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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" |
aucun accent |
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mardi 24 août 27
- L'organisation du séjour 362 - Entrée modeste dans Nazareth 363 - Accueil du voisin Alphée avec son bébé 364 - Ne va pas chez ton oncle Alphée 364 - Jésus force l'entrée de la maison 365 - La colère sénile de l'oncle Alphée 366 - Jésus force la porte de la chambre 366 - Jésus et Marie aux prises avec Alphée 366 - Jésus console Marie d'Alphée 368 - Pierre et Jean arrivent en hâte 369 - Altercation entre Pierre et Judas 369 - Jésus console Jude et Jacques 369 - Les autres le font à leur façon 370 - Discours de Pierre (Le cynisme de Judas) 371 - [Commentaire de Jésus
: Localisation du passage suivant 371 - Vraie Mère et vrai Fils 371 - Pas facile d'être un apôtre 372 - Virginité parfaite de Marie] 372 |
2.65. |
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362> Jésus se trouve avec les siens au milieu des belles collines de
Galilée. Le soleil est encore haut sur l'horizon bien que le crépuscule
arrive. Pour lui échapper, les voyageurs cheminent sous les arbres, qui sont
presque toujours des oliviers. "Après cette
montée, c'est Nazareth" Jésus dit. "Maintenant je vous dis qu'en y arrivant,
nous allons nous séparer. Jude et Jacques iront tout de suite chez leur père, comme leur cœur le désire. Pierre et Jean distribueront l'obole aux pauvres qui certainement
seront près de la fontaine. Moi et les autres, nous irons à la maison pour le
repas et puis nous penserons au repos." "Nous, nous
irons chez le bon Alphée. Nous le lui avons promis l'autre fois, mais cependant
j'irai seul pour le saluer. Je cède mon lit à Matthieu qui
n'est pas encore habitué à la dure". dit Philippe. "Non, non pas
toi qui es âgé. Je ne le permets pas. J'ai eu un lit confortable jusqu'à
présent. Mais quels sommeils infernaux j'y faisais ! Crois-moi :
maintenant je suis si bien en paix qu'il me semble dormir sur la plume même
si je m'étends sur les cailloux. Oh ! c'est la conscience qui vous donne
ou pas un bon sommeil ! répond Matthieu. 363> C'est une émulation de charité qui s'allume entre les
disciples Thomas,
Philippe, Barthélemy et Matthieu, qui, si je comprends bien, sont ceux qui,
l'autre fois, étaient dans la maison de cet Alphée (qui n'est sûrement pas le
père de Jacques, car celui-ci parle avec André et lui
dit : "Il y aura toujours une place pour toi comme l'autre fois,
même si le père est plus malade"). C'est Thomas qui triomphe :
"Je suis le plus jeune du groupe. Le lit c'est moi qui le cède.
Laisse-moi faire, Matthieu, tu t'habitueras un peu à la fois. Tu crois que ça
me coûte ? Non. Je suis comme un amoureux qui rêve... Je serai sur la
dure, mais tout proche de mon amour". Thomas, un homme dans les trente
huit ans, un rire jovial et Matthieu cède. Voici maintenant, à quelques
mètres, les premières maisons de Nazareth. "Jésus... nous
allons" dit Jude. "Allez,
allez." Les deux frères
partent presque au pas de course. "Eh ! le père c'est le père"
murmure Pierre. "Même s'il boude c'est toujours notre sang et le sang ça
vous tire plus qu'un cordage. Et puis... ils me plaisent tes cousins. Ils
sont très bons." "Ils sont très
bons, oui. Et ils sont humbles, assez pour ne pas mesurer d'où ils en sont.
