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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" |
aucun accent |
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mardi
- Le Zélote et Barthélemy attendront
Judas 401 - Des apôtres pensifs 401 - Thomas regrette d'avoir conduit Judas
à Jésus 402 - Jude reconnaît en Judas un profiteur
403 - Reproche de Jésus à Thomas et à Jude
403 - Discours (Judas montre l'homme
tel qu'il est) 404 - La bonne volonté est nécessaire 404 - Judas est un malade spirituel 405 - Un vieux chassé par son fils à cause
du Messie 405 - Protection promise au mendiant 407 - Et obtenue 407 - Qui peut être le fils ? 407 - L'identité de Eli-Anna 408 - Qui sera confié à un certain Simon 408
- Lequel l'accueille chaleureusement 408
- Comment le vieillard à reconnu Jésus
409 - Il est une consolation pour Jésus 410 |
7.217 |
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401> Ils sont encore à
onze quand ils reprennent la route. Onze visages pensifs et dégoûtés autour
du visage affligé de Jésus qui a pris congé des sœurs et qui, après un
instant de réflexion, avant de franchir la grille, ordonne à Simon le Zélote
et à Barthélemy : "Vous, restez ici. Vous me rejoindrez à Tecua chez Simon,
ou bien dans la maison de Nike, près
de Jéricho, ou à Bethabara; cela, s'il vient. Et...
servez la Charité. Vous m'avez compris ?" "Va en toute tranquillité, Maître. Nous n'offenserons en
aucune manière l'amour du prochain" assure Barthélemy. "Quelque soit l'heure où il vous rejoindra, partez de
suite." "Tout de suite, Maître. Et... merci de la confiance que tu
as en nous" dit le Zélote. Ils échangent un baiser, et pendant qu'un serviteur ferme le
portail et que Jésus s'éloigne, les deux qui sont restés reviennent avec les
sœurs vers la maison. Jésus est en avant, seul, derrière, Pierre entre Matthieu et
Jacques d'Alphée; puis Philippe avec André, Jacques et Jean de Zébédée. En
dernier lieu, silencieux autant que les autres, viennent Thomas et Jude
Thaddée. Mais je me suis mal exprimée. Pierre aussi est silencieux. Ses deux
compagnons échangent quelques mots, mais lui, qui est entre les deux, ne
parle pas. Il marche taciturne, la tête basse, et il semble échanger un muet
colloque avec les pierres et l'herbe sur lesquelles il marche. Les deux derniers aussi ont à peu près la même attitude. Thomas
semble plongé dans la contemplation d'une petite branche de saule qu'il
effeuille, feuille après feuille, et il regarde chaque feuille après l'avoir
détachée comme pour en étudier la couleur vert pâle d'un côté, argentée de
l'autre, ou les veines de la trame. Jude Thaddée regarde fixement tout droit
devant lui. Je ne sais pas s'il 402> regarde l'horizon
qui, après le franchissement d'une crête, s'ouvre sur la clarté vaporeuse
d'une plaine à l'aurore, ou s'il regarde uniquement la tête blonde de Jésus
qui a rejeté en arrière le bord de son manteau comme pour jouir sur sa tête
du doux soleil de décembre. Elle finit en même temps l'occupation de Thomas
et la contemplation de l'horizon ou du Maître de la part de Jude Thaddée. Ce
dernier abaisse les yeux et tourne la tête pour regarder son compagnon alors
que Thomas, après avoir réduit sa branchette à une petite cravache, lève les
yeux pour regarder le Thaddée. Un regard aigu et en même temps bon et triste
qui rencontre un même regard. "C'est ainsi, ami ! C'est vraiment ainsi !" dit
Thomas comme s'il terminait une conversation. "Oui, c'est ainsi. Et ma douleur est bien grande... Pour
moi, il y a en plus l'amour de parent..." "Je comprends. Mais... Tu as un tourment d'affection au
cœur, mais, et moi ? J'ai un remords qui me tourmente, et c'est pire
encore." "Un remords, toi ? Tu n'as rien qui motive un remords. Tu
es bon et fidèle. Jésus est content de toi et nous, nous n'avons jamais eu de
toi aucun motif de scandale. Comment alors te vient cette impression de
remords ?" "D'un souvenir. Le souvenir du jour où j'ai décidé de
suivre le nouveau Rabbi qui était apparu au Temple.,. Judas et moi, nous
étions à côté et nous avons admiré l'attitude et les paroles du Maître. Et
j'ai décidé de le rechercher [1] ... J'étais encore
plus décidé que Judas et je l'ai pour ainsi dire traîné. Lui dit le
contraire, mais il en est ainsi. Voilà la cause de mon remords : d'avoir
insisté pour qu'il vienne,.. J'ai apporté une douleur continuelle à Jésus.
