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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" |
aucun accent |
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mercredi
- Le jardin souffre d'une grave
sécheresse 29 - S'il pouvait pleuvoir! 29 - Discours d'Anne (Sa grande
paix) 30 - Un violent orage 31 - Anne accouche en silence 31 - Un arc-en-ciel, une étoile, une lune
anticipée 32 - Le portrait détaillé de l'enfant 33 - Marie est remise à Anne qui prophétise
sur elle 34 |
1.7. |
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29> Je vois Anne qui sort du jardin potager. Elle s'appuie au bras d'une
parente, sûrement, parce qu'elle lui ressemble. Elle est très grosse et
paraît fatiguée peut-être aussi du fait de la chaleur, toute pareille à celle
qui m'accable. Bien que le jardin soit ombragé, pourtant
l'air est brûlant, accablant. Un air à couper au couteau comme une pâte molle
et chaude; tellement il est lourd, sous un ciel impitoyablement azuré, que la
poussière en suspension dans l'air assombrit légèrement. Depuis longtemps ce
doit être la sécheresse, parce que la terre, là où elle n'est pas arrosée,
est littéralement réduite en une très fine poussière presque blanche, d'un
blanc qui tend légèrement vers le rose sale tandis qu'elle est marron rouge
foncé, à cause de l'arrosage, au pied des plantes ou le long des
plates-bandes où poussent des rangs de légumes et autour des rosiers, des
jasmins et autres fleurs et fleurettes, qui se trouvent surtout devant et en
bordure d'une belle tonnelle qui coupe en deux le verger jusqu'au commencement
des champs, dont les avoines sont récoltées. Même l'herbe du pré qui
marque l'extrémité de la propriété est sèche et rase. À la limite seulement,
là où se trouve une haie d'aubépine sauvage déjà toute constellée des rubis
de ses petits fruits, l'herbe est plus verte et épaisse, et là, à la
recherche de pâture et d'ombre, il y a des brebis avec un petit berger. Joachim est
autour des rangées de légumes et d'oliviers. Il a avec lui deux hommes pour
l'aider. Mais, malgré son âge, il est alerte et travaille avec goût. Ils sont
en train d'ouvrir de petites rigoles aux limites d'un champ pour donner de
l'eau aux plantes assoiffées. Et l'eau se fraye un chemin en bouillonnant à
travers l'herbe et la terre sèche, et forme des boucles qui pendant un moment
ont l'aspect d'un cristal jaunâtre cet puis ils ne sont plus que des cercles
obscurs de terre humide, autour des pieds de vigne et des oliviers lourdement
chargés. A travers la tonnelle ombragée sous laquelle
des abeilles d'or bourdonnent, avides du suc des grains blonds du raisin,
lentement Anne se dirige vers Joachim qui l'apercevant se hâte d'aller à sa
rencontre. "Tu es venue jusqu'ici ?" "La maison est chaude comme un
four." 30> "Et tu en
souffres." "L'unique souffrance de mes derniers
moments de grossesse. C'est la souffrance de tous : hommes et bêtes. Ne
reste pas trop à la chaleur, Joachim." "L'eau qu'on
espère depuis si longtemps et qui depuis trois jours semblait être proche,
n'est pas encore venue, et la campagne brûle. Heureusement qu'il y a pour
nous la source au débit si abondant. J'ai ouvert des canaux d'arrosage :
faible soulagement pour les plantes dont les feuilles sont fanées et
couvertes de poussière, mais ce n'est que pour les empêcher de mourir. S'il
pouvait pleuvoir !..." Joachim, avec l'angoisse de tous les
cultivateurs, scrute le ciel, pendant qu'Anne s'évente avec un éventail qui
semble fait d'une feuille sèche de palmier entrelacée de fils multicolores
qui la tiennent rigide. La parente dit : "Là-bas, au-delà
du Grand Hermon, surgissent des nuages rapides. Le vent vient du nord, il
rafraîchira et peut-être donnera de l'eau." "Cela fait trois jours qu'il se lève et
qu'il tombe au lever de la lune. Ce sera encore la même chose." Joachim
est découragé. "Retournons à la maison" dit Anne.
