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87> Ils
vont rentrer dans la ville, toujours par le même sentier écarté qu'ils ont
pris le matin d'avant, comme si Jésus ne voulait pas être entouré par les
gens qui l'attendent avant d'être dans le Temple, auquel on accède vite en
entrant dans la ville par la Porte du Troupeau, qui est près de la
Probatique. Mais aujourd'hui plusieurs des soixante-douze
l'attendent déjà au-delà du Cédron, avant le pont, et dès qu'ils le voient
apparaître au milieu des oliviers verts gris, dans son vêtement pourpre, ils
vont à sa rencontre.
88> Ils
se réunissent pour aller vers la ville. Pierre, qui regarde en avant, en bas
de la pente, soupçonnant toujours de voir apparaître quelque mal intentionné,
voit parmi le vert frais des dernières pentes un amas de feuilles fanées et
qui pendent, qui se penchent au-dessus de l'eau du Cédron. Les feuilles
recroquevillées et mourantes, ayant çà et là des taches qui ressemblent à de
la rouille, ressemblent à celles d'une plante que les flammes ont desséchées.
De temps à autre la brise en détache une et l'enfouit dans les eaux du
torrent.
"Mais c'est le figuier d'hier ! Le
figuier que tu as maudit !" crie Pierre en montrant de la main la plante
desséchée et en tournant la tête pour parler au Maître.
Tous accourent, sauf Jésus qui avance de son pas habituel.
Les apôtres racontent aux disciples l'antécédent de ce qu'ils voient et tous
ensemble commentent en regardant stupéfaits Jésus. Ils ont vu des milliers de
miracles sur les hommes et les éléments, mais celui-ci les frappe comme les
autres ne l'ont pas fait.
Jésus, qui est survenu, sourit en voyant ces visages stupéfaits et craintifs,
et il dit : "Et quoi ? Vous êtes tellement émerveillés qu'à ma parole un
figuier se soit desséché ? Ne m'avez-vous pas vu peut-être ressusciter les
morts, guérir les lépreux, donner la vue aux aveugles, multiplier les pains,
calmer les tempêtes, éteindre le feu ? Et vous êtes stupéfaits qu'un figuier
se dessèche ?"
"Ce n'est pas pour le figuier. C'est que hier il était robuste quand tu
l'as maudit, et maintenant il est sec. Regarde, il est friable comme de
l'argile sèche. Ses branches n'ont plus de moelle. Regarde, elles s'en vont
en poussière" et Barthélemy réduit
en poussière entre ses doigts des branches qu'il a facilement cassées.
"Elles n'ont plus de moelle. Tu l'as dit. Et c'est la mort quand il n'y
a plus de moelle, aussi bien dans un arbre que dans une nation, que dans une
religion, mais qu'il y a seulement la dure écorce et le feuillage inutile :
férocité et extérieur hypocrite. La moelle, blanche, entière, pleine de sève,
correspond à la sainteté, à la spiritualité. L'écorce dure et le feuillage
inutile à l'humanité dépourvue de vie spirituelle et juste. Malheur aux
religions qui deviennent humaines parce que leurs prêtres et leurs fidèles
n'ont plus l'esprit vital. Malheur aux nations dont les chefs ne sont que
férocité et verbosité tapageuse dépourvue d'idées fertiles ! Malheur aux
hommes auxquels manque la vie de l'esprit !"
Haut
de page
89>
"Pourtant si tu devais dire cela aux grands d'Israël, encore que ta
parole soit juste, tu ne serais pas sage. Ne te flatte pas que, jusqu'à
présent, ils t'ont laissé parler. Toi-même le dis que ce n'est pas par
conversion de cœur, mais par calcul. Sache alors, Toi aussi, calculer la
portée et les conséquences de tes paroles. Parce qu'il y a aussi la sagesse
du monde en dehors de la sagesse de l'esprit. Et il faut savoir en user à
notre avantage. Car enfin, pour l'instant, on est dans le monde, et pas dans
le Royaume de Dieu" dit l'Iscariote sans
amertume, mais d'un ton doctoral.
