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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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Mardi 30
octobre 29 (4 Kisleu)
- Le Zélote et Barthélemy attendront
Judas 401 - Des apôtres pensifs 401 - Thomas regrette d'avoir conduit Judas
à Jésus 402 - Jude reconnaît en Judas un profiteur
403 - Reproche de Jésus à Thomas et à Jude
403 - Discours (Judas montre l'homme
tel qu'il est) 404 - La bonne volonté est nécessaire 404 - Judas est un malade spirituel 405 - Un vieux chassé par son fils à cause
du Messie 405 - Protection promise au mendiant 407 - Et obtenue 407 - Qui peut être le fils ? 407 - L'identité de Eli-Anna 408 - Qui sera confié à un certain Simon 408
- Lequel l'accueille chaleureusement 408
- Comment le vieillard à reconnu Jésus
409 - Il est une consolation pour Jésus 410 |
Accueil >> Plan du site >> Sommaire du Tome 7 7.217 |
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401> Ils sont encore à onze quand ils reprennent la route. Onze
visages pensifs et dégoûtés autour du visage affligé de Jésus qui a pris congé des
sœurs et qui, après un instant de réflexion, avant
de franchir la grille, ordonne à Simon le Zélote et à Barthélemy : "Vous, restez ici. Vous me
rejoindrez à Tecua chez Simon, ou bien dans la maison de Nike, près de Jéricho, ou à Bethabara;
cela, s'il vient. Et... servez la Charité. Vous m'avez compris ?" "Va en toute
tranquillité, Maître. Nous n'offenserons en aucune manière l'amour du
prochain" assure Barthélemy. "Quelque soit
l'heure où il vous rejoindra, partez de suite." "Tout de suite,
Maître. Et... merci de la confiance que tu as en nous" dit le Zélote. Ils échangent un
baiser, et pendant qu'un serviteur ferme le portail et que Jésus s'éloigne,
les deux qui sont restés reviennent avec les sœurs vers la maison. Jésus est en avant,
seul, derrière, Pierre entre Matthieu et Jacques d'Alphée; puis Philippe avec André, Jacques et Jean de Zébédée. En dernier lieu,
silencieux autant que les autres, viennent Thomas et Jude
Thaddée. Mais je me suis mal exprimée. Pierre aussi est silencieux.
Ses deux compagnons échangent quelques mots, mais lui, qui est entre les
deux, ne parle pas. Il marche taciturne, la tête basse, et il semble échanger
un muet colloque avec les pierres et l'herbe sur lesquelles il marche. Les deux derniers
aussi ont à peu près la même attitude. Thomas semble plongé dans la
contemplation d'une petite branche de saule qu'il effeuille, feuille après
feuille, et il regarde chaque feuille après l'avoir détachée comme pour en
étudier la couleur vert pâle d'un côté, argentée de l'autre, ou les veines de
la trame. Jude Thaddée regarde fixement tout droit devant lui. 402> Je ne sais pas s'il regarde l'horizon qui, après le franchissement d'une crête, s'ouvre sur
la clarté vaporeuse d'une plaine à l'aurore, ou s'il regarde uniquement la
tête blonde de Jésus qui a rejeté en arrière le bord de son manteau comme
pour jouir sur sa tête du doux soleil de décembre. Elle finit en même temps
l'occupation de Thomas et la contemplation de l'horizon ou du Maître de la
part de Jude Thaddée. Ce dernier abaisse les yeux et tourne la tête pour
regarder son compagnon alors que Thomas, après avoir réduit sa branchette à
une petite cravache, lève les yeux pour regarder le Thaddée. Un regard aigu
et en même temps bon et triste qui rencontre un même regard. "C'est ainsi,
ami ! C'est vraiment ainsi !" dit Thomas comme s'il terminait
une conversation. "Oui, c'est
ainsi. Et ma douleur est bien grande... Pour moi, il y a en plus l'amour de
parent..." "Je comprends.
Mais... Tu as un tourment d'affection au cœur, mais, et moi ? J'ai un remords
qui me tourmente, et c'est pire encore." "Un remords, toi
? Tu n'as rien qui motive un remords. Tu es bon et fidèle. Jésus est content
de toi et nous, nous n'avons jamais eu de toi aucun motif de scandale.
Comment alors te vient cette impression de remords ?" "D'un souvenir.
