s'exclame Simon le Zélote. Au premier palier de l'escalier, ils rencontrent la fille de Jaïre et Annalia qui descendent
si vite qu'elles semblent voler. "Maître !" "Seigneur !" s'écrient-elles. "Dieu soit avec vous. Où allez-vous ?" "Prendre des nappes. C'est la servante de Jeanne qui nous
envoie. Tu parles, Maître ?" "Certainement !" "Oh ! alors cours, Miryam !
Faisons vite !" dit Annalia. "Vous avez tout le temps de faire votre travail. J'attends
d'autres personnes. Mais depuis quand, ma fille, t'appelles-tu Miryam ?" dit-il en regardant la fille de Jaïre. "Depuis aujourd'hui. Depuis maintenant. C'est ta Mère qui
m'a donné ce nom. Parce que... n'est-ce pas Annalia ?
Aujourd'hui c'est un grand jour pour quatre vierges..." "Oh ! oui. Allons-nous le dire au Seigneur ou en
laissons-nous le soin à Marie ?" "À Marie, à Marie. Va, va, Seigneur. La Mère te
parlera" et elles s'en vont en courant, dans la prime fleur de la
jeunesse, humaines dans leurs belles formes, angéliques dans leur regard
radieux... Ils sont au troisième palier quand ils rencontrent Élise de Béthsur, qui descend gravement avec la femme de Philippe.
"Ah ! Seigneur ! Aux uns tu prends, aux autres
tu donnes !... Mais que tu en sois également béni !" crie
cette dernière. "De quoi parles-tu, femme ?" "Tu vas le savoir... Quelle peine et quelle gloire,
Seigneur ! Tu me mutiles et tu me couronnes." Philippe, qui est près de Jésus, dit : "Que
dis-tu ? De quoi parles-tu ? Tu es mon épouse et ce qui t'arrive me
touche..." "Oh ! tu vas le savoir, Philippe. Va, va avec le
Maître." 432> Entre temps, Jésus
demande à Élise si elle est bien guérie. La femme, à laquelle la grande
douleur d'autrefois a donné une majesté de reine souffrante, dit :
"Oui, mon Seigneur. Mais ce n'est pas une douleur que de souffrir avec
la paix dans le cœur. Et maintenant j'ai la paix dans le cœur." "Et tu vas avoir bientôt davantage." "Quoi, Seigneur ?" "Va et reviens, et tu le sauras." "Voilà Jésus ! Voilà Jésus !" crient les
deux enfants qui ont le visage appuyé contre la balustrade ornée d'arabesques
qui borde la terrasse des deux côtés qui donnent sur le jardin, et de
laquelle descendent des branches de rosiers et de jasmins en fleurs, car la
terrasse est un vaste jardin suspendu sur lequel, en cette heure ensoleillée,
s'étend un voile multicolore. Toutes les personnes occupées aux préparatifs
sur la terrasse se retournent au cri de Marie et de Mathias et, laissant ce
qu'elles faisaient, elles vont à la rencontre de Jésus aux genoux duquel sont
déjà accrochés les deux enfants. Jésus salue les nombreuses femmes qui se pressent. Parmi les
disciples proprement dites ou les femmes, les filles, les sœurs des apôtres
et des disciples, sont mêlées d'autres moins connues, moins intimes, telles
que l'épouse du cousin Simon; les mères des âniers de Nazareth; la mère d'Abel de Bethléem de Galilée; Anne de Jude (la maison près du
lac de Méron); Marie de Simon, mère de Judas de
Kériot; Noémi d'Ephèse; Sara et Marcelle de Béthanie (Sara est la
femme que Jésus guérit sur le Mont des Béatitudes et envoya à Lazare avec le
vieil Ismaël. Elle semble être maintenant servante de Marie de Lazare); puis
la mère de Jaia; la mère de Philippe d'Arbela; Dorca, la jeune mère de Césarée de Philippe, et sa
belle-mère; la mère d'Annalia; Marie de Bozra,
la lépreuse miraculée venue avec son mari à Jérusalem; et d'autres, d'autres
que je connais de vue mais dont je ne puis dire exactement les noms. Jésus pénètre sur la vaste terrasse rectangulaire qui donne
d'un côté sur le Siste, et il va se mettre près de
la pièce sur laquelle débouche l'escalier intérieur, et qui ressemble à un
cube de faible hauteur situé à l'angle nord de la terrasse. Jérusalem se
montre toute entière, et avec elle ses alentours immédiats. Une vue
étonnante. Toutes les disciples, toutes les femmes
même, quittent le travail des tables pour se serrer autour de Lui. Les
serviteurs continuent leur travail. 433> Marie est près de son
Fils. Dans la grande lumière dorée qui filtre à travers le grand voile étendu
sur la terrasse et qui devient couleur émeraude là où pour arriver à la vue
elle doit pour passer filtrer à travers un massif de jasmins et de rosiers
disposés pour faire une tonnelle, Marie paraît encore plus jeune et plus
agile; une sœur des plus jeunes disciples, à peine plus âgée, et belle, belle
comme la plus splendide des rosés épanouies dans le jardin suspendu, dans les
vasques disposées tout autour qui contiennent des rosiers, des jasmins, des
muguets, des lys et autres plantes charmantes. "Mère, mon épouse a parlé d'une certaine façon !...