"Le vrai sage c'est celui qui sait voir les choses sans que les ombres
de la propre sensualité et les réflexions du calcul les altèrent. Je dirai
toujours la vérité de ce que je vois."
"Mais, en somme, ce figuier est mort parce que tu as été Toi à le
maudire, ou bien... c'est un pur hasard... un signe... je ne sais pas ?"
demande Philippe.
"C'est tout ce que tu dis. Mais ce que j'ai fait vous aussi vous pourrez
le faire si vous arrivez à avoir la foi parfaite. Ayez-la dans le Seigneur
Très-Haut. Et quand vous l'aurez, en vérité je vous dis que vous pourrez cela
et encore davantage. En vérité je vous dis que si quelqu'un arrive à avoir la
confiance parfaite dans la force de la prière et dans la bonté du Seigneur,
il pourra dire à cette montagne : "Déplace-toi de là et jette-toi dans
la mer" et si en le disant il n'hésite pas en son cœur, mais croit que
ce qu'il ordonne peut se réaliser, ce qu'il a dit se réalisera." [1]
"Et nous semblerons des magiciens et nous serons lapidés, comme il est
dit pour qui exerce la magie. Ce serait un miracle bien sot et à notre
détriment !" dit l'Iscariote en hochant la tête.
"Tu es sot, toi qui ne comprends pas la parabole !" lui réplique Jude.
Jésus ne parle pas à Judas, il parle à tous : "Je vous dis, et c'est une
ancienne leçon que je répète à cette heure : quelque chose que vous demandiez
par la prière, ayez la foi de l'obtenir et vous l'aurez. Mais si avant de
prier vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez d'abord et faites
la paix afin d'avoir pour ami votre Père qui est dans les Cieux, qui vous
pardonne tant et vous comble tant, du matin au soir et du couchant à
l'aurore."
Ils entrent au Temple. Les soldats de l'Antonia les regardent passer.
Ils vont adorer le Seigneur, puis reviennent dans la cour où les rabbis
enseignent.
Haut
de page
90> Tout
de suite vers Jésus, avant encore que les gens n'arrivent et ne se groupent
autour de Lui, s'approchent des saphorim, des
docteurs d'Israël et des hérodiens et,
avec un respect menteur, après l'avoir salué, ils Lui disent : "Maître, nous savons que tu es sage et
véridique, et que tu enseignes la voie de Dieu sans tenir compte de rien ni
de personne, excepté de la vérité et de la justice, et que tu te soucies peu du
jugement des autres sur Toi, mais seulement de conduire les hommes au Bien.
Dis-nous alors : est-il permis de payer le tribut à César ou bien n'est-il
pas licite de le faire ? Que t'en semble-t-il ?"
Jésus les regarde de l'un de ces regards d'une pénétrante et solennelle
perspicacité, et il répond : "Pourquoi me tentez-vous hypocritement ? Et
pourtant quelqu'un de vous sait que l'on ne me trompe pas avec des honneurs
hypocrites ! Mais montrez-moi une pièce de monnaie de celles qui servent pour
le tribut."
Ils Lui présentent une pièce de monnaie.
Il l'observe au recto et au verso et, en la tenant appuyée sur la paume de sa
main gauche, il la frappe de l'index de sa main droite en disant : "De
qui est cette image et que dit cette inscription ?"
"C'est la figure de César et l'inscription porte son nom. Le nom de
Caius Tibère César qui est maintenant empereur de Rome."
"Et alors rendez à César ce qui appartient à César et donnez à Dieu ce
qui est à Dieu" et il leur tourne le dos après avoir rendu la pièce à
celui qui la Lui avait donnée.
Il écoute tel ou tel des nombreux pèlerins qui l'interrogent, réconforte,
absout, guérit.
Les heures passent.
Il sort du Temple pour aller peut-être hors de la porte, pour prendre la
nourriture que Lui apportent les serviteurs de Lazare qui en ont été chargés.