Le souvenir du jour où
j'ai décidé de suivre le nouveau Rabbi qui était apparu au
Temple... Judas et moi, nous étions à côté et nous avons
admiré l'attitude et les paroles du Maître. Et j'ai décidé de le
rechercher... J'étais encore plus décidé que Judas et je l'ai pour ainsi dire
traîné. Lui dit le contraire, mais il en est ainsi. Voilà la cause de mon
remords : d'avoir insisté pour qu'il vienne... J'ai apporté une douleur continuelle
à Jésus. Mais Judas, je le savais, était bien vu de... beaucoup de gens, et
je pensais qu'il pouvait être utile. J'étais sot comme tous ceux qui ne
savent penser qu'à un roi d'Israël plus grand que David et Salomon, mais
toujours un roi... un roi comme Lui dit qu'il ne sera jamais, j'avais
vivement désiré que parmi les disciples il y eût lui qui pouvait être utile
!... Je l'espérais et c'est seulement maintenant que je comprends, que je
comprends de plus en plus la justice de Jésus qui ne l'accueillit pas tout de
suite, qui lui défendit même de le chercher... Un remords, te dis-je ! Un
remords ! Cet homme n'est pas bon." "Il n'est pas
bon, mais ne te crée pas des remords. Ce n'est pas par malice que tu as fait
ce que tu as fait, et par conséquent il n'y a pas de faute. Je te le
dis." 403> "En es-tu bien sûr ? Ou le dis-tu pour me consoler
?" "Je le dis parce
que c'est vrai. Ne pense plus au passé, Thomas. Cela ne sert pas à le
supprimer..." "Tu parles bien
! Mais réfléchis ! Si à cause de moi mon Maître subissait des malheurs...
J'ai le cœur plein d'anxiété et de soupçons. Je suis un pécheur car je juge
le compagnon et mon jugement est sans pitié. Et je suis pécheur car je
devrais croire aux paroles du Maître... Lui excuse Judas... Toi... tu y crois
à ton Frère ?" "En tout, sauf
en cela. Mais ne te désole pas. Nous avons tous la même pensée. Même Pierre, qui se consume tant, s'efforce de penser
toute sorte de bien de cet homme, même André qui est plus doux
qu'un agnelet, même Matthieu, le seul d'entre nous qui n'a pas de dégoût
pour aucun pécheur ou pécheresse. Et Jean si affectueux et si
pur, qui a l'heureux sort de ne pas craindre le mal ni le vice, car il est si
rempli de charité et de pureté qu'il n'a pas de place pour accueillir autre
chose. Et il l'a mon frère. Je parle de Jésus, et certainement il a aussi
d'autres pensées avec cela, des pensées pour lesquelles il voit la nécessité
de garder Judas... jusqu'à ce qu'il aura épuisé toute tentative de le rendre
bon." "Oui. Mais...
comment cela finira-t-il ? Il a de nombreuses... Il n'a pas... Enfin, tu
comprends sans que je le dise. Où en arrivera-t-il ?" "Je ne sais
pas... Peut-être il se séparera de nous... Peut-être il restera pour attendre
de voir qui est le plus fort dans cette lutte entre Jésus et le monde
hébraïque..." "Et autre chose
? Ne penses-tu pas que lui, dès maintenant, sert déjà deux maîtres ?" "C'est certain." "Et tu ne crains
pas qu'il puisse servir les plus nombreux, de façon à nuire totalement au
Maître ?" "Non. Je ne
l'aime pas, mais je ne puis penser qu'il... Du moins pour le moment, non.
Certainement pourtant je le craindrai s'il arrive un jour que la faveur de la
foule abandonne le Maître. Alors que si une acclamation populaire le
consacrait notre roi et notre chef, je suis certain que Judas abandonnerait
tout le monde pour Lui. C'est un profiteur... Que Dieu le retienne, et
protège Jésus et nous tous !..." Les deux
s'aperçoivent qu'ils ont beaucoup ralenti leur marche et qu'ils sont à une
grande distance de leurs compagnons, et sans plus parler, ils se mettent à
marcher rapidement pour les rejoindre. 404> "Maïs que faisiez-vous ? demande Matthieu. Le Maître vous demandait..." Thomas et le Thaddée
se hâtent d'aller trouver Jésus. "De quoi
parliez-vous ?" demande Jésus en fixant leurs visages. Les deux se
regardent. Parler ? Ne pas parler ? La sincérité l'emporte. "De
Judas" disent-ils ensemble. "Je le savais,
mais j'ai voulu mettre votre sincérité à l'épreuve. Vous m'auriez affligé si vous
m'aviez menti... Mais n'en parlez plus et surtout de cette manière. Il y a
tant de bonnes choses dont on peut parler. Pourquoi s'abaisser toujours à
considérer ce qui est très, trop matériel ? Isaïe dit : "Laissez l'homme
qui a l'esprit dans les narines" [1]. Moi je vous dis :
cessez d'analyser cet homme et occupez-vous de son esprit. L'animal qui est
en lui, son monstre, ne doit pas attirer vos regards ni vos jugements; mais
ayez de l'amour, un amour douloureux et actif pour son esprit. Délivrez-le du
monstre qui le tient. Vous ne savez pas,"...
