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Vision du jeudi 20 septembre 1945

384> Jésus se dirige vers le
Temple. Il est précédé par les disciples en groupes, et suivi par les femmes
disciples en groupe : sa Mère, Marie de Cléophas, Marie Salomé, Suzanne,
Jeanne de Chouza, Élise de Béthsur, Annalia de Jérusalem, Marthe et Marcelle.
Marie de Magdala n'est pas là. Autour de Jésus, les douze apôtres et
Margziam.
Jérusalem est dans la pompe de ses jours de solennité. Des gens sur toutes
les routes, et de toutes les régions. Cantiques, discours, murmures de
prières, imprécations des âniers, quelques pleurs de bébés et, au-dessus de
tout cela, un ciel clair qui se montre entre les maisons et un soleil qui
descend joyeux pour raviver les couleurs des vêtements, pour embraser les
couleurs mourantes des tonnelles et des arbres que l'on aperçoit ça et là
au-delà des murs des jardins clos ou des terrasses.
Parfois Jésus croise des personnes de sa connaissance et le salut est plus ou
moins respectueux selon l'humeur de celui qu'il croise. C'est ainsi qu'est
profond, mais condescendant, celui de Gamaliel. Ce dernier regarde fixement
Etienne, qui lui sourit du groupe des disciples, et qu'après s'être incliné
devant Jésus, Gamaliel appelle à part et lui dit quelques mots, après quoi
Étienne revient dans son groupe. Plein de vénération est le salut du vieux
chef de la synagogue Cléophas d'Emmaüs, qui se dirige avec ses concitoyens
vers le Temple. Dur comme une malédiction la réponse au salut de Jésus des
pharisiens de Capharnaüm.
De la part des paysans de Giocana, conduits par l'intendant, c'est un
prosternement dans la poussière de la route pendant qu'ils baisent les pieds
de Jésus. La foule s'arrête pour observer avec étonnement ce groupe d'hommes
qui. à un carrefour se précipitent en criant aux pieds d'un homme jeune qui
n'est pas un pharisien ni un scribe renommé, qui n'est pas un satrape ni un
courtisan puissant, et quelqu'un demande qui c'est. Et un chuchotement se
répand : "C'est le Rabbi de Nazareth, celui dont on dit qu'il est
le Messie."
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385> Prosélytes et
gentils l'entourent alors avec curiosité, poussant le groupe contre le mur,
créant un encombrement dans la toute petite place, jusqu'à ce qu'un groupe
d'âniers les disperse en maudissant l'obstruction. Mais la foule, sans
tarder, se rassemble de nouveau, séparant les femmes des hommes, exigeante,
brutale dans ses manifestations qui sont encore de la foi. Tout le monde veut
toucher les vêtements de Jésus, Lui dire un mot, l'interroger. Et c'est un
effort inutile parce que leur hâte elle-même, leur anxiété, leur agitation
pour passer aux premiers rangs, en se repoussant mutuellement, fait que
personne n'y réussit, et même les questions et les réponses se fondent en une
rumeur inintelligible.
Le seul qui s'arrache à la scène, c'est le grand-père de Margziam, qui a
répondu par un cri au cri de son petit-fils et, tout de suite après avoir
vénéré le Maître, a serré sur son cœur son enfant et se tenant ainsi, appuyé
sur les talons, les genoux à terre, l'a assis sur son sein, l'admire et le
caresse avec des larmes et des baisers joyeux, le questionne et l'écoute. Le
vieillard est déjà au Paradis, tant il est heureux.
Les soldats romains accourent, croyant qu'il y a quelque rixe et se font un
passage. Mais, quand ils voient Jésus, ils ont un sourire et se retirent
tranquillement, se bornant à conseiller à ceux qui sont là de laisser libre
l'important carrefour. Et Jésus obéit de suite, profitant de l'espace libre
qu'ont fait les romains qui le précèdent de quelques pas comme pour Lui
ouvrir le chemin, en réalité pour revenir à leur poste de garde car la
garnison romaine est très renforcée, comme si Pilate savait qu'il y a du
mécontentement dans la foule et comme s'il craignait un soulèvement dans ces
jours où Jérusalem est remplie d'hébreux venus de toute part.
Et il est beau de le voir aller, précédé du détachement romain comme un roi
dont on dégage la route pendant qu'il se rend à ses propriétés. Il a dit,
tout en se déplaçant, à l'enfant et au vieillard : "Restez ensemble
et suivez-moi" et à l'intendant : "Je te prie de me laisser
tes hommes. Ils seront mes hôtes jusqu'au soir."
L'intendant répond avec déférence : "Qu'il en soit en tout comme tu
veux" et il s'en va seul après un profond salut.
Il est désormais près du Temple, et le fourmillement de la foule, réellement
comme des fourmis près de la fourmilière, est encore plus dense, lorsqu'un
paysan de Giocana crie : "Voici le maître !" et, imité
par les autres, il tombe à genoux pour le saluer. Jésus reste debout au
milieu du groupe des paysans parce qu'ils étaient serrés autour de Lui, et il
tourne son regard vers le point indiqué. Il rencontre le regard d'un
pharisien richement vêtu, qui n'est pas nouveau pour moi, mais je ne sais pas
où je l'ai vu. Le pharisien Giocana est avec d'autres de sa caste : un
tas d'étoffes précieuses, de franges, de boucles, de ceintures, de
phylactères, tout cela plus ample que d'ordinaire.