Mais Judas, je le savais, était bien vu de... beaucoup de gens, et je pensais
qu'il pouvait être utile. J'étais sot comme tous ceux qui ne savent penser
qu'à un roi d'Israël plus grand que David et Salomon, mais toujours un roi...
un roi comme Lui dit qu'il ne sera jamais, j'avais vivement désiré que parmi
les disciples il y eût lui qui pouvait être utile !... Je l'espérais et c'est
seulement maintenant que je comprends, que je comprends de plus en plus la
justice de Jésus qui ne l'accueillit pas tout de suite, qui lui défendit même
de le chercher... Un remords, te dis-je ! Un remords ! Cet homme n'est pas
bon." "Il n'est pas bon, mais ne te crée pas des remords. Ce
n'est pas par malice que tu as fait ce que tu as fait, et par conséquent il
n'y a pas de faute. Je te le dis." 403> "En es-tu bien sûr
? Ou le dis-tu pour me consoler ?" "Je le dis parce que c'est vrai. Ne pense plus au passé,
Thomas. Cela ne sert pas à le supprimer..." "Tu parles bien ! Mais réfléchis ! Si à cause de moi mon
Maître subissait des malheurs... J'ai le cœur plein d'anxiété et de soupçons.
Je suis un pécheur car je juge le compagnon et mon jugement est sans pitié.
Et je suis pécheur car je devrais croire aux paroles du Maître... Lui excuse
Judas... Toi... tu y crois à ton Frère ?" "En tout, sauf en cela. Mais ne te désole pas. Nous avons
tous la même pensée. Même Pierre, qui se consume tant, s'efforce de penser
toute sorte de bien de cet homme, même André qui est plus doux qu'un agnelet,
même Matthieu, le seul d'entre nous qui n'a pas de dégoût pour aucun pécheur
ou pécheresse. Et Jean si affectueux et si pur, qui a l'heureux sort de ne
pas craindre le mal ni le vice, car il est si rempli de charité et de pureté
qu'il n'a pas de place pour accueillir autre chose. Et il l'a mon frère. Je
parle de Jésus, et certainement il a aussi d'autres pensées avec cela, des
pensées pour lesquelles il voit la nécessité de garder Judas... jusqu'à ce
qu'il aura épuisé toute tentative de le rendre bon." "Oui. Mais... comment cela finira-t-il ? Il a de
nombreuses... Il n'a pas... Enfin, tu comprends sans que je le dise. Où en
arrivera-t-il ?" "Je ne sais pas... Peut-être il se séparera de nous...