"Seigneur, j'ai
été un grand pécheur, et je serai certainement un exemple, moi aussi. Mais je
voudrais que Judas, qui n'est pas un pécheur comme je l'ai été, devienne le
converti que je suis. Est-ce de l'orgueil de le dire ?" "Non, Matthieu,
ce n'est pas de l'orgueil. Tu rends honneur à deux vérités en le disant. La
première c'est qu'elle est véridique la sentence qui dit : "La bonne
volonté de l'homme opère des miracles divins". La seconde c'est que Dieu
t'a aimé infiniment, dès le temps où tu n'y pensais pas, et Il agissait ainsi
parce que ne Lui était pas inconnue ta capacité d'héroïsme. Tu es le fruit de
deux forces : 405> ta volonté et
l'amour de Dieu. Et je mets en premier lieu ta volonté, car sans elle, vain
aurait été l'amour de Dieu. Vain, inerte..."
"Certainement.
Mais ensuite la volonté de l'homme serait toujours requise pour persister
dans la conversion obtenue miraculeusement." "Alors, en
Judas, cette volonté n'a pas existé et n'existe pas ni avant de te connaître,
ni maintenant..." dit avec impétuosité Philippe. Certains rient, d'autres soupirent. Jésus est le seul qui
défende l'apôtre absent : "Ne le dites pas ! Il l'a eue et il l'a, mais
la mauvaise loi de la chair la domine par intervalles. C'est un malade... Un
pauvre frère malade. Dans toute famille, il y a le faible, le malade, celui
qui est la peine, l'angoisse, la charge de la famille. Et pourtant n'est-il
pas le plus aimé de sa mère, l'enfant frêle ? N'est-il pas le plus choyé de
ses frères le petit frère malheureux ? N'est-il pas celui auquel son père
donne la meilleure bouchée en l'enlevant pour lui du plat, pour lui donner
une joie, pour ne pas lui faire comprendre qu'il est un poids, et ne pas lui
rendre pesante de cette façon son infirmité ?" "C'est vrai,
tout à fait vrai. Ma sœur jumelle était frêle en étant enfant; toute la force
c'était moi qui l'avais prise. Mais l'amour de toute la famille l'a tellement
soutenue, que maintenant c'est une épouse et une mère florissante" dit
Thomas. "Voilà. Vous,
avec votre frère spirituel débile, faites ce que vous feriez avec un frère à
la santé débile. Je n'aurai pas une parole de reproche. Vous n'êtes pas plus
que Moi. Votre patient amour est le reproche le plus fort et auquel on peut
ne pas réagir. À Tecua, je laisserai Matthieu et
Philippe pour attendre Judas... Que le premier se souvienne qu'il a été
pécheur, et le second qu'il est père..." "Oui, Maître,
nous nous en souviendrons." "À Jéricho, s'il
n'est pas encore avec nous, je laisserai André et Jean, et qu'eux se
souviennent que tous n'ont pas reçu dans la même mesure les dons gratuits de
Dieu... Mais allez trouver ce vieux mendiant qui vacille sur la route. La
ville est en vue. Avec l'obole il pourra se procurer du pain." "Seigneur, il ne
nous est pas permis. Judas s'en est allé avec la bourse..., dit Pierre, et
les sœurs ne nous ont rien donné." "Tu as raison,
Simon. Elles sont comme étourdies par la douleur et nous avec elles. Peu
importe. Nous avons un peu de pain. Nous sommes jeunes et
forts. Donnons-le au vieil homme pour qu'il ne tombe pas en route." 406> Ils fouillent dans
leurs sacs, rassemblent des morceaux de pain, les donnent au petit vieux qui
les regarde étonné. "Mange, mange
!" dit Jésus pour l'encourager et il le fait boire à sa gourde tout en
lui demandant où il va. "À Tecua. Il y a un grand marché demain. Mais depuis hier,
je n'ai pas mangé." "Tu es seul
?" "Plus que
