|
"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
|
||
|
Mercredi 22 janvier 30 (29
Scébat)
- Marthe s'empresse auprès des visiteurs 9 - Ils veulent absolument voir Lazare 10 - Marie, audacieuse, le permet à Elchias seul 10 - On incite Marthe à appeler le Maître 12 - Marie affirme sa foi et les met tous à la
porte 13 - Puis elle encourage sa sœur 14 |
Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 8 8.2. |
||
|
9> Bien que brisée de douleur
et de fatigue, Marthe est toujours la maîtresse de maison qui sait
accueillir et recevoir, en faisant honneur avec cette distinction parfaite de
la vraie maîtresse de maison. Ainsi, maintenant, après avoir conduit toute
cette compagnie dans une des salles, elle donne des ordres pour que l'on
apporte les rafraîchissements qui sont d'usage et pour que les hôtes aient
tout ce qui peut être de confort. Les serviteurs circulent mélangeant des
boissons chaudes ou des vins précieux et offrant des fruits magnifiques, des
dattes blondes comme le topaze, du raisin sec, quelque chose qui ressemble à
notre raisin de Damas, dont les grappes sont d'une perfection fantastique, du
miel filant, le tout dans des amphores, des coupes, des plats, des plateaux
précieux. 10> Et Marthe veille attentivement pour que personne ne soit
laissé de côté, et même selon l'âge et peut-être les individus, dont les
goûts lui sont connus, elle contrôle ce que les serviteurs offrent. Ainsi
elle arrête un serviteur qui allait vers Elchias avec une amphore
remplie de vin et une coupe, et elle lui dit: "Tobie, pas de vin, mais de
l'eau de miel et du jus de dattes." Et à un autre: "Certainement Jean préfère le vin [1]. Offre-lui le vin
blanc de raisin sec." Et elle-même offre au vieux scribe Cananias du lait chaud
abondamment sucré avec du miel blond en disant: "Ce sera bon pour ta
toux. Tu t'es sacrifié pour venir, souffrant comme tu l'es, et par ce temps
froid. Je suis émue de vous voir si prévenants." "C'est notre devoir, Marthe. Euchérie était de notre race,
une vraie juive qui nous a tous honorés." "L'honneur à la mémoire vénérée
de ma mère me touche le cœur. Je répéterai à Lazare ces paroles." "Mais nous voulons le saluer, un
si bon ami !" dit, faux comme toujours, Elchias qui s'est approché. "Le saluer ? Ce n'est pas
possible. Il est trop épuisé." "Oh ! Nous ne le dérangerons pas,
n'est-ce pas, vous tous ? Il nous suffit d'un adieu du seuil de sa
chambre" dit Félix. "Je ne puis, je ne puis vraiment
pas. Nicomède s'oppose à toute fatigue et à toute
émotion." "Un regard à l'ami mourant ne
peut le tuer, Marthe, dit Collascebona. Nous aurions trop
de peine de ne pas l'avoir salué !" Marthe est agitée, hésitante. Elle
regarde vers la porte, peut-être pour voir si Marie vient à son aide, mais Marie est absente. Les juifs remarquent cette agitation
et Sadoc, le scribe, le fait
remarquer à Marthe: "On dirait que notre venue te trouble, femme." "Non. Non, pas du tout. Comprenez
ma douleur. Cela fait des mois que je vis près d'un mourant et... je ne sais
plus... je ne sais plus me comporter comme autrefois aux fêtes..." "Oh ! ce n'est pas une fête ! dit
Elchias. Nous ne voulions même pas pour nous tant
d'honneurs ! Mais peut-être... Peut-être tu veux nous cacher quelque chose et
c'est pour cela que tu ne nous montres pas Lazare et que tu nous interdis sa
chambre. Eh ! Eh ! On sait ! Mais ne crains pas ! La chambre d'un malade est
un asile sacré pour quiconque, crois-le..." 11> "Il n'y a rien
à cacher dans la chambre de notre frère. Il n'y a rien de caché. Elle
