|
|
"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta © Centro Editoriale Valtortiano |
aucun accent | |
| Consulter la Bible en ligne | Aller sur le forum | ||
|
jeudi
14 mars 30
- Les femmes réparent les vêtements des hommes 246 - Jean n'est pas un expert en couture 247 - Discours (Tissu déchiré et âme orgueilleuse) 248 - Judas dit ne pas comprendre la parabole 249 - Il est un orgueilleux 250 - Marie souffre de voir son Jésus si peu aimé 250 - Jean se prépare à aller chercher Judas 251 - Jésus est appelé au secours d'une parturiente 252 - Les femmes parlent de remèdes appropriés 252 - Jésus est suivi par des curieux 253 - Il guérit Ada, l'épouse de Janoé 253 - Judas n'est pas là où Jésus pense le trouver 254 - Jean voit une scène affreuse 255 - Judas était en train de voler 255 - Jésus demande à Jean de s'éloigner 256 - Dialogue entre Jésus et Judas : Affrontement 256 - Discours de Judas (Insultes à Jésus) 257 - Pendant ce temps Jésus l'exorcisait 258 - Discours (Je t'ai délivré de Satan 259 - Qui remportera maintes victoires 259 - Tu as choisi le mal volontairement 260 - Je t'ai beaucoup aimé) 261 - Judas a un sursaut vite rabattu 262 - Discours (Tu sais que je suis Dieu 262 - C'est toi qui as voulu rester 262 - Tu t'es étonné que j'aie été tenté 263 - J'ai connu les saintes passions 264 - La chasteté est possible à un jeune 264 - Tu sais que je ne pèche pas 265 - Toi, tu ne repousses pas la tentation 266 - Un bon mouvement de ton coeur!) 266 - Tout est remis en place 267 - Judas ne dit pas la parole d'humilité 268 - Jean a éloigné les femmes et a vu Judas s'enfuir 268 - Jean console Jésus de sa plus grande douleur 269 |
8.28 |
|
246> Jésus se trouve avec les femmes disciples et les deux apôtres sur une des premières ondulations des montagnes en arrière d'Éphraïm. Jeanne n'a pas avec elle les enfants ni Esther. Je pense qu'ils ont déjà été envoyés à Jérusalem, avec Jonathas. Il y a seulement en plus de la Mère de Jésus, Marie de Cléophas, Marie Salomé, Jeanne, Élise, Nique et Suzanne. Les deux sœurs de Lazare ne sont pas encore là. Élise et Nique sont en train de plier des vêtements qui ont certainement été lavés à une ruisseau qui brille tout en bas ou apportés ici du torrent sur le plateau ensoleillé et Nique, après en avoir regardé un, le porte à Marie de Cléophas en disant : "A celui-là aussi ton fils a décousu l'ourlet." Marie d'Alphée prend le vêtement et le met près des autres qu'elle a près d'elle sur l'herbe. Toutes les disciples sont occupées à coudre, à réparer les déchirures qui se sont produites pendant les nombreux mois où les apôtres étaient seuls. Élise, qui s'approche avec d'autres vêtements secs, dit : 247> "On voit bien que depuis trois mois vous n'avez pas eu avec vous une femme au courant ! Il n'y a pas un vêtement en ordre, sauf celui du Maître qui en compensation n'en a que deux. Celui qu'il porte et celui lavé aujourd'hui." "Il les a donnés tous. Il semblait pris par la frénésie de ne plus rien avoir. Il a des vêtements de lin depuis déjà plusieurs jours" dit Judas. "Heureusement que ta Mère a pensé à en apporter des neufs. Celui qui est teint en pourpre est vraiment très beau. Il te fallait cela, Jésus, bien que tu sois si bien ainsi vêtu de lin. Tu ressembles vraiment à un lys !" dit Marie d'Alphée. "Un lys très grand, Marie !" satirise Judas. "Mais pur comme certainement tu ne l'es pas, ni non plus comme l'est Jean. Toi aussi, tu es vêtu de lin mais, crois-le, tu ne sembles pas un lys !" réplique franchement Marie d'Alphée. "Moi, je suis brun de cheveux et de teint. Pour cela je suis différent." "Non. Ce n'est pas dû à cela. C'est que toi, la candeur, tu l'as sur toi, et Lui l'a à l'intérieur. Elle transpire de son regard, de son sourire, de sa parole. C'est cela. Ah ! comme on est bien ici avec mon Jésus." Et la bonne Marie pose l'une de ses mains flétries de vieille femme et de travailleuse sur le genou de Jésus qui caresse cette main honnête. Marie Salomé, qui est en train de regarder un vêtement, s'écrie : "Ceci est pire qu'une déchirure ! Oh ! mon fils ! Qui a bouché le trou de cette façon ?" et scandalisée, elle montre à ses compagnes une sorte de... nombril tout froncé de sorte qu'il fait un anneau qui ressort sur l'étoffe et que tiennent ensemble certains points capables d'horrifier une femme. L'étrange réparation est l'épicentre d'une série de plis en éventail qui s'élargissent sur l'épaule du vêtement. Tout le monde rit, à commencer par Jean, l'auteur de la reprise, qui explique : "Je ne pouvais rester avec la déchirure et alors... je l'ai bouchée !" "Je le vois, pauvre de moi ! Je le vois ! Mais ne pouvais-tu pas le faire coudre par Marie de Jacob ?" "Elle est presque aveugle, la pauvre femme ! Et puis... le malheur c'est que ce n'était pas une déchirure ! C'était un vrai trou. Le vêtement est resté attaché au fagot que je portais sur l'épaule et, en enlevant le fagot de sur mon épaule, le morceau de vêtement est venu avec. Alors j'ai réparé ainsi !" "Tu l'as abîmé ainsi, mon fils. Il me faudrait... 