Peut-être il restera pour attendre de voir qui est le plus fort dans cette
lutte entre Jésus et le monde hébraïque..." "Et autre chose ? Ne penses-tu pas que lui, dès
maintenant, sert déjà deux maîtres ?" "C'est certain." "Et tu ne crains pas qu'il puisse servir les plus
nombreux, de façon à nuire totalement au Maître ?" "Non. Je ne l'aime pas, mais je ne puis penser qu'il... Du
moins pour le moment, non. Certainement pourtant je le craindrai s'il arrive
un jour que la faveur de la foule abandonne le Maître. Alors que si une
acclamation populaire le consacrait notre roi et notre chef, je suis certain
que Judas abandonnerait tout le monde pour Lui. C'est un profiteur... Que
Dieu le retienne, et protège Jésus et nous tous !..." Les deux s'aperçoivent qu'ils ont beaucoup ralenti leur marche
et qu'ils sont à une grande distance de leurs compagnons, et sans plus
parler, ils se mettent à marcher rapidement pour les rejoindre. 404> "Maïs que
faisiez-vous ?" demande Matthieu. "Le Maître vous demandait..." Thomas et le Thaddée se hâtent d'aller trouver Jésus. "De quoi parliez-vous ?" demande Jésus en fixant
leurs visages. Les deux se regardent. Parler ? Ne pas parler ? La sincérité
l'emporte. "De Judas" disent-ils ensemble. "Je le savais, mais j'ai voulu mettre votre sincérité à
l'épreuve. Vous m'auriez affligé si vous m'aviez menti... Mais n'en parlez
plus et surtout de cette manière. Il y a tant de bonnes choses dont on peut
parler. Pourquoi s'abaisser toujours à considérer ce qui est très, trop
matériel ? Isaïe dit : "Laissez l'homme qui a l'esprit dans les
narines" [2]. Moi je vous dis :
cessez d'analyser cet homme et occupez-vous de son esprit. L'animal qui est
en lui, son monstre, ne doit pas attirer vos regards ni vos jugements; mais
ayez de l'amour, un amour douloureux et actif pour son esprit. Délivrez-le du
monstre qui le tient. Vous ne savez pas,"... Il se retourne pour appeler les sept autres : "Venez tous
ici, car à tous est utile ce que je dis parce que vous avez tous les mêmes
pensées dans le cœur... Vous ne savez pas que vous apprenez davantage à travers Judas de Kériot qu'à
travers toute autre personne ? Vous trouverez beaucoup de Judas et
très peu de Jésus dans votre ministère apostolique. Les Jésus seront bons,
doux, purs, fidèles, obéissants, prudents, sans avidité. Il y en aura bien
peu... Mais combien, combien de Judas de Kériot
vous trouverez, vous et ceux qui vous suivront et vos successeurs, sur
les chemins du monde ! Et pour être
maître et savoir, vous devez suivre cette école... Lui, avec ses défauts,
vous montre l'homme tel qu'il est; Moi, je vous montre l'homme tel qu'il devrait être. Deux exemples également nécessaires. Vous,
en connaissant bien l'un et
l'autre, vous devez chercher à
changer le premier dans le second... Et que ma patience soit votre règle."
"Seigneur, j'ai été un grand pécheur, et je serai
certainement un exemple, moi aussi. Mais je voudrais que Judas, qui n'est pas
un pécheur comme je l'ai été, devienne le converti que je suis. Est-ce de
l'orgueil de le dire ?" "Non, Matthieu, ce n'est pas de l'orgueil. Tu rends
honneur à deux vérités en le disant. La première c'est qu'elle est véridique
la sentence qui dit : "La bonne volonté de l'homme opère des miracles
divins". La seconde c'est que Dieu t'a aimé infiniment, dès le temps où
tu n'y pensais pas, et Il agissait ainsi parce que ne Lui était pas inconnue
ta capacité d'héroïsme. Tu es le fruit de deux forces : 405> ta volonté et
l'amour de Dieu. Et je mets en premier lieu ta volonté, car sans elle, vain
