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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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lundi 7 juin 27 (14 Siwan)
- Le réveil près du petit ruisseau 183 - Jésus accepte le plan de Judas 184 - Judas s'informe d'Anne 185 - L'aubergiste raconte le passage de la sainte
famille 187 - Il leur montre les ruines causées par Hérode
187 - Sur les ruines de la maison d'Anne 188 - Jésus se prépare à parler 188 - Discours (Rachel et les mères éprouvées) 189 - Tu es le Messie ? Va-t-en ! 190 - Judas devient la cible de la foule 191 - Il est secouru par des soldats romains 191 - Il rejoint les siens et essuie ses blessures
192 - En route vers Hébron 192 |
Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 2 2.38. |
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183> Les premières heures d'un lumineux matin d'été. Le ciel se
colore de rose sur quelques petits nuages qui semblent des effilochures de
gaze tombées sur un tapis de satin couleur de turquoise. Il se fait tout un
concert d'oiseaux déjà ivres de lumière... Passereaux, merles, rouges-gorges
babillent, gazouillent, se bagarrent pour une tige, une chenille, une
brindille à porter à leurs nids, pour se remplir le bec, ou pour prendre
comme perchoirs. Des hirondelles piquent du ciel dans le petit ruisseau pour
laver leurs plastrons de neige teints au sommet de rouille, et une fois
rafraîchies, après avoir piqué un moucheron encore endormi sur une tige,
s'envolent vers les hauteurs avec leurs ailes qui frappent l'air comme des
lames d'acier bruni, en gazouillant gaiement. Deux bergeronnettes
vêtues de soie cendrée se promènent gracieusement comme deux demoiselles le
long de la rive du ruisseau. Elles relèvent leur longue queue ornée de
velours noir, se mirent, se trouvent belles et reprennent leur promenade,
raillées par un merle, qui leur siffle par derrière, avec son long bec jaune,
vrai gamin du bois. 184> Dans un pommier
sauvage à l'abondante frondaison, près des ruines, un rossignol appelle avec
insistance, son compagnon, et ne se tait que lorsqu'il le voit arriver avec
une longue chenille qui se tord sous l'étreinte du bec très fin. Deux bisets,
probablement échappés de colombiers de la ville et qu'ont élu domicile dans
les crevasses d'une tour en ruines, s'abandonnent à leurs effusions, lui
séducteur, elle roucoulant pudiquement. Jésus, les bras croisés, regarde toutes ces joyeuses petites
bestioles et sourit. "Déjà prêt,
Maître ?" lui demande par derrière Simon. "Déjà prêt. Les
autres dorment-ils encore ?" "Encore." "Ils sont jeunes...
Je me suis lavé à ce ruisseau... Une eau fraîche qui éclaircit les
idées..." "Maintenant, j'y
vais." Pendant que Simon
vêtu seulement d'une courte tunique se lave et puis s'habille, Judas et Jean se lèvent. "Dieu te garde,
Maître. Nous sommes en retard ?" "Non, c'est tout
juste le matin, mais maintenant, faites vite et partons." Les deux se lavent et
puis revêtent leur tunique et leur manteau. Jésus, avant de se mettre en
route, cueille des fleurettes qui ont poussées dans les fentes de deux
rochers et les met dans une petite boîte de bois où se trouvent déjà d'autres
choses que je ne distingue pas bien. Il explique : "Je les porterai
à la Mère. Elles lui seront chères... Partons." "Où,
Maître ?" "À
Bethléem." "Encore ?
Il me semble que l'air n'en est pas bon pour nous..." "N'importe.
Allons. Je vous ferai voir où descendirent les Mages et où
j'étais." "Alors, excuse-moi, Maître, mais permets-moi de parler.
Nous allons faire une chose. À Bethléem et à l'auberge, permets-moi de parler
et de poser des questions. Pour vous, Galiléens, on ne vous aime pas
beaucoup, en Judée et ici moins qu'ailleurs. Alors faisons ainsi : Toi
et Jean on vous devine Galiléens rien qu'au vêtement. Trop simple. Et puis...
ces cheveux ! Pourquoi vous obstinez-vous à les porter si longs ?
Moi et Simon, nous vous donnons notre manteau et vous nous donnez le
vôtre : toi, Simon à Jean et moi au Maître. 185> Voilà : comme ça. Tu vois ? Vous paraîtrez tout de
suite un peu plus juifs. Maintenant, ceci." Et il enlève sa
coiffure : un turban à rayures jaunes, marron, rouges, vertes, comme le
manteau, maintenu en place par un cordonnet jaune. Il le met sur la tête de
Jésus et l'arrange le long des joues pour cacher les longs cheveux blonds.