248> " Elle examine le vêtement, mais secoue la tête et dit :"J'espérais pouvoir enlever l'ourlet, mais il n'y en a plus..." "C'est moi qui l'ai enlevé à Nobé, car le pli était coupé. Mais j'ai donné à ton fils la partie que j'avais enlevée..." explique Élise. "Oui, mais je m'en suis servi pour faire une corde à mon sac..." "Pauvre fils ! Comme il est nécessaire que nous soyons près d'eux !" dit Marie très Sainte qui répare le vêtement de je ne sais qui. "Et pourtant, ici il faut de l'étoffe. Regardez. Les points ont fini de déchirer tout autour, et d'un mal déjà grand en est venu un irréparable; à moins que... l'on puisse trouver quelque chose qui remplace l'étoffe manquante. Alors... cela se verra encore... mais ce sera passable." "Tu m'as donné l'idée pour une parabole..." dit Jésus, et en même temps Judas dit : "Je crois avoir au fond de mon sac un morceau d'étoffe de cette couleur. C'est le reste d'un vêtement qui était trop déteint pour que je le porte, je l'ai donné à un petit homme qui était tellement plus petit que moi, que nous avons dû en couper presque deux palmes. Si tu attends, je vais le chercher. Mais auparavant je voudrais entendre la parabole." "Que Dieu te bénisse. Écoute aussi. Pendant ce temps, je remets les cordons du vêtement de Jacques. Ils sont tout élimés." "Parle, Maître. Ensuite je ferai plaisir à Marie Salomé." "J'y vais, mais elle ne m'a pas plu cette parabole. Je ne l'ai pas comprise." "Mais elle est si limpide ! Je l'ai comprise, moi, qui suis une pauvre femme !" dit Marie Salomé. "Et moi, pas. Autrefois tu en disais de plus belles. Maintenant... les abeilles... l'étoffe... les villes qui changent de nom... les âmes qui sont des barques... Des choses si pauvres et si confuses, 250> qu'elles ne me plaisent plus et que je ne comprends pas... Mais maintenant, je vais prendre l'étoffe, car pratiquement je dis qu'elle est nécessaire, mais que ce sera toujours un vêtement abîmé" et Judas se lève et s'éloigne. Marie a toujours plus incliné la tête sur son travail pendant que Judas parlait. Jeanne, au contraire, l'a levée en fixant l'imprudent d'un air indigné. Élise aussi l'a levée, mais ensuite elle a imité Marie, et de même Nique. Suzanne a écarquillé ses grands yeux, stupéfaite, et elle a regardé Jésus au lieu de l'apôtre, comme si elle se demandait pourquoi il ne réagissait pas. Aucune n'a parlé ni fait de gestes. Mais Marie Salomé et Marie d'Alphée, plus populaires, se sont regardées en hochant la tête et, Judas à peine parti, Marie Salomé dit : "C'est lui qui a la tète mal en point !" "Oui, et c'est pour cela qu'il ne comprend rien, et je ne sais même pas si tu pourras la lui remettre en place. Si mon fils était ainsi, je la lui romprais complètement. Oui, comme je la lui ai faite pour qu'elle fût une tête de juste, ainsi je lui la romprais. Il vaut mieux avoir le visage balafré que le cœur !" dit Marie d'Alphée. "Sois indulgente, Marie. Tu ne peux comparer tes enfants qui ont grandi dans une famille honnête, dans une ville comme Nazareth, avec cet homme" dit Jésus. "Sa mère est bonne. Son père n'était pas mauvais, je l'ai entendu dire" réplique Marie d'Alphée, "Oui, mais son cœur ne manquait pas d'orgueil. C'est pour cela qu'il a éloigné le fils de sa mère trop tôt, et qu'il a contribué, lui aussi, à développer l'hérédité morale, qu'il avait donnée à son fils, en l'envoyant à Jérusalem. Il est douloureux de le dire, mais certainement le Temple n'est pas un endroit où l'orgueil héréditaire soit susceptible de diminuer..," dit Jésus "Aucune place de Jérusalem, qui soit une place d'honneur, n'est indiquée pour diminuer l'orgueil et tout autre défaut" dit Jeanne en soupirant. Et elle ajoute : "Ni non plus toute autre place d'honneur que ce soit à Jéricho ou à Césarée de Philippe, à Tibériade comme à l'autre Césarée..." et elle coud rapidement en penchant son visage sur son travail plus qu'il n'est nécessaire. "Marie de Lazare a de l'autorité, mais elle n'a pas d'orgueil" observe Nique. "Maintenant. Mais avant elle était très fière, à l'opposé de ses parents qui ne furent jamais ainsi" répond Jeanne. "Quand vont-elles venir ?" demande Marie Salomé. "Bientôt, si nous devons partir d'ici trois jours." 