Ils se croient toujours en faute, car leur esprit voit le bien chez tous,
plutôt que chez eux. Ils feront beaucoup de chemin..." Maintenant, ils sont
à Nazareth. Des femmes voient Jésus et le saluent, des hommes aussi et des
enfants également. Mais ici, ce ne sont pas les acclamations au Messie des
autres endroits : ici, ce sont des amis qui saluent, de façon plus ou
moins expansive, l'Ami qui revient. Chez beaucoup je remarque aussi une
curiosité ironique en observant le groupe hétérogène qui est avec Jésus. Ce
n'est certainement pas une cour de dignitaires royaux ni un cortège pompeux
de prêtres. Transpirés, couverts de poussière, vêtus très modestement sauf Judas Iscariote, Matthieu, Simon et Barthélemy - je les ai mis par ordre décroissant d'élégance - ils
semblent plutôt un groupe d'hommes du peuple en voyage qui se rendent à un
marché, plutôt qu'à la suite d'un roi. Ce Roi n'a pour lui que l'ascendant de
la taille et celui de son aspect. 364> Ils font quelques mètres, et puis Pierre et Jean s'éloignent
sur la droite, tandis qu'avec les autres, Jésus s'avance jusqu'à une petite
place remplie d'enfants qui crient autour d'une vasque pleine d'eau où les
mères vont puiser. Un homme aperçoit Jésus et fait un signe de joyeux étonnement.
Il se hâte vers Lui et le salue : "Bon retour ! Je ne
t'attendais pas si tôt ! Tiens : embrasse mon dernier rejeton. C'est le
petit Joseph. Il est né en ton absence" et il Lui tend un bébé
qu'il a dans les bras. "Tu l'as appelé
Joseph ?" "Oui, je ne
l'oublie pas, lui qui m'était un peu parent et plus que parent. C'était pour
moi un grand ami. Maintenant, j'ai donné aussi à mes petits enfants,
les noms qui m'étaient les plus chers : Anne, mon amie de quand j'étais tout petit, et Joachim. Puis Marie... Oh ! quand elle naquit, quelle
fête ! Je me souviens qu'ils me la firent embrasser et me dirent :
"Tu vois cet arc-en-ciel : ça été le pont par où elle est descendue du Ciel. C'était un chemin angélique" et, c'est vrai, elle
paraissait un petit ange tant elle était belle... Maintenant voici Joseph. Si j'avais su que tu revenais si tôt, je t'aurais attendu
pour la circoncision." "Je te remercie
de ton amour pour mes grands-parents et pour mon père et ma Mère. C'est un bel enfant. Qu'il soit juste pour
l'éternité comme le juste Joseph." Jésus balance le petit qui Lui fait
d'enfantines risettes. "Si tu
m'attends, je viens avec Toi. J'attends que les amphores soient pleines. Je
ne veux pas que ma fille Marie se fatigue. Et même, regarde ce que je fais. Je donne
les brocs aux tiens, s'ils veulent les prendre, et je parle un peu seul avec
Toi." "Mais, bien sûr
que nous les prenons ! Nous ne sommes pas des rois assyriens."
s'exclame Thomas, et pour commencer il saisit un broc. "Alors, attention.
Marie de Joseph n'est pas à la maison. Elle est chez son beau-frère, sais-tu ? Mais la clef est chez moi. Faites-vous
la remettre pour entrer dans la maison, dans l'atelier, je veux dire." "Oui, oui, allez
même dans la maison, et puis je viendrai ensuite." Les apôtres s'en vont
et Jésus reste avec Alphée. "Je voulais te
dire... Je suis pour Toi un véritable ami... Quand on est vrai ami et plus
âgé, et du pays, on peut parler. Je crois que je dois parler ...Moi...
mais je ne veux pas te conseiller. 365> Tu sais mieux que
moi. Je veux seulement t'avertir que... oh ! non, je ne veux pas faire l'espion,
ni te faire voir les parents sous un mauvais jour. Mais, je crois en Toi,
Messie et... et cela me fait de la peine, voilà, de voir qu'ils disent que tu
n'es pas Toi, c'est à dire le Messie, que tu es un malade, que tu ruines la
famille et les parents. La ville... Tu sais, Alphée est très estimé et la ville les écoute eux aussi, et
maintenant lui est malade et il fait pitié... Même la pitié parfois, pousse à
faire des choses injustes. Vois, j'y étais, ce soir là où Jude et Jacques
t'ont défendu, ainsi que la liberté de te suivre... Oh ! quelle
scène ! Je ne sais comment ta Mère y résiste ! Et cette pauvre Marie d'Alphée ? Les femmes sont toujours victimes dans certaines
situations de famille." "A cette heure,
les cousins sont chez le père..." "Chez le
père ? Oh ! je les plains ! Le vieillard est vraiment hors de
lui et, c'est sûrement l'âge et la maladie, mais il se conduit comme un fou.