seul... Mon fils m'a chassé..." La voix sénile déchire le cœur quand on
l'entend. "Dieu t'ouvrira
les portes de son Royaume si tu sais croire en sa miséricorde " "Et en celle de
son Messie. Mais mon fils n'aura pas le Messie, car il ne peut avoir le
Messie, lui qui le hait, au point de haïr son père parce qu'il l'aime." "C'est pour cela
qu'il t'a chassé ?" "Pour cela, et
pour ne pas perdre l'amitié de certains qui le persécutent. Il a voulu leur
montrer que sa haine dépasse la leur, au point qu'elle domine même la voix du
sang." "Quelle horreur
!" disent tous les apôtres. "Ce serait plus
horrible si moi j'avais les mêmes pensées que mon fils" dit avec
véhémence le petit vieux. "Mais, qui
est-ce ? Si j'ai bien compris ce doit être quelqu'un qui est puissant et
qu'on écoute..." dit Thomas. "Homme, ce n'est
pas un père qui dira le nom de son fils coupable pour le faire mépriser. Je
dois dire que j'ai faim et froid, moi qui à force de travail avais augmenté
le bien-être de la maison pour rendre mon garçon heureux. Mais rien de plus
que cela. Réfléchis que je suis de Judée et que lui est aussi de Judée et
qu'ainsi nous sommes de la même race, mais ne pensons pas la même chose. Le
reste est inutile." "Et tu ne
demandes rien à Dieu, toi qui es un juste ?" questionne doucement Jésus. "Qu'il touche le
cœur de mon enfant et l'amène à croire ce que je crois." "Mais pour toi,
seulement pour toi, tu ne demandes rien ?" "De rencontrer
Celui qui pour moi est le Fils de Dieu, pour le vénérer et mourir
ensuite." "Mais si tu
meurs, tu ne le verras plus. Tu seras dans les Limbes..." 407> "Pour peu de temps. Tu es un rabbi, n'est-ce pas ? J'y
vois très peu... L'âge... mes nombreuses larmes, et la faim aussi... Mais je
vois les nœuds de ta ceinture... Si tu es un bon rabbi, comme il me semble,
tu dois te rendre compte toi aussi que le temps est arrivé, le temps dont
parle Isaïe, je veux dire. Et elle va arriver l'heure où l'Agneau prendra sur
Lui tous les péchés du monde et portera tous nos maux et toutes nos douleurs,
et pour ce motif sera transpercé et immolé pour que nous soyons guéris et en
paix avec l'Éternel [2]. Et alors, pour les
esprits aussi, ce sera la paix... Je l'espère en me confiant à la miséricorde
de Dieu." "Tu n'as jamais
vu le Maître ?" "Non. Je l'ai
entendu parler dans le Temple, aux fêtes. Mais je suis petit, et l'âge me
rapetisse encore, et j'y vois peu, comme je l'ai dit. Aussi, si je vais dans
la foule, je ne vois pas à cause de ceux qui sont devant moi, et si je reste
loin, je ne vois pas à cause de la distance. Oh ! je voudrais le voir ! Au
moins une fois !" "Tu le verras,
père, Dieu te contentera. Et à Tecua, tu as où
aller ?" "Non. Je
resterai sous un portique ou sous une entrée. J'y suis habitué
désormais." "Viens avec Moi.
Je connais un bon Israélite. Il t'accueillera au nom de Jésus, le Maître de
Galilée." "Toi aussi, tu
es galiléen, pourtant. Je le vois à ton accent." "Oui... Tu es
fatigué ? Mais nous sommes déjà aux premières maisons. Tu vas bientôt te
reposer et tu pourras te restaurer." Jésus se penche pour
dire quelque chose à Pierre, et Pierre se déplace pour dire aux autres ce que
lui a dit Jésus, et que je ne saisis pas. Puis, avec les fils d'Alphée et
Jean, il accélère la marche pour entrer dans la ville. Jésus le suit avec les
autres en réglant son pas sur celui du petit vieux qui ne parle plus, tout à
fait à bout, de sorte qu'il finit par rester en arrière avec André et
Matthieu. La ville paraît vide.