251> "Travaillons rapidement, alors. Nous avons à peine le temps de tout finir" dit Marie d'Alphée pour les faire presser. "On a tardé de venir à cause de Lazare. Mais ce fut bien, car beaucoup de fatigue a été épargnée à Marie" dit Suzanne. "Mais te sens-tu capable de faire tant de chemin ? Tu es si pâle et si lasse, Marie !" demande Marie d'Alphée en mettant sa main sur les genoux de Marie et en la regardant avec peine. *Je ne suis pas malade, Marie, et certainement je puis marcher." "Malade non, mais si affligée, Mère. Je donnerais dix et dix ans de ma vie, j'embrasserais toutes les douleurs pour te revoir comme je t'ai vue la première fois" dit Jean qui la regarde avec pitié. "Mais ton amour est déjà un remède, Jean. Je sens mon cœur se calmer en voyant comme vous aimez mon Fils. Car il n'y a pas d'autre cause de ma souffrance, pas d'autre que de voir qu'il n'est pas aimé. Ici, près de Lui, et parmi vous, si fidèles, je refleuris déjà. Mais certainement... ces derniers mois... seule à Nazareth... après l'avoir vu partir déjà si tourmenté, déjà si persécuté... et entendant toutes ces rumeurs... Oh ! Quelle douleur ! Mais, près de Lui, je vois, je dis : "Au moins mon Jésus a sa Maman qui le console, qui Lui dit des paroles qui couvrent d'autres paroles" et je vois aussi que tout amour n'est pas mort en Israël. Et j'ai la paix, un peu de paix. Pas beaucoup... car..." Marie n'en dit pas davantage. Elle baisse son visage qu'elle avait levé pour parler à Jean, et on ne voit plus que le haut de son front que fait rougir une émotion muette... et puis deux larmes brillent sur le vêtement sombre qu'elle reprise. Jésus soupire et se lève de sa place pour aller s'asseoir à ses pieds devant elle. Là, il abandonne sa tête sur les genoux de Marie, il baise la main qui tient l'étoffe et reste ainsi ensuite, comme un enfant qui se repose. Marie enlève l'aiguille de l'étoffe pour ne pas blesser son Fils, puis elle met sa main droite sur la tête de Jésus penchée sur ses genoux et elle lève son visage en regardant le ciel. Elle prie certainement bien que ses lèvres ne remuent pas; toute son attitude dit qu'elle prie. Puis elle se penche pour baiser son Fils sur les cheveux, près des tempes découvertes. Les autres ne parlent pas jusqu'au moment où Marie Salomé dit; "Mais comme il tarde Judas ! Le soleil va se coucher ! Et je n'y verrai pas bien !" "Peut-être quelqu'un l'a arrêté" répond Jean et il demande à sa mère : "Veux-tu que j'aille lui dire de se hâter ?" 252> "Tu ferais bien. Car s'il ne trouve pas l'étoffe pareille, je vais raccourcir les manches, d'autant plus que l'été arrive, et pour l'automne je te préparerai un autre vêtement car celui-là ne peut plus aller, et avec le morceau enlevé, je t'arrangerai ici. Pour aller à la pêche il sera encore bon, car certainement, après la Pentecôte, vous reviendrez en Galilée." "Alors, j'y vais" dit Jean, et toujours aimable, il demande aux autres femmes : "Avez-vous des vêtements déjà prêts, que je puisse emporter dans nos maisons ? Si oui, donnez-les-moi, vous serez moins chargées pour revenir," Les femmes rassemblent ce qu'elles ont déjà réparé et le donnent à Jean qui se tourne pour s'en aller, mais il s'arrête tout à coup en voyant arriver en courant Marie de Jacob. La bonne petite vieille marche péniblement et s'empresse autant que le lui le permettent ses nombreuses années et elle crie à Jean : "Le Maître est-il ici ?" "Oui, mère. Que veux-tu ?" La femme répond en continuant de courir : "Ada est mal... Et son mari voudrait la consoler en appelant Jésus... Mais depuis que ces samaritains ont été... si mauvais, il n'ose pas... Je lui ai dit : "Tune le connais pas encore. Moi j'y vais et... il ne... me dira pas non"." La petite vieille est toute essoufflée par la course et la montée. "Ne cours pas davantage. Je viens avec toi, ou plutôt je te précède. Suis-nous tranquillement. Tu es vieille, mère, pour courir ainsi" lui dit Jésus, Et puis à sa Mère et aux femmes disciples : "Je reste au village. Paix à vous." Il prend Jean par un bras et descend rapidement avec lui. La petite vieille qui a repris son souffle les suivrait après avoir répondu aux femmes qui l'interrogent : "Hum ! Seul le Rabbi peut la sauver. Autrement elle va mourir comme Rachel. Elle se refroidit et perd ses forces et se débat déjà dans les convulsions de la douleur".
