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Mercredi 8 janvier 1947
112>
"Maître, paix à Toi" disent Pierre et Jacques de Zébédée qui
reviennent à la maison, chargés de brocs remplis d'eau.
"Paix à vous ! D'où venez-vous ?"
"Du torrent. Nous avons pris de l'eau et nous en prendrons encore pour
le ménage, puisque nous sommes au repos... Et il n'est pas juste que la petite vieille se fatigue pour nous.
Elle est à côté à faire du feu pour chauffer l'eau. Mon frère est allé dans le bosquet
prendre du bois. Comme il ne pleut pas depuis quelque temps il brûle comme de
la bruyère" explique Jacques de Zébédée.
"Oui. Mais c'est que, bien qu'il fît à peine jour, ils nous ont vu au
torrent et dans le bois. Et penser que j'étais allé au torrent pour ne pas
aller à la fontaine..." dit Pierre.
"Et pourquoi, Simon de Jonas ?"
"Parce qu'à la fontaine il y a toujours des gens et ils pouvaient nous
reconnaître et accourir ici..."
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113> Pendant qu'ils parlent sont
entrés dans le long corridor qui sépare en deux la maison, les deux fils d'Alphée, Judas de Kériot et Thomas.
Ainsi eux aussi entendent les dernières paroles de Pierre et la réponse de
Jésus : "Ce qui ne serait pas arrivé dans les premières heures du jour
serait certainement arrivé plus tard, demain tout au plus, puisque nous
restons ici..."
"Ici ? Mais... Je croyais que c'était seulement une pause..."
"Ce n'est pas une simple pause. C'est le séjour. Nous ne
partirons d'ici que pour revenir à Jérusalem pour la Pâque."
"Oh ! moi, j'avais cru que quand tu parlais de pays de loups et de
vautours, tu voulais parler de cette région où tu
voulais passer, comme tu l'avais fait déjà d'autres fois, pour aller dans
d'autres lieux sans suivre les routes fréquentées par les juifs et les pharisiens..."
dit Philippe qui est survenu, et d'autres
disent : "C'est ce que je croyais moi aussi."
"Vous avez mal compris. Ce n'est pas ici le pays de loups et de
vautours, bien que sur les monts les vrais loups aient leurs repaires , mais
je ne parle pas des animaux..."
"Oh ! cela, on l'avait compris ! s'écrie Judas de Kériot quelque peu
ironique. Pour Toi, qui t'appelles l'Agneau, il est clair que ce sont les
hommes qui sont des loups. Nous ne sommes pas complètement sots."
"Non. Vous n'êtes pas
sots, si ce n'est pour ce que vous ne voulez pas comprendre, c'est-à-dire
pour ma nature et ma mission et la douleur que vous me donnez en ne
travaillant pas assidûment à vous préparer à l'avenir. C'est pour votre bien
que Moi je parle et vous instruis par mes actes et mes paroles. Mais vous
rejetez ce qui trouble votre humanité par l'annonce de douleurs et la requête
d'efforts contre votre moi. Écoutez, avant qu'il n'y ait ici des
étrangers. Maintenant je vais vous diviser en deux groupes de cinq et vous
irez sous la conduite de votre chef de groupe à travers les campagnes
voisines, comme dans les premiers temps où je vous envoyais. Rappelez-vous
tout ce que je vous ai dit alors et mettez-le en pratique. L'unique
exception, c'est que maintenant vous passerez en annonçant la proximité du
jour du Seigneur, même aux samaritains, pour qu'ils soient préparés quand il
viendra, et que soit plus facile pour vous leur conversion au Dieu Unique.
Soyez pleins de charité et de prudence, exempts de préjugés. Vous voyez, et
vous verrez davantage, que ce qui nous est refusé dans d'autres lieux nous
est permis ici. Par conséquent soyez bons avec ceux qui, innocents, paient
pour les fautes de leurs pères.
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114> Pierre sera
le chef de Jude d'Alphée, Thomas, Philippe et Matthieu. Jacques d'Alphée sera
le chef d'André, Barthélemy, Simon le Zélote et Jacques de Zébédée. Judas de Kériot et Jean restent avec Moi. Ce sera
ainsi à partir de demain. Aujourd'hui nous nous reposerons en faisant ce qui
nous prépare aux jours à venir. Le sabbat, nous le passerons unis. Faites en
sorte, par conséquent, d'être ici avant le sabbat, pour repartir ensuite
quand il sera passé. Ce sera le jour de l'amour entre nous, après avoir aimé
le prochain dans le troupeau sorti du bercail paternel. Que chacun de vous aille
à ses occupations."