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386> Giocana regarde
attentivement Jésus : un regard de pure curiosité mais pourtant pas
irrévérencieux. Il a même un salut plutôt empesé : il incline tout juste
la tête. Mais c'est toujours un salut auquel Jésus répond avec déférence. Et
même deux ou trois autres pharisiens saluent pendant que d'autres regardent
avec mépris ou font semblant de regarder ailleurs, et un seul lance une
insulte. C'est sûr car je vois que ceux qui entourent Jésus sursautent, et
même Giocana se retourne tout d'un coup pour foudroyer du regard l'insulteur,
un homme plus jeune que lui, aux traits marqués et durs.
Quand on les a dépassés et les paysans osent parler, l'un d'eux dit :
"C'est Doras, Maître, celui qui t'a maudit."
"Laisse-le faire. J'ai vous qui me bénissez" dit calmement Jésus.
Appuyé, avec d'autres, à une archivolte, se trouve Manaën, et comme il voit
Jésus, il lève les bras avec une exclamation de joie : "C'est une
agréable journée, puisque je te trouve !" et il vient vers Jésus,
suivi de ceux qui l'accompagnent. Il le vénère sous l'archivolte ombragée où
les voix résonnent comme sous une coupole.
Juste au moment où il le vénère, passent tout près du groupe apostolique les
cousins Simon et Joseph avec d'autres nazaréens... et ils ne saluent pas...
Jésus les regarde avec tristesse mais ne dit rien. Jude et Jacques, excités,
se parlent entre eux. Et Jude s'enflamme d'indignation et puis il part en
courant, sans que son frère puisse le retenir. Mais Jésus le rappelle d'un si
impérieux : "Jude, viens ici !" que le fils agité
d'Alphée revient en arrière...
"Laisse-les faire. Ce sont des semences qui n'ont pas encore senti le
printemps. Laisse-les dans l'obscurité de la motte rétive. Je les pénétrerai
quand même, même si la motte devient du jaspe qui enveloppe la semence. Je le
ferai au moment voulu."
Mais plus forts que la réponse de Jude d'Alphée, résonnent les pleurs de
Marie d'Alphée, désolée. La longue plainte d'une personne humiliée...
Mais Jésus ne se retourne pas pour la consoler bien que cette plainte résonne
nettement sous l'archivolte qui lui fait de multiples échos. Il continue de
parler avec Manaën qui lui dit : "Ceux qui sont avec moi, sont des
disciples de Jean. Ils veulent, comme moi, t'appartenir."
"La paix soit aux bons disciples. Là, en avant, ce sont Mathias, Jean et
Siméon, avec Moi pour toujours. Je vous accueille comme je les ai accueillis
parce que m'est cher tout ce qui me vient du saint Précurseur."
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387> Et, après avoir
rejoint l'enceinte du Temple, Jésus donne des ordres à l'Iscariote et à Simon
le Zélote pour les achats d'usage et les offrandes d'usage. Puis il appelle
le prêtre Jean et dit : "Toi qui appartiens à ce lieu, tu
t'occuperas d'inviter quelque lévite que tu sais digne de connaître la
Vérité. Car vraiment, cette année, je puis célébrer une fête joyeuse. Jamais
plus il n'y aura un jour aussi doux..."
"Pourquoi, Seigneur ?" demande le scribe Jean.
"Parce que je vous ai autour de Moi, tous, présents visiblement ou
spirituellement."
"Mais toujours nous y serons ! Et avec nous beaucoup d'autres"
affirme avec véhémence l'apôtre Jean et tous font chorus.
Jésus sourit et se tait pendant que le prêtre Jean va en avant avec Etienne
dans le Temple pour exécuter l'ordre. Jésus lui crie par derrière :
"Rejoignez-nous au Portique des Païens."

Ils entrent et presque aussitôt rencontrent Nicodème qui fait un profond
salut, mais ne s'approche pas de Jésus. Pourtant il échange avec Jésus un
sourire entendu et paisible.
Pendant que les femmes s'arrêtent à l'endroit qui leur est permis, Jésus,
avec les hommes, se rend à la prière à l'endroit réservé aux hébreux, et puis
il revient, après avoir accompli tous les rites, pour retrouver ceux qui
l'attendent au Portique des Païens.
Les portiques très vastes et très élevés sont remplis d'une foule qui écoute
les instructions des rabbins. Jésus se dirige vers l'endroit où il voit
arrêtés les deux apôtres et les deux disciples envoyés en avant. Tout de
suite on fait cercle autour de Lui, et aux apôtres et disciples s'unissent
aussi d'autres personnes nombreuses qui étaient ça et là dans la cour de
marbre remplie de gens. La curiosité est telle que certains élèves des
rabbins, je ne sais si c'est spontanément ou envoyés par les maîtres,
s'approchent du cercle qui se serre autour de Jésus.
Jésus demande à brûle-pourpoint : "Pourquoi vous pressez-vous
autour de Moi ? Dites-le. Vous avez des rabbis connus et sages, bien vus
de tout le monde. Moi, je suis l'Inconnu et le Mal vu. Pourquoi alors
venez-vous à Moi ?"
"Parce que nous t'aimons" disent certains, et d'autres :
"Parce que tu as des paroles différentes des autres", et d'autres
encore : "Pour voir tes miracles" et "Parce que nous
avons entendu parler de Toi" et "Parce que Toi seul as des paroles
de vie éternelle et des œuvres qui correspondent aux paroles" et enfin :
"Parce que nous voulons nous unir à tes disciples"
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388> Jésus regarde
les gens au fur et à mesure qu'ils parlent comme s'il voulait les transpercer
par le regard pour lire leurs impressions les plus cachées, et certains, ne résistant
pas à ce regard, s'éloignent ou bien se cachent derrière une colonne ou des
gens plus grands qu'eux.