"Non ! Il vaut mieux l'envelopper dans de la laine imbibée de vin aromatisé, le plus chaud possible." "A moi, pour Jacques, me firent du bien les onctions d'huile et puis les briques chaudes." "Faites-la boire beaucoup," "Si elle pouvait se tenir debout et faire quelques pas, et que pendant ce temps on lui frictionne les reins fortement." 253> Les femmes-mères, c'est-à-dire toutes sauf Nique et Suzanne, et Marie qui ne souffrit pas les peines de toute femme en mettant son Fils au jour, préconisent une chose ou l'autre. "Tout ! On a tout essayé. Mais ses reins sont trop fatigués. C'est son onzième enfant ! Mais maintenant j'y vais. J'ai repris mon souffle. Priez pour cette mère ! Que le Très-Haut la garde vivante jusqu'à ce que le Rabbi arrive à elle." Et elle s'en va en trottinant, la pauvre vieille seule et bonne. Jésus, pendant ce temps, descend rapidement vers la ville que le soleil réchauffe. Il entre dans la ville par l'endroit opposé à celui où se trouve leur maison, c'est-à-dire par le nord-ouest d'Éphraïm alors que la maison de Marie de Jacob est au sud-est. Il marche rapidement, sans s'arrêter à parler avec ceux qui voudraient le retenir. Il les salue et s'éloigne. Un homme remarque : "Il est fâché contre nous. Ceux des autres villages ont mal agi. Il a raison." "Non. Il va chez Janoé. Sa femme meurt à son onzième enfantement." "Pauvres enfants ! Et le Rabbi y va ? Trois fois bon. Offensé, il comble de bienfaits." "Mais Janoé ne l'a pas offensé ! Aucun de nous ne l'a offensé !" "Mais ce sont toujours des hommes de Samarie." "Le Rabbi est juste, et il sait distinguer. Allons voir le miracle." "Nous ne pourrons pas entrer. C'est une femme et qui doit enfanter." "Mais nous entendrons pleurer l'enfant et ce sera une voix de miracle." Ils s'en vont en courant pour rejoindre Jésus. D'autres aussi viennent avec eux pour voir. Jésus arrive à la maison désolée par l'imminent malheur. Les dix enfants — la plus grande est une fillette en larmes contre laquelle se serrent ses petits frères en pleurs — restent dans un coin de l'entrée, près de la porte grande ouverte. Des commères qui vont et viennent, des murmures, des bruits de pieds déchaussés qui courent sur le pavage de briques. Une femme voit Jésus et pousse un cri : "Janoé ! Espère ! Il est venu !" et elle s'en va en courant avec un broc fumant. Un homme accourt, se prosterne. Il ne fait qu'un geste et il dit : "Je crois. Pitié, pour eux" et il montre ses enfants. "Lève-toi et prends courage. Le Très-Haut aide celui qui a foi, et Il a pitié de ses enfants affligés." 254> "Oh ! viens, Maître ! Viens. Elle est déjà noire. Elle est étranglée par les convulsions. Elle ne respire quasi plus. Viens !" L'homme qui a déjà perdu la tète, la perd complètement en entendant une commère qui l'appelle : "Janoé, accours ! Ada se meurt !" il pousse, il tire Jésus pour le faire aller vite, vite, vite, vers la pièce de la mourante, sourd aux paroles de Jésus qui dit : "Va, et aie foi !" De la foi, il en a, le pauvre homme, mais ce qui lui manque c'est de pouvoir comprendre le sens de ces paroles, le sens secret qui lui donne déjà la certitude du miracle. Et Jésus, poussé et tiré, monte l'escalier pour entrer dans la pièce où se trouve la femme. Mais Jésus s'arrête sur le palier de l'escalier, à environ trois mètres de la porte ouverte qui laisse voir un visage exsangue, livide même, déjà étiré dans le masque de l'agonie. Les commères ne tentent plus rien. Elles ont recouvert la femme jusqu'au menton et elles regardent. Elles sont pétrifiées dans l'attente du trépas. Jésus étend ses bras et il crie : "Je veux !" et il se retourne pour partir. Le mari, les commères, les curieux, qui se sont rassemblés, restent déçus parce que, peut-être, ils espéraient que Jésus ferait quelque chose de plus extraordinaire, la naissance immédiate de l'enfant. Mais Jésus, en se frayant un passage, les regarde en face en passant devant eux et leur dit : "Ne doutez pas. Encore un peu de foi. Un moment. La femme doit payer l'amer tribut de l'enfantement, mais elle va bien." Et il descend l'escalier, les laissant interdits. Au moment de sortir dans la rue, il dit en passant aux dix enfant apeurés : "Ne craignez pas ! La mère est sauvée" et, en le disant, il caresse de la main les petits visages craintifs. A ce moment un grand cri retentit dans la maison et arrive jusque dans la rue où arrive aussi Marie de Jacob qui crie : "Miséricorde !" en croyant que ce cri annonce la mort. "Ne crains pas, Marie ! Et va vite ! Tu vas voir naître le petit. Les forces sont revenues avec les douleurs, mais bientôt ce sera la joie." Il s'en va avec Jean. Personne ne le suit car tout le monde veut voir si le miracle s'accomplit, et même d'autres accourent vers la maison, car la nouvelle s'est répandue que le Rabbi est allé sauver Ada. Et ainsi Jésus, en se faufilant par une ruelle, peut arriver sans encombre à une maison où il entre en appelant : "Judas ! Judas !" Personne ne répond. "Il est allé là-haut, Maître. Nous pouvons nous aussi aller à la maison. Je dépose ici les vêtements de Judas, de Simon et de ton frère Jacques, et puis je mettrai les autres de Simon Pierre, 255> d'André, de Thomas et de Philippe dans la maison d'Anne." C'est ce qu'ils font et je comprends que pour faire place aux femmes disciples, les apôtres s'en sont allés dans d'autres maisons, sinon tous, au moins une partie d'entre eux. Désormais