Quand il rentre au Temple, c'est l'après-midi. Il est inlassable. Grâce et
sagesse coulent de ses mains posées sur les malades, de ses lèvres pour des
conseils personnels donnés à ceux nombreux qui l'approchent. Il semble qu'il
veuille tous les consoler, les guérir tous, avant de ne plus pouvoir le
faire.
C'est déjà le couchant et les apôtres, fatigués, sont assis par terre sous le
portique, abasourdis par ce mouvement continuel de la foule dans les cours du
Temple à l'approche de Pâque. A ce moment s'approchent de l'Inlassable des
riches, certainement des riches à en juger par leurs vêtements somptueux.
Matthieu, qui
ne sommeille que d'un œil, se lève pour secouer les autres. Il dit :
"Des sadducéens vont trouver le
Maître. Ne le laissons pas seul pour qu'ils ne l'offensent pas ou ne
cherchent pas à Lui faire tort et à le mépriser encore."
Haut
de page
91> Ils
se lèvent tous pour rejoindre le Maître qu'ils entourent immédiatement. Je crois
deviner qu'il y a eu des représailles quand ils sont allés au Temple ou
qu'ils y sont revenus à sexte.
Les sadducéens, qui rendent honneur à Jésus
avec des courbettes exagérées, Lui disent : "Maître, tu as répondu si sagement
aux hérodiens que nous est venu le désir d'avoir nous aussi un rayon de ta
lumière. Écoute : Moïse a dit : "Si quelqu'un meurt sans enfant, que son
frère épouse la veuve pour donner une descendance à son frère" [1]. Or, il y avait parmi
nous sept frères. Le premier, après avoir épousé une jeune fille, mourut sans
laisser de descendance et ainsi, il laissa sa femme à son frère. Le second
mourut aussi sans laisser de descendance, et de même le troisième qui épousa
la veuve des deux qui l'avaient précédé, et il en fut de même jusqu'au
septième. Finalement après avoir épousé les sept frères, la femme mourut.
Dis-nous : à la résurrection des corps, s'il est assurément vrai que les
hommes ressuscitent et que notre âme survit et s'unit de nouveau au corps au
dernier jour, en reformant les vivants, lequel des
sept frères aura la femme, puisqu'ils l'ont eue tous les sept sur la Terre
?"
"Vous vous trompez. Vous ne savez comprendre ni les Écritures ni la
puissance de Dieu. Très différente de celle-ci sera l'autre vie, et dans le
Royaume éternel n'existeront pas comme dans celui-ci les nécessités de la
chair. Car, en vérité, après le jugement final la chair ressuscitera et se
réunira à l'âme immortelle pour reformer un tout, vivant comme et mieux que
n'est vivante maintenant ma personne et la vôtre, mais elle ne sera plus
sujette aux lois et surtout aux impulsions et aux abus qui existent
maintenant. À la résurrection les hommes et les femmes ne se marieront pas,
mais ils seront semblables aux anges de Dieu dans le Ciel qui ne se marient
pas, tout en vivant dans l'amour parfait qui est divin et spirituel. Quant à
la résurrection des morts, n'avez-vous pas lu comment du buisson Dieu a parlé
à Moïse ? Que dit alors le Très-Haut ? "Je suis le Dieu d'Abraham, le
Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob" [2]. Il
n'a pas dit : "J'ai été", pour faire comprendre qu'Abraham, Isaac
et Jacob avaient existé, mais n'existaient plus. Il a dit : "Je
suis". Parce qu'Abraham, Isaac et Jacob existent. Immortels. Comme tous
les hommes dans leur partie immortelle, tant que les siècles dureront, et
ensuite avec la chair ressuscitée pour l'éternité. Ils existent comme existe
Moïse, les prophètes, les justes, comme, malheureusement, existe Caïn, et ils
existent ceux du déluge, et les sodomites, et tous ceux qui sont morts en
faute mortelle. Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants."
Haut
de page
92>
"Est-ce que Toi aussi tu mourras et ensuite seras vivant ?"
disent-ils pour le tenter. Ils sont déjà las de leur douceur. Leur rancœur
est telle qu'ils ne savent pas se contenir.
