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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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Jeudi 8
novembre 29 (13 Kisleu)
- Élise a bien agi à l'égard de Judas
469 - Jésus demande à Élise de le traiter
comme une mère 469 - Judas se montre effronté et ironique 470 - Il s'étonne que Jésus le lui pardonne
471 - Judas se vante d'avoir accompli des miracles
472 - Les apôtres sont stupéfaits 473 - Jésus se nourrit du miel d'Élise 473 - L'effort de se dominer pour supporter
Judas 473 |
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469> "Oui, Maître ! Judas de Kériot est ici depuis
plusieurs jours. Il est venu un soir de sabbat. Il paraissait fatigué et hors
d'haleine. Il disait qu'il t'avait perdu dans les rues de Jérusalem et qu'il avait
couru te chercher dans toutes les maisons où tu vas d'ordinaire. Il venait
ici chaque soir. Il va bientôt être ici. Le matin il s'en va, et il dit qu'il
va dans les environs pour te prêcher." "C'est bien, Élise... Et tu l'as cru ?" "Maître, tu sais
que je n'aime pas cet homme. Si mes fils devaient être ainsi, j'aurais prié
le Seigneur de me les prendre. Non, je n'ai pas cru à ses paroles, mais par amour
pour Toi, j'ai gardé mon jugement pour moi... Et j'ai été maternelle avec
lui. De cette façon, au moins, j'ai obtenu qu'il revienne ici chaque
soir." "Tu as bien
fait." Jésus la regarde très fixement et lui demande à
l'improviste : "Où est Anastasica ?" Le visage d'Élise
prend une couleur violacée, de personne âgée, mais elle répond franchement;
"À Béthsur." "Tu as bien fait
aussi pour cette chose. Et, je t'en prie, aie pitié de l'homme." [1] "C'est parce que
j'ai pitié de lui que j'ai voulu étouffer l'incendie avant qu'il n'éclatât
scandaleusement ou, du moins, qu'il n'effraie la fille." "Que Dieu te
bénisse, femme juste..." "Tu souffres
beaucoup, Maître ?" "Je souffre,
c'est vrai. À une mère je peux le dire." "À une mère, tu
peux le dire... Si tu n'étais pas Jésus, le Seigneur, je voudrais recevoir ta
tête lasse sur mon épaule et serrer sur mon cœur ton cœur affligé. Mais tu es
tellement saint qu'une femme, autre que ta Mère, ne peut te toucher..." "Élise, bonne
amie de ma Mère, [2] et bonne mère, ton
Seigneur bientôt sera touché par des mains beaucoup moins saintes que les
tiennes, et baisé... oh !... Et ensuite, d'autres mains... Élise, s'il
t'était permis de toucher le Saint des Saints, avec quel esprit le ferais-tu
? T'en abstiendrais-tu peut-être si la voix de Dieu, à travers la fumée de
l'encens, te demandait de l'amour pour avoir enfin une caresse d'amour après
que tant s'approchent de Lui sans amour ?" "Mon Seigneur !
Mais si Dieu me le demandait, j'irais à genoux couvrir de baisers le lieu
saint, et que Dieu puisse être satisfait, consolé par mon
amour !" . 470> Et Jésus, restant
assis où il est, près d'Élise qui est tout près, debout, pose réellement son
front contre la poitrine de la vieille disciple, et des larmes silencieuses
coulent le long du vêtement sombre de la femme qui ne peut se retenir de
poser la main sur la tête inclinée sur son cœur, et quand elle sent tomber
des larmes sur ses pieds, nus dans ses sandales, elle se penche pour
effleurer d'un baiser les cheveux de Jésus. Elle pleure silencieusement à son
tour, en levant les yeux vers le ciel, dans une muette prière. Elle semble
une très ancienne Mère Douloureuse. Elle n'essaie pas d'autres paroles ni
d'autres gestes, mais elle est tellement "mère" dans son attitude
qu'elle ne pourrait l'être davantage. Jésus lève son visage
et la regarde. Il a un pâle sourire et il dit : "Que Dieu te bénisse
pour ta pitié. Oh ! une mère est bien nécessaire quand la douleur accable les
forces de l'homme !" Il se lève, regarde
encore la disciple et dit : "Que cette heure reste entre toi et Moi en
tous ses détails. C'est pour cela que je suis venu seul en avant." "Oui, Maître.