C'est midi et beaucoup de gens sont dans les maisons pour le repas. Après
quelques mètres, voici Pierre : "C'est fait, Seigneur. Simon l'accueille parce que c'est Toi qui l'amènes
et il te remercie d'avoir pensé à lui." "Bénissons le
Seigneur ! Il y a encore des justes en Israël. Ce vieillard en est un, et
Simon un autre. Oui, il y a encore des gens qui sont bons, miséricordieux,
fidèles au Seigneur. Et cela compense tant d'amertumes, et fait espérer que
la justice divine s'adoucira à cause de ces justes." "Pourtant !... Un
fils qui chasse son père certainement pour ne pas perdre l'amitié
de quelque puissant pharisien !" 408> "À ce point
peut arriver la haine pour Toi ! J'en suis indigné !" dit Philippe. "Oh ! vous en
verrez bien davantage !" répond Jésus. "Davantage ? Et
qu'y a-t-il de plus qu'un père que l'on chasse parce qu'il ne te hait ? Il
est énorme le péché de cet homme !..." "Plus énorme
sera le péché d'un peuple contre son Dieu... Mais attendons le vieil
homme..." "Qui peut bien
être son fils ?" "Un pharisien
!" "Un synhédriste
!" "Un rabbi."
Les avis sont divers. "Un malheureux.
Ne cherchez pas à savoir. Aujourd'hui il a frappé son père, demain, il me
frappera [3]. Vous voyez donc que
le péché de Judas, de s'être ainsi éloigné comme un gamin, n'est rien en
comparaison. Et pourtant, je prierai pour ce fils ingrat, pour cet hébreux
qui offense Dieu, pour qu'il se repente. Vous, faites la même chose... Viens,
père. Comment t'appelles-tu ?" "Éli-Anna. Je n'ai jamais été
heureux ! Mon père est mort avant ma naissance et ma mère en m'enfantant. La
mère de ma mère, qui m'a élevé, m'a donné les deux noms de mon père et de ma
mère réunis." "Vraiment tu es
un Éli, homme, et ton fils ressemble à Finnes [4]" dit Philippe
qui ne peut se résigner à un pareil péché. "Que Dieu ne le
veuille pas, homme. Finnes est mort pécheur et il
est mort quand l'arche fut prise. Cela serait un malheur pour son âme et pour
tout Israël" répond le petit vieux. "Tu vois, cette
maison m'est amie et j'obtiens ce que je lui demande. Elle appartient à une
certain Simon, homme juste devant Dieu et devant les hommes. Il t'accueille
par amour pour Moi si tu acceptes cet endroit" dit Jésus avant de
frapper à la porte. "Et puis-je faire
un choix ? J'invoquerai les bénédictions du Ciel sur celui qui me donnera le
pain et l'abri de la charité. Mais je veux travailler. Ce n'est pas une honte
d'être serviteur. C'est une honte de commettre le péché..." "Nous allons le
dire à Simon" dit Jésus avec un sourire de compassion, en regardant le
vieillard réduit à rien par les privations et la douleur morale. On ouvre la porte :
"Entre, Maître, la paix soit avec Toi et avec ceux qui sont avec Toi. Où
est ce frère que tu m'amènes ? Que je puisse lui donner le baiser de paix et
de bienvenue" dit un homme d'environ cinquante
ans. 409> "Le voilà, et que le Seigneur te récompense." "Je le suis. Tu
es mon hôte, et qui te possède, possède Dieu. Je ne t'attendais pas, et je ne
puis t'honorer comme je voudrais. Mais j'entends dire que tu comptes repasser
d'ici quelques jours et je serai prêt à t'accueillir comme il convient."