Qu'est-ce qui est arrivé pour qu'elle puisse se dire à la fois mutilée et
couronnée ?" demande Philippe qui brûle de le savoir. Marie sourit doucement pendant qu'elle le regarde et elle, si
rétive à la confidence, lui prend la main en disant : "Serais-tu
capable, toi, de donner à mon Jésus la chose qui t'est la plus chère ?
Vraiment tu le devrais... parce que Lui te donne le Ciel et le Chemin pour y
aller." "Mais certainement, Mère, que je le saurais... surtout si
je savais que ce que je Lui donnerais pouvait le rendre heureux." "Il l'a, Philippe : ta seconde fille se consacre
aussi au Seigneur. Elle l'a dit tout à l'heure, à sa mère et à moi, en
présence de nombreuses disciples..." "Toi !? Toi !?" demande Philippe stupéfait,
en montrant de l'index une gentille enfant qui se serre contre Marie comme
pour qu'elle la protège. L'apôtre a du mal à avaler ce second coup qui le
prive pour toujours de l'espoir d'une descendance. Il essuie la sueur
soudaine que la nouvelle lui a causée... il tourne son regard sur ceux qui
l'entourent. Il lutte... Il souffre. La fille gémit : "Père... ton pardon... et ta
bénédiction..." et elle glisse à ses pieds. Philippe caresse machinalement ses cheveux châtains et
s'éclaircit la gorge qui se serre. Enfin il parle : "On pardonne
aux enfants qui pèchent... Toi, tu ne pèches pas en te consacrant au
Maître... et... et... ton pauvre père ne peut que te dire... que te dire :
"Que tu sois bénie"... Ah ! fille ! ma fille !...
Comme elle est douée et terrible la volonté de Dieu !" et il se
penche, la relève, l'embrasse, lui dépose un baiser sur le font, sur les
cheveux, en pleurant... et puis, la tenant encore dans ses bras, il va vers Jésus
et Lui dit : "Moi, je l'ai engendrée, mais Toi, tu es son Dieu...