débarrassés des vêtements, il s'en vont en parlant entre eux, vers la
maison de Marie de Jacob et y entrent par la petite porte du jardin qui est
seulement poussée. La maison est silencieuse et vide. Jean voit posée à
terre une amphore pleine d'eau et, pensant peut-être que la petite vieille
l'a déposée là avant qu'on ne l'appelle pour assister la femme, il la
prend et se dirige vers une pièce fermée. Jésus s'attarde dans le couloir
pour enlever son manteau et le plier avec son soin habituel avant de le déposer
sur le coffre de l'entrée. Jésus est déjà à la porte. Il m'a fallu plus de temps pour décrire qu'à Lui pour arriver. Il écarte vivement Jean qui gémit : "Va-t'en ! Va-t'en !" Il ouvre la porte entrouverte. Il entre. C'est la pièce où, depuis que les femmes sont là, ils prennent leurs repas. Il s'y trouve deux coffres anciens ferrés et devant l'un d'eux, juste en face de la porte, se trouve Judas, livide, ses yeux étincellent de colère et en même temps d'effroi, avec une bourse dans les mains... Le coffre fort est ouvert... et à terre sont répandues des pièces et d'autres tombent par terre en glissant hors d'une bourse qui est sur le bord du coffre, ouverte, et à moitié couchée. Tout témoigne d'une manière qui ne peut laisser aucun doute de ce qui se passe. Judas est entré dans la maison, il a ouvert le coffre et il a volé. Il était en train de voler. Personne ne parle. Personne ne bouge. Mais c'est pire que si tous criaient et se lançaient les uns contre les autres. Trois statues : Judas, le démon; Jésus, le Juge; Jean, le terrorisé par la révélation de la bassesse de son compagnon. La main de Judas qui tient sa bourse est agitée par un tremblement et les pièces qui s'y trouvent laissent entendre un bruit étouffé. Jean est tout tremblant et, bien qu'il soit resté les mains serrées sur sa bouche, ses dents claquent alors que ses yeux effrayés regardent Jésus plus que Judas. Jésus ne frémit pas. Il est debout et glacial, tout à fait glacial tellement il est rigide. 256> Finalement il fait un pas, un geste et prononce un mot. Un pas vers Judas, un geste pour faire signe à Jean de se retirer et un mot : "Va !" Mais Jean a peur et gémit : "Non ! Non ! Ne me renvoie pas. Laisse-moi ici. Je ne dirai rien... mais laisse-moi ici, avec Toi." "Va-t-en ! Ne crains pas ! Ferme toutes les portes... et s'il vient quelqu'un... n'importe qui... même ma Mère... ne les laisse pas venir ici. Va ! Obéis !" "Seigneur !..." Il semble que ce soit Jean le coupable, tant il est suppliant et abattu. "Va, te dis-je. Il n'arrivera rien. Va !" et Jésus adoucit son commandement en mettant sa main sur la tête du Préféré avec un geste caressant, et je vois que cette main maintenant tremble. Jean la sent trembler, il la prend et la baise avec un sanglot qui dit tant de choses. Il sort. Jésus ferme la porte avec un verrou. Il se retourne pour regarder Judas, qui doit être bien anéanti puisqu'il n'ose pas lui, si audacieux, un mot ou un geste. Jésus va tout droit devant lui, en tournant autour de la table qui occupe le milieu de la pièce. Je ne sais dire s'il va rapidement ou lentement. Je suis trop effrayée par son visage pour mesurer le temps. Je vois ses yeux et j'ai peur comme Jean. Judas lui-même a peur, il s'arrête entre le coffre et une fenêtre grande ouverte par laquelle la lumière rouge du couchant se déverse toute sur Jésus. Quels yeux a Jésus ! Il ne dit pas un mot. Mais quand il voit que de la ceinture du vêtement de Judas dépasse une sorte de crochet, il a une réaction effrayante. Il lève le bras avec le poing fermé, comme pour frapper le voleur, et sa bouche commence le mot : "Maudit !" Mais il se domine. Il arrête le bras qui allait tomber et coupe le mot aux trois premières lettres. Et faisant pour se maîtriser un effort qui le fait trembler tout entier, il se borne à desserrer son poing fermé, à abaisser son bras levé à la hauteur de la bourse que Judas a dans les mains, et à l'arracher pour la jeter contre le sol, en disant d'une voix étouffée alors qu'il foule aux pieds la bourse et les pièces, et les disperse avec une fureur contenue mais terrible : "Au loin ! Ordure de Satan ! Or maudit ! Crachat d'enfer ! Venin de serpent ! Au loin !" Judas, qui a poussé un cri étouffé quand il a vu Jésus près de le maudire, ne réagit plus. Mais de l'autre côté de la porte fermée, un autre cri résonne quand Jésus lance la bourse contre le sol, et ce cri de Jean exaspère le voleur et lui rend son audace démoniaque. Il en devient furieux. Il se jette presque contre Jésus en criant : 257> "Tu m'as fait espionner pour me déshonorer, espionner par un garçon imbécile qui ne sait même pas se taire, qui me fera