Jean prend la coiffure vert très foncé de Simon. "Oh ! maintenant,
ça va mieux ! Moi, j'ai le sens pratique." "Oui, Judas, tu
as le sens pratique, c'est vrai. Prends garde, cependant, qu'il ne surpasse
pas l'autre sens." "Quel sens,
Maître ?" "Le sens
spirituel." "Oh ! non, mais, en certains cas, il faut savoir agir
en politiques plus encore qu'en ambassadeurs. Et attention... sois indulgent
aussi... c'est pour ton bien... Ne me contredis pas si je dis de choses...
des choses... oui, voilà pas vraies." "Que veux-tu
dire ? Pourquoi mentir ? Je suis la Vérité, et je ne veux le mensonge ni
en Moi, ni autour de Moi." "Oh ! Je ne
dirai que des demi mensonges. Je dirai que nous sommes tous de retour
de pays lointains, d'Égypte par exemple, et que nous voulons avoir des
nouvelles d'amis qui nous son chers. Nous dirons que nous sommes des Juifs,
de retour d'exil... Au fond, en tout cela, il y a un peu de vrai... et puis,
j'en raconte... de plus ou moins fausses." "Mais !
Judas, pourquoi tromper ?" "Laisse passer,
Maître. Le monde se gouverne à coups de tromperies. Elles sont parfois
nécessaires. Bien, pour te faire plaisir je dirai seulement que nous venons
de loin et que nous somme Juifs. C'est vrai aux trois-quarts. Et toi, Jean,
ne parle pas. Tu nous trahirais." "Je resterai
muet." "Puis, si les
choses tournent bien... alors, nous dirons le reste Mais j'ai peu d'espoir...
Je suis rusé et je saisis les choses au vol." "Je le vois,
Judas. Mais je préférerais que tu sois simple." "C'est peu
utile. Dans ton groupe, je serai celui des missions difficiles. Laisse-moi
faire." Jésus est peu
enthousiaste, mais il cède. Ils s'en vont,
tournent autour des ruines, puis longent un mur sans fenêtres derrière lequel
on entend braire, mugir, hennir, bêler et les chameaux ou dromadaires aux
énormes cris fantaisistes. 186> Le mur fait un
angle. Ils tournent. Les voilà sur la place de Bethléem. Le bassin de la
fontaine est toujours au centre de la place qu'on aperçoit avec toujours sa
forme de guingois, différent et pourtant du coté opposé à l'auberge. Là, où
était la petite maison - je la vois encore quand j'y pense toute d'argent pur
sous le rayonnement de l’étoile - là, un grande espace libre, couvert de
débris. Seul le petit escalier est encore debout avec son petit balcon. Jésus
regarde et soupire. La place est pleine
de gens autour des marchands de victuailles, d'ustensiles, d'étoffes, etc.
Ils ont disposés sur des nattes ou mis dans des paniers leurs marchandises, à
même sur le sol, et sont pour la plupart accroupis au centre de leurs...
magasins, d'autres debout, criant et gesticulant, aux prises avec quelque
acheteur qui discute. "C'est jour de
marché." dit Simon. La porte, ou plutôt,
la porte cochère de l'auberge est grande ouverte, et il en sort une file
d'ânes chargés de marchandises. Judas entre le
premier. Il regarde tout autour. Il appelle, hautain, un petit garçon
d'écurie, sale et en bras de chemise, c'est à dire avec un seul vêtement de
dessous sans manches et qui lui arrive aux genoux. "Garçon !
crie-t-il. Le patron, tout de suite. Dépêche-toi, car je n'ai pas l'habitude
d'attendre." Le garçon y court en
tirant par derrière un balai de branchages, "Mais, Judas ! Quelles
façons !" "Silence,
Maître. Laisse-moi faire, Il faut qu'ils nous croient très riches, et de la
ville." Le patron accourt, se cassant l'échine en inclinations devant
Judas, imposant avec le manteau rouge foncé de Jésus, sur son riche vêtement
jaune d'or avec sa large ceinture et ses franges. "Nous venons de
loin, homme. Juifs de la communauté asiatique. Celui-ci persécuté, bethléemite d'origine, recherche des amis d'ici qui lui
sont chers. Et nous avec Lui. Arrivons de Jérusalem où nous avons adoré le
Très-Haut dans sa Maison. Peux-tu nous renseigner ?" "Seigneur ...