Ton droit est plus grand que le mien... Merci... merci, Seigneur, de la... de
la joie que..." il ne peut poursuivre. Il tombe à genoux aux pieds de
Jésus et se baisse pour baiser ses pieds en gémissant : "Jamais
plus, jamais plus de petits-enfants... Mon rêve !... Le sourire de ma
vieillesse !... Pardonne-moi ces pleurs, mon Seigneur... Je suis un
pauvre homme..." 434> "Lève-toi, mon ami, et
sois heureux de donner les prémices aux parterres angéliques. Viens. Viens
ici entre ma Mère et Moi. Apprenons d'elle comment la chose est arrivée parce
que, je te l'assure, je n'y suis pour rien." Marie
explique : "Moi aussi, je sais peu de chose. Nous parlions entre
nous, femmes, et comme il arrive souvent on m'interrogeait sur mon vœu de
virginité. On me demandait encore comment seraient les futures vierges,
quelles fonctions, quelles gloires je prévoyais pour elles. Je répondais
comme je sais... Et pour l'avenir, je prévoyais une vie de prière, de consolation
pour les souffrances que le monde donnera à mon Jésus. Je disais : L'épouse de Philippe demande à son mari : "Tu as
entendu ?" "Oui, femme, la chair gémit... et elle devrait chanter
parce que cela c'est notre glorification. Elle, notre lourde chair, a
engendré deux anges. Ne pleure pas, femme. Tu l'as dit précédemment : Il
t'a couronnée... La reine ne pleure pas quand elle reçoit le diadème..." Mais Philippe pleure encore et plusieurs pleurent, tant hommes
que femmes, maintenant que tous sont rassemblés là-haut. Marie de Simon fond
en larmes dans un coin... Marie de Magdala pleure dans un autre, en
tiraillant machinalement le lin de son vêtement arrachant machinalement des
fils à la bordure qui l'orne. Anastasica pleure en
essayant de cacher de la main son visage en larmes 435> "Pourquoi
pleurez-vous ?" demande Jésus. Personne ne répond. Le Seigneur appelle Anastasica
et il l'interroge de nouveau. Et elle répond : "Parce que,
Seigneur, pour une joie nauséabonde éprouvée une seule nuit, j'ai perdu
d'être une de tes vierges." "Tout état est bon. lorsqu'on y sert le Seigneur. Dans
la future Église, il faudra des vierges et des femmes mariées, toutes utiles
au triomphe du Royaume de Dieu dans le monde et au travail des frères
prêtres. Élise de Béthsur, viens là. Console cette
femme qui n’est guère qu'une enfant..." Et de sa main, il met Anastasica dans
les bras d'Élise. Il les observe pendant qu'Élise la caresse et que l'autre
s'abandonne dans ces bras maternels, et puis il demande : "Élise,
connais-tu son Histoire" "Oui Seigneur. Et elle me fait tant de peine, pauvre
colombe sans nid." "Élise, aimes-tu cette sœur ?" "L'aimer ? Tellement, mais pas comme une sœur. Elle
pourrait être ma fille. Et maintenant que je la tiens dans mes bras, il me
semble redevenir la mère heureuse du temps passé. À qui vas-tu confier cette
douce gazelle ?" "À toi. Élise." "À moi ?" La femme desserre le cercle de ses
bras pour regarder le Seigneur, incrédule… "À toi. Tu ne la veux pas ?" "Oh ! Seigneur ! Seigneur !
Seigneur !"... Élise, à genoux, rampe vers Jésus, et elle ne sait
pas, elle ne sait pas comment, ce que dire ce que faire pour exprimer sa
joie. "Lève-toi et sois pour elle saintement mère, et qu'elle
soit pour toi saintement fille, et avancez toutes les deux sur le chemin du
Seigneur. Marie de Lazare, pourquoi pleures-tu, toi si gaie il y a un
instant ? Où sont les dix fleurs que tu voulais
m'amener" ?" "Ils dorment, rassasiés, dans la propreté, Maître... Et
moi je Pleure, parce que jamais plus je n'aurai la pureté des vierges et mon
âme toujours pleurera, jamais satisfaite parce que parce que j'ai
péché…" "Mon pardon et tes larmes te rendent plus pure qu'elles.
