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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" |
aucun accent |
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vendredi
- Joseph de Sephoris,
un vieux galiléen 309 - Directives de Jésus 309 - Le destin de Jean, messager de l'amour
309 - Accueil de Marie, la femme de Joseph
de Sephoris 311 - Le cas du jeune romain adopté par
Joseph 312 - Joseph donne des nouvelles de Galilée
314 - Il redonnera à l'enfant son nom romain
315 |
7.205. |
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309> La maison de Joseph
n'est pas celle de Joseph d'Arimathie, mais celle d'un vieux galiléen de Sephoris, ami des fils d'Alphée et en particulier des
plus âgés car il était ami, peut-être aussi un peu parent, du vieil Alphée
maintenant défunt. Et, si je ne me trompe, il est aussi en relations suivies
avec les fils de Zébédée pour le commerce du poisson sec du lac de Génésareth
que l'on importe dans la capitale avec d'autres produits de la Galilée qui
sont chers aux galiléens dépaysés dans Jérusalem. C'est ce que je déduis de
ce que disent à Thomas les deux fils d'Alphée et Jean. Jésus, de son côté, est un peu en arrière avec Manaën auquel il donne la charge d'aller chez Joseph
d'Arimathie et chez Nicodème pour les prier de le rejoindre, ce que Manaën fait tout de suite. Jésus se réunit encore un
moment avec les trois pour leur recommander encore d'être prudents dans leurs
conversations "par amour pour le lévite qui les a mis en sécurité",
puis il les quitte et se dirige à grands pas par un sentier... Mais Jean a vite fait de le rejoindre. "Pourquoi es-tu venu ?" 310> "Nous ne
pouvions te laisser seul ainsi... et moi, je suis venu." "Et crois-tu que tu pourrais me défendre, à toi tout seul,
contre tant de gens ?" "Je n'en suis pas sûr. Mais au moins, je mourrais avant
Toi, et cela me suffirait." "Tu mourras très longtemps après Moi, Jean, mais ne le
regrette pas. Si le Très-Haut te laisse au monde c'est pour que tu le serves
et serves son Verbe." "Mais après..." "Après tu serviras. Combien de temps tu devrais vivre pour
me servir comme nos deux cœurs le voudraient. Mais même une fois mort, tu me
serviras." "Comment ferai-je, mon Maître ? Si je suis avec Toi dans
le Ciel je t'adorerai. Mais je ne pourrai te servir sur la Terre quand je
l'aurai quittée..."
"Mais que laisserai-je, mon Seigneur ? Je suis...
pauvre... ignorant... Je n'ai que l'amour..." 311> "Voilà : tu
laisseras l'amour. Et l'amour pour ton Jésus sera parole.
Et beaucoup, beaucoup, même parmi ceux qui ne seront pas de mon Église, qui
ne seront d'aucune église, mais qui chercheront une lumière et un réconfort,
aiguillonnés par leurs esprits insatisfaits, par besoin que l'on compatisse à
leurs peines, viendront à toi et me trouveront Moi." "Je voudrais que les premiers qui te trouvent soient ces
juifs cruels, ces pharisiens et ces scribes... Mais je ne sers pas à
tant..." "Rien ne peut rentrer là où tout est rempli. Mais ne te
décourage pas toi... Mais nous voici chez Joseph. Frappe et entrons." C'est une maison étroite et élevée, avec à côté un magasin bas
et malodorant de marchandises entassées; et à côté une cour assombrie par les
murs qui la surplombent, une cour qui ressemble à celle d'une auberge comme
étaient alors les auberges : des portiques pour les marchandises, des écuries
pour les ânes, et des pièces ou de grandes chambres pour les hôtes. Ici, il y
a une cour mal pavée, un bassin, deux écuries basses et sombres, un hangar
rustique qui sert de portique, adossé à la maison et avec une porte qui donne
dans le magasin. Puis, en plus de cela, la maison dont j'ai parlé, vieille,
sombre, avec une porte haute et étroite où on accède par trois marches de
pierre usées. Jean frappe à la porte et il attend jusqu'à ce que s'ouvre une
fente étroite où apparaît le visage ridé d'une petite vieille qui scrute de
la pénombre : "Oh ! Jean ! J'ouvre tout de suite. Dieu soit avec
toi" dit la bouche qui appartient à ce visage ridé, et la porte s'ouvre
avec un grand bruit de verrous. "Je ne suis pas seul, Marie. J'ai le Maître avec
moi." "La paix aussi à Lui, honneur de la Galilée, et heureux le
jour qui porte les pieds du Saint dans les murs d'un véritable Israélite.