ton serviteur ... tout à toi. Commande." "Nous voulons
avoir des renseignements sur plusieurs... et spécialement sur Anne, la femme qui avait sa maison en face de ton
auberge." "Oh !
malheureuse ! Anne vous ne la trouverez plus que dans le sein d'Abraham
et ses fils avec elle." 187> "Morte ? Pourquoi ?" "Vous n'êtes pas
au courant du massacre d'Hérode ? Tout le monde en a parlé et César le traita de
"porc altéré de sang" [1]. Oh ! qu'ai-je dit ? Ne me dénonce pas. Es-tu
un vrai juif ?" "Voilà l'insigne
de ma tribu. Alors, parle." "Anne a été tuée
par les soldats d'Hérode avec tous ses enfants, sauf une fille." "Mais
pourquoi ? Elle était si bonne !" "Tu la
connaissais ?" "Très
bien." Judas ment impudemment. "Elle fut tuée
pour avoir donné l'hospitalité à ceux qu'on disait père et Mère du Messie...
Viens ici... dans cette pièce... les murs ont des oreilles, et parler de
certaines choses... c'est dangereux." Ils entrent dans une
petite pièce obscure et basse. Ils s'assoient sur un divan très bas.
188> "Les lieux ? Mais ce furent toutes les maisons.
C'est par milliers que l'on compta les morts à Bethléem. Venez avec
moi." Ils prennent un
escalier, montant sur une terrasse. D'en haut, on voit une grande étendue de
campagne et Bethléem toute entière qui s'étend en éventail sur ses
collines." "Vous voyez où
sont les ruines ? Ici, aussi furent brûlées des maisons parce que les
pères défendirent leurs enfants les armes à la main. Vous voyez là cet espèce
de puits couvert de lierre ? C'est ce qui reste de la synagogue. On la
brûla avec le chef de la synagogue qui avait affirmé que c'était le Messie.
Elle fut brûlée par des survivants, fous de rage à cause du meurtre de leurs
enfants. Nous en avons eu des ennuis, depuis... Et ici, et là et là... Vous
voyez ces tombeaux ? Ce sont des victimes... On dirait des brebis,
couchées dans la verdure, à perte de vue. Tous innocents avec leurs pères et
leurs mères... Vous voyez ce bassin ? Son eau était rougie de sang
lorsque les sicaires y eurent lavé leurs armes et leurs mains. Et ce
ruisseau, ici derrière, l'avez-vous vu ? ... Il était rougi par le sang
qui lui était venu des égouts... Et ici, voyez, ici, en face. C'est tout ce
qui reste de Anne." Jésus pleure. "Tu la
connaissais bien ?" Judas répond :
"C'était comme une sœur pour sa Mère ! Pas vrai, ami ?" Jésus répond
seulement : "Oui." "Je
comprends" fait l'aubergiste, et il reste pensif. Jésus se penche pour
parler doucement à Judas. "Mon ami
voudrait aller sur ces ruines" dit Judas. "Eh ! qu'il
y aille ! Elles sont à tout le monde !" Ils descendent,
saluent, s'en vont. L'aubergiste reste déçu. Peut-être il espérait un
pourboire. Ils traversent la
place et montent le petit escalier, le seul qui est resté. "C'est d'ici,
dit Jésus, que ma Mère me fit saluer les
Mages et que nous sommes descendus pour gagner
l'Égypte." Des gens regardent
les quatre parmi les ruines. Quelqu'un demande : "Parents de la
morte ?" "Amis". Une femme crie :
"Ne faites pas de mal, vous du moins, à la morte, comme ses autres amis,
alors qu'elle était vivante et qui s'échappèrent ensuite sains et
saufs." 189> Jésus est debout sur la plate forme contre le muret qui la
limite dominant donc la place de deux mètres à peu près, avec le vide en
arrière. C'est un vide lumineux, qui le nimbe tout entier, rendant encore
plus blanc son vêtement de lin très blanc qui seul le couvre, maintenant que
son manteau s'est envolé de sur ses épaules faisant à ses pieds une sorte de
piédestal multicolore. En arrière, encore, le fond de verdure et de
broussailles de ce qui était le jardin et le domaine d'Anne, maintenant
désolés et couverts de ruines. Jésus étend les bras.