Mais tu ne peux plus rester seul. Fais venir ta Mère." "D'ici deux
lunes elle sera avec Moi..." et il va ajouter quelque chose quand en
bas, dans la cuisine, résonne la forte voix, toujours un peu effrontée et
ironique de Judas de Kériot : "Encore à ta gravure, vieux ? Il fait froid ! Et ici, il n'y a pas de
feu. J'ai faim, et rien n'est préparé. Élise dort, peut-être ? Elle a voulu
faire toute seule. Mais les vieux sont lents, et leur mémoire est débile. Hé
! Tu ne parles pas ? Tu es tout à fait sourd ce soir ?" "Non. Mais je te
laisse parler, toi qui es apôtre, et il ne me convient pas de te faire des
reproches" répond le vieillard. "Des reproches ?
Pourquoi ?" "Cherche en
toi-même, et tu trouveras." "Ma conscience
ne parle pas..." "C'est signe qu'elle
est déformée ou que tu l'as estropiée." "Ha ! Ha ! Ha
!" et Judas doit sortir de la cuisine, car on entend claquer une porte
et puis des bruits de pas dans l'escalier. "Je descends pour préparer,
Maître." "Va,
Élise." 471> Élise descend de la chambre du haut et trouve aussitôt Judas
qui va mettre le pied sur la terrasse. "J'ai faim et
froid, moi." "C'est tout ?
Alors tu as bien peu encore, homme." "Et que devrais-je avoir de plus
?" "Oh ! Tant de
choses !..." La voix d'Élise s'éloigne. "Ce sont tous de
vieux sots. Ouf !..." Il pousse la porte et se trouve en face Jésus. La
stupeur le fait reculer d'un pas. Il se reprend pour dire : "Maître !!
Paix à Toi !" "Paix à toi,
Judas." Jésus reçoit le baiser de l'apôtre, mais ne le lui rend pas. "Maître. Tu
as... Tu ne me donnes pas un baiser ?" Jésus le regarde et
se tait. "C'est vrai.
J'ai fait erreur, et ne pas m'embrasser c'est le moins que tu puisses me
faire. Pourtant ne me juge pas trop sévèrement. Ce jour-là m'ont entrepris
certains qui... ne t'aimaient pas et j'ai discuté avec eux au point d'en
perdre la voix. Puis... J'ai dit : "Qui sait où il est allé ?!" et
je suis revenu ici pour t'attendre. N'est-ce pas ta maison, désormais ?"
"Tant qu'on me
le permet." "Tu ne voudras
me garder rancune pour cela ?" "Non. Je te fais
seulement considérer l'exemple que tu as donné aux autres." "Oh ! J'entends
déjà leurs paroles. Mais j'ai de quoi me justifier auprès d'eux. Avec Toi je
ne le fais même pas car je sais que tu m'as déjà pardonné." "Je t'ai déjà
pardonné, c'est vrai." De la part de Judas
on s'attendrait à un acte d'humilité, d'amour pour tant de bonté. Au
contraire, il en a un tout opposé, un acte de dépit et il s'écrie :
"Mais il n'y a donc pas moyen de te voir en colère ?! Quel homme es-tu
?" Jésus se tait et
Judas le regarde, lui debout, Jésus assis, la tête penchée et il hoche la
tête avec un sourire mauvais sur les lèvres. Et, pour lui, l'incident est
surmonté. Il se met à parler de choses et d'autres comme s'il était le plus
en règle de tous. Il fait nuit. Les
bruits de la rue cessent. "Descendons"
commande Jésus. Ils descendent dans
la cuisine où luit le feu et où brûle une lampe à trois becs. Jésus, fatigué,
s'assoit près du foyer et paraît sommeiller dans la tiédeur de la pièce... 472> On frappe. Le vieillard ouvre. Ce sont les apôtres. Pierre, entré le premier, voit Judas et
l'entreprend : "On peut savoir où tu as été ?" "Ici, tout
simplement ici. J'aurais été stupide de courir ça et là après des êtres
disparus. Je suis venu ici Où j'étais certain que vous seriez revenus." "C'est une belle
façon d'agir !" "Le Maître ne
m'a pas fait de reproches. Et du reste, sache que je n'ai pas perdu mon temps.