"Je suis le Vivant et ma Chair ne connaîtra pas la Décomposition.
L'arche nous a été enlevée et l'actuelle sera enlevée même comme symbole. Le
Tabernacle nous a été enlevé et sera détruit. Mais le vrai Temple de Dieu ne
pourra être enlevé ni détruit. Quand ses adversaires croiront l'avoir fait,
alors ce sera le moment qu'il s'établira dans la véritable Jérusalem, dans
toute sa gloire. Adieu."
Et il se hâte vers la Cour des Israélites car les trompettes d'argent
appellent au sacrifice du soir.
Jésus me dit :
"Comme je t'ai fait remarquer l'expression "à mon calice" dans
la vision où la mère
de Jean
et de Jacques
demande une place pour ses fils, je te dis de même de remarquer dans la
vision d'hier le passage : "celui qui tombera contre cette pierre se fracassera".
Dans les traductions on se sert toujours de "sur".
J'ai dit contre, et non pas sur.
Et c'est une prophétie contre les ennemis de
mon Église. Ceux qui la contrecarrent en se jetant contre Elle, parce qu'Elle
est la Pierre angulaire, se trouvent fracassés. L'histoire de la
Terre, depuis vingt siècles, confirme ce que je dis. Les persécuteurs de
l'Église se fracassent en se jetant contre la Pierre angulaire.
Cependant aussi, et qu'ils y pensent aussi ceux qui, parce qu'ils
appartiennent à l'Église, se croient à l'abri des châtiments divins, celui
sur qui tombera le poids de la condamnation
du Chef et Époux, de cette Épouse qui est la mienne, de ce Corps Mystique qui est le mien,
celui-là sera écrasé.
Et pour prévenir une objection des scribes et sadducéens toujours vivants et
malveillants pour mes serviteurs, je dis : Si dans ces dernières visions se
trouvent des phrases qui ne sont pas dans les Évangiles, telles que celles de
la fin de la vision d'aujourd'hui, et des passages où je parle du figuier
desséché et d'autres encore, qu'eux se rappellent que les évangélistes
étaient toujours de ce peuple,
et qu'ils vivaient dans les temps où tout heurt un peu trop vif pouvait avoir
des répercussions violentes et nuisibles aux néophytes.
Qu'ils relisent les Actes des Apôtres et ils
verront qu'elle n'était pas paisible la fusion de tant de pensées
différentes, et que s'ils s'admiraient mutuellement, en reconnaissant leurs
mérites réciproques, il ne manqua pas parmi eux des dissentiments parce que
les pensées des hommes sont variées et toujours imparfaites. Et pour éviter
des ruptures plus profondes entre une pensée et une autre, éclairés par
l'Esprit-Saint, les Évangélistes omirent volontairement dans leurs
écrits des phrases qui auraient choqué l'excessive susceptibilité des hébreux
et scandalisé les gentils, qui avaient besoin de croire parfaits les
hébreux, qui formaient le noyau d'où venait l'Église, pour ne pas s'éloigner
en disant : "Ils sont comme nous".
Connaître les persécutions du Christ, oui. Mais les maladies spirituelles du
peuple d'Israël désormais corrompu, surtout dans les classes les plus
élevées, non. Ce n'était pas bien. Et ils les voilèrent le plus qu'ils
purent. Qu'ils observent comment les Évangiles deviennent de plus en plus
explicites, jusqu'au limpide Évangile de mon Jean, à mesure qu'ils étaient
écrits à une époque plus éloignée de mon Ascension vers mon Père.
93> Jean
est le seul à rapporter entièrement même les taches les plus douloureuses du
noyau apostolique en nommant ouvertement Judas "voleur", et il
rappelle intégralement les bassesses des juifs (chapitre 6 — la volonté
feinte de me faire roi, les disputes au Temple, l'abandon d'un grand nombre
après le discours sur le Pain du Ciel, l'incrédulité de Thomas). Dernier
survivant, ayant vécu assez pour voir l'Église déjà forte, il lève les voiles
que les autres n'avaient pas osé lever.
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