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82> Jésus est encore, le soir,
dans l'oliveraie et il y est avec ses apôtres. Et de nouveau il parle.
"Et encore un autre jour est passé. Maintenant la nuit et puis demain,
et puis un autre demain, et puis la cène pascale."
"Où la ferons-nous, mon Seigneur ? Cette année il y a aussi les
femmes" demande Philippe.
"Et nous n'avons encore pourvu à rien, et la ville est pleine, bondée.
Il semble que cette année Israël tout entier, jusqu'aux plus lointains
prosélytes, soit accouru au rite" dit Barthélemy.
Jésus le regarde et comme s'il récitait un psaume, il dit :
"Rassemblez-vous, hâtez-vous, accourez de tous côtés vers ma victime que
j'immole pour vous, vers la grande Victime immolée sur les monts
d'Israël, pour manger sa Chair et boire son Sang."
"Mais quelle victime ? Quelle victime ? Tu sembles quelqu'un qui est
possédé par une folie fixe. Tu ne parles que de mort... et tu nous
affliges" dit avec véhémence Barthélemy.
Jésus le regarde encore en quittant des yeux Simon qui
se penche sur Jacques d'Alphée et
sur Pierre et
parle avec eux, et il dit : "Comment ? Tu me le demandes ? Tu n'es pas
un de ces petits qui pour être instruits doivent recevoir la lumière
septiforme. Tu étais déjà instruit en l'Écriture avant que je t'appelle, par
l'intermédiaire de Philippe, dans cette douce matinée de printemps. De mon
printemps. Et tu me demandes encore quelle est la victime immolée sur les
monts, celle vers laquelle viendront tous les gens pour s'en nourrir ? Et tu
m'appelles fou d'une folie fixe parce que je parle de mort ? Oh ! Bartholmaï ! Comme le cri des sentinelles, dans votre ténèbre, qui jamais s'est
ouverte à la lumière, j'ai lancé une fois, deux fois, trois fois le cri
annonciateur. Mais vous n'avez jamais voulu le comprendre. Vous en avez
souffert sur le moment, et puis... Comme des enfants, vous avez vite oublié
les paroles de mort et vous êtes retournés joyeux à votre travail, sûrs de
vous et pleins de l'espérance que mes paroles et les
vôtres persuaderaient de plus en plus le monde de suivre et d'aimer son
Rédempteur.
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83> Non. C'est seulement après
que cette Terre aura péché contre Moi, et rappelez-vous que ce sont des
paroles du Seigneur à son prophète, après seulement que le peuple et
non seulement celui-ci en particulier, mais le grand peuple d'Adam commencera
à gémir : "Allons vers le Seigneur. Lui qui nous
a blessés nous guérira" . Et
le monde des rachetés dira : "Après deux jours, c'est-à-dire deux temps
de l'éternité, durant lesquels il nous aura laissés à la merci de l'Ennemi,
qui avec toutes ses armes nous aura frappés et tués comme nous avons frappé
et tué le Saint — et nous le frappons et le tuons parce que toujours il y
aura la race des Caïns qui tueront par leurs
blasphèmes et leurs œuvres mauvaises le Fils de Dieu, le Rédempteur, en
décochant des flèches mortelles non sur son éternelle Personne glorifiée,
mais sur leur âme rachetée par Lui, pour la tuer, et pour le tuer par
conséquent dans leurs âmes — c'est seulement après ces deux temps que
viendra le troisième jour et que nous ressusciterons en sa présence
dans le Royaume du Christ sur la Terre et que nous vivrons en sa présence
dans le triomphe de l'esprit. Nous le connaîtrons, nous apprendrons à
connaître le Seigneur pour être prêts à soutenir, grâce à cette vraie connaissance
de Dieu, la dernière bataille que Lucifer livrera à l'homme avant la sonnerie
de l'ange de la septième trompette qui ouvrira le chœur bienheureux des
saints de Dieu, au nombre parfait pour l'éternité — et ni le plus petit
enfant, ni le vieillard le plus âgé ne pourra jamais être ajouté au nombre —
le chœur qui chantera; "Il est fini le pauvre royaume de la Terre. Le
monde est passé en revue avec tous ses habitants devant le Juge victorieux.