Jésus reprend : "Mais savez-vous ce que cela veut dire
et ce que cela impose de venir derrière Moi ? Je vais répondre à ces seules
paroles, parce que la curiosité ne mérite pas qu'on lui réponde et parce que
celui qui a faim de mes paroles me donne, en conséquence, son amour et désire
s'unir à Moi. Car, parmi ceux qui ont parlé, il y a deux groupes : les
curieux, dont je ne m'occupe pas, les volontaires que j'instruis, sans
feinte, de la sévérité de cette vocation.
Venir à Moi comme disciple, cela veut dire
renoncer à tous les amours pour un seul amour : le mien. Amour égoïste pour
soi-même, amour coupable pour les richesses, pour la sensualité ou la
puissance, amour honnête pour l'épouse, amour saint pour la mère, le père,
amour affectueux des fils et des frères ou pour les fils et les frères, tout
doit céder à mon amour, si on veut être mien. En vérité je vous dis que plus
libres que les oiseaux qui planent dans les cieux doivent être mes disciples,
plus libres que les vents qui parcourent les espaces sans que personne les
retienne, personne ni rien. Libres, sans lourdes chaînes, sans lacets d'amour
matériel, sans même les fils d'araignée fins des plus légères barrières.
L'esprit est comme un papillon délicat enfermé dans un lourd cocon de chair,
et son vol peut s'alourdir ou s'arrêter tout a fait, par l'action d'une
iridescente et impalpable toile d'araignée, l'araignée de la sensualité, du
manque de générosité dans le sacrifice. Moi, je veux tout, sans réserve.
L'esprit a besoin de cette liberté de donner, de cette générosité de donner,
pour pouvoir être certain de ne pas rester pris dans la toile d'araignée des
affections, des coutumes, des réflexions, des peurs, tendues comme les fils
de cette araignée monstrueuse qu'est Satan, voleur des âmes.
Si quelqu'un veut venir à Moi et ne hait pas saintement son père, sa mère, sa
femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs, et jusqu'à sa vie, il ne peut
être mon disciple. J'ai dit : "hait saintement". Vous, dans
votre cœur, vous dites : "La haine, Lui l'enseigne, n'est jamais
sainte. Lui, donc se contredit". Non. Je ne me contredis pas. Je dis de
haïr la pesanteur de l'amour, la passion chamelle de l'amour pour le père et
la mère, l'épouse et les enfants, les frères et les sœurs, et la vie
elle-même mais, d'autre part, j'ordonne d'aimer avec la liberté légère, qui
est le propre des esprits, les parents et la vie.
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389> Aimez-les en
Dieu et pour Dieu, ne faisant jamais passer Dieu après eux, vous occupant et
vous préoccupant de les amener là où le disciple est arrivé, c'est-à-dire à
Dieu Vérité. Ainsi vous aimerez saintement les parents et Dieu, en conciliant
les deux amours et en faisant des liens du sang non pas un poids mais une
aile, non pas une faute, mais la justice. Même votre vie, vous devez être
prêts à la haïr pour me suivre. Hait sa vie celui qui, sans peur de la perdre
ou de la rendre humainement triste, la consacre à mon service. Mais ce n'est
qu'un semblant de haine. Un sentiment qui est appelé de manière
incorrecte : "haine", par la pensée de l'homme qui ne sait pas
s'élever, de l'homme uniquement terrestre, de peu supérieur à la brute. En
réalité cette haine apparente qui est le refus des satisfactions sensuelles à
l'existence, pour donner une vie toujours plus grande à l'esprit, c'est de
l'amour. C'est de l'amour, le plus élevé qui existe, le plus béni.
Ce refus des basses satisfactions, cette
interdiction de la sensualité des affections, ce risque des reproches et des
commentaires injustes, des punitions, des répudiations, des malédictions et,
peut-être des persécutions, est une suite de peines. Mais il faut les
embrasser et se les imposer comme une croix, un gibet sur lequel on expie
toutes les fautes passées pour aller justifiés vers Dieu, et par lequel on
obtient de Dieu toute grâce vraie, puissante, sainte, pour ceux que nous
aimons. Celui qui ne porte pas sa croix et ne me suit pas, celui qui ne sait
pas le faire, ne peut pas être mon disciple.
Pensez-y donc beaucoup, beaucoup, vous qui dites : "Nous sommes
venus parce que nous voulons nous unir à tes disciples". Ce n'est pas de
la honte, mais de la sagesse, de se peser, de se juger, d'avouer à soi-même
et aux autres: "Je n'ai pas l'étoffe d'un disciple". Et quoi ?
Les païens ont, à la base de l'un de leurs enseignements, la nécessité de
"se connaître soi-même", et vous, Israélites, pour conquérir le
Ciel, vous ne sauriez pas le faire ?
Car, rappelez-le vous toujours, bienheureux ceux qui viendront à Moi. Mais,
plutôt que de venir pour me trahir Moi et Celui qui m'a envoyé, il vaut mieux
ne pas venir du tout et rester les fils de la Loi comme vous l'avez été
jusqu'à présent.
Malheur à ceux qui, ayant dit : "Je viens", nuisent au Christ
en trahissant l'idée chrétienne, en scandalisant les petits, les gens
honnêtes ! Malheur à eux ! Et pourtant il y en aura et toujours il
y en aura !

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390> Imitez donc celui qui veut construire une
tour. Il commence par calculer attentivement les dépenses nécessaires et il
compte son argent pour voir s'il a de quoi la terminer pour qu'après avoir
fait les fondations il ne doive pas suspendre les travaux parce qu'il n'a
plus d'argent. En ce cas, il perdrait aussi ce qu'il possédait avant, en
restant sans tour et sans talents et en échange il s'attirerait les moqueries
du peuple qui dirait : "Il a commencé à construire sans pouvoir
finir. Maintenant, il peut s'emplir l'estomac avec les ruines de sa
construction inachevée".