Entre, Seigneur. Je vais tout de suite avertir Joseph. Il est en train de
faire les dernières livraisons, car le crépuscule arrive vite dans le triste etamin." "Laisse-le à son travail, femme. Nous resterons ici
jusqu'à demain." "Grande joie pour nous. Nous t'attendions depuis
longtemps. Et même, il y a quelques jours, ton frère Joseph a envoyé demander
des nouvelles de Toi. Mais mon époux saura mieux te le dire. Voilà, tu peux
rester ici... Et je te quitte, Seigneur, car je suis en train de finir le
pain. Il faut qu'il soit cuit avant le crépuscule [1]. Si tu veux quelque
chose, Jean sait où me trouver." "Va en paix. Il ne nous faut rien d'autre que l'hospitalité."
312> Ils restent seuls
pendant quelque temps. Puis un petit visage brun se fait voir de derrière le
rideau qui sépare la pièce d'un couloir, et qui jette un coup d'œil, craintif
et curieux à la fois. "Qui est cet enfant ?" demande Jésus à Jean. "Je ne sais pas, Seigneur. Il n'était pas là les autres
fois. Il est vrai que depuis que je suis avec Toi je ne suis plus venu ici
pour le compte de mon père. Viens ici, enfant." Le petit s'avance à petits pas. "Qui es-tu ?" "Je ne vais pas te le dire." "Pourquoi ?" *Je ne veux pas m'entendre dire des paroles désagréables. Si tu
les dis, je te réponds, et Joseph ne veut pas." "C'est du nouveau ! Maître, qu'en dis-tu ?" et Jean
rit, amusé par les raisons du petit homme. Jésus aussi sourit, mais il lève la main pour attirer l'enfant
et il l'observe. Puis il dit : "Et toi, tu sais qui je suis ?" "Bien sûr que je le sais ! Tu es le Messie. Celui qui fera
sien le monde entier, et alors on ne dira plus des paroles désagréables aux
petits comme moi." "Tu n'es pas d'Israël, n'est-ce pas ?" "Je suis circoncis... et cela m'a fait très mal. Mais...
la faim aussi me faisait mal et... de ne plus avoir de maman... ni
personne... Pourtant cela fait mal encore d'entendre qu'on... qu'on
nous..." il pleure, ayant perdu sa primitive hardiesse. "Ce doit être un orphelin étranger, Jean. Joseph a dû le
recueillir par pitié, et l'a fait circoncire..." explique Jésus à Jean,
étonné des raisons et des pleurs. Et Jésus soulève l'enfant et le prend sur
ses genoux. "Dis-moi ton nom, petit. Je t'aime bien. Jésus aime bien
tous les enfants et surtout les orphelins. J'en ai un, Moi aussi, et qui
s'appelle Margziam et qui..." "Et moi aussi, car moi (la petite voix n'est plus qu'un
murmure à peine perceptible) car moi, je suis romain..." "Je te l'avais dit ! Et tu es orphelin, n'est-ce pas
?" "Oui... Mon père, je ne m'en souviens pas. La maman, oui.
Elle est morte alors que j'étais déjà grand... et je suis resté seul, et
personne ne voulait de moi. De Césarée, à pied, derrière les voyageurs, après
que le maître soit parti au loin. Et si grand faim. Et si je disais mon nom,
des coups... Car on comprenait par le nom, eh ?! Et je suis venu ici pour une
fête, et j'avais faim. 313> Je suis entré dans les écuries avec une caravane, et je me suis caché dans la paille
pour manger l'avoine et les caroubes des ânes. Et un âne m'a mordu et j'ai
crié et on est accouru et on voulait me battre, mais Joseph a dit :
"Non. Lui l'a fait et il dit de faire ce qu'il fait. Et moi, je prends
l'enfant et j'en ferai un Israélite". Et il m'a pris et soigné en même
temps que Marie, et il m'a donné un autre nom car le mien... Maman m'appelait
Martial..." et les larmes recommencent à couler. "Et Moi, je t'appellerai Martial comme ta mère. C'est très
bien ce qu'a fait Joseph. Tu dois l'aimer beaucoup." "Oui, mais Toi davantage. Lui le dit, il dit toujours :
"Si un jour tu rencontres Jésus de Nazareth, le Messie, aime-le de tout toi-même car c'est par Lui que tu as été
sauvé de l'erreur". Marie disait à côté, à la servante, que le Messie
était à la maison et je suis venu voir celui qui m'a sauvé." "Je ne savais pas que Joseph avait fait cela. Il était
si... avare... Jamais je n'aurais pensé qu'il pourrait... Pauvre Joseph !