S'il n'était pas fou, il me ferait encore davantage pitié car ...il ruinerait
son âme." "Penses-tu qu'il
maltraitera les fils ?" "J'en suis
certain. Je le regrette pour eux et pour les femmes... où vas-tu ?" "A la maison
d'Alphée." "Non,
Jésus ! Ne te fais pas manquer de respect !" "Les cousins
m'aiment plus qu'eux-mêmes, et il est juste que je les paie d'un égal amour
...Là, il y a deux femmes qui me sont chères... J'y vais, Ne me retiens
pas." Et Jésus se hâte vers
la maison d'Alphée, pendant que l'autre reste, pensif, au milieu de la rue. Jésus marche
rapidement. Je le vois à la limite du jardin d'Alphée. Il est rejoint par les
pleurs d’une femme et les hurlements exagérés d'un homme. Jésus parcourt
encore plus vite les derniers mètres qui le séparent de la maison, à travers
le jardin tout vert. Il va arriver au seuil de la maison, au moment où
s'avance vers la porte la Maman qui voit le Fils. "Maman !" "Jésus !" Deux cris d'amour. Jésus va entrer, mais
Marie Lui dit : "Non, Fils." Et elle se met sur le seuil, les
bras ouverts, les mains serrées aux montants de la porte : une barrière
de chair et d'amour, et elle répète : "Non Fils, ne fais pas
cela." 366> "Laisse, Maman, il n'arrivera rien." Jésus est tout à
fait calme, bien que la pâleur si accentuée de Marie le trouble certainement.
Il saisit son fin poignet, détache la main du montant et passe. Dans la cuisine sont
répandus sur le sol, les réduits à l'état de pâtée gluante, les œufs, les
grappes de raisin, le vase de miel apportés de Cana. D'une autre pièce arrive
une voix querelleuse d'un vieux qui menace, qui accuse, qui se lamente dans
une de ces colères séniles si injustes, impuissantes, pénibles à voir et
douloureuses à subir. "...voilà ma maison détruite, devenue la fable de
tout Nazareth et moi, ici, seul, sans aide, blessé au cœur, au respect, à mes
besoins !... Voilà ce qui te reste, Alphée, après avoir agi en vrai
fidèle ! Et pourquoi ? Pourquoi ? Pour un fou. Un fou qui rend
fous mes imbéciles de fils. Ah ! Ah ! Quelle douleur !" 367> Et la voix de Marie d'Alphée, en larmes, qui supplie :
"Sois bon, Alphée, sois bon ! Ne vois-tu pas que tu te fais du
mal ? Viens, que je t'aide à te coucher... Toujours bon, toi, toujours
juste... Pourquoi maintenant es-tu ainsi avec toi, avec moi, avec ces pauvres
enfants ? ..." "Rien !
Rien ! Ne me touche pas ! Je ne veux pas ! Bons les fils?
Ah ! Oui, vraiment ! Deux ingrats ! Ils m'apportent du miel
après m'avoir abreuvé d'absinthe. Ils m'apportent des œufs et des fruits
après m'avoir mangé le cœur ! Va-t'en, je te le
dis. Va-t'en ! Je ne veux pas de toi. Je veux
Marie. Elle sait y faire. Où est-elle, maintenant, cette femme sans énergie
qui ne sait pas se faire obéir de son Fils ?" Marie d'Alphée,
chassée, entre dans la cuisine au moment où Jésus va entrer dans la pièce
d'Alphée. Elle se cramponne à Lui en sanglotant, désespérée, pendant que
Marie, la Vierge, s'approche, humble et patiente du vieillard courroucé.