Imitez encore les rois de la terre, en faisant servir les pauvres événements
du monde à un enseignement surnaturel. Eux, quand ils veulent faire la guerre
à un autre roi, examinent tout avec calme et attention, le pour et le contre,
ils réfléchissent pour voir si l'intérêt de la conquête vaut le sacrifice de
la vie des sujets, ils étudient s'il est possible de conquérir ce lieu, si
leurs troupes, inférieures de moitié en nombre à celles de leur rival, même
si elles sont plus combatives, peuvent vaincre, et pensant avec justesse
qu'il est improbable que dix mille viennent à bout de vingt mille, avant que
se produise la rencontre ils envoient au rival une ambassade avec de riches
présents, et apaisant le rival déjà inquiet des mouvements de troupes de
l'autre, le désarment par des témoignages d'amitié, font disparaître ses
soupçons et font avec lui un traité de paix, en vérité toujours plus
avantageux qu'une guerre, aussi bien humainement que spirituellement.
Ainsi vous devez agir avant de commencer la nouvelle vie et se mettre contre
le monde. Parce que voici ce qu'implique d'être mes disciples : aller
contre le tourbillonnement et la violence de l'entraînement du monde, de la
chair, de Satan. Et si vous ne vous sentez pas le courage de renoncer à tout
par amour pour Moi, ne venez pas à Moi, parce que vous ne pouvez pas être mes
disciples."
"C'est bien. Ce que tu dis est vrai" admet un scribe qui s'est mêlé
au groupe. "Mais si nous nous dépouillons de tout, avec quoi allons-nous
te servir ensuite ? La Loi a des commandements qui sont comme de la
monnaie que Dieu donne à l'homme pour que, en s'en servant, il se procure la
vie éternelle. Tu dis : "Renoncez a tout" et tu indiques le
père, la mère, les richesses, les honneurs. Dieu a pourtant donné ces choses
et nous a dit, par la bouche de Moïse, de s'en servir saintement pour
paraître juste aux yeux de Dieu. Si tu nous enlèves tout, qu'est-ce que tu
nous donnes ?"
"Le véritable amour, je l'ai dit, ô rabbi. Je vous donne ma doctrine qui
n'enlève pas un iota à la Loi ancienne, mais au contraire la
perfectionne."
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391> "Alors,
nous sommes tous des disciples égaux parce que nous avons tous les mêmes
choses."
"Nous les avons tous, selon la Loi mosaïque. Pas tous selon la Loi
perfectionnée par Moi selon l'Amour. Mais tous n'atteignent pas, dans cette
Loi, la même somme de mérites. Même parmi les disciples qui m'appartiennent,
tous n'arriveront pas à avoir une égale somme de mérites et certains, parmi
eux, non seulement n'auront pas cette somme, mais perdront aussi leur unique
monnaie : leur âme."
"Comment ? À qui on a donné davantage, il restera davantage. Tes
disciples, ou mieux tes apôtres, te suivent dans ta mission et sont au
courant de tes façons de faire, ils ont reçu énormément, tes disciples
effectifs ont beaucoup reçu, moins ceux qui ne sont disciples que de nom, rien
ceux qui, comme moi, ne t'écoutent que par hasard. Il est évident que les
apôtres recevront énormément au Ciel, beaucoup les disciples effectifs, moins
ceux qui ne le sont que de nom, rien ceux qui sont comme moi."
"Humainement c'est évident, et c'est
mal aussi humainement. Car tous ne sont pas capables de faire fructifier les
biens qu'ils ont reçus. Écoute cette parabole et pardonne-moi si je développe
trop ici mon enseignement. Mais Moi je suis l'hirondelle de passage et je ne
séjourne que peu de temps dans la Maison du Père, car je suis venu pour le
monde entier et ce petit monde du Temple de Jérusalem ne veut pas que je
suspende mon vol et que je reste là où la gloire de Dieu m'appelle."
"Pourquoi dis-tu cela ?"
"Parce que c'est la vérité."
Le scribe regarde autour de lui, et puis il baisse la tête. Que ce soit la
vérité, il le voit écrit sur trop de visages de membres du Sanhédrin, de
rabbis et de pharisiens qui ont grossi de plus en plus le groupe qui entoure
Jésus. Visages bleus de rage ou rouges de colère, regards qui équivalent à
des paroles de malédiction et crachats empoisonnés, rancœur qui fermente de
tous côtés, désir de brutaliser le Christ, qui reste seulement un désir par
peur de la foule qui entoure le Maître, dévouée et prête à tout pour le
défendre, peur aussi peut-être d'être punis par Rome qui est bienveillante envers
le doux Maître galiléen.
Jésus se remet calmement à exposer sa pensée par la parabole : "Un
homme, qui était sur le point de faire un long voyage et de s'absenter pour
longtemps, appela tous ses serviteurs et leur confia tous ses biens. À l'un
il donna cinq talents d'argent, à un autre deux talents d'argent, à un
troisième un seul talent d'or . À
chacun selon sa situation et son habileté. Et puis il partit.
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392> Maintenant le
serviteur qui avait reçu cinq talents d'argent s'en alla faire valoir
habilement ses talents et, après quelque temps, ceux-ci lui en rapportèrent
cinq autres. Celui qui avait reçu deux talents fit la même chose et il doubla
la somme qu'il avait reçue. Mais celui auquel le maître avait donné
davantage, un talent d'or pur, paralysé par la peur de ne pas savoir faire,
par celle des voleurs, de mille choses chimériques et surtout par la paresse,
fit un grand trou dans la terre et y cacha l'argent de son maître.