aurait été l'amour de Dieu. Vain, inerte..." "Mais Dieu ne pourrait-il pas nous convertir sans notre
volonté ?" demande Jacques d'Alphée. "Certainement. Mais ensuite la volonté de l'homme serait
toujours requise pour persister dans la conversion obtenue
miraculeusement." "Alors, en Judas, cette volonté n'a pas existé et n'existe
pas ni avant de te connaître, ni maintenant..." dit avec impétuosité
Philippe. Certains rient, d'autres soupirent. Jésus est le seul qui défende l'apôtre absent : "Ne le
dites pas ! Il l'a eue et il l'a, mais la mauvaise loi de la chair la domine
par intervalles. C'est un malade... Un pauvre frère malade. Dans toute
famille, il y a le faible, le malade, celui qui est la peine, l'angoisse, la
charge de la famille. Et pourtant n'est-il pas le plus aimé de sa mère,
l'enfant frêle ? N'est-il pas le plus choyé de ses frères le petit frère
malheureux ? N'est-il pas celui auquel son père donne la meilleure bouchée en
l'enlevant pour lui du plat, pour lui donner une joie, pour ne pas lui faire
comprendre qu'il est un poids, et ne pas lui rendre pesante de cette façon
son infirmité ?" "C'est vrai, tout à fait vrai. Ma sœur jumelle était frêle
en étant enfant; toute la force c'était moi qui l'avais prise. Mais l'amour
de toute la famille l'a tellement soutenue, que maintenant c'est une épouse
et une mère florissante" dit Thomas. "Voilà. Vous, avec votre frère spirituel débile, faites ce
que vous feriez avec un frère à la santé débile. Je n'aurai pas une parole de
reproche. Vous n'êtes pas plus que Moi. Votre patient amour est le reproche
le plus fort et auquel on peut ne pas réagir. A Tecua,
je laisserai Matthieu et Philippe pour attendre Judas... Que le premier se
souvienne qu'il a été pécheur, et le second qu'il est père..." "Oui, Maître, nous nous en souviendrons." "A Jéricho, s'il n'est pas encore avec nous, je laisserai André
et Jean, et qu'eux se souviennent que tous n'ont pas reçu dans la même mesure
les dons gratuits de Dieu... Mais allez trouver ce vieux mendiant qui vacille
sur la route. La ville est en vue. Avec l'obole il pourra se procurer du
pain." "Seigneur, il ne nous est pas permis. Judas s'en est allé
avec la bourse..." dit Pierre. "Et les sœurs ne nous ont rien
donné." "Tu as raison, Simon. Elles font comme étourdies par la
douleur et nous avec elles. Peu importe. Nous avons un peu de pain. Nous 406> sommes jeunes et forts. Donnons-le au vieil homme pour qu'il
ne tombe pas en route." Ils fouillent dans leurs sacs, rassemblent des morceaux de
pain, les donnent au petit vieux qui les regarde étonné. "Mange, mange !" dit Jésus pour l'encourager et il le
fait boire à sa gourde tout en lui demandant où il va. "A Tecua. Il y a un grand marché
demain. Mais depuis hier, je n'ai pas mangé." "Tu es seul ?" "Plus que seul... Mon fils m'a chassé..." La voix
sénile déchire le cœur quand on l'entend. "Dieu t'ouvrira les portes de son Royaume si tu sais
croire en sa miséricorde " "Et en celle de son Messie. Mais mon fils n'aura pas le
Messie, car il ne peut avoir le Messie, lui qui le hait, au point de haïr son
père parce qu'il l'aime." "C'est pour cela qu'il t'a chassé ?" "Pour cela, et pour ne pas perdre l'amitié de certains qui
le persécutent. Il a voulu leur montrer que sa haine dépasse la leur, au
point qu'elle domine même la voix du sang." "Quelle horreur !" disent tous les apôtres. "Ce serait plus horrible si moi j'avais les mêmes pensées
que mon fils" dit avec véhémence le petit vieux. "Mais, qui est-ce ? Si j'ai bien compris ce doit être
quelqu'un qui est puissant et qu'on écoute..." dit Thomas. "Homme, ce n'est pas un père qui dira le nom de son fils