"Ici aussi on a du mal à respirer, et puis je pense qu'il vaut mieux
revenir..." Elle semble encore plus olivâtre à cause
d'une pâleur qui a envahi son visage. "Tu souffres ?" "Non, mais j'éprouve cette grande paix
que j'ai éprouvée au Temple quand me fut faite la grâce et que j'ai ressentie
aussi quand j'ai su que j'allais être mère. C'est comme une extase. Une douce
somnolence corporelle pendant que l'esprit jubile et s'apaise en une paix à
laquelle rien n'est humainement comparable. Je t'ai aimé, Joachim, et quand
je suis entrée dans ta maison et que je me suis dit : "Je suis
l'épouse d'une homme juste", j'ai eu un sentiment de paix et de même
toutes les fois que ton amour prévoyant prenait soin de ton Anne. Mais cette
paix que j'éprouve, ce n'est pas la même chose. Vois : je crois que
c'est une paix comme celle qui, à la manière de l'huile qui suavement
s'étend, devait envahir l'esprit de Jacob notre père après son songe des anges
et, mieux encore, semblable à la paix délicieuse des deux Tobie quand Raphaël
se manifesta à eux. Elle me pénètre profondément, et à mesure que je la goûte
elle grandit de plus en plus. 31> C'est comme si je
m'élevais dans les espaces azurés du ciel... et, je ne sais pourquoi, depuis
l'instant où j'ai cette paisible joie au cœur, un cantique naît en mon
cœur : celui de Tobie [1]. il me semble qu'il
a été écrit pour cette heure... pour cette joie... pour la terre d'Israël qui
la reçoit... pour Jérusalem pécheresse et maintenant pardonnée... mais... -
ne riez pas des délires d'une mère - mais quand je dis : "Remercie
le Seigneur pour les biens qu'Il t'a accordés et bénis l'Éternel pour qu'il
reconstruise en toi son Tabernacle" [2], je pense que celui
qui reconstruira en Jérusalem le Tabernacle du Vrai Dieu ce sera cette
créature qui va naître... et je pense encore que ce n'est plus de la cité
sainte, mais de l'être qui va naître de moi que le destin a prophétisé quand
le cantique dit : "Tu brilleras d'une lumière éclatante, tous les
peuples de la terre se prosterneront devant toi, les nations viendront vers
toi pour t'apporter des présents, ils adoreront en toi le Seigneur et
garderont ta terre comme une terre sainte parce que, en toi, elles
invoqueront le Grand Nom. Tu seras heureuse en tes fils, parce que
tous seront bénis et se réuniront près du Seigneur. Heureux ceux qui t'aiment
et jouissent de ta paix !..." [3]. Et la première à en
jouir c'est moi, sa bienheureuse mère..." Anne change de couleur en disant ces paroles
et resplendit comme un être qui passe de lumière lunaire à un grand feu et
vice versa. Des douces larmes coulent le long de ses joues. Elle ne les
remarque pas et sourit à son bonheur et tout en parlant elle se dirige vers
la maison entre son époux et sa parente, qui l'écoutent silencieusement,
saisis par l'émotion. Ils se hâtent, parce que les nuages poussés
par un vent violent courent et s'accumulent à travers le ciel, et la plaine
s'assombrit et s'agite annonçant la tempête. Quand ils arrivent au seuil de
la maison, un premier éclair bleuâtre déchire le ciel et la rumeur d'un
premier coup de tonnerre rappelle le roulement d'une énorme grosse caisse qui
se mêle au bruissement des premières gouttes sur les feuilles brûlées. Tout le monde rentre et Anne se retire
pendant que Joachim, rejoint par ses aides, parle, sur le seuil, de l'eau
tant attendue qui est bénédiction pour la terre desséchée. Mais la joie fait
place à la crainte parce qu'il s'élève une effroyable tempête qu’accompagnent
les éclairs et des nuages chargés de grêle. "Si la nuée se déchire, le
raisin et les olives seront broyés comme sous la meule. Malheur pour
nous !" 32> Une autre angoisse
saisit ensuite Joachim, pour son épouse pour qui le moment est venu
d'accoucher. La parente lui donne la nouvelle rassurante qu'Anne ne souffre pas du tout.