De nombreux mois passèrent, et le maître revint. Il appela tout de suite ses
serviteurs pour qu'ils lui rendissent l'argent donné en dépôt. Celui qui
avait reçu cinq talents d'argent se présenta et il dit : "Voici,
mon seigneur. Tu m'en as donné cinq. Comme il me semblait qu'il était mal de
ne pas faire fructifier l'argent que tu m'avais donné, je me suis débrouillé
et je t'ai gagné cinq autres talents. Je n'ai pas pu faire davantage...".
"C'est bien, très bien, serviteur bon et fidèle. Tu as été fidèle pour
le peu. actif et honnête. Je te donnerai de l'autorité sur beaucoup de
choses. Entre dans la joie de ton maître".
Puis celui qui avait reçu deux talents se présenta et dit : "Je me
suis permis d'employer tes biens dans ton intérêt. Voici les comptes qui
montrent comment j'ai employé ton argent. Tu vois ? Il y avait deux
talents d'argent, maintenant il y en a quatre. Es-tu content. mon
seigneur ?" Et le maître fit au bon serviteur la même réponse qu'au
premier.

Arriva en dernier celui qui, jouissant de la plus grande confiance de son
maître, avait reçu le talent d'or. Il le sortit de sa cachette et il
dit : "Tu m'as confié la plus grande valeur parce que tu sais que
je suis prudent et fidèle, comme moi je sais que tu es intransigeant et
exigeant, et que tu ne supportes pas des pertes pour ton argent mais en cas
de perte, tu t'en prends à celui qui est près de toi. Car, en vérité, tu
moissonnes où tu n'as pas semé et tu récoltes où tu n'as rien répandu, ne
faisant pas cadeau de la moindre pièce de monnaie à ton banquier ou à ton
régisseur, pour aucune raison. Il te faut autant d'argent que tu en réclames.
Or moi, craignant de diminuer ce trésor, je l'ai pris et l'ai caché. Je ne me
suis fié à personne ni non plus à moi-même. Maintenant, je l'ai déterré et je
te le rends. Voici ton talent".
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393> "O
serviteur injuste et paresseux ! En vérité, tu ne m'as pas aimé puisque tu
ne m'as pas connu et que tu n'as pas aimé mon bien-être, ayant laissé mon
argent improductif. Tu as trahi l'estime que j'avais eue pour toi et c'est
toi-même qui te contredis, t'accuses et te condamnes. Tu savais que je
moissonne où je n'ai pas semé, que je récolte où je n'ai rien répandu. Et
pourquoi alors n'as-tu pas fait en sorte que je puisse moissonner et
récolter ? C'est ainsi que tu réponds à ma confiance ? C'est ainsi
que tu me connais ? Pourquoi n'as-tu pas porté mon argent aux banquiers
pour qu'à mon retour je le retire avec les intérêts ? Je t'avais
instruit avec un soin particulier dans ce but et toi, paresseux et imbécile,
tu n'en as pas tenu compte. Que te soit donc enlevé le talent et tout autre
bien, et qu'on le donne à celui qui a les dix talents".
"Mais lui en a déjà dix alors que celui-ci reste sans rien..." lui
objecta-t-on.
"C'est bien. À celui qui possède et le fait fructifier, il sera donné
encore davantage et au point qu'il surabonde. Mais à celui qui n'a pas parce
qu'il n'a pas la volonté d'avoir, on enlèvera ce qui lui a été donné. Quant
au serviteur inutile qui a trahi ma confiance et a laissé improductifs les
dons que je lui avais fait, qu'on l'expulse de ma propriété et qu'il s'en
aille pleurer et se ronger le cœur".
Voilà la parabole. Comme tu le vois, ô rabbi, à qui avait reçu le plus il est
resté le moins, car il n'a pas su mériter de conserver le don de Dieu. Et il
n'est pas dit qu'un de ceux dont tu dis qu'ils ne sont disciples que de nom
ayant par conséquent peu de chose à faire valoir et même de ceux qui, comme
tu dis, m'entendent par hasard et qui n'ont comme unique capital que leur
âme, n'arrive pas à avoir le talent d'or et même ce qu'il aura rapporté,
qu'on aura enlevé à quelqu'un qui avait davantage reçu. Infinies sont les
surprises du Seigneur parce qu'innombrables sont les réactions de l'homme.
Vous verrez des païens arriver à la vie éternelle et des samaritains posséder
le Ciel, et vous verrez des Israélites purs et qui me suivent perdre le Ciel
et l'éternelle Vie."
Jésus se tait, et comme s'il voulait couper court à toute discussion, se
tourne vers l'enceinte du Temple. Mais un docteur de la Loi, qui s'était
assis pour écouter sérieusement sous le portique, se lève et s'avance en
demandant : "Maître, que dois-je faire pour obtenir
la vie éternelle ? Tu as répondu à d'autres, réponds-moi à moi
aussi."
"Pourquoi veux-tu me tenter ? Pourquoi veux-tu mentir ?
Espères-tu que je dise des choses qui déforment la Loi parce que je lui
ajoute des idées plus lumineuses et plus parfaites ? Qu'est-ce qui est
écrit dans la Loi ? Réponds ! Quel est son principal
commandement ?"
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394> "Tu aimeras le Seigneur
ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces, de toute
ton intelligence. Tu aimeras ton prochain comme toi-même" .
"Voilà, tu as bien répondu. Fais cela et tu auras la vie
éternelle."