"Ne pleure pas, tante, maintenant j'y vais." "Oh ! non,
ne te fais pas insulter ! Il semble fou. Il a son bâton. Non, Jésus,
non. Il a frappé même ses fils." "Il ne me fera
rien." et Jésus fermement, bien qu'avec douceur, met de côté la tante et
entre. "Paix à toi,
Alphée." Le vieillard va se coucher tout en se plaignant et faisant
mille reproches à Marie parce qu'elle ne sait pas s'y prendre (tandis qu'il
venait de dire que Elle seule savait faire). Il se retourne
brusquement : "Ici ? Ici à te moquer de moi ? Même
ça ?" "Non, pour
t'apporter la paix. Pourquoi es-tu aussi inquiet ? Tu te fais du
mal ! Maman, laisse. Je vais le soulever, Moi. Tu ne te feras pas de mal
et tu ne te fatigueras pas. Maman, soulève les couvertures." Et Jésus
prend délicatement ce petit tas d'ossements qui râle, sans forces, méchant,
pleurant, misérable et l'allonge comme si c'était un nouveau-né sur le lit. "Voilà. Comme
ça, comme je faisais pour mon père. Plus haut, ce coussin. Il le tiendra
soulevé et il respirera mieux. Maman, mets-lui, sous les reins, ce petit
coussin. Ce sera plus doux. Maintenant, la lumière, ainsi, pour qu'elle ne
lui frappe pas les yeux, tout en laissant entrer l'air pur. Voilà qui est
fait. J'ai vu une décoction sur le feu. Apporte-la, Maman. Elle est bien
douce. Tu es tout en sueur et tu es en train de prendre froid. Cela te fera
du bien." Marie sort, obéissante. "Mais moi...
mais moi... Pourquoi es-tu bon avec moi ?" "Parce que je
t'aime, Tu le sais." "Moi, je t'en
voulais... mais maintenant..." "Maintenant, tu
ne m'en veux plus. Je le sais. Mais Moi, je t'aime bien et cela me suffit.
Après, tu m'aimeras..." "Et alors...
ah !... ah !... quelle souffrance ! Et alors s'il est vrai que
tu m'aimes pourquoi offenses-tu mes cheveux blancs !" "Je ne t'offense
pas, Alphée. En aucune façon. Je t'honore." "Tu
m'honores ? Je suis la fable de Nazareth, voilà." "Pourquoi,
Alphée parles-tu ainsi ? En quoi je fais de toi la fable de
Nazareth ?" "En mes fils.
Pourquoi sont-ils rebelles ? Pour Toi. Pourquoi les moqueries ? A
cause de Toi." "Dis-moi : si
Nazareth te louait pour le sort de tes fils, éprouverais-tu la même
souffrance ?" "Alors
non ! Mais Nazareth ne me loue pas. Elle me louerait si réellement tu
étais quelqu'un qui va à la conquête. Mais me laisser pour un qui est presque
fou et qui va par le monde s'attirant les haines et les railleries, pauvre au
milieu des pauvres. Ah ! qui ne rirait ! Ah ! ma pauvre
maison ! Pauvre maison de David, comment finis-tu ! Et moi qui dois
vivre encore pour voir ce malheur ? Te voir, dernier rejeton de la glorieuse
souche, te voir sombrer dans la folie par trop de servilité ! Ah !
malheur sur nous à partir du jour où mon faible frère s'est laissé unir à
cette femme insipide et pourtant autoritaire, et qui a eu tout pouvoir sur
lui. Je l'avais dit alors : "Joseph n'est pas pour les noces, Il
sera malheureux !" Et il l'a été. Lui savait comme elle était, et
de noces il n'en avait rien voulu savoir. Malédiction à la loi de l'orpheline
héritière ! Malédiction au destin. Malédiction sur ce mariage." 368> La ‘’Vierge héritière’’ est revenue avec la décoction, juste à
temps pour entendre les jérémiades du beau-frère. Elle est encore plus pâle,
mais sa grâce patiente n'en est pas troublée. Elle s'approche d'Alphée et
avec un doux sourire l'aide à boire. "Tu es injuste,
Alphée, mais tu as tant de mal qu'on te pardonne tout." dit Jésus, qui
lui soulève la tête. "Oh ! oui,
tant de mal ! Tu dis que tu es le Messie. Tu fais des prodiges. C'est ça
que l'on dit. Au moins, pour me payer des fils que tu m'as pris, guéris-moi.