n'accueille qu'un mourant auquel ce serait pitié d'épargner tout souvenir
pénible. Et toi, Elchias, et vous tous, vous
êtes pour Lazare des souvenirs pénibles" dit Marie de sa splendide voix
d'orgue, en apparaissant sur le seuil et en tenant écarté de la main le
rideau pourpre. "Marie !" gémit Marthe
suppliante, pour l'arrêter. "Rien, ma sœur, laisse-moi
parler... Elle s'adresse aux autres: Et pour vous enlever tout doute, que
l'un de vous — ce sera un seul souvenir du passé qui revient pour l'affliger
— vienne avec moi si la vue d'un mourant ne le dégoûte pas et la puanteur de
la chair qui meure ne lui donne pas la nausée." "Et toi, tu n'es pas un souvenir
affligeant ?" dit ironiquement l'hérodien, que j'ai déjà vu je
ne sais où, en quittant son coin et en se mettant en face de Marie. Marthe exhale un gémissement. Marie a
le regard d'un aigle inquiet. Ses yeux lancent des éclairs. Elle se redresse
hautaine, oubliant la fatigue et la douleur qui la courbaient, et avec
l'expression d'une reine offensée, elle dit: "Oui, moi aussi je suis un
souvenir. Mais non pas de douleur, comme tu dis. Je suis le souvenir de la
Miséricorde de Dieu. Et en me voyant Lazare meurt en paix car il sait qu'il
remet son esprit entre les mains de l'Infinie Miséricorde." "Ha ! Ha ! Ha ! Ce n'était pas
ainsi que tu parlais autrefois ! Ta vertu ! À celui qui ne te connaît pas, tu
pourrais la mettre bien en vue..." "Mais pas à toi, n'est-ce pas ?
Au contraire, je la mets justement sous tes yeux, pour te dire que l'on
devient comme ceux que l'on fréquente. Autrefois, malheureusement, je
te fréquentais, et j'étais comme toi. Maintenant je fréquente le Saint et je
deviens honnête." "Une chose détruite ne se
reconstruit pas, Marie." "En effet le passé : toi, vous
tous, vous ne pouvez plus le reconstruire. Vous ne pouvez pas reconstruire ce
que vous avez détruit. Pas toi qui m'inspires du dégoût, pas vous qui au
temps de la douleur avez offensé mon frère, et maintenant, dans un but qui
n'est pas clair, voulez montrer que vous êtes ses amis." "Oh ! Tu es audacieuse, femme. Le
Rabbi t'aura chassé plusieurs démons, mais il ne t'a pas rendue douce !"
dit un homme d'environ quarante ans. "Non, Jonathas ben
Anna. Il ne m'a pas rendue faible, mais forte de l'audace de qui
est honnête, de qui a voulu redevenir honnête et qui a rompu tout lien avec
le passé pour se faire une nouvelle vie. 12> Allons ! Qui vient
voir Lazare ?" Elle est impérieuse comme une reine, elle les domine tous
par sa franchise, impitoyable jusque contre elle-même. Marthe, au contraire,
est angoissée, elle a des larmes dans ses yeux qui fixent en suppliant Marie
pour qu'elle se taise. "Moi, je viens !" dit avec
un soupir de victime Elchias, faux comme un
serpent. Ils sortent ensemble. Les autres
s'adressent à Marthe : "Ta sœur !... Toujours ce caractère. Elle ne
devrait pas. Elle a tant à se faire pardonner" dit Uriel, le rabbi vu à Giscala,
celui qui a frappé d'une pierre Jésus [2]. Marthe, sous le fouet de ces paroles,
retrouve sa force et elle dit : "Dieu l'a pardonnée. Tout autre pardon
est sans valeur après celui-là. Et sa vie actuelle est un exemple pour le
monde." Mais l'audace de Marthe a vite fait de tomber et elle fait place
aux pleurs. Elle gémit toute en larmes : "Vous êtes cruels ! Envers
elle... et envers moi... Vous n'avez pas pitié, ni de la douleur passée, ni
de la douleur actuelle. Pourquoi êtes-vous venus ? Pour offenser et faire
souffrir ?" "Non, femme. Non. Uniquement pour
saluer le grand juif qui meurt. Pas pour autre chose ! Pas pour autre chose !