Judas qui voit le geste dit : "Ne parle pas Ce n'est pas
prudent !" Mais Jésus remplit la
place de sa voix puissante : "Hommes de Juda ! Hommes de Bethléem,
écoutez ! Écoutez, ô vous, femmes de la terre qui fut sacrée pour
Rachel ! Écoutez un descendant de David, qui a souffert, persécuté.
Rendu digne de vous adresser la parole, il vous parle pour vous donner
lumière et réconfort. Écoutez." Les gens cessent de
crier, de se disputer, de faire des achats et s'attroupent. "C'est un
rabbi !" "Il vient
sûrement de Jérusalem." "Qui
est-ce ?" "Quel bel
homme !" "Quelle
voix !" "Quelles
façons !" "Eh ! s'il
est de la race de David !" "De la nôtre,
alors !" "Écoutons,
écoutons !" Toute la foule s'est groupée autour de l'escalier qui
paraît une tribune. "Il est dit dans
la Genèse : "Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme... Elle
t'écrasera la tête et tu essaieras de lui blesse le talon" [2].
Il est encore dit : "Je multiplierai tes souffrances et tes
grossesses... et la terre produira des ronces et des épines". C'est
la condamnation de l'homme, de la femme et du serpent. Venu de loin pour
vénérer la tombe de Rachel, j'ai entendu dans la brise du soir, dans la rosée
de la nuit, dans la plainte matinale du rossignol, l'écho du sanglot de
Rachel [3] l'ancienne,
répété de bouche en bouche par les mères de Bethléem dans le secret des tombeaux
ou dans le secret des cœurs. 190> J'ai entendu le rugissement de douleur de Jacob dans les
veufs, qui n'ont plus d'épouses car la douleur les a tuées... Je pleure avec
vous. Mais écoutez, frères de la même terre. Bethléem, terre bénie, la plus
petite des cités de Juda, mais là plus grande aux yeux de Dieu et de
l'humanité parce que berceau du Sauveur, comme le dit Michée [4], précisément parce
que telle, parce que destinée à être le tabernacle sur lequel reposerait la
gloire de Dieu, le Feu de Dieu, son Amour Incarné, a déchaîné la haine de Satan. "Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme. Elle
t'écrasera sous son pied et tu l'attaqueras à son talon". Quelle
inimitié plus grande que celle qui s'en prend aux enfants, le cœur du cœur de
la femme ? Et quel pied est plus puissant que celui de la Mère du
Sauveur ? Voilà pourquoi fut bien naturelle la vengeance
de Satan vaincu, ce n'est pas vers le talon de la
Mère mais vers le cœur des mères qu'il dirigea son attaque. Oh ! angoisses
innombrables des mères de perdre les enfants après les avoir engendrés !
Oh ! tribulation effroyable d'avoir semé et sué pour ses enfants de
rester père sans plus avoir de descendance. Mais, réjouis-toi,
Bethléem ! Ton sang pur, le sang des innocents a ouvert un chemin de
flamme et de pourpre au Messie..." La foule, dont le
murmure s'accroît toujours plus depuis que Jésus a nommé le Sauveur et sa
Mère, marque maintenant plus clairement son agitation. "Tais-toi,
Maître, dit Judas, et partons." Mais Jésus ne
l'écoute pas. Il continue : "...au Messie que la Grâce du Père-Dieu
a sauvé des tyrans afin de le conserver au peuple, pour le sauver et ..." Une voix stridente de
femme crie : "Cinq, cinq, que j'en avais enfantés, et plus personne
dans ma maison ! Misérable que je suis !" et elle crie comme
une hystérique. C'est le commencement
de la bagarre. Une autre se roule
dans la poussière, déchire ses vêtements, montre son sein mutilé et crie :
"Là, là, sur cette mamelle ils ont égorgé mon premier né ! L'épée a
tranché la tête en même temps que mon sein. Oh ! mon Élisée !" "Et moi ?