Ils sont maintenant
dans une pièce où sont préparés des bassins fumants pour les ablutions. Le
vieillard reste intimidé contre la porte, mais le maître de maison le prend
par la main et l'amène à un siège, veut le déchausser de sa main, le servir
comme un roi, et puis lui mettre des sandales neuves, alors que le vieillard
dit : "Pourquoi ? Mais pourquoi ? Je suis venu pour servir et tu me sers
! Ce n'est pas juste." "C'est juste,
homme. Je ne puis suivre le Rabbi parce que ma maison demande ma présence,
mais comme le dernier disciple du Maître saint je m'arrange pour mettre en
pratique ses paroles." "Tu le connais
bien. Tu le connais vraiment, car tu es bon. Nombreux sont ceux qui le
connaissent en Israël, mais comment ? Avec leurs yeux et leur haine, et donc
ils ne le connaissent pas. On connaît une femme quand on n'ignore plus rien
d'elle et qu'on la possède tout entière. Il en est ainsi de Jésus de
Nazareth, que je ne connais pas de vue, mais que je connais plus que tant de
gens car je crois qu'en Lui se trouve la Sagesse. Mais toi, tu le connais
vraiment, et Lui et sa doctrine." L'homme regarde
Jésus, mais il ne dit rien. Le vieillard reprend
: "J'ai dit à ce Rabbi que je veux travailler..." "Oui, oui, nous
trouverons un travail pour toi, mais pour le moment viens à table. Maître,
tes disciples vont bientôt arriver. Pouvons-nous nous mettre à table quand
même ou préfères-tu les attendre ?" "Je voudrais les
attendre, mais si tu as du travail à faire..." "Oh ! Maître, tu
sais que c'est une joie pour moi d'obéir à ton plus petit désir." Le petit vieux a en
ce moment un premier soupçon sur l'identité de l'Homme qui l'a secouru en
route, puis il le regarde, le regarde, puis il regarde ses compagnons... les
examine attentivement... et tourne autour d'eux... Les fils d'Alphée entrent
avec Jean. Jésus les appelle par leurs noms. "Oh ! Dieu
Très-Haut ! Mais alors... C'est Toi !" s'écrie le vieillard et il se
jette par terre pour le vénérer. 410> Son étonnement n'est pas inférieur à celui des autres. Elle est
si étrange cette façon de reconnaître le Maître ! Si bien que Pierre lui
demande : "Qu'y a-t-il de spécial dans ces noms si communs en Israël,
pour te faire comprendre que tu es en face du Messie ?" "C'est que je
connais Judas. Il vient toujours chez mon fils et... " il s'arrête, gêné
d'avoir nommé son fils... "Mais moi, je ne
t'ai jamais vu, homme" dit le Thaddée en se mettant bien en face de lui
et en se baissant pour être bien vis à vis. "Moi non plus je
ne te connais pas. Mais un Judas, disciple du Christ, vient souvent chez mon
fils, et j'ai entendu parler d'un Jean, d'un Jacques, d'un Simon ami de
Lazare de Béthanie et de tant d'autres choses... Entendre trois des noms
connus pour être ceux des disciples les plus intimes du Maître ! Et Lui, si
bon !... J'ai compris, voilà ! Mais où est l'autre Judas [5]?" "Il n'est pas
là, mais c'est vrai. Tu as compris. C'est Moi. Le Seigneur est bon, père. Tu
as désiré me voir, et tu m'as vu. Bénissons les miséricordes de Dieu... Ne
t'écarte pas, Éli-Anna. Tu restais près de Moi
quand j'étais pour toi un voyageur et rien de plus. Pourquoi veux-tu
t'éloigner de Moi maintenant que tu sais que je suis le But ? Tu ne sais pas
combien ton cœur m'a consolé ! Tu ne peux le savoir. C'est Moi, et non pas
toi, qui ai le plus reçu... Quand les trois quarts d'Israël, et plus encore,
me haïssent au point de se rendre criminels, quand les faibles s'éloignent de
mon chemin, quand les tribulations de l'ingratitude, de la rancœur, de la
calomnie, me blessent de toutes parts, quand je ne puis trouver de
soulagement dans la pensée que mon Sacrifice sera le salut pour Israël,
trouver quelqu'un comme toi, Ô père, c'est avoir une compensation pour ma
douleur... Tu ne sais pas... Personne ne sait les tristesses de plus en plus
profondes du Fils de l'homme. J'ai soif d'amour... et trop de cœurs sont des
sources taries auxquelles il est inutile de m'approcher... Mais
allons..." |
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Et en tenant près de Lui le vieillard,
il entre dans la pièce où les tables sont déjà prêtes... |
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[2] Isaïe
53,1 et suivants : l'homme de douleur
[3] Probablement une des
personnes présentes à la crucifixion qui lance des pierres à Jésus. Cf. 9.29 – p.292
[4] Phinéès
ou Pinhas, fils du prêtre Éli
(celui qui parla à Anne, la mère de Samuel, venue demander un fils au
sanctuaire de Silo). Comme son frère Hophni, il se
déshonora dans l'exercice du sacerdoce en étant impies, prévaricateurs et
débauchés. Ils périrent dans la bataille où les philistins prirent l'Arche. (1Samuel
2,12 et suivants)
[5] Jude et Judas on la même
racine : Iehuda.