honte en face de tous ! Mais c'est cela que tu voulais. Et du reste... Oui ! Moi, je le veux aussi. Je veux cela ! T'amener à me chasser ! T'amener à me maudire ! A me maudire ! A me maudire ! J'ai tout essayé pour me faire chasser." Il est enroué par la colère et brutal comme un démon. Il halète comme s'il avait quelque chose qui l'étrangle. Jésus lui répète à voix basse mais terrible : "Voleur ! Voleur ! Voleur !" et il termine en disant : "Aujourd'hui voleur, demain assassin. Comme Barabbas. Pire que lui." Il lui souffle cette parole au visage car maintenant ils sont très proches. Judas reprend haleine et répond : "Oui, voleur, et par ta faute. Tout le mal que je fais, c'est par ta faute et tu ne te lasses jamais de me ruiner. Tu sauves tout le monde. Tu donnes de l'amour et des honneurs à tous. Tu accueilles les pécheurs, les prostituées ne te dégoûtent pas, tu traites en amis les voleurs et les usuriers et les ruffians de Zachée, tu accueilles comme si c'était le Messie l'espion du Temple, ô sot que tu es ! Et tu nous donnes pour chef un ignorant, pour trésorier un gabeleur, et pour ton confident tu prends un imbécile. Et à moi tu mesures la moindre piécette, tu ne me laisses pas d'argent, tu me tiens près de Toi comme un galérien est tenu près de sa place au banc de rameur. Tu ne veux même pas que nous, je dis nous, mais c'est moi, moi seul, qui ne dois pas accepter d'obole des pèlerins. C'est pour que je ne touche pas l'argent que tu as ordonné de ne prendre l'argent de personne. Parce que tu me hais. Eh bien : moi aussi je te hais ! Tu n'as pas su me frapper et me maudire tout à l'heure. Ta malédiction m'aurait réduit en cendres. Pourquoi ne l'as-tu pas donnée ? Je l'aurais préférée plutôt que de te voir si incapable, si faible, un homme fini, un homme vaincu..." "Tais-toi !"
Le flot de paroles cesse brusquement et après c'est un silence lugubre après tant de cris et une lugubre immobilité après tant de gestes. Pendant que j'écrivais sans pouvoir dire ce qui se passait, Judas courbé, semblable, oui, semblable à un chien féroce qui guette sa proie et s'en approche, prêt à s'élancer dessus, s'est approché de plus en plus de Jésus, avec un visage dont la vue est insoutenable, les mains crispées, les coudes serrés contre le corps, comme si réellement il allait l'attaquer. Jésus ne montre pas la moindre peur et tourne même le dos à l'autre, qui pourrait l'assaillir et Lui sauter au cou, sans pourtant le faire. Jésus se retourne pour ouvrir la porte et regarder dans le couloir si Jean vraiment s'en est allé. Le couloir est vide et presque obscur, car Jean a fermé la porte qui donne sur le jardin après être sorti de là. Alors Jésus referme la porte et la verrouille et s'adosse contre elle, en attendant, sans un geste ni une parole, que tombe la furie de Judas. Je ne suis pas compétente, mais je crois ne pas me tromper en disant que par la bouche de Judas, c'est Satan lui-même qui parlait, que c'est un moment de possession évidente de Satan dans l'apôtre perverti, déjà au seuil du Crime, déjà damné par sa propre volonté. La manière même dont s'arrête le flot de paroles, laissant l'apôtre comme abasourdi, me rappelle d'autres scènes de possessions, vues pendant les trois années de la vie publique de Jésus.
259> Jésus reste comme il est, les bras ouverts, et regarde toujours l'apôtre de ce regard douloureux et priant. Judas, comme quelqu'un qui sort du délire, se passe la main sur le front, sur son visage en sueur... réfléchit et, se souvenant de tout, s'écroule par terre et je ne sais s'il pleure ou non. Certainement il s'affale par terre comme si les forces lui manquaient. Jésus abaisse son regard et ses bras et, à voix basse mais distincte, lui dit : "Eh bien ? Est-ce que je te hais ? Je pourrais te frapper du pied, t'écraser en te traitant de "ver", je pourrais te maudire, comme je t'ai délivré de la force qui te fait délirer. Tu l'as prise pour de la faiblesse mon impossibilité de te maudire. Oh ! ce n'est pas de la faiblesse ! C'est que je suis le Sauveur. Et le Sauveur ne peut maudire. Il peut sauver. Il veut sauver... Tu as dit : "Je suis la force. La force qui te hait et qui te vaincra". Moi aussi je suis la Force et même : je suis l'unique Force. Mais ma force n'est pas de la haine, c'est de l'amour. Et l'amour ne hait pas et ne maudit pas, jamais. La Force pourrait triompher aussi dans les duels comme celui-ci entre toi et Moi, entre Satan qui est en toi et Moi, et t'enlever ton maître, pour toujours, comme je viens de le faire en devenant le signe qui sauve, le Tau que Lucifer ne peut voir. Il pourrait aussi remporter la victoire dans ces duels, comme il vaincra dans le combat prochain contre Israël incrédule et assassin, contre le monde et contre Satan vaincu par la Rédemption. Il pourrait même vaincre dans ces duels, comme il vaincra dans cette ultime bataille, lointaine pour celui qui compte les siècles, proche pour qui mesure le temps en le comparant à l'éternité. Mais
à quoi servirait-il de violer les règles parfaites de mon Père ?