Tu ne dois pas mal interpréter nos intentions qui sont droites. Nous avons
appris l'aggravation par Joseph et Nicodème et nous sommes venus... comme eux, les deux
grands amis du Rabbi et de Lazare. Pourquoi voulez-vous nous traiter d'une
manière différente, nous qui aimons comme eux le Rabbi et Lazare ? Vous
n'êtes pas justes. Peux-tu peut-être dire qu'eux, ainsi que Jean, Eléazar, Philippe, Josué et Joachim, ne sont pas venus prendre des nouvelles de
Lazare, et que Manaën aussi n'est pas venu ?..." "Je ne dis rien, mais je m'étonne
que vous soyez si bien informés de tout. Je ne pensais pas que même
l'intérieur des maisons était surveillé par vous. Je ne savais pas qu'il existait
un précepte nouveau en plus des six cent treize : celui d'enquêter, d'épier
l'intimité des familles... Oh ! excusez ! Je vous offense ! La douleur
m'affole et vous l'exaspérez."
13> "Il n'est pas
lépreux, mon frère, crie Marthe bouleversée. C'est pour cela que vous avez
voulu le voir ? C'est pour cela que vous êtes venus ? Non. Il n'est pas
lépreux ! Regardez mes mains ! Je le soigne depuis des années et il n'y a pas
de lèpre sur moi. J'ai la peau rougie par les aromates, mais je n'ai pas de
lèpre. Je ne..." "Paix ! Paix, femme. Et qui te
dit que Lazare est lépreux ? Et qui vous soupçonne d'un péché aussi
horrible que celui de cacher un lépreux ? Et crois-tu que, malgré votre
puissance [4], nous ne vous
aurions pas frappés si vous aviez péché ? Même sur le corps d'un père et
d'une mère, d'une épouse et des enfants nous sommes capables de passer afin
de faire respecter les préceptes. Je te le dis, moi, Jonathas d'Uziel." "Mais certainement ! C'est ainsi
! dit Archélaüs. Et maintenant nous
te disons, pour le bien que nous te voulons, pour l'amour que nous avions
pour ta mère, pour l'amour que nous avons pour Lazare: appelez le Maître. Tu
secoues la tête ? Veux-tu dire que désormais c'est trop tard ? Comment ? Tu
n'as pas foi en Lui, toi, Marthe, disciple fidèle ? C'est grave cela !
Commences-tu, toi aussi, à douter ?" "Tu blasphèmes, ô scribe. Moi, je
crois au Maître comme au Dieu vrai." "Et alors, pourquoi ne veux-tu
pas essayer ? Lui a ressuscité les morts... Du moins c'est ce que l'on dit...
Peut-être ne sais-tu pas où il est ? Si tu veux, nous allons le chercher,
nous allons t'aider nous" insinue Félix. "Mais non !" dit Sadoc pour l'éprouver.
"Certainement dans la maison de Lazare on sait où est le Rabbi. Dis-le
franchement, femme, et nous partirons à sa recherche et nous te l'amènerons,
et nous serons présents au miracle pour jouir avec toi, avec vous tous."
Marthe est hésitante, presque tentée
de céder. Les autres la pressent alors qu'elle dit : "Où il est je ne le
sais pas... Je ne le sais pas vraiment... Il est parti il y a plusieurs jours
et il nous a saluées comme quelqu'un qui part pour longtemps... Ce serait un
réconfort pour moi de savoir où il est... Au moins de le savoir... Mais je ne
le sais pas, en vérité..." "Pauvre femme ! Mais nous
t'aiderons... Nous te l'amènerons" dit Cornélius.