Viens ici, ne pleure plus. Laisse les pleurs à ceux qui doivent avoir honte 436> de quelque chose. Allons, va prendre tes
fleurs. Allez, vous aussi, épouses et vierges. Allez dire aux hôtes de Dieu
de monter. Il faut les congédier avant la fermeture des Portes, car beaucoup
d'entre eux sont disséminés à travers la campagne." Ils s'en vont obéissants. Il ne reste sur la terrasse que Jésus
à sa place, qui caresse Marie et Mathias; Élise et Anastasica
qui, un peu plus loin, se tiennent par la main en se regardant dans les yeux
avec un sourire qui éclaire une larme de joie; Marie de Simon sur laquelle se
penche avec pitié Marie très Sainte; et Jeanne qui, sur le seuil de la porte,
regarde incertaine un peu dedans, un peu dehors, vers Jésus. Les apôtres et
les disciples sont descendus en même temps que les femmes pour aider les
serviteurs à transporter les estropiés, les aveugles, les boiteux, les
bossus, les vieillards. par le long escalier. Jésus relève sa tête qui était penchée sur les deux enfants, et
il voit Marie penchée sur la mère de Judas. Il se lève et va vers elles. Il
pose sa main sur la tête grisonnante de Marie de Simon : "Pourquoi
pleures-tu, femme ?" "Oh ! Seigneur ! Seigneur ! J'ai enfanté un
démon ! Aucune mère en Israël ne m'égalera pour la douleur !" "Marie, une autre mère, et pour le même motif que toi, m'a
dit et dit ces paroles. Pauvres mères !..." [1] "Oh ! mon Seigneur, il y en a donc un autre qui comme
mon Judas est perfide et criminel à ton égard ? Oh ! ce n'est pas
possible ! Lui, qui te possède, s'est livré à des pratiques immondes.
Lui, qui respire ton haleine, est luxurieux et voleur, peut-être il deviendra
homicide. Lui... Oh ! Sa pensée est mensonge ! Sa vie est une
fièvre. Fais-le mourir, Seigneur ! Par pitié ! Fais-le
mourir !" "Marie, ton cœur te le montre pire qu'il ne l'est. La peur
t'affole. Mais calme-toi et raisonne. Quelles preuves as-tu de son
inconduite ?" "À ton égard, rien. Mais c'est une avalanche qui descend.
Je l'ai surpris et il n'a pas pu cacher les preuves qui... Le voilà... Par
pitié, tais-toi ! Il me regarde, il soupçonne. C'est ma douleur. Aucune
mère n'est plus malheureuse que moi en Israël !..." Marie murmure : "Moi... Parce qu'à ma douleur je
joins celle de toutes les mères malheureuses... Parce que ma douleur m'est
donnée par la haine, non d'un seul, mais de tout un monde." Jésus, appelé par Jeanne, va la trouver. Pendant ce temps,
Judas va vers sa mère que Marie réconforte encore, et il l'apostrophe:
"As-tu pu dire tous tes délires ? Me calomnier ? Es-tu
heureuse 437> maintenant ?" "Judas ! Est-ce ainsi que tu parles à ta
mère ?" demande sévèrement Marie. C'est la première fois que je la
vois ainsi... "Oui, parce que je suis las de sa persécution." "Oh ! mon fils, ce n'est pas une persécution !
C'est de l'amour. Tu dis que je suis malade, mais c'est toi qui l'es !
Tu dis que je te calomnie et que j'écoute tes ennemis. Mais c'est toi qui te
fais tort, mais tu suis et fréquentes des êtres néfastes qui t'entraîneront.
C'est que tu es un faible, mon fils, et eux s'en sont aperçus... Crois-en ta
mère. Écoute Ananias qui est âgé et sage.
Judas ! Judas ! Aie pitié de toi, de moi ! Judas !!! Où
vas-tu, Judas ?!" Judas, qui presque en courant traverse la terrasse, se retourne
et crie : "Où je suis utile et vénéré" et il descend
précipitamment l'escalier alors que la malheureuse mère, se penchant sur le
parapet, lui crie : "N'y va pas ! N'y va pas ! Ils
veulent ta ruine ! Fils ! Fils ! Mon fils !..." Judas est arrivé en bas, et les arbres le cachent à la vue de
sa mère. Il réapparaît un instant dans un espace vide avant d'entrer dans le
vestibule. "Il est parti !... L'orgueil le dévore !"
