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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
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Vendredi 8 février 30 (16
Adar)
- Jésus va
parfois seul parfois avec des enfants 117 - L'aura de Jean
118 - Le mépris de
Judas 118 - Son ennui 119 - Jésus ramène
trois enfants de chez des voleurs 119 - Discours
(Appliquer la loi avec souplesse 120 - L'histoire des
trois enfants et du pastoureau) 120 - Le mystère de
la souffrance 121 - Marie de Jacob
va coucher les enfants 122 - Jésus sort de
son sac des vêtements 122 - Marie en fera
trois pour les enfants 122 |
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117> Les dix, fatigués et couverts de poussière, rentrent à la
maison. À la femme qui les salue en leur ouvrant la porte, ils
demandent tout de suite : "Où est le Maître ?" "Dans le bois, je
crois, à prier comme toujours. Il est sorti de grand matin et il n'est plus
revenu." "Et personne
n'est allé le chercher ? Mais que font ces deux ?!" crie Pierre agité. "Ne t'inquiète
pas, homme. Parmi nous il est en sécurité comme dans la maison de sa
Mère." "En sécurité !
En sécurité ! Vous vous rappelez le Baptiste ? Il était en
sécurité ?" [1] "Il ne le fut
pas parce qu'il ne sut pas lire dans le cœur de celui qui lui parlait. Mais
si le Très-Haut permit cela pour le Baptiste, certainement Il ne le permettra
pas pour son Messie. Tu dois le croire plus encore que moi, qui suis femme et
samaritaine." 118> "Marie a raison. Mais où
est-il allé exactement ?" "Je ne le sais
pas. Il va tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Parfois seul, parfois avec des
enfants qui l'aiment tant. Il leur apprend à prier en voyant Dieu en toutes
choses. Mais aujourd'hui il est seul car il n'est pas venu à sexte. Quand il
a les enfants avec Lui, il revient parce que ce sont des oiseaux qui veulent
la becquée aux heures régulières..." la petite vieille sourit, en se
rappelant peut-être ses dix enfants, et puis elle soupire... parce qu'aussi
joies et douleurs se trouvent dans les souvenirs de la vie. "Et Judas et Jean, où sont-ils ?"
"Judas à la
fontaine. Jean à ramasser du bois. Je n'en avais plus car j'ai lavé tous les
vêtements pour vous les donner propres à votre départ." "Que Dieu te
récompense, mère. C'est beaucoup de travail à cause de nous..." dit Thomas en mettant une main
sur l'épaule maigre et voûtée, comme pour la caresser. "Oh !... Ce
n'est pas de la fatigue, c'est comme si j'avais mes enfants..." dit-elle
encore en souriant avec une larme qui brille dans ses yeux enfoncés de
vieille femme. Jean rentre sous une
grande charge de bois et il semble que le couloir plutôt sombre s'éclaire à sa
venue. J'ai toujours remarqué la clarté qui semble s'allumer là où est Jean.
Son sourire si doux, si franc, d'enfant, son œil limpide et riant comme un
beau ciel d'avril, sa voix joyeuse quand il salue affectueusement ses
compagnons, sont comme un rayon de soleil ou un arc-en-ciel de paix. Tous
l'aiment, à l'exception de Judas de Kériot dont je
ne sais s'il l'aime ou s'il le hait, mais qui certainement l'envie et souvent
se moque de lui, parfois l'offense. Mais, en ce moment, Judas n'est pas là. Ils l'aident à
déposer sa charge et lui demandent où peut être Jésus. Jean aussi est un peu
alarmé du retard, mais plus confiant en Dieu que les autres, il dit :
"Son Père le préservera du mal. Nous devons croire au Seigneur." Et
il ajoute : "Mais venez. Vous êtes las et couverts de poussière. Nous
vous avons gardé tout prêts des aliments et de l'eau chaude. Venez,
venez..." Judas de Kériot rentre aussi avec ses brocs qui débordent.
"Paix à vous. Le voyage a-t-il été facile ?" demande-t-il, mais il
n'y a pas de bonté dans sa voix, il y a un mélange de mépris et de
mécontentement. "Oui, nous avons
commencé par la Décapole." "Par peur d'être
lapidés ou de vous contaminer ?" demande ironiquement l'Iscariote. 119> "Ni l’une ni l'autre chose. Mais par prudence de
débutants. Et c'est moi qui l'ai proposé, ce n'est pas pour te faire des
reproches, moi qui ai blanchi sur les parchemins" dit Barthélemy. Judas ne réplique
rien. Il s'en va dans la cuisine où ceux qui sont revenus se restaurent avec
ce qui a été préparé. Pierre regarde
l'Iscariote qui s'en va et il secoue la tête, mais ne parle pas. Le Thaddée, de son côté, prend Jean par la manche et
demande : "Comment a-t-il été ces jours-ci ? Toujours aussi inquiet ?