coupable pour le faire mépriser. Je dois dire que j'ai faim et froid, moi qui
à force de travail avais augmenté le bien-être de la maison pour rendre mon
garçon heureux. Mais rien de plus que cela. Réfléchis que je suis de Judée et
que lui est aussi de Judée et qu'ainsi nous sommes de la même race, mais ne
pensons pas la même chose. Le reste est inutile." "Et tu ne demandes rien à Dieu, toi qui es un juste
?" questionne doucement Jésus. "Qu'il touche le cœur de mon enfant et l'amène à croire ce
que je crois." "Mais pour toi, seulement pour toi, tu ne demandes rien
?" "De rencontrer Celui qui pour moi est le Fils de Dieu,
pour le vénérer et mourir ensuite." "Mais si tu meurs, tu ne le verras plus. Tu seras dans les
Limbes..." 407> "Pour peu de
temps. Tu es un rabbi, n'est-ce pas ? J'y vois très peu... L'âge... mes
nombreuses larmes, et la faim aussi... Mais je vois les nœuds de ta
ceinture... Si tu es un bon rabbi, comme il me semble, tu dois te rendre
compte toi aussi que le temps est arrivé, le temps dont parle Isaïe, je veux
dire. Et elle va arriver l'heure où l'Agneau prendra sur Lui tous les péchés
du monde et portera tous nos maux et toutes nos douleurs, et pour ce motif
sera transpercé et immolé pour que nous soyons guéris et en paix avec l'Éternel.
Et alors, pour les esprits aussi, ce sera la paix... Je l'espère en me
confiant à la miséricorde de Dieu." "Tu n'as jamais vu le Maître ?" "Non. Je l'ai entendu parler dans le Temple, aux fêtes.
Mais je suis petit, et l'âge me rapetisse encore, et j'y vois peu, comme je
l'ai dit. Aussi, si je vais dans la foule, je ne vois pas à cause de ceux qui
sont devant moi, et si je reste loin, je ne vois pas à cause de la distance.
Oh ! je voudrais le voir ! Au moins une fois !" "Tu le verras, père, Dieu te contentera. Et à Tecua, tu as où aller ?" "Non. Je resterai sous un portique ou sous une entrée. J'y
suis habitué désormais." "Viens avec Moi. Je connais un bon Israélite. Il
t'accueillera au nom de Jésus, le Maître de Galilée." "Toi aussi, tu es galiléen, pourtant. Je le vois à ton
accent." "Oui... Tu es fatigué ? Mais nous sommes déjà aux
premières maisons. Tu vas bientôt te reposer et tu pourras te
restaurer." Jésus se penche pour dire quelque chose à Pierre, et Pierre se
déplace pour dire aux autres ce que lui a dit Jésus, et que je ne saisis pas.
Puis, avec les fils d'Alphée et Jean, il accélère la marche pour entrer dans
la ville. Jésus le suit avec les autres en réglant son pas sur celui du petit
vieux qui ne parle plus, tout à fait à bout, de sorte qu'il finit par rester
en arrière avec André et Matthieu. La ville paraît vide. C'est midi et beaucoup de gens sont dans
les maisons pour le repas. Après quelques mètres, voici Pierre : "C'est
fait, Seigneur. Simon l'accueille parce que c'est Toi qui l'amènes et il te
remercie d'avoir pensé à lui." "Bénissons le Seigneur ! Il y a encore des justes en
Israël. Ce vieillard en est un, et Simon un autre. Oui, il y a encore des
gens qui sont bons, miséricordieux, fidèles au Seigneur. Et cela compense
tant d'amertumes, et fait espérer que la justice divine s'adoucira à cause de
ces justes." "Pourtant !... Un fils qui chasse son père certainement
pour ne pas perdre l'amitié de quelque puissant
pharisien !" 408> "À ce point peut arriver la haine pour
Toi ! J'en suis indigné !" dit Philippe. "Oh ! vous en verrez bien davantage !" répond Jésus. "Davantage ? Et qu'y a-t-il de plus qu'un père que l'on
chasse parce qu'il ne te hait ? Il est énorme le péché de cet homme
!..." "Plus énorme sera le péché d'un peuple contre son Dieu...