gémit sa mère. "Prions pour lui, Marie. Prions nous
deux ensemble..." dit la Vierge en tenant par la main la triste mère du
futur déicide. Pendant ce temps, les hôtes commencent à monter... et Jésus
parle avec Jeanne. "Bon, qu'elles viennent donc. C'est bien qu'elles aient
pris des vêtements hébraïques, pour ne pas heurter les préventions de
plusieurs. Je les attends ici. Va les appeler" et adossé à l'huisserie,
il observe l'afflux des convives que les apôtres, les disciples, hommes et
femmes, guident affectueusement selon un ordre fixé d'avance. Au milieu se
trouve la table basse des enfants, puis de part et d'autre toutes les autres
disposées parallèlement. Mais alors que les aveugles, les boiteux, les bossus, les estropiés,
les vieillards, les veuves, les mendiants, prennent place avec leurs
douloureuses histoires imprimées sur leurs visages, voilà que, gentils comme
des paniers de fleurs, on apporte des paniers transformés en berceaux et
jusqu'à de petits coffres dans lesquels, étendus sur des coussins, dorment
repus de jeunes bébés pris à leurs mères mendiantes. Et Marie de Magdala,
rassérénée, court vers Jésus en disant : "Elles sont arrivées les
fleurs. Viens les bénir, mon Seigneur." Mais en même temps, Jeanne arrive de l'escalier intérieur en 438> disant : "Maître, voici les
disciples païennes." Il y a sept femmes, vêtues d'habits modestes et
foncés, semblables à ceux des hébreux. Elles ont toutes le visage couvert
d'un voile et un manteau les couvre jusqu'aux pieds. Deux sont grandes et majestueuses, les autres de taille
moyenne. Mais quand après avoir vénéré le Maître, elles enlèvent leurs
manteaux, il est facile de reconnaître Plautina,
Lidia, Valeria, l'affranchie Flavia, celle qui a
écrit les paroles de Jésus dans le jardin de Lazare [2], et
puis il y a trois inconnues. Une d'elles, au regard habitué au commandement,
et qui pourtant s'agenouille en disant au Seigneur : "Et avec moi,
Rome se prosterne à tes pieds", et puis une forte matrone d'environ
cinquante ans, et enfin une toute jeune femme élancée et sereine comme une
fleur des champs. Marie de Magdala reconnaît les romaines, malgré leurs vêtements
hébreux, et murmure: "Claudia !!!" et elle reste les yeux
écarquillés. "C'est
moi. J'en ai assez d'entendre par la parole d'autrui ! La Vérité et la
Sagesse, il faut les atteindre directement à la source." "Crois-tu qu'ils vont nous reconnaître ?"
demande Valeria à Marie de Magdala. "Si vous ne vous trahissez pas en disant vos noms, je ne crois
pas. Du reste, je vais vous mettre dans un endroit sûr." "Non, Marie. Aux tables, pour servir les mendiants.
Personne ne pourra penser que ce sont des patriciennes qui servent les
pauvres, les plus petits du monde hébraïque" dit Jésus. "C'est une bonne idée, ô Maître, car l'orgueil est inné en
nous." "Et l'humilité est le signe le plus net de ma doctrine.
Qui veut me suivre doit aimer la Vérité, la Pureté et l'Humilité, avoir de la
charité pour tous, et de l'héroïsme pour défier l'opinion des hommes et les
pressions des tyrans. Allons." "Pardon, ô Rabbi. Cette fillette est une esclave, fille
d'esclaves. Je l'ai rachetée parce qu'elle est d'origine Israélite et Plautina la garde avec elle. Mais je te l'offre, pensant
bien faire. Son nom est Egla. Elle t'appartient." "Marie,
accueille-la. Puis nous penserons... Merci, femme." Jésus va sur la terrasse pour bénir les enfants. Les dames
éveillent une grande curiosité. Mais ainsi habillées et coiffées à
l'hébraïque, en vêtements presque pauvres, elles n'éveillent pas de soupçons.