Sois sincère..." "Toujours
sincère, Jude. Mais je t'assure qu'il n'a pas fait souffrir. Le Maître reste
presque toujours isolé. Moi, je reste avec la vieille mère qui est si bonne,
et j'écoute ceux qui viennent parler au Maître, et ensuite je le Lui dis.
Judas, de son côté, va au village. Il s'est fait des amis... Que voulez-vous
! Il est ainsi... Il ne sait pas rester tranquille comme nous le saurions,
nous..." "Pour moi qu'il
fasse ce qu'il veut. Il me suffit qu'il ne fasse pas souffrir." "Non. Pour cela,
non. Il s'ennuie certainement. Mais... Voilà le Maître ! J'entends sa voix.
Il parle avec quelqu'un..." Ils courent dehors et
voient Jésus qui s'avance, dans le crépuscule qui descend, avec deux enfants sur les bras et un autre attaché à son vêtement, et il les encourage
car ils pleurent. "Dieu te
bénisse, Maître ! Mais d'où viens-tu si tard ?" Jésus, en entrant
dans la maison, répond : "Je viens de chez les voleurs et j'ai fait une
proie, Moi aussi. J'ai marché après le coucher du soleil, mais mon Père m'en
absoudra car j'ai accompli un acte de miséricorde... Prends-les, Jean, et
toi, Simon... J'ai les bras rompus... et je suis vraiment fatigué." Il
s'assoit sur un tabouret près de la cheminée et sourit, fatigué, mais
heureux. "De chez les
voleurs ? Mais où as-tu été ? Qui sont ces enfants ? Mais as-tu mangé ? Où
étais-tu ? Il n'est pas prudent d'être dehors ainsi à la tombée de la nuit et
si loin !... Nous étions inquiets. Tu n'étais pas dans le bois ?" Ils
parlent tous ensemble. "Je n'étais pas
dans le bois. Je suis allé vers Jéricho..." "Imprudent ! Sur
ces chemins, tu peux trouver des gens qui te haïssent !" Lui reproche le
Thaddée. "J'ai suivi le
sentier qu'ils nous ont appris. Il y avait des jours que je voulais aller
là... Il y a des malheureux à racheter. À Moi ils ne pouvaient rien me faire
de mal et je suis arrivé à temps pour ces enfants. Donnez-leur à manger. 120> Je crois qu'ils sont
presque à jeun car ils avaient peur des voleurs, et je n'avais
pas de nourriture avec Moi. Si au moins j'avais trouvé un berger !... Mais la
proximité du sabbat avait déjà rendu déserts les pâturages..." "Bien sûr ! Il n'y
a que nous qui ne respectons pas le sabbat depuis quelque temps..."
observe Judas de Kériot toujours blessant. "Comment
parles-tu ? Qu'est-ce que tu insinues" lui demandent-ils. "Je dis que cela
fait deux sabbats que nous travaillons après le coucher du soleil."
121> "Pour en faire
quoi ? Mais ils n'ont pas de famille ?" "La mère est
morte. C'est pour cela que le père les avait emmenés avec lui aux pâturages
d'hiver, et maintenant il remontait en traversant ces montagnes, vers sa
maison déserte. Pouvais-je laisser les petits aux voleurs pour qu'ils les
rendissent semblables à eux ? Je leur ai parlé... En vérité je vous dis
qu'ils m'ont compris plus que beaucoup d'autres. Ils ont si bien compris
qu'ils m'ont laissé les enfants et qu'ils accompagneront demain le pastoureau
sur la route de Sichem, car dans ces campagnes demeurent les frères de leur
mère. En attendant j'ai recueilli les enfants et je les garderai avec nous
jusqu'à l'arrivée des parents." "Et tu
t'imagines que les voleurs..." dit l’Iscariote, et il rit... "Je suis certain
qu'ils ne toucheront pas à un cheveu du petit berger. Ce sont des malheureux.
Nous ne devons pas juger pourquoi ils le sont, mais nous devons essayer de
les sauver. Une bonne action peut être le commencement de leur salut..."