"Et, qui est mon prochain ? Le monde est plein de gens qui sont
bons et mauvais, connus ou inconnus, amis et ennemis d'Israël. Qui est mon
prochain ?"
"Un homme qui allait de Jérusalem à
Jéricho, par les défilés des montagnes, tomba aux mains de voleurs. Ceux-ci,
après l'avoir cruellement blessé, le dépouillèrent de tout son avoir et même
de ses vêtements, le laissant plus mort que vif sur le bord de la route.
Par le même chemin, passa un prêtre qui avait terminé son office au Temple.
Oh ! il était encore parfumé par les encens du Saint! Et il aurait dû
avoir l'âme parfumée de bonté surnaturelle et d'amour puisqu'il avait été
dans la Maison de Dieu, pour ainsi dire au contact du Très-Haut. Le prêtre
avait hâte de revenir à sa maison. Il regarda donc le blessé, mais ne
s'arrêta pas. Il passa outre rapidement laissant le malheureux sur le bord du
chemin.
Un lévite vint à passer. Devait-il se contaminer, lui qui devait servir au
Temple ? Allons donc ! Il releva son vêtement pour ne pas se
souiller de sang. Il jeta un regard fuyant sur celui qui gémissait dans son
sang et hâta le pas vers Jérusalem, vers le Temple.
En troisième lieu, venant de la Samarie, en direction du gué, arriva un
samaritain. Il vit le sang, s'arrêta, découvrit le blessé dans le crépuscule
qui avançait, descendit de sa monture, s'approcha du blessé, lui donna des
forces avec une gorgée d'un vin généreux. Il déchira son manteau pour en
faire des bandages, puis il lava les blessures avec du vinaigre et les oignit
avec de l'huile, et le banda affectueusement. Après avoir chargé le blessé
sur sa monture, il conduisit avec précaution l'animal, soulevant en même
temps le blessé, le réconfortant par de bonnes paroles sans se préoccuper de
la fatigue et sans dédain pour ce blessé, bien qu'il fût de nationalité
juive. Arrivé en ville, il le conduisit à l'auberge, le veilla toute la nuit
et à l'aube, voyant qu'il allait mieux, le confia à l'hôtelier lui donnant
d'avance des deniers pour le payer et lui dit : "Aies-en soin comme
si c'était moi-même. À mon retour, ce que tu auras dépensé en plus, je te le
rendrai, et bonne mesure si tu as bien fait ce qu'il fallait". Et il
s'en alla.
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395> Docteur de la Loi,
réponds-moi. Lequel de ces trois a été le "prochain" pour l'homme
tombé aux mains des voleurs ? Le prêtre, peut-être ? Peut-être le
lévite ? Ou non pas plutôt le samaritain ? Il ne se demanda pas qui
était le blessé, pourquoi il était blessé, s'il agissait mal en le secourant,
en perdant son temps, son argent et en risquant d'être accusé de l'avoir
blessé ?"
Le docteur de la Loi répond : "Le prochain c'est ce dernier car il
a usé de miséricorde."
"Toi aussi, fais la même chose et tu aimeras le prochain et Dieu dans le
prochain, méritant ainsi la vie éternelle."
Personne n'ose plus parler et Jésus en profite pour rejoindre les femmes qui
l'attendaient près de l'enceinte et, avec elles, aller de nouveau dans la
ville. Maintenant aux disciples se sont unis deux prêtres, ou plutôt un
prêtre et un lévite, ce dernier très jeune, l'autre d'âge patriarcal.

Mais Jésus maintenant parle avec sa Mère, ayant au milieu, entre Lui et elle,
Margziam. Et il lui demande : "Tu m'as entendu, Mère ?"
"Oui, mon Fils, et à la tristesse de Marie de Cléophas s'est ajoutée la
mienne. Elle a pleuré un peu avant d'entrer au Temple..."
"Je le sais Mère, et j'en connais le motif. Mais elle ne doit pas
pleurer. Seulement prier."
"Oh ! Elle prie tant ! Ces soirs-ci, dans sa cabane, entre ses
fils endormis, elle priait et pleurait. Je l'entendais pleurer à travers la
mince paroi de feuillage voisine. De voir à quelques pas Joseph et Simon,
tout près mais ainsi séparés !... Et elle n'est pas la seule à pleurer.
Avec moi a pleuré Jeanne qui te paraît si sereine..."
"Pourquoi, Mère ?"
"Parce que Chouza... a une conduite... inexplicable. Il la seconde un
peu en tout. Il la repousse un peu en tout. S'ils sont seuls et que personne
ne les voit, c'est le mari exemplaire de toujours. Mais si avec lui il y a
d'autres personnes, de la Cour c'est naturel, voilà alors qu'il devient
autoritaire et méprisant pour sa douée épouse. Elle ne comprend pas
pourquoi..."
"Moi, je te le dis. Chouza est serviteur d'Hérode, comprends-moi, Mère.
"Serviteur". Moi, je ne le dis pas à Jeanne pour ne pas lui causer
de la douleur. Mais c'est ainsi. Quand il ne craint pas de blâme et de
moquerie du souverain, c'est le bon Chouza. Quand il peut les craindre, il
n'est plus le même."
"C'est parce que Hérode est très irrité à cause de Manaën et..."
"Et parce que Hérode est devenu fou par le remords tardif d'avoir cédé à
Hérodiade. Mais Jeanne a déjà tant de bien dans sa vie. Elle doit, sous le
diadème, porter son cilice."
Haut
de page
396> "Annalia aussi
pleure..."
"Pourquoi ?"
"Parce que le fiancé se retourne contre Toi."