Mais lui est troublé. La parente ou d'autres femmes, et parmi elles la mère
d'Alphée, sortent de l'appartement d'Anne pour revenir ensuite avec des
bassins d'eau chaude et des linges séchés à la flamme du feu, qui
jaillit joyeux et splendide du foyer au milieu de la grande cuisine, et à
chacune Joachim demande des nouvelles et ne se tranquillise pas à leurs
déclarations. Même l'absence de cris de la part d'Anne le préoccupe. Il
dit : "Je suis un homme et n'ai jamais assisté à un enfantement,
mais je me souviens avoir entendu dire que l'absence de douleurs est un très
mauvais signe." La nuit arrive, avancée par la tempête qui
est d'une extraordinaire violence. Torrents d'eau, vent, éclairs, tout à la
fois, sauf la grêle qui est allée s'abattre ailleurs. Un des garçons remarque cette violence et
déclare : "On dirait que Satan est sorti de l'enfer avec tous ses
diables. Regarde ces nuées noires ! Sens l'odeur de soufre répandue dans
l'air, ces sifflements sinistres, ces cris de lamentation et de malédiction.
Si c'est lui, il est furieux ce soir !" L'autre garçon rit et répond : "Une
grande proie lui aura échappé, ou bien Michel l'a frappé d'un coup de foudre
de Dieu et il en a les cornes et la queue tranchées et brûlées." Passe en courant une femme et elle
crie : "Joachim, il va naître ! Et tout a été aisé et
heureux !" et elle disparaît avec une petite amphore dans les
mains. La tempête tombe tout d'un coup, après un
dernier coup de foudre si violent qu'il lance contre le mur les trois
hommes; et sur le devant de la maison, dans le sol du jardin, il en reste en
souvenir un trou noir et fumant. Cependant un vagissement, qui semble être la
plainte d'une tourterelle qui pour la première fois ne criaille plus mais
roucoule, traverse la porte de la chambre d'Anne, en même temps un
gigantesque arc-en-ciel déploie son demi-cercle sur toute t'étendue du ciel.
Il sort, ou du moins paraît sortir, de la cime de l'Hermon qui, baisée par un
coup de soleil, semble d'une couleur d'albâtre d'un blanc rose des plus
délicats. Il s'élève jusqu'au très clair ciel de septembre [4] et, passant par des
espaces purifiés de toute souillure, survole les collines de la Galilée et de
la plaine qui apparaît au sud entre deux figuiers et encore une autre
montagne, et semble poser son extrémité au bout de l'horizon, là où une
chaîne de montagnes abruptes arrête totalement la vue. 33> "Quel spectacle
jamais vu !" "Regardez ! Regardez !" "Il semble qu'il encercle toute la terre
d'Israël, et déjà, mais regardez, "Et la lune,
voilà. C'est la pleine lune alors qu'il manque encore trois jours pour y
arriver. Mais regardez quelle splendeur !" Les femmes surviennent joyeuses avec un
poupon rose dans un linge tout blanc. C'est Marie, la Maman ! Une Marie toute petite qui pourrait
dormir entre les deux bras d'un enfant. Une Marie pas plus longue que le
bras, une petite tête d'ivoire teinté légèrement de rose et des petites
lèvres de carmin qui déjà ne pleurent plus mais esquissent l'instinctive
succion, mais si petites qu'on ne voit pas comment elles pourront faire pour
saisir l'extrémité du sein, un petit bout de nez entre deux joues arrondies
et, quand avec une sensation lui font ouvrir ses petits yeux, deux morceaux
de ciel, deux points innocents qui ont la couleur de l'azur, qui regardent,
sans voir, entre des cils si fins et d'un blond presque rose à force d'être
blond. Même les petits cheveux sur la tête ronde ont la teinte rose blonde de
certains miels blancs. Pour oreilles, deux petites coquilles rosées et
transparentes, parfaites. Et comme mains... qu'est-ce que ces deux petites
choses qui s'agitent en l'air et vont vers la bouche ? Elles sont
fermées maintenant comme deux boutons de rose mousse qui ont fendu les
sépales verts et présentent leur soie de rose pâle ; et ouvertes on les
dirait deux joyaux d'ivoire ou d'albâtre à peine rosée avec cinq ongles
grenat clair. Comment feront-elles ces mains pour essuyer tant de larmes ? Et les pieds, où sont-ils ? Pour
l'instant, ce ne sont que de petits petons enfuis dans les langes de lin.