14> "Mais il meurt,
à ce que j'entends dire !" dit l'un de ces trois qui est Doras. "Et avec cela ? Qu'il meure ! Je
ne m'opposerai pas au décret de Dieu et je ne désobéirai pas au Rabbi." "Et que veux-tu espérer au-delà
de la mort, ô folle ?" dit l'hérodien en se moquant d'elle. "Quoi ? La Vie !" C'est un
cri de foi absolue. "La Vie ? Ha ! Ha ! Sois sincère.
Tu sais que devant une mort véritable son pouvoir est nul, et dans ton
sot amour pour Lui, tu ne veux pas que cela paraisse." "Sortez tous ! Ce serait à Marthe
de le faire, mais elle vous craint. Moi je crains seulement d'offenser Dieu
qui m'a pardonnée et je le fais donc à la place de Marthe. Sortez tous. Il
n'y a pas de place dans cette maison pour ceux qui haïssent Jésus Christ.
Dehors ! À vos tanières ténébreuses ! Dehors tous. Ou je vous ferai chasser
par les serviteurs comme un troupeau de gueux immondes." Elle est imposante dans sa colère. Les
juifs s'esquivent, lâches à l'extrême, devant cette femme. Il est vrai que
cette femme semble un archange irrité... La salle se désencombre et les regards
de Marie, à mesure qu'ils franchissent le seuil un par un en passant devant
elle, créent une immatérielle fourche caudine sous
laquelle doit s'abaisser l'orgueil des juifs vaincus. La salle reste vide
finalement. Marthe s'écrase sur le tapis et éclate
en sanglots. "Pourquoi pleures-tu, ma sœur ? Je
n'en vois pas la raison..." "Oh ! tu les as offensés... et
eux t'ont offensée, nous ont offensées... et maintenant ils vont se venger...
et..." "Mais tais-toi, sotte femmelette
! Sur qui veux-tu qu'ils se vengent ? Sur Lazare ? Auparavant ils doivent délibérer,
et avant qu'ils décident... Oh ! on ne se venge pas sur un gulal [6] ! Sur nous ? Et
avons-nous besoin de leur pain pour vivre ? Nos biens, ils n'y toucheront
pas. Sur eux se projette l'ombre de Rome. Et sur quoi alors ? Et même s'ils
le pouvaient, ne sommes-nous pas deux femmes jeunes et fortes ? Ne
pouvons-nous pas travailler ? Est-ce que peut-être Jésus n'est pas pauvre ?
N'a-t-il pas été un ouvrier notre Jésus ? Ne serions-nous pas plus semblables
à Lui étant pauvres et travailleuses ? Mais glorifie-toi de le devenir !
Espère-le ! Demande-le à Dieu !" "Mais ce qu'ils t'ont
dit..." |
|||
|
"Ha ! Ha ! Ce
qu'ils m'ont dit ! C'est la vérité. Je me le dis moi aussi. J'ai été
une immonde. Maintenant je suis l'agnelle du Pasteur ! Et le passé est mort.
Allons, viens auprès de Lazare." |
|||
[1] Il y a deux Jean dans le
Sanhédrin : Jean
Antipa, le favori de l'ancien roi Hérode et Jean,
l'ami de Joseph d'Arimathie.
[3] Cf. le chapitre 7.233. Cette guérison a eu
lieu le 29 novembre. Nous sommes le 22 janvier, deux mois plus tard. Pourquoi
ce délai d'attente ? À moins que nous nous soyons trompé dans l'estimation des
dates respectives.
[4] Théophile, le père de la famille
de Béthanie était gouverneur (local) de Syrie. Comme tel, sa famille jouit
d'une protection des romains.
[6] Goulal
? Au plus proche ce pourrait être le goël (gâal) qui est historiquement le protecteur d'un clan dans
la législation mosaïque. Par extension, cela peut s'appliquer à un défenseur
qui agit au nom d'un autre incapable de le faire. Ce pourrait être aussi la
goule, vampire qui, selon les légendes
orientales, dévore les cadavres dans les cimetières.