"Qu'elle ne pleure pas. Dis-le-lui. C'est une résolution. Une bonté de
Dieu. Son sacrifice amènera de nouveau Samuel au Bien. Pour le moment ce
dernier la laissera libre de pressions pour le mariage. Je lui ai promis de
la prendre avec Moi. Elle me précédera dans la mort..."
"Fils !..." Marie serre la main de Jésus. Son visage devient
exsangue.
"Maman bien aimée ! C'est pour les hommes. Tu le sais. C'est pour
l'amour des hommes. Buvons notre calice de bon cœur, n'est-ce
pas ?"
Marie avale ses larmes et répond : "Oui." Un "oui"
tellement déchiré et déchirant.
Margziam lève le visage et dit à Jésus : "Pourquoi dis-tu ces
choses si dures qui attristent la Mère ? Moi, je ne te laisserai pas
mourir. Comme j'ai défendu les agneaux, ainsi je te défendrai."
Jésus le caresse et, pour remonter le moral des deux affligés, il demande à
l'enfant: "Que vont faire maintenant tes brebis ? Tu ne les
regrettes pas ?"
"Oh ! je suis avec Toi ! Cependant j'y pense toujours, et je
me demande : "Est-ce que Porphyrée les aura amenées au
pâturage ? et aura-t-elle veillé à ce que Spuma n'aille pas dans le lac ?"
Elle est si vive, Spuma, sais-tu ? Sa mère l'appelle, l'appelle... Mais
rien à faire ! Elle fait ce qu'elle veut. Et Neve, si gloutonne qu'elle
mange à s'en rendre malade ? Sais-tu, Maître ? Moi, je comprends ce
que c'est que d'être prêtre en ton Nom. Mieux que les autres je le comprends.
Eux (et il montre de la main les apôtres qui viennent derrière) eux, ils
disent tant de belles paroles, font tant de projets... pour ensuite. Moi, je
dis : "Je ferai le berger pour les hommes comme pour les brebis. Et
cela suffira". La Mère, la mienne et la tienne, m'a dit hier un si beau
passage des prophètes... et m'a dit : "C'est exactement ainsi
qu'est notre Jésus". Et moi, dans mon cœur, j'ai dit : "Et moi
aussi, je serai tout à fait ainsi". Puis j'ai dit à notre Mère :
"Pour le moment, je suis agneau, ensuite je serai berger. Au contraire,
maintenant Jésus est Berger et puis il est aussi Agneau. Mais toi, tu es
toujours l'Agnelle, seulement notre Agnelle blanche, belle, aimée, aux
paroles plus douées que le lait. C'est pour cela que Jésus est tellement
Agneau : parce qu'il est né de toi, Agnelle du Seigneur".
Haut
de page
397> Jésus se penche
vivement et l'embrasse. Puis il demande : "Tu veux donc vraiment
être prêtre ?"
"Certainement, mon Seigneur ! C'est pour cela que je m'efforce de
devenir bon et de tant savoir. Je vais toujours près de Jean d'Endor. Il me
traite toujours en homme et avec tant de bonté. Je veux être berger des
brebis dévoyées et non dévoyées, et médecin-berger de celles qui sont
blessées et fracturées, comme dit le Prophète. Oh ! que c'est
beau !" et l'enfant saute en battant des mains.
"Qu'est-ce qu'il a, cette petite tête noire, à être si
heureux ?" demande Pierre en s'approchant.
"Il voit sa route. Nettement, jusqu'à la fin... Et Moi, je consacre la
vision qu'il en a, avec mon "oui".
Ils s'arrêtent devant une haute maison qui, si je ne me trompe, est du côté
du faubourg d'Ophel, mais l'endroit est plus riche.
"Est-ce ici que nous nous arrêtons ?"
"C'est la maison que Lazare m'a offerte pour le banquet de réjouissance.
Marie est déjà là."
"Pourquoi n'est-elle pas venue avec nous ? Par peur des
moqueries ?"
"Oh ! non ! Je lui l'ai seulement ordonné."
"Pourquoi, Seigneur ?"
"Parce que le Temple est plus susceptible qu'une épouse enceinte. Tant
que je le peux, et non par lâcheté, je ne veux pas le heurter."
"Cela ne te servira à rien, Maître. Moi, si j'étais Toi, non seulement
je le heurterais, mais je le jetterais en bas du Moriah avec tous ceux qui
sont dedans."
"Tu es un pécheur, Simon. Il faut prier pour ses propres semblables, non
pas les tuer."
"Je suis un pécheur. Mais, Toi, non... et... tu devrais le faire."
"Il y aura quelqu'un pour le faire. Et après qu'on aura atteint la
mesure du péché."
"Quelle mesure ?"
"Une mesure telle qu'elle emplira tout le Temple et débordera sur
Jérusalem. Tu ne peux comprendre... Oh ! Marthe ! Ouvre donc ta
maison au Pèlerin !"
Marthe se fait reconnaître et ouvrir. Ils entrent tous dans un long atrium
qui débouche dans une cour pavée possédant quatre arbres aux quatre coins.
Une vaste salle s'ouvre au-dessus du rez-de-chaussée et, par les fenêtres
ouvertes, on découvre toute la Cité avec ses montées et descentes. J'en conclus
donc que la maison est sur les pentes sud ou sud-est de la ville.

Haut
de page
398> La salle est
préparée pour un très grand nombre d'hôtes. Des tables, en grand nombre, sont
disposées parallèlement. Une centaine de personnes peuvent s'y restaurer
commodément. Marie-Madeleine accourt. Elle était ailleurs, occupée dans les
communs, et elle se prosterne devant Jésus. Lazare arrive aussi, avec un sourire
bienheureux sur son visage maladif. Les hôtes entrent peu à peu, certains un
peu embarrassés, d'autres avec plus d'assurance. Mais la gentillesse des
femmes les met vite à l'aise.