Guéris-moi... et je te pardonnerai." "Toi, pardonne
aux fils, comprends leur âme et je te soulagerai. Si tu as de la rancune, je
ne peux rien faire." "Pardonner ?"
Le vieillard fait un saut qui naturellement exaspère ses souffrances et cela
le rend de nouveau furieux. "Pardonner ? Jamais ! Va-t'en ! Va-t'en, si tu
dois me dire cela ! Va-t'en ! Je veux
mourir sans qu'on me trouble davantage." Jésus a un geste de
résignation. "Adieu, Alphée. Je m'en vais... Dois-je vraiment
partir ? Mon oncle... dois-je vraiment partir ?" "Si tu ne me
contentes pas, oui va-t'en et dis à ces deux
serpents que le vieux père meurt avec rancune." "Non, cela non.
Ne perds pas ton âme. Ne m'aime pas, si tu veux. Ne me crois pas le Messie.
Mais tu ne dois pas haïr, tu ne dois pas haïr, Alphée. Ridiculise-moi. Dis que
je suis fou. Mais ne hais pas." "Mais pourquoi
m'aimes-tu, si je t'insulte ?" "Parce que je
suis Celui que tu ne veux pas reconnaître. Je suis l'Amour. Maman, je vais à
la maison." "Oui, mon Fils.
Dans peu de temps je viendrai." "Je te laisse ma
paix, Alphée. Si tu me veux, envoie-moi chercher. Je viendrai à n'importe
quelle heure." Jésus sort, calme
comme s'il ne s'était rien passé. Il est seulement plus pâle. "Oh !
Jésus, Jésus, pardonne-lui" gémit Marie d'Alphée. "Mais oui,
Marie. Il n'y a même pas besoin de le faire. A celui qui souffre, on pardonne
tout. Maintenant, il est déjà plus calme. La Grâce travaille même à l'insu
des cœurs. Et puis il y a tes pleurs, et certainement la souffrance de Jude
et de Jacques et la fidélité à leur vocation. La paix dans ton cœur angoissé,
tante." Il la baise et sort dans le jardin pour aller à la maison. 369> Au moment où il sort sur la rue, voici qu'entre Pierre et
derrière lui Jean, essoufflés après la course. "Oh ! Maître !
mais qu'est-il arrivé ? Jacques m'a dit : "Cours à ma maison.
Qui sait comment Jésus est traité". Mais, non, je me trompe. Alphée,
celui de la fontaine, est entré et il a dit à Jude : "Jésus est
chez toi" et alors Jacques voilà ce qu'il a dit... Tes cousins sont
atterrés. Moi je ne comprends rien, mais je te vois... et je me
rassure." "Rien, Pierre.
Un pauvre malade que les souffrances rendent intolérant. Maintenant, tout est
fini." "Oh ! j'en
suis content ! Et toi, pourquoi ici ?" Pierre interpelle
l'Iscariote qui accourt lui aussi. Le ton n'est pas très doux. "Tu y es aussi,
il me semble." "On m'a prié d'y
venir et j'y suis venu." "Moi aussi, je
suis venu. Si le Maître était en danger, et dans sa patrie, moi, qui
l'ai déjà défendu en Judée, je puis le défendre aussi en Galilée." "Pour cela, il y
en a assez de nous. Mais en Galilée il n'y en a pas besoin." "Ah !