et moi ? Voici ma maison ! Trois tombeaux en un seul que veille le
père. Le mari et les enfants, tous ensemble. Voilà, voilà !... Si c'est
le Sauveur, qu'il me rende mes enfants, qu'il me rende mon époux, qu'il me
sauve du désespoir, qu'il me sauve de Béelzéboul." 191> Ils crient tous : "Nos fils, nos maris, nos pères,
rendez-nous-les si c'est Lui le Sauveur !" Jésus remue les bras,
imposant le silence. "Frères de ma terre je voudrais vous rendre vos
enfants, en vie, oui, en vie, Mais, je vous le dis : soyez bons,
résignés. Pardonnez, espérez, réjouissez-vous dans l'espérance, jubilez dans
la certitude. vous ne tarderez pas de retrouver vos enfants, anges dans, le
Ciel, car le Messie va ouvrir les portes du Ciel, et si vous êtes justes, la
mort sera pour vous la Vie qui arrive et l'Amour qui revient..." "Ah ! Tu es
le Messie ? Au nom de Dieu, dis-le." Jésus abaisse les bras de son
geste si doux, si affectueux qu'il semble vouloir embrasser et il dit :
"Je le suis." "Va-t-en, va-t-en,
c'est par ta faute, alors !" Une pierre vole au milieu des sifflets
et des huées. Judas a une belle attitude... oh ! s'il avait été toujours
ainsi ! Il se met devant le Maître, debout sur le mur du balcon, le
manteau déployé et il reçoit sans peur les coups de pierres, il en saigne
même. Il crie à Jean et à Simon : "Emmenez Jésus, derrière ces
arbres. J'arrive, Allez, au nom du Ciel !" et à la foule :
"Chiens enragés ! Je suis du Temple et je vous dénoncerai au Temple
et à Rome." La foule prend peur,
un instant, mais bientôt elle reprend la bataille à coups de pierres,
heureusement mal dirigées. Et Judas imperturbable reçoit la grêle, répondant
par des injures aux malédictions de la foule. Il attrape même au vol un
caillou et l'envoi sur la tête d'un petit vieux qui crie comme une pie qu'on
plumerait vivante. Et, comme ils essaient de donner l'assaut à son piédestal,
il attrape vivement une branche sèche par terre, car il est descendu du
muret, et la fait tournoyer sur les échines, les têtes les mains, sans pitié. Des soldats accourent
et sous la menace des lances, ils s'ouvrent un chemin. "Qui es-tu ?
Pourquoi cette rixe ?" "Un juif
assailli par ces gens du peuple. Il y avait avec moi un rabbi, connu des
prêtres. Il parlait à ces chiens; ils se sont déchaînés et nous ont
assailli." "Qui
es-tu ?" "Judas de Kériot, précédemment au Temple, maintenant disciple du
Rabbi Jésus de Galilée. Ami du pharisien Simon, du sadducéen Giocana,
du conseiller du Sanhédrin, Joseph d'Arimathie,
et enfin, ce que tu peux vérifier, d'Éléazar ben Anna, le grand ami du proconsul". 192> "Je vérifierai. Où vas-tu ?" "Avec mon ami, à
Keriot, puis à Jérusalem." "Va, nous te
protégerons." Judas passe au soldat
des pièces de monnaie. Ce doit être une chose défendue, mais... habituelle,
car le soldat l'empoche en vitesse, et respectueux salue et sourit. Judas saute
en bas de son estrade et court par bonds à travers le champ inculte et
rejoint ses compagnons. "Tu es bien
blessé ?" "Ce n'est rien,
Maître, et puis, c'est pour Toi... Je leur ai riposté, aussi. Je dois être
tout souillé de sang..." "Oui, sur la
joue. Il y a ici un filet d'eau." Jean trempe un petit
linge et lave la joue de Judas. "Cela m'ennuie,
Judas, mais, vois... même en leur disant que nous étions juifs, selon ton
sens pratique..." "Ce sont des
bêtes. Je crois que tu en seras persuadé, Maître, et que tu n'insisteras
pas." "Oh !
non ! Pas par peur, mais parce que c'est inutile pour l'instant. Quand
on ne veut pas de nous, on ne maudit pas, mais on se retire en priant pour
les pauvres fous qui meurent de faim et ne voient pas le Pain. Allons par ce chemin
à l'écart. Je crois qu'on pourra gagner la route d'Hébron... chez
les bergers, si nous les trouvons." "Pour nous faire
attaquer à coups de pierres ?" "Non, pour leur
dire : "C'est Moi"." "Eh !
Alors ! Ce sera la bastonnade !... Depuis trente ans qu'ils
souffrent à cause de Toi !..." "Nous verrons." |
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[1] L’empereur Auguste,
selon ce que rapporte l’écrivain Macrobe dans ses Saturnales (II, 4.11), aurait
en effet été indigné du procédé : "Ayant appris que, parmi les enfants de
deux ans et au-dessous qu'Hérode, roi des Juifs, avait fait massacrer en Syrie,
était compris le propre fils de ce roi, il dit – "Il vaut mieux être le
porc (hys) d'Hérode que son fils (huios)." – Voir la suite sur
la fiche thématique correspondante.