Avare et brouillé avec ses enfants. Ils n'ont pas respecté ses cheveux
blancs." "Je le sais. Mais, vois-tu ? Peut-être qu'en cet enfant il
se renouvelle... et oublie. Dieu le récompense ainsi de ce qu'il a fait pour
l'enfant. Comment t'appelles-tu, maintenant ?" "Un vilain nom. Il ne me plaît que parce qu'il commence
comme le mien : Manassé, je m'appelle !... Mais Marie, qui comprend,
m'appelle "Man"." Et l'enfant le dit avec un petit visage si
désolé que Jésus et Jean ne peuvent s'empêcher de sourire. Mais Jésus, pour le consoler, explique : "Manassé est un
nom dont le sens est très doux pour nous. Il veut dire : le Seigneur m'a fait
oublier toute douleur. Joseph te l'a donné car il a voulu dire que tu lui
feras oublier toute sa douleur et tu le feras, enfant, pour lui être reconnaissant.
Toi-même, par ton nouveau nom, tu te dis que le Seigneur t'a tant aimé qu'il
t'a rendu un père, une mère et une maison. N'est-ce pas ?" "Oui. Expliqué ainsi, oui... Mais Joseph me dit que je dois
oublier même ma maison. Moi, je ne veux pas oublier maman !" Jésus regarde Jean et Jean regarde le Maître, et au-dessus de
la petite tête brune, il y a tout un discours de regards... "La mère, on ne l'oublie pas, enfant. Joseph s'est mal
expliqué, ou plutôt tu as mal compris. Certainement il voulait dire que tu
dois oublier toute la douleur de ton passé, la douleur de ta maison, parce
que maintenant tu as celle-ci et tu dois être heureux." 314> "Ah ! ainsi,
oui. Marie est bonne et me rend heureux. Même en ce moment elle me fait des
fouaces. Je vais voir si elles sont cuites et je te les portes à Toi
aussi" et il glisse de dessus les genoux de Jésus pour courir hors de la
pièce. Le bruit des petits pieds déchaussés se perd dans le long couloir. "Toujours cette tendance à la dureté, même chez les
meilleurs d'entre nous ! Prétendre l'impossible ! Ils sont plus sévères que
Dieu, les enfants de son peuple ! Pauvre enfant ! Peut-on peut-être prétendre
qu'un enfant oublie sa mère, parce que maintenant il est circoncis ? Je le
dirai à Joseph." "Je ne savais vraiment pas qu'il avait fait cela. Mon
père, comme beaucoup de galiléens, descend ici aux fêtes et il ne m'en a pas
parlé comme s'il ne savait pas la chose... Mais j'entends la voix de
Joseph..." Jésus se lève et Jean l'imite, prêts à saluer, avec les
honneurs qui lui sont dûs, le maître de maison qui
entre et qui, à son tour, s'abîme en inclinations profondes et finit par
s'agenouiller aux pieds de Jésus. "Lève-toi, Joseph. Je suis venu, tu le vois." "Pardonne-moi de t'avoir fait attendre. Le vendredi est
toujours un grand jour ! Salut à toi, Jean. As-tu des nouvelles de Zébédée
?" "Non, depuis les Tabernacles, où je les ai vus." "Alors sache qu'il va bien, et de même Salomé. Des
nouvelles fraîches de ce matin, avec le dernier envoi de poisson. Et à Toi
aussi, Maître, je puis dire que tes parents se portent tous bien à Nazareth.
Le lendemain du sabbat partiront ceux qui viennent. Si vous voulez envoyer
des nouvelles... Êtes-vous seuls ?" "Non. D'ici peu les autres seront ici..." "Bien ! Il y a de la place pour tout le monde. C'est une
maison fidèle. Je regrette que Marie soit occupée avec le pain et moi avec
les ventes. On vous laisse ainsi seuls... Nous avons manqué de te faire
honneur et de te tenir compagnie comme il convient pour un hôte. Et un hôte
important !" "Un fils de Dieu comme toi, Joseph. Ils sont tous égaux
ceux qui suivent la Loi de Dieu." "Hé ! non. Toi, c'est Toi. Je ne suis pas sot comme ces
juifs. Tu es le Messie !" "Cela par la volonté de Dieu. Mais en ce qui concerne ma
volonté et mon devoir, je suis comme toi, fils de la Loi." "Hé ! ceux qui te calomnient ne savent pas dire et faire
ce que tu dis maintenant et ce que tu fais toujours !* 315> "Mais toi, tu
fais beaucoup de ce que j'enseigne. J'ai vu l'enfant, Joseph..." "Ah ! Tu l'as vu ? Il est venu ! il sait que je ne veux
pas ! A cause de Toi... j'en suis heureux, mais ce pouvait n'être pas
Toi..." "Et alors, que serait-il arrivé ?" "Que... cela ne me plaît pas, voilà !" "Pourquoi Joseph ? Pour qu'on ne t'en loue pas ? Ta pensée
est louable, mais l'enfant pourrait penser que tu as honte de le
montrer..." "Et c'est vrai !" "C'est vrai ? Et pourquoi ? Explique-moi la chose." "Voilà : l'enfant n'est pas né hébreux de parents hébreux,
pas même de prosélytes, pas même d'une femme de notre pays et d'un père
gentil. C'est l'enfant de deux romains, affranchis dans la maison d'un romain
qui était à Césarée maritime. Il a gardé l'enfant tant qu'il y est resté.