Serait-ce justice ? Serait-ce mérite ? Non. Il n'y aurait ni justice ni mérite.
Et tous pourraient me dire, quand je viendrai séparer les agneaux des boucs, 260> pour bénir les premiers et pour maudire, alors oui, pour maudire les seconds, pour maudire car alors il n'y aura plus de rédemption, mais gloire ou condamnation, pour les maudire de nouveau après les avoir déjà maudits en particulier à leur mort et à leur jugement particulier. En
effet l'homme, tu le sais pour me l'avoir entendu dire des centaines et des
milliers de fois, l'homme peut se sauver tant que dure sa vie, jusqu'à son
dernier soupir. Il suffit d'un instant, d'un millième de minute, pour que
tout soit dit entre l'âme et Dieu, pour qu'elle demande pardon et obtienne
l'absolution... Tous, disais-je, pourraient me dire, tous ces damnés :
"Pourquoi ne nous as-tu pas attachés au Bien, comme tu as fait pour
Judas ?" Et ils auraient raison. En effet il aurait conservé son âme dans la fraîcheur de l'innocence, il l'aurait même ornée toujours plus de justice en secondant la volonté de Dieu qui désire que vous soyez justes, en développant les dons gratuits reçus avec une perfection toujours plus héroïque. Toi, au contraire... Tu as dévasté ton âme et dispersé les dons que Dieu lui avait faits. Qu'as-tu fait de ton libre arbitre ? De ton intelligence ? As-tu conservé à ton esprit la liberté qu'il possédait ? As-tu employé l'intelligence de ton esprit avec intelligence ? Non. Tu ne veux pas m'obéir à Moi, je ne dis pas à Moi-Homme, mais même pas à Moi-Dieu, tu as obéi à Satan. Tu t'es servi de l'intelligence de ta pensée et de la liberté de ton esprit pour comprendre les Ténèbres. Volontairement. Tu as été placé devant le Bien et le Mal. Tu as choisi le Mal. Et même, tu n'as été placé que devant le Bien, Moi. L'Éternel ton Créateur, qui a suivi l'évolution de ton âme, qui même connaissait cette évolution, car l'Éternelle Pensée n'ignore rien de ce qui se fait depuis que le temps existe, t'a placé devant le Bien, seulement devant le Bien, car Il sait que tu es faible plus qu'une algue de fossé. 261>
Tu m'as crié que je te hais. Tu m'as reproché de vouloir ton mal... Même l'enfant malade reproche au médecin et à sa mère les remèdes amers qu'ils lui font boire et les choses agréables qu'ils lui refusent pour son bien. Satan t'a rendu tellement aveugle et fou, que tu ne comprends plus la vraie nature des précautions que j'ai prises en ta faveur et que tu puisses arriver à appeler malveillance, désir de te ruiner, ce qui était un soin prévoyant de ton Maître, de ton Sauveur, de ton Ami pour te guérir ? Je t'ai gardé près de Moi... Je t'ai enlevé l'argent des mains. Je t'ai empêché de toucher ce métal maudit qui te rend fou... Mais tu ne sais pas, mais tu ne te rends pas compte que c'est comme un de ces breuvages magiques qui éveillent une soif inextinguible, qui produisent dans le sang une ardeur, une fureur qui mène à la mort ? Toi, je lis ta pensée, tu me reproches : "Et alors, pourquoi pendant si longtemps m'as-tu laissé être celui qui était chargé de l'argent ?" Pourquoi ? Parce que si je t'avais empêché plus tôt de toucher l'argent, tu te serais vendu plus tôt et tu aurais volé plus tôt. Tu t'es vendu quand même, parce que tu pouvais voler peu de choses... 262> Mais Moi, je devais essayer de l'empêcher sans violenter ta liberté. L'or est ta ruine. A cause de l'or tu es devenu luxurieux et traître..." "Voilà ! Tu as cru aux paroles de Samuel ! Je ne suis pas..." Jésus, dont la parole s'était animée de plus en plus, mais sans jamais prendre un ton violent ou annonciateur de châtiment, pousse un cri imprévu de domination, je dirais de fureur. Il darde son regard sur le visage que Judas a levé pour dire cette parole et il lui impose un "Tais-toi !" qui semble l'éclat de la foudre. Judas retombe sur ses talons et n'ouvre plus la bouche. Un silence pendant lequel avec un effort visible Jésus redonne à son humanité une attitude tranquille, une maîtrise si puissante qu'elle témoigne à elle seule du divin qui est en Lui. Il recommence à parler de sa voix habituelle, chaude, douce même quand elle est sévère, persuasive, conquérante... Il n'y a que les démons qui puissent résister à cette voix. "Je n'ai pas besoin que Samuel ou n'importe qui parle pour connaître tes actions. Mais, ô malheureux ! Sais-tu devant qui tu te trouves ? C'est vrai ! Tu dis que tu ne comprends plus mes paraboles. Tu ne comprends plus mes paroles. Pauvre malheureux ! Tu ne te comprends même