Et les élus sont maintenant entre les mains de notre Seigneur et de son
Christ, et Lui est notre Roi pour toujours. Louange au Seigneur Dieu Tout
Puissant qui est, qui était et qui sera, parce qu'il a pris son grand pouvoir
et qu'il est entré en possession de son royaume".
Oh ! qui parmi vous saura rappeler les paroles de cette prophétie qui résonne
déjà dans les paroles de Daniel, avec
un son voilé, et qui maintenant retentit par la voix du Sage devant le monde
étonné et devant vous, plus étonnés que le monde ? !
"La venue du Roi — continuera le monde gémissant dans ses blessures et
enfermé dans son tombeau, après avoir mal vécu et être mal mort, enfermé par
son septuple vice et par ses hérésies sans fin, l'esprit agonisant du monde
enfermé, avec ses derniers essais, à l'intérieur de son organisme, mort
lépreux à cause de toutes ses erreurs —la venue du Roi est préparée comme
celle de l'aurore et elle viendra à nous comme la pluie du printemps et de
l'automne".
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84> L'aurore est précédée et
préparée par la nuit. C'est la nuit. Celle de maintenant. Et que
dois-je te faire, Ephraïm ? Et que dois-je te faire, Ô Juda ?... Simon, Bartholmaï, Judas, et mes cousins, vous
plus instruits dans le Livre, reconnaissez-vous ces paroles ? Ce n'est pas
d'un esprit fou, mais de quelqu'un qui possède la Sagesse et la Science
qu'elles viennent. C'est comme un roi qui ouvre avec assurance ses coffres
forts, parce qu'il sait où est la gemme donnée qu'il cherche, après l'avoir
mise de sa main à l'intérieur, que je cite les prophètes. Je suis la
Parole. Pendant des siècles, j'ai parlé par des lèvres humaines, et pendant
des siècles je parlerai par des lèvres humaines. Mais tout ce qui est dit de
surnaturel est ma parole. L'homme ne pourrait pas, même le plus docte et le
plus saint, monter avec une âme d'aigle au-delà des
limites du monde aveugle, pour saisir et dire les mystères éternels.
L'avenir n'est "présent" que
dans la Pensée divine. C'est une sottise
chez ceux qui ne sont pas élevés par
Notre Volonté, de prétendre faire des prophéties et des révélations. Et Dieu
les démentit et les frappe parce qu'Un seul peut dire : "Je suis"
et dire : "Je vois" et dire "Je sais". Mais quand une Volonté
qu'on ne mesure pas, qu'on ne juge
pas, qu'il faut accepter en inclinant la tête, en disant : "Me
voici", sans discuter, dit : "Viens, monte, écoute, vois,
répète" alors, plongée dans l'éternel présent de son Dieu, l'âme,
appelée par le Seigneur pour être "voix", voit et tremble, voit et
pleure, voit et jubile; alors l'âme, appelée par le Seigneur pour être
"parole", écoute, et arrivant à des extases ou à une sueur
d'agonie, dit les paroles redoutables du Dieu Éternel. Parce que toute parole
de Dieu est redoutable, venant de Celui dont le verdict est immuable et la
Justice inexorable, et tournée vers les hommes dont trop peu méritent
amour et bénédiction et non pas
foudre et condamnation. Maintenant cette parole, qui est donnée et
méprisée, n'est-elle pas la cause d'une faute redoutable et d'une punition
pour ceux qui l'ayant entendue la repoussent ? Elle l'est.