Mais voilà que la parente s'assied et les découvre. Oh ! les petits
pieds ! Quatre centimètres, et leur plante c'est une coquille couleur de
corail, le dessus c'est encore une coquille comme de la neige veinée d'azur.
Les doigts sont des chefs-d’œuvre de sculpture lilliputienne couronnés aussi
de petites écailles grenat clair. Mais, comment trouvera-t-on des sandalettes
quand ces petits pieds de poupée feront leurs premiers pas, ces pieds si
petits qu'on se demande comment peuvent-ils permettre de rester debout ?
Et comment feront-ils ces petits pieds pour faire un si dur chemin et soutenir tant
de douleur sous une croix ? 34> Mais maintenant, cela ne se sait pas, et on rit et sourit en
regardant s'agiter et se démener de belles jambettes, des cuisses en
miniature qui toutes grassouillettes forment avec le petit ventre des
fossettes et des replis, une nuque qui surgit d'une petite poitrine parfaite.
Sous la soie très blanche on voit le mouvement de la respiration et si, comme
le père heureux, on applique la bouche pour la baiser, en entend battre un
petit cœur ...un petit cœur qui est le plus beau que la terre ait possédé au
cours des siècles : l'unique cœur humain immaculé. Et le dos ? Voici qu'on la retourne et
qu'on voit la courbure des reins, puis les épaules grassouillettes et la
nuque rose. Mais voici : la petite tête se dresse sur l'arc des
vertèbres et on dirait la tête d'un oiseau qui regarde autour de lui le monde
nouveau qu'elle découvre. Elle pousse un petit cri pour protester qu'on la
montre ainsi, elle la pure, la chaste, aux yeux de bien des personnes, elle
qu'on ne verra plus jamais nue, la Toute Vierge, la Sainte et Immaculée.
Couvrez, Couvrez ce bouton de lys qui ne s'ouvrira jamais sur la terre et qui
donnera sa Fleur encore plus belle qu'elle, tout en restant un bourgeon. Ce
n'est qu'au Ciel que le lys du Dieu Trine ouvrira tous ses pétales, parce que
là-haut il n'y a pas la poussière des fautes qui pourrait involontairement
profaner cette candeur. Parce que là-haut on aura à accueillir, à la vue du
Ciel entier, Celui qui maintenant, sous peu d'années, caché dans un cœur sans
tache, habitera en Elle : Père, Fils, Époux. La voilà de nouveau entre les linges et dans
les bras de son père de la terre, à qui elle ressemble. Pas maintenant.
Maintenant elle n'est qu'une ébauche d'être humain. Je veux dire qu'elle lui
ressemblera devenue femme. De la mère, elle n'a rien. Du père le teint et la
couleur des yeux et aussi des cheveux qui, blanchis maintenant, étaient
assurément blonds, comme l'indiquent les sourcils. Du père, les traits, plus
parfaits et plus affinés parce que c'est une femme, et cette Femme ! Du
père, le sourire et le regard, les gestes et la taille. En pensant à Jésus,
comme je le vois, je trouve que Anne a donné sa taille à son Petit-fils et la
couleur plus ivoire foncé de la peau. Marie n'a pas la prestance d'Anne - un
palmier élevé et souple - mais la gentillesse du père. 35> Les femmes parlent
encore de la tempête et du prodige de la lune, de l'étoile, du gigantesque
arc-en-ciel, pendant qu'avec Joachim elles entrent dans la chambre de
l'heureuse mère et lui remettent la petite créature. Anne sourit à sa pensée : "C'est
l'Étoile" dit-elle. "Son signe est dans le ciel. Marie, arc-en-ciel
de la paix ! Marie, mon étoile ! Marie, lune brillante !
Marie, notre perle !" "Tu l'appelle Marie ?" "Oui. Marie, étoile, perle, lumière,
paix..." "Mais ce nom veut dire aussi amertume...
Ne crains-tu pas qu'il lui porte malheur ?" "Dieu est avec elle. Elle est à Lui
avant d'exister. Il la conduira par ses chemins et toute amertume se
transformera en un miel paradisiaque. Maintenant, tu es chez ta maman...
encore un peu de temps avant d'être toute à Dieu..." Et la vision s'achève sur le premier sommeil d'Anne devenue mère et de Marie son enfant. |
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