Ah ! Ah ! En effet, sa patrie le rejette comme une nourriture
indigeste. C'est bien. J'en suis content pour toi qui t'es scandalisé d'un
petit incident survenu en Judée, où Lui est inconnu. Ici, par
contre !..." et Judas achève en sifflotant d'un air moqueur. "Écoute, garçon,
Je suis peu en humeur de te supporter. Arrête donc, si tu y tiens à...
quelque chose. Maître, ils t'ont fait du mal ?" "Mais non, mon
Pierre. Je te l'assure. Hâtons-nous d'aller consoler les cousins." Ils partent et
entrent dans le grand atelier. Jude et Jacques sont près du grand établi de
menuisier. Jacques debout, Jude assis sur un tabouret, le coude appuyé sur le
banc, la tête sur la main. Jésus va à eux en souriant, pour leur témoigner
tout de suite son affection : "Alphée est plus tranquille,
maintenant. Les douleurs se calment et la paix revient tout à fait. Soyez
tranquilles, vous aussi." "Tu l'as
vu ? Et maman ?" "J'ai vu tout le
monde..." Jude demande :
"Même les frères ?" "Non, ils
n'étaient pas là." 370> "Ils étaient là. Ils n'ont pas voulu se montrer à Toi.
Mais, à nous ! Oh ! si nous avions commis un crime, ils ne nous
auraient pas traités de la sorte. Et nous qui venions de Cana, volant par la
joie de le revoir et de lui apporter des choses qui lui plaisent ! Nous
l'aimons et... et il ne nous comprend plus... il n'a plus confiance en nous.
" Jude baisse son bras et pleure, la tête sur le banc. Jacques est plus
fort, mais son visage reflète un vrai martyre intérieur. "Ne pleure pas,
Jude. Et toi, ne t'abandonne pas à la souffrance." "Oh !
Jésus ! Nous sommes des fils et... il nous a maudits. Mais malgré notre
déchirement, non, nous ne revenons pas en arrière ! Nous sommes à Toi,
et c'est avec Toi que nous demeurerons, même si, pour nous en détacher, on
nous menace de mort !" s'écrie Jacques. "Et tu disais
que tu n'étais pas capable d'héroïsme ? Moi, je le savais. Mais toi, tu
le dis de toi-même. En vérité tu seras fidèle même devant la mort. Et toi
aussi." Jésus les caresse, mais eux souffrent. Les pleurs de Jude
résonnent sous la voûte de pierre. Et là, j'ai l'occasion de mieux voir l'âme
des disciples. Pierre, avec son honnête visage attristé, s'écrie : "Et
oui ! C'est une souffrance... Quelle tristesse ! Mais, mes enfants
(et il les secoue affectueusement) il n'est pas donné à tous de mériter ces
paroles... Moi... moi je me rends compte que je suis un chanceux, dans
l'appel que Jésus m'a fait. Cette brave femme
d'épouse ne cesse de me dire :
"C'est comme si j'étais répudiée, puisque tu n'es plus à moi. Mais je
dis : 'Heureuse répudiation !' ". Dites-le, vous aussi. Vous
perdez un père, mais vous gagnez Dieu." Le berger Joseph, étonné, dans son sort d'orphelin, ignorant qu'un père
puisse être occasion de peine, dit : "Je croyais être le plus
malheureux, parce que sans père. Mais je m'aperçois qu'il vaut mieux le
pleurer mort qu'ennemi." Jean se borne à
baiser et caresser ses compagnons. André soupire et se tait. Il brûle de
parler, mais sa timidité lui serre la gorge. Thomas, Philippe, Matthieu et
Nathanaël parlent doucement dans un coin, avec le respect qu'on éprouve devant
une vraie douleur. Jacques de Zébédée prie, à voix basse, pour que Dieu donne sa paix. Simon le Zélote, oh ! comme il me plaît dans son attitude ! Il
quitte son coin et vient près des deux disciples en peine. Il met une main
sur la tête de Jude, l'autre bras enserre la taille de Jacques et il
dit : "Ne pleure pas, fils. Lui nous l'avait dit, à toi et à
moi : "Je vous unis : toi, qui, pour
Moi, perds un père, et toi qui as un cœur de père sans avoir de fils". Et nous n'avions pas compris combien ces paroles
étaient prophétiques. 371> Mais Lui le savait. Voilà : je vous en prie. Je suis âgé
et j'ai toujours rêvé qu'on m'appelle "père". Acceptez-moi comme
tel et moi, comme père, je vous bénirai matin et soir. Je vous en prie
acceptez-moi comme un père." Les deux acquiescent
en sanglotant plus fortement. Marie entre et
accourt près des deux affligés. Elle caresse la chevelure d'ébène de Jude et
la joue de Jacques. Elle est blanche comme un lis. Jude lui prend la main, la
baise et demande : "Que fait-il ?" "Il dort, fils.