Et que dois-je encore vous faire, ô Ephraïm, ô Juda, ô monde, que je n'ai pas
fait ? Je suis venu pour t'aimer, ma Terre, et ma parole a été pour toi une
épée qui tue parce que tu l'as exécrée. Oh ! Monde qui tues ton Sauveur en
croyant faire une chose juste, tellement tu es insatanisé
au point de ne même plus comprendre quel est le sacrifice que Dieu exige,
sacrifice du péché personnel et non pas d'une bête immolée et
consommée avec l'âme souillée !
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85> Mais que t'ai-je donc dit
pendant ces trois années ? Qu'ai-je prêché ? J'ai dit : "Connaissez Dieu
dans ses lois et dans sa nature". Et je me suis desséché comme un vase
d'argile poreuse exposé au soleil en vous répandant la connaissance vitale de
la Loi et de Dieu. Et tu as continué de faire des holocaustes sans jamais
accomplir l'unique chose nécessaire : l'immolation au Dieu vrai de ta volonté mauvaise !
Maintenant le Dieu éternel te dit, cité pécheresse, peuple parjure — et à
l'heure du Jugement, on se servira pour toi d'un fouet dont on ne se servira
pas pour Rome et Athènes, qui sont hébétées et ne connaissent pas la parole
et le savoir, mais qui, d'éternels enfants mal soignés par leur nourrice et
restés comme des animaux dans leurs capacités, passeront dans les bras saints
de mon Église, mon unique sublime Épouse qui m'enfantera d'innombrables
enfants dignes du Christ, deviendront adultes et capables et me donneront des
palais et des troupes, des temples et des saints de quoi peupler le Ciel
comme avec des étoiles — maintenant le Dieu éternel te dit : "Vous ne me
plaisez plus et je n'accepterai plus de don de votre main. Il est pour Moi
pareil à des excréments et je vous le rejetterai à la face et il y restera
attaché. Vos solennités, toutes extérieures, me dégoûtent. Je supprime le
pacte avec la race d'Aaron et je le passe aux fils de Lévi parce que, voilà, celui-ci
est mon Lévi, et avec Lui pour toujours j'ai fait un pacte de vie et de paix
et Lui m'a été fidèle dans les siècles des siècles, jusqu'au sacrifice. Il
a eu la sainte crainte du Père et il a tremblé à cause de son courroux
d'offensé, au seul son de mon Nom offensé. La loi de la vérité a été sur sa
bouche, et sur ses lèvres il n'y a pas eu d'iniquité, il a marché avec Moi
dans la paix et l'équité, et il en a retiré beaucoup du péché. Le temps est
venu où en tout lieu, et non plus sur l'unique autel de Sion, car vous ne
méritez pas de l'y offrir, sera sacrifiée et offerte à mon Nom l'Hostie pure,
immaculée, agréable au Seigneur"
Les reconnaissez-vous les éternelles paroles ?"
"Nous les reconnaissons, notre Seigneur. Et crois-le, nous sommes
abattus comme si on nous avait frappés. N'est-il pas possible de dévier le
destin ?"
"Tu l'appelles destin, Bartholmaï ?"
"Je ne saurais quel autre nom..."
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86> "Réparation. Voilà le
nom. On n'offense pas le Seigneur sans que l'offense doive être réparée. Et
Dieu Créateur a été offensé par le Premier qui a été créé. Depuis lors,
l'offense n'a pas cessé de croître. Et elle n'a pas servi
l'inondation du Déluge, ni la pluie de feu sur Sodome et Gomorrhe à rendre
l'homme saint. Pas l'eau et pas le feu. La Terre est une Sodome sans limite
où passe, libre et roi, Lucifer. Alors que vienne une
trinité pour la laver : le feu de l'amour, l'eau de la douleur, le Sang de la
Victime. Voici, ô Terre, mon don. Je suis venu pour te le donner. Et
maintenant je me déroberais à son accomplissement ? C'est Pâque, on ne peut
fuir."