Mais, à son départ, il ne s'en est pas occupé et l'enfant est resté seul. Les
hébreux, naturellement, ne l'ont pas accueilli. Les romains... Ce que sont
les romains, tu le sais... Et ces romains surtout de Césarée ! L'enfant, en
mendiant..." "Oui, je le sais. Il est arrivé ici et tu l'as accueilli.
Dieu a signé ton acte au Ciel." "Et j'en ai fait un circoncis ! Et j'ai changé son nom. Le
sien ! Païen ! Idolâtre ! Mais je ne veux pas qu'il se fasse voir et qu'il se
rappelle son passé." "Pourquoi, Joseph ?" demande doucement Jésus, et il
ajoute : "L'enfant en souffre. Il se rappelle sa mère. C'est
compréhensible !" "Mais il est compréhensible aussi mon désir de n'être pas
critiqué pour avoir accueilli un..." "Un innocent. Rien de plus que cela,
Joseph. Pourquoi crains-tu le jugement des hommes, quand un jugement plus
haut, celui de Dieu, sanctionne ton acte, parce qu'il est saint ? Pourquoi
as-tu honte, par respect humain, ou par crainte de représailles, d'une action
qui est bonne ? Pourquoi veux-tu donner à l'enfant un exemple de duplicité
tel que celui qui ressort du changement de nom, d'étouffer le passé par
crainte qu'il te porte un préjudice ? Pourquoi veux-tu inculquer à l'enfant
le mépris du père et de la mère ? Tu vois, Joseph, tu as fait une action
digne de louanges, mais tu la couvres de poussière avec ces... idées
imparfaites. Tu as imité un de mes gestes. Tu as accueilli mes paroles. C'est
bien. Mais pourquoi ne rends-tu pas parfaite mon imitation en accomplissant
franchement cette œuvre et en disant : 316> "Oui, l'enfant
était romain et moi, je n'en ai pas éprouvé du dégoût parce
qu'il est fils du Créateur, tout comme vous. Seulement je l'ai voulu dans
notre Loi et je l'ai circoncis" ? Vraiment... La circoncision véritable
va arriver et elle s'exercera sur le cœur des hommes et elle emportera
l'anneau étranglant de la triple concupiscence. Par conséquent, même si
l'enfant était resté un enfant jusqu'à ce moment... Mais je ne veux pas t'en
faire un reproche. Tu as bien fait, toi hébreux en le faisant hébreu.
Pourtant, laisse-lui son nom. Oh ! dans l'avenir combien de Martial, de Caïus, de Félix, de Cornélius, de Claudius et autres,
appartiendront au Christ et au Ciel ! C'était possible pour lui aussi qui ne
sait pas ce que veut dire hébreu et gentil, et qui arrivera à sa majorité [2] quand la véritable
et nouvelle Loi sera fondée avec un nouveau Temple et de nouveaux prêtres et
qu'il y arrivera non comme tu le penses, mais examiné par Dieu et trouvé
digne de son nouveau Temple. Laisse-lui le nom que sa mère lui a donné. C'est
encore pour lui une caresse maternelle. Je comprends ce que tu as voulu dire
en l'appelant Manassé, mais laisse-lui le nom de Martial. Et à ceux qui
t'interrogent, dis simplement : "Oui, c'est Martial. Presque comme le disciple
du Christ auquel Marie a donné ce nom" [3]. Sois courageux dans
le bien, Joseph, et tu seras grand, très grand." "Maître... comme tu veux. Je ne veux pas te contrarier. Et
tu crois que... j'ai bien agi aussi comme homme ?" "Tu as bien agi. Ta douleur t'a rendu bon. Aussi tout est
bien de ce que tu as fait, et cet acte est bon." Des coups frappés à la porte de la rue interrompent la conversation. |
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