Jésus va au milieu de la terrasse, près de la table des enfants, et il prie,
offrant pour tous la nourriture au Seigneur, il bénit et donne l'ordre de
commencer le repas. 439> Apôtres,
disciples hommes et femmes, dames, sont serviteurs des pauvres. Jésus donne
l'exemple en retroussant les larges manches de son vêtement rouge et en
s'occupant de ses enfants, aidé par Miryam de Jaïre et par Jean. Les bouches de tous travaillent remarquablement, mais les yeux
sont tous tournés vers le Seigneur. Le soir arrive et on enlève le voile
pendant que les serviteurs apportent les lampes encore superflues. Jésus
circule parmi les tables. Il n'en laisse aucune sans encouragement et sans
aide. Il frôle ainsi plusieurs fois les royales Claudia et Plautina qui partagent humblement le pain et portent le
vin aux lèvres des aveugles, des paralytiques, des manchots; il sourit à ses
vierges qui s'occupent des femmes; aux mères disciples toutes pleines de
pitié auprès des malheureux; à Marie de Magdala qui se prodigue à une tablée
de pauvres vieux, la plus triste de toutes, pleine de tousseurs, de gens qui
tremblent, de mâchoires édentées qui mâchonnent et de bouches qui bavent; et
il aide Mathieu qui secoue un enfant qui a avalé de travers un morceau de fouace
qu'il suçait et mordait avec ses nouvelles dents; il complimente Chouza qui, arrivé au début du repas, découpe les viandes
et s'en tire comme un serviteur expérimenté. Le repas prend fin. Sur les visages empourprés, dans les
regards plus joyeux, on voit clairement la satisfaction des pauvres gens. Jésus se penche sur un vieil homme secoué par un tremblement,
et il lui dit : "À quoi penses-tu, père, toi qui
souris ?" "Je pense que vraiment ce n'est pas un rêve. Il y a encore
un instant, je croyais dormir et rêver. Mais maintenant je sens que c'est
vrai. Mais qui te rend si bon, Toi, qui rend si bons
tes disciples ? Vive Jésus !" crie-t-il pour finir. Et toutes les voix de ces pauvres, et il y en a des centaines,
crient: "Vive Jésus !" Jésus se rend de nouveau au milieu et il ouvre les bras pour
faire signe de se taire et de rester en place. Il commence à parler en
restant assis avec un petit enfant sur ses genoux.
Un cri
et un bruit de pas interrompt Jésus. Un groupe d'Israélites forcenés monte
l'escalier en courant. Les romaines les plus connues, c'est-à-dire Plautina, Claudia, Valeria et Lidia, se mettent à l'ombre
en baissant leurs voiles. Les perturbateurs font irruption sur la terrasse et ils
semblent chercher je ne sais quoi. Chouza, offensé,
va au devant d'eux et leur demande : "Que
voulez-vous ?" "Rien qui te concerne. Nous cherchons Jésus de Nazareth et
pas toi." "Me voici. Ne me voyez-vous pas ?" demande Jésus
en mettant l'enfant par terre et en se levant imposant. "Que fais-tu ici ?" "Vous le voyez. Je fais ce que j'enseigne et j'enseigne ce
qu'il faut faire : l'amour pour les plus pauvres. Qu'est-ce qu'on vous a
dit ?" "On a entendu des cris séditieux et comme là où tu es il y
a des troubles, nous sommes venus voir." "Là où je suis, c'est la paix. On criait : "Vive
Jésus"." "Justement. On a pensé, aussi bien au Temple qu'au palais 441> d'Hérode, qu'ici on conjurait
contre..." "Qui ? Contre qui ? Qui est roi en Israël ?
Pas le Temple, pas Hérode. C'est Rome qui est maîtresse et bien fou est celui
qui pense à se faire roi là où elle commande." "Toi, tu dis que tu es roi." "Je suis Roi, mais pas de ce royaume. Il est trop mesquin
pour Moi ! Trop mesquin est aussi l'empire. Je suis le Roi du Royaume saint
des Cieux, du Royaume de l'Amour et de l'Esprit. Allez en paix, ou restez si
vous voulez et apprenez comment on arrive à mon Royaume. Mes sujets, les
voilà : les pauvres, les malheureux, les opprimés, et puis les bons, les
humbles, les charitables. Restez. joignez-vous à eux." "Cependant tu es toujours à banqueter dans des maisons
fastueuses, au milieu de belles femmes et..." "Cela suffit ! On ne fait pas d'insinuations contre
le Rabbi et on ne l'offense pas dans ma maison. Sortez !" tonne Chouza. Mais par l'escalier intérieur bondit sur la terrasse une jolie
silhouette de fillette voilée. Elle court, légère comme un papillon, vers
Jésus et là elle jette son voile et son manteau pour tomber à ses pieds et
essayer de les Lui baiser. "Salomé !" crie Chouza
avec les autres. Jésus s'est retiré si vivement pour fuir son contact que son
siège se renverse et il en profite pour en faire une séparation entre Lui et
Salomé. Ses yeux font peur tant ils sont phosphorescents, terribles. Salomé, agile et effrontée, toute cajoleries,
dit : "Oui, moi. L'acclamation est parvenue au Palais. Hérode
envoie une ambassade pour dire qu'il veut te voir. Mais moi, je l'ai
prévenue. Viens avec moi, Seigneur. Je t'aime tant et je te désire
tant ! Je suis moi aussi chair d'Israël." "Va à ta maison." "La Cour t'attend pour te faire honneur." "Ma Cour, la voilà. Je ne connais pas d'autre cour, ni
d'autres honneurs" et de la main il montre les pauvres assis aux tables.