"Pourquoi ne vas-tu pas chez Lazare ? Ce ne serait pas
fuir, mais chez lui, on ne te toucherait pas."
"Simon parle bien. Je t'en supplie, Seigneur, fais-le !" crie Judas
Iscariote en se jetant aux pieds de Jésus.
À son geste répond un déluge de larmes de Jean, et
bien que plus maîtres de leur douleur, les cousins pleurent ainsi que Jacques et André.
"Tu me crois le "Seigneur" ? Regarde-moi !" et Jésus
transperce de son regard le visage angoissé de l'Iscariote, car il est réellement
angoissé, ce n'est pas une feinte. C'est peut-être la dernière lutte de son
âme avec Satan, et il ne sait pas triompher. Jésus l'étudie et suit la lutte
comme un homme de science pourrait étudier une crise d'un malade. Puis il se
lève brusquement et si violemment que Judas, appuyé sur ses genoux, se trouve
repoussé et retombe assis par terre. Jésus recule aussi, le visage
bouleversé, et il dit : "Pour faire arrêter aussi Lazare ? Double proie
et double joie par conséquent. Non, Lazare se garde pour le Christ à venir,
pour le Christ triomphant. Un seul sera jeté au-delà de la vie, et il
ne reviendra pas. Moi, je reviendrai. Mais lui ne reviendra pas. Mais Lazare
reste. Toi, toi qui sais tant de choses, tu sais aussi celle-là. Mais
ceux qui espèrent avoir double profit en capturant l'aigle avec l'aiglon,
dans leur nid et sans difficulté, peuvent être sûrs que l'aigle a les yeux
sur tous, et que par amour pour son petit il ira loin du nid pour être pris
Lui seul, en le sauvant. Je suis tué par la haine et pourtant je continue
à aimer. Allez. Moi, je reste à prier. Jamais comme à l'heure où je vis, je
n'ai eu besoin d'élever mon âme au Ciel."
"Laisse-moi rester avec Toi" supplie Jean.
"Non. Vous avez tous besoin de repos. Va-t'en."
"Tu restes seul ? Et s'ils te font du mal ? Tu semblés souffrant
aussi... Moi, je reste" dit Pierre.
"Toi aussi, va avec les autres. Laissez-moi oublier les hommes pour une
heure ! Laissez-moi en contact avec les anges de mon Père ! Ils remplaceront
ma Mère, qui s'épuise en larmes et en prière, que je ne puis charger de ma
douleur désolée. Allez."
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87> "Tu ne nous donnes pas
la paix ?" demande son cousin Jude.
"Tu as raison. Que la paix du Seigneur se pose sur ceux qui ne sont pas
opprobre à ses yeux. Adieu" et Jésus pénètre en montant un talus au
milieu des oliviers.
"Et pourtant... ce qu'il dit c'est vraiment dans l'Écriture ! Et quand
on l'entend de Lui on comprend pourquoi et pour qui c'est dit" murmure
Barthélemy.
"Moi, je l'ai dit à Pierre dans l'automne de la première année..."
dit Simon.
"C'est vrai... Mais... Non ! Moi vivant, je ne le laisserai pas prendre.
Demain..." dit Pierre.
"Que feras-tu demain ?" demande l'Iscariote.
"Ce que je ferai ? Je parle avec moi-même. C'est un temps de conjuration.
A l'air même je ne confierai pas ma pensée. Et toi, qui es puissant, tu l'as
dit tant de fois, pourquoi ne cherches-tu pas protection pour Jésus ?"
"Je le ferai, Pierre. Je le ferai. Ne vous étonnez pas si je suis
parfois absent. Je travaille pour Lui. Ne le Lui dites pas, pourtant".
"Sois tranquille, et que tu sois béni. Parfois je me suis défié de toi,
mais je m'en excuse. Je vois que tu es meilleur que nous au bon moment. Tu
agis... moi, je ne sais que parler à vide" dit Pierre, humble et
sincère.
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