La maman vous envoie son baiser" et elle les embrasse tous les deux. La voix rauque de
Pierre explose : "Allons, viens ici un moment je veux te dire
quelque chose" et je vois Pierre qui saisit de sa robuste main un bras
de l'Iscariote et l'emmène dehors dans la rue. Puis il revient seul. "Où l'as-tu
envoyé ?" demande Jésus. "Où ?
Prendre l'air. Car si l'air ne l'avait pas calmé, moi, je le lui aurais donné
d'une autre façon... ce n'est qu'à cause de Toi que je ne l'ai pas fait.
Oh ! maintenant, ça va mieux. Qui rit devant la souffrance, est un
aspic, et moi, les serpents, je les chasse... Oui, heureusement, que tu es
là... je l'ai seulement envoyé au clair de lune. Ça se pourrait... mais moi
je deviendrais plutôt un scribe chose que Dieu seul est capable de faire de
moi qui ai une juste conscience d'être au monde, mais lui, même avec l'aide
de Dieu je doute qu'il devienne bon. Simon de Jonas te l'assure, et je ne me
trompe pas. Non ! Ne t'en fais pas ! Il a été heureux d'en sortir
et ne pas partager une tristesse. Il est plus sec qu'un caillou sous le
soleil d'août. Allons, les enfants ! Ici il y a une Mère plus douce
qu'il n'en pourrait y avoir au Ciel. Ici il y a un Maître qui est plus bon
que tout le Paradis. Ici il y a tant de cœurs honnêtes qui vous aiment
sincèrement. Les averses, ça fait du bien : ça fait tomber la poussière.
Demain, vous serez plus frais que des fleurs plus légers que des oiseaux,
pour suivre notre Jésus." Et c'est sur ces simples et bonnes paroles de
Pierre que tout se termine. Jésus dit ensuite : "Après cette vision, tu mettras celle que je t'ai donnée au printemps 1944 celle où je demandais à ma Mère ses impressions sur les Apôtres. Désormais leur physionomie morale a été suffisamment mise en lumière pour qu'on puisse placer ici cette vision, sans créer de scandale pour personne. Je n'avais pas besoin de conseils, mais quand nous étions seuls, pendant que les disciples étaient disséminés dans des familles amies, ou dans les bourgades voisines, durant mes séjours à Nazareth, comme il m'était doux de parler à ma douce Amie et de demander conseil à la Maman pour voir confirmer, par sa bouche pleine de grâce et de sagesse, tout ce que, déjà, j'avais vu. Avec Elle, je n'ai jamais été autre chose que "le Fils". Et au milieu des enfants des femmes, il n'y a jamais eu de mère plus "mère" qu'Elle, dans toute la perfection des vertus maternelles, humaines et morales, et il n'y a jamais eu de fils plus "fils" que Moi en fait de respect, de confiance, d'amour. Et maintenant que vous avez un minimum de renseignements sur les Douze, sur leurs vertus, leurs défauts, leurs caractères, sur leurs efforts, y a-t-il encore quelqu'un pour dire qu'il me fut facile de les unir, de les élever, de les former ? Et y a-t-il encore quelqu'un qui pense que la vie de l'apôtre est facile et que pour être un apôtre, c'est à dire pour croire qu'il l'est, quelqu'un juge souvent avoir droit à une vie facile, sans souffrances, sans heurts, sans insuccès ! Ya-t-il encore quelqu'un qui pour le fait qu'il me sert prétend que je sois son serviteur et que je fasse en sa faveur des miracles à jet continu, et de sa vie un tapis fleuri, agréable, humainement glorieux ? Mon chemin, mon travail, mon service, c'est la croix, la souffrance, le renoncement, le sacrifice. J'y suis passé, Moi. Que ceux qui veulent se dire "miens" le suivent. |
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