Jésus incline la tête, absorbé dans je ne sais quelle pensée. Les apôtres et la
petite vieille parlent et échangent entre eux des sentiments de compassion et
s'empressent de réconforter les enfants apeurés... Jésus lève la tête en
entendant pleurer le plus petit, un enfant brun d'environ trois ans, et il
dit à Jacques qui s'efforce inutilement de lui faire
prendre du lait : "Donne-moi le petit et va prendre mon sac..." et
il sourit parce que le petit s'apaise sur ses genoux et boit avidement le
lait qu'il repoussait auparavant. Les autres, un peu plus grands, mangent la
soupe qu'on a mise devant eux, mais des larmes descendent de leurs yeux. "Hélas ! Que de
misères ! Voilà ! Que nous, nous souffrions, c'est juste, mais des innocents
!..." dit Pierre qui ne peut voir souffrir des enfants. "Tu es un
pécheur, Simon. Tu fais des reproches à Dieu" observe l'Iscariote. "Possible que je
sois un pécheur, mais je ne fais pas de reproche à Dieu. Je dis seulement...
Maître, pourquoi les enfants doivent-ils souffrir ? Eux n'ont pas de
péchés." "Tous ont des
péchés, au moins le péché originel" dit l'Iscariote. Pierre ne lui répond
pas, il attend la réponse de Jésus. Jésus, qui berce l'enfant maintenant repu
et somnolent, répond : "Simon, la douleur est la conséquence de la
faute." 122> "Bien. Alors... quand tu auras enlevé la faute, les
enfants ne souffriront plus ?"
"Mais, pourquoi
? Je ne comprends pas..." "Nombreuses sont
les choses que l'on ne comprend pas sur la Terre. Sachez croire au moins que
ce sont des choses voulues par l'Amour parfait. Et quand la Grâce rendue aux
hommes, fera connaître aux plus saints d'entre eux les vérités cachées, on
verra alors que ce seront justement les plus saints qui voudront être
victimes, car ils auront compris la puissance de la douleur... L'enfant dort.
Marie, l'emmènes-tu avec toi ?" "Certainement,
Maître. Pour l'enfant apeuré, court sommeil et beaucoup de pleurs, et pour
l'oiseau sans nid est nécessaire l'aile maternelle, dit-on chez nous. Il est
grand mon lit maintenant que je suis seule à l'occuper. Je vais y porter les
enfants et je veillerai sur eux. Eux aussi vont oublier leur douleur dans le
sommeil. Venez que nous les portions au lit." Elle prend le plus
petit des genoux de Jésus et s'en va, suivie de Pierre et Philippe, alors que Jacques de Zébédée revient avec le sac
de Jésus. Jésus l'ouvre et
fouille à l'intérieur. Il en retire un lourd vêtement, le déplie, en observe
la taille. Il n'est pas satisfait. Il cherche le manteau, foncé comme le
vêtement, le met de côté et ferme le sac pour le rendre à Jacques. Pierre revient avec
Philippe. La petite vieille est restée avec les trois enfants, et Pierre voit
tout de suite les vêtements dépliés mis de côté. Il dit : "Tu veux
changer de vêtements, Maître ? Las comme tu l'es, un bain chaud devrait te remettre
en forme. Il y a de l'eau et nous allons réchauffer les vêtements, puis nous
souperons et irons nous reposer. Cette histoire des pauvres enfants m'a tout
à fait remué..." Jésus sourit, mais ne
répond pas à la question. Il dit seulement : "Louons le Seigneur qui m'a
fait arriver à temps pour sauver les innocents." Puis, fatigué, il se
tait... La petite vieille
rentre avec les vêtements des enfants. "Il faudrait les changer... Ils
sont déchirés et couverts de boue... Mais je n'ai plus les vêtements de mes
fils pour les changer. Je les laverai demain..." 123> "Non, Mère. Après le sabbat, tu vas coudre trois petits
vêtements dans ceux-ci qui sont à Moi." "Mais, Seigneur,
sais-tu que tu n'as plus maintenant que trois vêtements ? Si tu en enlèves
un, avec quoi restes-tu ? Lazare n'est pas ici comme quand tu as donné ton
manteau à la lépreuse ! [3]" dit Pierre. |
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"Laisse faire.
Il en reste deux et c'est déjà trop pour le Fils de l'homme. Prends, Marie.
Demain, au coucher du soleil, tu commenceras ton travail, et le Persécuté
aura la joie de secourir le pauvre dont il comprend les peines." |
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[1] Jean-Baptiste s'était
réfugié à Ennon, hors de portée du Sanhédrin, mais il fut attiré dans un piège.
[2] Voir ce que Jésus répond aux pharisiens qui
reproche à la troupe apostolique de cueillir des épis un sabbat (Matthieu 12,1-8. - Marc
2,23-28). Il fait référence à David en fuite qui mange les pains de
propositions normalement réservé aux prêtres.
[3] Voir l'épisode Tome 7, Chapitre 233, Page 546