Mais attendons le vieil homme..." "Qui peut bien être son fils ?" "Un pharisien !" "Un synhédriste !" "Un rabbi." Les avis sont divers. "Un malheureux. Ne cherchez pas à savoir. Aujourd'hui il a
frappé son père, demain, il me frappera [3]. Vous voyez donc que
le péché de Judas, de s'être ainsi éloigné comme un gamin, n'est rien en
comparaison. Et pourtant, je prierai pour ce fils ingrat, pour cet hébreux
qui offense Dieu, pour qu'il se repente. Vous, faites la même chose... Viens,
père. Comment t'appelles-tu ?" "Eli-Anna. Je n'ai jamais été heureux ! Mon père est mort
avant ma naissance et ma mère en m'enfantant. La mère de ma mère, qui m'a
élevé, m'a donné les deux noms de mon père et de ma mère réunis." "Vraiment tu es un Éli, homme,
et ton fils ressemble à Finnes [4]" dit Philippe
qui ne peut se résigner à un pareil péché. "Que Dieu ne le veuille pas, homme. Finnes
est mort pécheur et il est mort quand l'arche fut prise. Cela serait un
malheur pour son âme et pour tout Israël" répond le petit vieux. "Tu vois, cette maison m'est amie et j'obtiens ce que je
lui demande. Elle appartient à une certain Simon, homme juste devant Dieu et
devant les hommes. Il t'accueille par amour pour Moi si tu acceptes cet
endroit" dit Jésus avant de frapper à la porte. "Et puis-je faire un choix ? J'invoquerai les bénédictions
du Ciel sur celui qui me donnera le pain et l'abri de la charité. Mais je
veux travailler. Ce n'est pas une honte d'être serviteur. C'est une honte de
commettre le péché..." "Nous allons le dire à Simon" dit Jésus avec un
sourire de compassion, en regardant le vieillard réduit à rien par les
privations et la douleur morale. On ouvre la porte : "Entre, Maître, la paix soit avec Toi
et avec ceux qui sont avec Toi. Où est ce frère que tu m'amènes ? Que je
puisse lui donner le baiser de paix et de bienvenue" dit un homme
d'environ cinquante ans. 409> "Le voilà, et
que le Seigneur te récompense." "Je le suis. Tu es mon hôte, et qui te possède, possède
Dieu. Je ne t'attendais pas, et je ne puis t'honorer comme je voudrais. Mais
j'entends dire que tu comptes repasser d'ici quelques jours et je serai prêt
à t'accueillir comme il convient." Ils sont maintenant dans une pièce où sont préparés des bassins
fumants pour les ablutions. Le vieillard reste intimidé contre la porte, mais
le maître de maison le prend par la main et l'amène à un siège, veut le
déchausser de sa main, le servir comme un roi, et puis lui mettre des
sandales neuves, alors que le vieillard dit : "Pourquoi ? Mais pourquoi
? Je suis venu pour servir et tu me sers ! Ce n'est pas juste." "C'est juste, homme. Je ne puis suivre le Rabbi parce que
ma maison demande ma présence, mais comme le dernier disciple du Maître saint
je m'arrange pour mettre en pratique ses paroles." "Tu le connais bien. Tu le connais vraiment, car tu es
bon. Nombreux sont ceux qui le connaissent en Israël, mais comment ? Avec
leurs yeux et leur haine, et donc ils ne le connaissent pas. On connaît une
femme quand on n'ignore plus rien d'elle et qu'on la possède tout entière. Il
en est ainsi de Jésus de Nazareth, que je ne connais pas de vue, mais que je
connais plus que tant de gens car je crois qu'en Lui se trouve la Sagesse.