Il reste seul et se retire dans une pièce au fond du corridor.
Dans toute la maison on entend des pas et des voix, bien que tous soient dans
les pièces et qu'on ne voie personne en dehors de la petite vieille, qui
traverse plusieurs fois le corridor pour aller à ses occupations, dont l'une
d'elles est certainement le pain car elle a les cheveux enfarinés et les
mains couvertes de pâte.
Jésus sort après un moment et il monte sur la terrasse de la maison. Il
marche là-haut en méditant et en regardant de temps à autre ce qui l'entoure.
Il est rejoint par Pierre et Judas de Kériot qui, vraiment, ne sont pas très
gais. C'est peut-être pour Pierre une peine de se séparer de Jésus. Peut-être
que pour l'Iscariote, c'est une peine de ne pouvoir le faire et d'aller se
mettre en vue dans les villes. Il est certain qu'ils sont très sérieux quand
ils montent sur la terrasse.
"Venez ici. Regardez quel beau panorama il y a d'ici." Et il montre
l'horizon aux aspects variés. Au nord-ouest des monts élevés, boisés, qui
s'allongent comme une épine dorsale du nord au sud. L'un d'eux, en arrière
d'Ephraïm, est un véritable géant vert qui dépasse les autres
. Au
nord-est et au sud-est une ondulation de collines plus douces. Le village est
dans une cuvette verte avec des fonds lointains , sans
relief entre les deux chaînes l'une plus haute, l'autre plus basse, qui du
centre de la région descendent vers la plaine du Jourdain. Par une échancrure
entre les monts plus bas, on entrevoit cette plaine verte au-delà de laquelle
se trouve le Jourdain bleu. Au cœur du printemps ce doit être un pays
magnifique, entièrement vert et fertile. Pour le moment les vignes et les
vergers interrompent par leur couleur sombre le vert des champs de blé, où
les tiges tendres sortent des sillons
et des pâturages nourris par un sol fertile.
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115> Si les terres qui se trouvent
au-delà d'Ephraïm sont appelées désert par Jean , c'est
signe qu'il était bien doux le désert de Judée, du moins dans cette région. C'était plutôt un désert uniquement parce qu'il ne s'y trouvait pas
de villages, occupé tout entier par des bois et des pâturages au milieu de
gais petits torrents. Il était bien différent des terres qui avoisinent la
mer Morte qui à juste titre peuvent déjà être appelées "désert" à
cause de leur aridité, de l'absence de végétation, si on excepte les touffes
de plantes basses, épineuses, tordues, couvertes de sel, qui poussent entre
les rochers et les sables remplis de sel. Mais ce doux désert qui se trouve
au-delà d'Ephraïm sur d'assez longs espaces est orné de vignes, d'oliviers et
de vergers, et maintenant sourient au soleil les amandiers épars ça et là
avec leurs touffes d'un blanc rosé, sur les pentes qui seront bientôt
couvertes par les festons des vignes d'où sort une nouvelle frondaison.
"Il me semble presque être dans ma ville"
dit Judas.
"Il ressemble aussi à Jutta, avec la différence qu'en cet
endroit le torrent est en bas et la ville en haut. Ici, au contraire, il
semble que le village est dans une vaste cuve avec le fleuve au milieu. Pays
de riches vignobles ! Il doit être très beau et très bon, pour ceux qui le
possèdent, d'avoir ces terres" observe Pierre.
"Que sa terre soit bénie
par le Seigneur avec les fruits du ciel et les rosées, avec les sources qui
jaillissent de l'abîme, avec les fruits que font pousser le soleil et la
lune, avec les fruits des cimes de ses vieux monts, avec les fruits des
collines éternelles et les moissons abondantes des blés", est-il dit . Et
c'est sur ces paroles du Pentateuque qu'eux basent leur orgueilleux
entêtement de se croire supérieurs. Ainsi en est-il. Même la parole de
Dieu et les dons de Dieu, s'ils tombent sur des cœurs possédés par l'orgueil,
deviennent une cause de ruine, non par eux-mêmes, mais à cause de l'orgueil
qui altère leur substance bonne" dit Jésus.
"Bien
sûr. Et eux, du juste Joseph, n'ont gardé que la fureur du taureau et le cou
du rhinocéros . Je
n'aime pas rester ici. Pourquoi ne me laisses-tu pas aller avec les autres
?" dit l'Iscariote.