"Je t'apporte des cadeaux pour elle. Voici mes
bijoux." "Je n'en veux pas." "Pourquoi les refuses-tu ?" "Parce qu'ils sont impurs et donnés dans une intention
impure. Va-t-en !" Salomé se relève interdite. Elle regarde à la dérobée le
Terrible, le Très Pur qui la foudroie avec le bras tendu et son regard de
feu. 442> Elle regarde furtivement tout
le monde, et elle voit moquerie ou nausée sur les visages. Les pharisiens
sont pétrifiés et ils observent la scène puissante. Les romaines osent
avancer pour mieux voir. Salomé tente un dernier essai : "Tu approches même
les lépreux..." dit-elle humble et suppliante. "Ce sont des malades. Toi, tu es une impudique.
Va-t-en !" Le dernier "va-t-en !" est tellement puissant
que Salomé ramasse voile et manteau et, penchée, rampante, se dirige vers
l'escalier. "Attention, Seigneur !... Elle est puissante... Elle
pourrait te nuire" murmure Chouza à voix
basse. Mais Jésus répond d'une voix très forte, pour que tous puissent
entendre, celle qu'il chasse pour commencer : "N'importe. Je
préfère être tué que de faire alliance avec le vice. Sueur de femme lascive
et or de courtisane sont des poisons d'enfer. S'allier par lâcheté avec les
puissants c'est une faute. Je suis Vérité, Pureté et Rédemption. Et je ne
change pas. Va. Accompagne-la..." "Je punirai les serviteurs qui l'ont laissée passer." "Tu ne puniras personne. Une seule le mérite. Elle, et
elle l'est. Et qu'elle sache, et sachez que sa pensée m'est connue et que
j'en éprouve du dégoût. Que le serpent retourne à son trou. L'Agneau revient
à ses jardins." Il s'assoit. Il sue. Il se tait. Puis il dit : Une pause d'un instant et puis un cri... et ils sont nombreux,
très nombreux, ceux qui se lèvent guéris. Les juifs, venus pour surprendre
Jésus, s'en vont abasourdis et négligés dans le délire général, à cause des
miracles et de la pureté de Jésus. Jésus sourit en embrassant les enfants, puis il congédie les
hôtes en retenant les veuves et il parle à Jeanne en leur faveur. Jeanne en
prend note et les invite pour le lendemain. Puis, elles aussi, s'en vont. Les
vieillards partent les derniers... Il reste les apôtres, les disciples et les romaines. Jésus
dit : "Ainsi doit être l'union dans l'avenir. Il n'y a pas de
paroles. Ce sont les actes qui parlent aux esprits et aux âmes par leur
évidence. La paix soit avec vous." Il se dirige vers l'escalier intérieur et il disparaît suivi de
Jeanne et puis des autres. 443> Au
bas de l'escalier, il rencontre Judas: "Maître, ne va pas au Gethsémani !
Il y a là des ennemis qui te cherchent. Et toi, mère, que dis-tu
maintenant ? Toi qui m'accuses ! Si je n'y étais pas allé, je
n'aurais pas appris le piège tendu au Maître. Dans une autre maison !
Allons dans une autre maison !" "Dans la nôtre, alors. Dans la maison de Lazare n'entre
que celui qui est ami de Dieu" dit Marie de Magdala. |
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"Oui.
Que ceux qui hier étaient au Gethsémani viennent avec les sœurs au palais de
Lazare. Demain nous pourvoirons." |
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