Mais toi, tu le connais vraiment, et Lui et sa doctrine." L'homme regarde Jésus, mais il ne dit rien. Le vieillard reprend : "J'ai dit à ce Rabbi que je veux
travailler..." "Oui, oui, nous trouverons un travail pour toi, mais pour
le moment viens à table. Maître, tes disciples vont bientôt arriver.
Pouvons-nous nous mettre à table quand même ou préfères-tu les attendre
?" "Je voudrais les attendre, mais si tu as du travail à
faire..." "Oh ! Maître, tu sais que c'est une joie pour moi d'obéir
à ton plus petit désir." Le petit vieux a en ce moment un premier soupçon sur l'identité
de l'Homme qui l'a secouru en route, puis il le regarde, le regarde, puis il
regarde ses compagnons... les examine attentivement... et tourne autour
d'eux... Les fils d'Alphée entrent avec Jean. Jésus les appelle par leurs
noms. "Oh ! Dieu Très-Haut ! Mais alors... C'est Toi !"
s'écrie le vieillard et il se jette par terre pour le vénérer. 410> Son étonnement n'est
pas inférieur à celui des autres. Elle est si étrange cette façon de
reconnaître le Maître ! Si bien que Pierre lui demande : "Qu'y a-t-il de
spécial dans ces noms si communs en Israël, pour te faire comprendre que tu
es en face du Messie ?" "C'est que je connais Judas. Il vient toujours chez mon
fils et... [5]" il s'arrête,
gêné d'avoir nommé son fils... "Mais moi, je ne t'ai jamais vu, homme" dit le
Thaddée en se mettant bien en face de lui et en se baissant pour être bien
vis à vis. "Moi non plus je ne te connais pas. Mais un Judas,
disciple du Christ, vient souvent chez mon fils, et j'ai entendu parler d'un
Jean, d'un Jacques, d'un Simon ami de Lazare de Béthanie et de tant d'autres
choses... Entendre trois des noms connus pour être ceux des disciples les
plus intimes du Maître ! Et Lui, si bon !... J'ai compris, voilà ! Mais où
est l'autre Judas ?" "Il n'est pas là, mais c'est vrai. Tu as compris. C'est
Moi. Le Seigneur est bon, père. Tu as désiré me voir, et tu m'as vu.
Bénissons les miséricordes de Dieu... Ne t'écarte pas, Eli-Anna. Tu restais
près de Moi quand j'étais pour toi un voyageur et rien de plus. Pourquoi
veux-tu t'éloigner de Moi maintenant que tu sais que je suis le But ? Tu ne
sais pas combien ton cœur m'a consolé ! Tu ne peux le savoir. C'est Moi, et
non pas toi, qui ai le plus reçu... Quand les trois quarts d'Israël, et plus
encore, me haïssent au point de se rendre criminels, quand les faibles
s'éloignent de mon chemin, quand les tribulations de l'ingratitude, de la
rancœur, de la calomnie, me blessent de toutes parts, quand je ne puis trouver
de soulagement dans la pensée que mon Sacrifice sera le salut pour Israël,
trouver quelqu'un comme toi, Ô père, c'est avoir une compensation pour ma
douleur... Tu ne sais pas... Personne ne sait les tristesses de plus en plus
profondes du Fils de l'homme. J'ai soif d'amour... et trop de cœurs sont des
sources taries auxquelles il est inutile de m'approcher... Mais
allons..." Et en tenant près de Lui le vieillard, il entre dans la pièce où les tables sont déjà prêtes... |
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[3] Probablement une des personnes présentes à la
crucifixion qui lance des pierres à Jésus. Cf. 9.29 – p.292
[4] Phinéès ou Pinhas, fils du prêtre Éli (celui
qui parla à Anne, la mère de Samuel, venue demander un fils au sanctuaire de
Silo). Comme son frère Hophni, il se déshonora dans
l'exercice du sacerdoce en étant impies, prévaricateurs et débauchés. Ils
périrent dans la bataille où les philistins prirent l'Arche. (1Samuel 2,12 et suivants)
[5] Il s'agit de Simon le synhédriste.