"Tu n'aimes pas rester avec Moi ?" demande Jésus en cessant
d'observer le paysage et en se tournant pour observer Judas.
"Avec Toi, si, mais pas avec ceux d'Éphraïm."
"La belle raison ! Et nous, alors, qui irons à travers la Samarie ou la
Décapole — en effet nous ne pourrons aller que dans ces régions dans le temps
prescrit d'un sabbat au sabbat suivant — irons-nous par hasard parmi des saints
?" dit Pierre en faisant des reproches à Judas qui ne répond pas.
"Que t'importe de qui tu es voisin si tu sais tout aimer à travers Moi ?
Aime-moi dans le prochain et tout endroit sera pareil pour toi" dit calmement Jésus.
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116> Judas ne répond pas non plus
à Jésus.
"Et penser que moi, je dois aller... Je resterais si volontiers ici, moi
! D'autant plus... pour ce que je sais faire ! Choisis au moins pour chef
Philippe ou ton frère, Maître .
Moi... quand il s'agit de dire : faisons ceci, allons à cet endroit, je sais
encore. Mais si je dois parler !... Je gâterai tout."
"L'obéissance te fera tout bien faire. Ce que tu feras me plaira."
"Alors... si cela te plaît à Toi, cela plaît à moi aussi. Il me suffit
de te faire plaisir. Mais voilà ! Je l'avais dit ! Voilà qu'arrive la moitié
de la ville... Regarde ! Le chef de la synagogue...
les notables... leurs femmes... les enfants et le peuple !..."
"Descendons à leur rencontre" commande Jésus et il se hâte de
descendre par l'escalier en jetant un appel aux autres apôtres pour qu'ils
sortent avec Lui de la maison.
Les habitants d'Éphraïm s'avancent avec les signes de la plus juste déférence
et, après les salutations de règle, quelqu'un, peut-être le chef de la
synagogue, parle au nom de tous : "Que béni soit le Très-Haut pour cette
journée, et béni son Prophète qui est venu à nous parce qu'il aime tous les
hommes au nom du Dieu Très-Haut. Béni sois-tu, Maître et Seigneur, qui t'es
souvenu de notre cœur et de nos paroles, et qui es venu te reposer parmi
nous. Nous t'ouvrons nos cœurs et nos maisons en demandant ta parole pour
notre salut. Béni soit ce jour, car par lui il verra le désert fructifier
celui qui sait l'accueillir avec un esprit droit."
"Tu as bien parlé, Malachie. Celui qui sait accueillir avec un esprit
droit Celui qui vient au nom de Dieu, verra fructifier son désert et devenir
domestiques les arbres robustes mais sauvages qui s'y trouvent
. Je
resterai parmi vous. Et vous viendrez à Moi. En bons amis. Et eux porteront
ma parole à ceux qui savent l'accueillir."
"Tu ne nous enseigneras pas, Toi, Maître ?" demande Malachie un peu
déçu.
"Je suis venu ici pour me recueillir et prier, pour me préparer aux
grandes choses à venir. Vous déplaît-il que j'aie choisi votre pays pour me
reposer ?"
"Oh ! non. De te voir prier, ce sera déjà nous rendre sages. Merci de
nous avoir choisis pour cela. Nous ne troublerons pas ta prière et nous ne
permettrons pas qu'elle soit troublée par tes ennemis. Car déjà on sait
ce qui est arrivé et ce qui arrive en Judée . Nous
ferons bonne garde. Et nous nous contenterons de l'une de tes paroles quand
il te sera facile de la donner. Accepte, en
attendant, ces dons de l'hospitalité."
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117> "Je suis Jésus et je ne
repousse personne. J'accepte donc ce que vous m'offrez pour vous montrer que
je ne vous repousse pas. Mais si vous voulez m'aimer, donnez désormais aux
pauvres du village ou aux gens de passage, ce que vous me donneriez, à Moi.
Je n'ai besoin que de paix et d'amour."
"Nous le savons. Nous savons tout. Et nous comptons te donner ce dont tu
as besoin au point de te faire crier : "La terre qui devait être pour
moi l'Égypte, c'est-à-dire la douleur, a été pour Moi, comme pour Joseph de
Jacob, une terre de paix et de gloire" .
"Si vous m'aimez, en acceptant ma parole, c'est ainsi que je
parlerai."
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