plus toi-même. Tu ne comprends même plus le bien et le mal. Satan à qui tu t'es donné de multiples façons, Satan que tu as suivi dans toutes les tentations qu'il te présentait, t'a rendu imbécile. Mais pourtant, autrefois, tu me comprenais ! Tu croyais que je suis Celui que je suis ! Et ce souvenir n'est pas éteint en toi. Et tu peux croire que le Fils de Dieu, que Dieu a besoin des paroles d'un homme pour connaître la pensée et les actions d'un autre homme ? Tu n'es pas encore perverti au point de ne pas croire que je suis Dieu, et c'est en cela que réside ta faute la plus grande. Car, que tu me crois tel, le prouve la peur que tu as de ma colère. Tu sens que tu ne luttes pas contre un homme, mais contre Dieu-même, et tu trembles. Tu trembles parce que, Caïn, tu ne peux voir Dieu et te le représenter autrement que comme Celui qui se venge Lui-même et qui venge les innocents. Tu as peur qu'il arrive pour toi comme à Coré, Datan et Abiron et à leurs partisans.[1] Et pourtant, sachant qui je suis, tu luttes contre Moi. Je devrais te dire : "Maudit !" Mais je ne serais plus le Sauveur... Tu voudrais que Moi, je te chasse. Tu fais tout, dis-tu, pour y arriver. Cette raison ne justifie pas tes actions, car tu n'as pas besoin de pécher pour te séparer de Moi. Tu peux le faire, te dis-je. Je te le dis depuis Nobé, quand tu es revenu vers Moi dans une pure matinée, 263> souillé par le mensonge et l'impureté, comme si tu étais sorti de l'enfer pour tomber dans la fange des porcs, ou sur la litière de guenons libidineuses.[2] J'ai dû faire effort sur Moi-même pour ne pas te repousser avec le bout de la sandale comme un chiffon dégoûtant et pour arrêter la nausée qui me bouleversait non seulement l'esprit, mais aussi les entrailles. Je te l'ai toujours dit, même avant de te recevoir, même avant de venir ici. Alors, c'est vraiment pour toi, pour toi seul, que j'ai fait ce discours. Mais tu as toujours voulu rester. Pour ta ruine. Toi ! Ma plus grande douleur ! Mais voilà que tu penses et que tu dis, ô hérétique, chef de file de beaucoup qui viendront, que je suis au-dessus de la douleur.
Et
j'ai dit encore, la première fois, à toi, à toi seul : "La vie est
un don saint et alors elle doit être aimée saintement. La vie est un moyen
qui sert à la fin, qui est l'éternité". J'ai dit :
Pourtant, sans te dire cela alors, je t'ai dit que je suis venu justement pour les hommes, non pour les anges. Je suis venu pour rendre aux hommes leur royauté de fils de Dieu, en leur enseignant à vivre en dieux. Dieu est exempt de luxure, ô Judas. Mais j'ai voulu vous montrer que l'homme aussi peut être exempt de luxure. Mais j'ai voulu vous montrer que l'on peut vivre comme je l'enseigne. Pour vous le montrer, j'ai dû prendre une vraie chair pour pouvoir souffrir les tentations de l'homme et dire à l'homme, après l'avoir instruit : "Faites comme Moi". Et tu m'as demandé si j'avais péché, étant tenté. T'en souviens-tu ? Je t'ai répondu, puisque tu ne pouvais comprendre que j'eusse été tenté sans être tombé, 266> car il te semblait que la tentation ne convenait pas pour le Verbe et qu'il était impossible que l'Homme ne pèche pas, je t'ai répondu que tous peuvent être tentés, mais que ne sont pécheurs que ceux qui veulent l'être. Ton étonnement fut grand, tu ne croyais pas, au point que tu as insisté : "Tu n'as jamais péché ?" Alors tu pouvais être incrédule. Nous nous connaissions depuis peu. La Palestine est pleine de rabbis dont la doctrine qu'ils enseignent est l'antithèse de la vie qu'ils mènent. Mais maintenant tu sais que je n'ai pas péché, que je ne pèche pas. Tu le sais que la tentation, même la plus violente, tournée vers l'homme sain, viril, vivant parmi les hommes, entouré par eux et par Satan, ne me trouble pas jusqu'au péché. Mais au contraire, toute tentation, bien que de la repousser en augmentait la virulence, car le démon la rendait toujours plus violente pour me vaincre, était une plus grande victoire. Et ce n'est pas seulement pour la luxure, tourbillon qui a tourné autour de Moi sans pouvoir ébranler ni érafler ma volonté.
Je n'exige pas que tu me dises : "Pardon !" Je t'ai pardonné trop de fois sans résultat. Je sais que cette parole n'est qu'un son sur tes lèvres. Ce n'est pas un mouvement de l'esprit contrit. Je voudrais un mouvement de ton cœur. Es-tu mort au point de n'avoir plus un désir ? Parle ! As-tu peur de Moi ? Oh ! si tu me craignais ! Cela au moins ! Mais tu ne me crains pas. Si tu me craignais, je te dirais l |