Le prêtre Jean amène à Jésus les deux qu'il a pris au Temple. "Maître,
mon bon ami Jonathas et mon jeune ami Zacharie. Ce sont de vrais Israélites,
sans malice et sans rancœur."
"Paix à vous. Je suis heureux de vous avoir. Il faut observer le rite,
même dans ces douces coutumes. Il est beau que la Foi ancienne donne une main
amie à la nouvelle Foi venue de son propre cep. Assoyez-vous à mes côtés en
attendant qu'arrive l'heure du repas."
Le patriarcal Jonathas parle, alors que le jeune lévite regarde ça et là,
curieux, étonné, et peut-être même intimidé. Je pense qu'il veut se donner un
air dégagé, mais qu'en réalité il est comme un poisson hors de l'eau.
Heureusement Etienne vient à son secours et lui amène l'un après l'autre les
apôtres et les principaux disciples.
Le vieux prêtre dit, en caressant sa barbe neigeuse : "Quand Jean
est venu me trouver, justement moi, son maître, pour me montrer sa guérison,
j'ai voulu te connaître. Mais, Maître, je ne sors pour ainsi dire plus de mon
enceinte. Je suis vieux... J'espérais te voir cependant avant de mourir et Jéhovah
m'a exaucé. Qu'il en soit loué ! Aujourd'hui je t'ai entendu au Temple.
Tu surpasses Hillel, l'ancien, le sage. Je ne veux pas, même je ne peux douter
que tu es Celui que mon cœur attend. Mais sais-tu ce que c'est que d'avoir bu
pendant près de quatre-vingts ans la foi d'Israël comme elle est devenue
pendant des siècles... d'élaboration humaine ? Elle est devenue notre
sang. Et je suis si vieux ! T'entendre, c'est comme boire de l'eau qui
sort d'une source fraîche. Oh ! Oui ! Une eau vierge ! Mais
moi... mais moi, je suis saturé de l'eau usée qui vient de si loin... que
tant de choses ont alourdie. Comment ferai-je pour me débarrasser de cette
saturation et te goûter, Toi ?"
"Croire en Moi et m'aimer. Il ne faut pas autre chose pour le juste
Jonathas."
"Mais je mourrai bientôt ! Arriverai-je à temps pour croire tout ce
que tu dis ? Je n'arriverai même pas à suivre toutes tes paroles ou à
les connaître de la bouche d'autrui. Et alors ?"
Haut
de page
399> "Tu les apprendras
au Ciel. Il n'y a que le damné qui meurt à la Sagesse, alors que celui qui
meurt dans la grâce de Dieu arrive à la Vie et vit dans la Sagesse. Que
crois-tu que je suis ?"
"Tu ne peux être que l'Attendu qu'a précédé le fils de mon ami Zacharie.
L'as-tu connu ?"
"C'était mon parent."
"Oh! alors, tu es parent du Baptiste ?"
"Oui, prêtre."
"Lui est mort... et je ne peux dire : "Malheureux !"
Car il est mort fidèle à la justice et après avoir accompli sa mission et
parce que... Oh ! les temps atroces que nous vivons ! Ne vaut-il
pas mieux revenir vers Abraham ?"
"Oui, mais il en viendra de plus atroces, prêtre."
"Tu dis ? Rome, hein ?"
"Pas Rome seule. C'est Israël coupable qui en sera la première
cause."
"C'est vrai. Dieu nous frappe. Nous le
méritons. Mais pourtant même Rome... Tu as entendu parler des galiléens tués
par Pilate pendant qu'ils accomplissaient un sacrifice. Leur sang s'est
mélangé avec celui de la victime. Tout près de l'autel ! Tout près de
l'autel !"
"Je l'ai appris."
Tous les galiléens sont révoltés par cette injustice. Ils crient :
"C'est vrai qu'il s'agissait d'un faux Messie. Mais pourquoi tuer ses
partisans, après l'avoir frappé, lui ? Et pourquoi à ce moment-là ?
Ils étaient plus pécheurs, peut-être ?"
Jésus impose la paix, et puis il dit : "Vous vous demandez s'ils
étaient plus pécheurs que tant d'autres galiléens et si c'est pour cela
qu'ils ont été tués ? Non, ils ne l'étaient pas. En vérité je vous dis
qu'ils ont payé et que beaucoup d'autres paieront si vous ne vous
convertissez pas au Seigneur. Si vous ne faites pas tous pénitence, vous
périrez tous de la même façon, en Galilée et ailleurs. Dieu est indigné
contre son peuple. Je vous le dis. Il ne faut pas croire que ceux qui sont
frappés sont toujours les plus mauvais. Que chacun s'examine soi-même, qu'il
se juge, lui, et pas les autres. Ces dix-huit aussi, sur lesquels est tombée
la tour de Siloé qui les a tués, n'étaient pas les plus coupables de
Jérusalem. Je vous le dis : faites, faites pénitence si vous ne voulez
pas être écrasés comme eux, et même en votre esprit. Viens, prêtre d'Israël.
La table est servie. Il t'appartient à toi, car le prêtre est toujours celui
qu'il faut honorer pour l'Idée qu'il représente et rappelle, il t'appartient
à toi, patriarche parmi nous, tous plus jeunes, d'offrir et de bénir."
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400> "Non.
Maître ! Non ! Je ne puis devant Toi ! Tu es le Fils de
Dieu !"
"Tu offres bien l'encens devant l'autel ! Et tu ne crois pas,
peut-être, que Dieu est là ?"
"Oui, je le crois ! De toutes mes forces !"
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