J'ai évangélisé tous les jours et j'ai même fait des miracles et cela est
bon." "Et qui t'avait
autorisé ?" dit sévèrement Barthélemy. "Personne. Ni
toi, ni personne. Mais il suffit d'être des... de la... Bref : les gens
s'étonnent et murmurent et rient de nous, apôtres qui ne faisons rien. Et
moi, qui le sais, j'ai agi pour tous. Et j'ai encore fait davantage. Je suis
allé voir Elchias et je lui ai prouvé
que l'on n'agit pas mal quand on est saint. Ils étaient nombreux. Je les ai
convaincus. Vous verrez qu'ils ne nous troubleront plus. Et maintenant je
suis content." Les apôtres se regardent.
Ils regardent Jésus. Son visage est impénétrable. Il semble voilé par une
grande lassitude physique. Cela seulement se voit. "Tu pouvais
pourtant faire cela avec la permission du Maître, observe Jacques d'Alphée. Nous n'avons pas
cessé d'être inquiets à cause de toi." "Oh ! bien !
Maintenant vous êtes délivrés de toute inquiétude. Lui ne m'aurait jamais
donné la permission. Il nous... protège trop. C'est au point que les gens murmurent
qu'il est jaloux de nous, qu'il craint que nous en fassions plus que Lui, et
même qu'il nous punit. Les gens ont une langue mordante. La vérité, au
contraire, c'est que nous Lui sommes plus chers que la pupille de ses yeux.
N'est-ce pas, Maître ? Et il craint que nous courions des dangers ou que nous
fassions... piètre figure. Et nous aussi, en notre intérieur, nous pensions
être en quelque sorte punis et que Lui était jaloux..." "Pour cela, non
! Moi, je ne l'ai jamais pensé !" interrompt Thomas. Et les autres lui
font écho. Sauf le Thaddée qui plante ses yeux francs
et très beaux dans les yeux très beaux aussi mais fuyants de Judas et dit :
"Et comment as-tu pu faire des miracles, toi ? Au nom de qui ?" "Comment ? Au
nom de qui ? Mais tu ne te rappelles pas que c'est Lui qui nous a donné ce
pouvoir ? Nous l'a-t-il peut-être enlevé ? Non, que je sache. Et pour
cela..." 473> "Et pour cela, moi je ne me permettrais jamais de faire
quelque chose sans son consentement et son ordre." "Eh bien, moi,
j'ai voulu le faire. Je craignais de ne plus savoir faire. Je l'ai fait. Je
suis heureux !" et il coupe court en sortant dans le jardin obscur. Les apôtres se
retournent pour regarder. Ils sont stupéfaits de tant d'audace. Mais personne
n'a le cœur de dire quelque chose qui puisse faire souffrir davantage leur
Maître dont le visage trahit la souffrance. Ils se débarrassent
des sacs que Jean, André et Thomas
portent
en haut. Et Barthélemy, en se penchant pour
ramasser une branche sèche tombée d'un fagot, murmure à Pierre : "Dieu veuille que ce ne soit pas le
démon qui l'ait aidé !" Pierre fait un geste
des mains comme pour dire : "Miséricorde !" mais ne réplique pas un
mot. Il va trouver Jésus, Lui pose une main sur l'épaule en Lui demandant :
"Tu es tellement fatigué ?" "Tellement,
Simon." "C'est prêt,
Maître. Viens à table. Ou bien... Non, reste ici, près du feu. Je vais
t'apporter le lait et le pain" dit Élise. Et en effet, après avoir mis
sur un plateau une grande écuelle de lait fumant et du pain couvert de miel,
elle le porte à Jésus et elle attend qu'il prie debout pour offrir la
nourriture. Puis elle s'accroupit par terre, la bonne vieille, toute
maternelle, prise toute entière par le désir de le consoler et elle Lui
sourit en l'encourageant à manger, et répondant à Jésus qui lui reproche
doucement d'avoir étendu du miel sur le pain : "Je te donnerais mon sang
pour te fortifier, mon Maître ! C'est le pauvre miel de mon jardin de Béthsur
et il ne peut fortifier que ton corps. Mais mon cœur..." Les autres mangent
autour de la table, avec l'appétit robuste des gens qui ont beaucoup marché.
Et Judas, tranquille, presque effronté, mange avec eux, et il n'y a que lui
pour parler... Il parle encore
lorsque Jésus commande : "Allez, chacun dans la maison qui le loge. La
paix soit avec vous." |
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Restent avec Lui
Judas, Barthélemy, Pierre et André. Et Jésus commande tout de suite le repos.
Il éprouve une lassitude mortelle, au point de ne plus pouvoir supporter la
fatigue de parler et d'entendre parler et moi, je pense, de supporter
l'effort de se dominer en ce qui concerne Judas de Kériot. |
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