|
51> Sur une route
montueuse deux hommes entre deux âges marchent rapidement en tournant le dos
à Jérusalem, dont les hauteurs disparaissent de plus en plus derrière les
autres qui se suivent, avec de continuelles ondulations de sommets et de
vallées.
52> Ils parlent entre eux, et le
plus âgé dit à l’autre qui peut avoir trente-cinq ans tout au plus : "Tu
crois qu’il a mieux valu agir ainsi. J’ai une famille et toi aussi. Le Temple
ne plaisante pas. Il veut vraiment en finir. A-t-il raison ? A-t-il tort ? Je
ne le sais pas. Je sais qu’il a l’intention bien claire d’en finir pour
toujours avec tout cela."
"Avec ce crime, Simon.
Donne-lui son vrai nom, parce que c’est au moins un crime."
"Cela
dépend. En nous, l’amour fermente contre le Sanhédrin. Mais peut-être... qui sait
!"
"Rien. L’amour éclaire. Il ne porte pas à l’erreur."
"Le Sanhédrin aussi, les Prêtres aussi et les Chefs aiment. Ils aiment Jéhovah,
Celui qu’Israël tout entier a aimé depuis que le pacte a été conclu entre
Dieu et les Patriarches. Alors, pour eux aussi l’amour est lumière et ne
porte pas l’erreur !"
"Ce n’est pas de l’amour pour le Seigneur que le leur. Oui. Israël
depuis des siècles est dans cette Foi. Mais dis-moi : peux-tu dire que c’est
encore une Foi celle que nous donnent les Chefs du Temple, les Pharisiens,
les Scribes, les Prêtres ? Tu le vois ? Avec l’or consacré au Seigneur, on le
savait déjà, ou du moins on soupçonnait que cela arrivait, avec l’or consacré
au Seigneur ils ont payé le Traître et maintenant ils paient les gardes. Le
premier pour qu’il trahisse le Christ, les seconds pour qu’ils mentent. Oh !
Je ne sais pas comment la Puissance éternelle s’est bornée à déplacer les
murs et à déchirer le Voile ! Je te dis que j’aurais voulu que les nouveaux
philistins soient ensevelis sous les décombres. Tous !"
"Cléophas ! Tu serais toute vengeance."
"Je serais vengeance. Car, admettons que Lui n’était qu’un prophète,
est-il permis de tuer un innocent ? Car il était innocent ! L’as-tu jamais vu
commettre un des crimes dont on l’a accusé pour le tuer ?"
"Non. Aucun. Pourtant il a fait une erreur."
"Laquelle, Simon ?"
"Celle de ne pas manifester sa puissance du haut de la Croix. Pour
confirmer notre foi et pour punir les incrédules sacrilèges. Il devait
relever le défi et descendre de la Croix."
"Il a fait davantage. Il est ressuscité."
"Est-ce que c’est vrai ? Ressuscité comment ? Avec son seul Esprit ou
avec l’Esprit et la Chair ?"
"Mais l’esprit est éternel ! Il n’a pas besoin de
ressusciter !" s’exclame Cléophas.
Haut
de page
53> "Je le sais moi aussi.
Je voulais dire : s'il est ressuscité avec son unique Nature de Dieu, supérieur
à toutes les embûches de l'homme. Car maintenant son Esprit a connu les
embûches par la terreur de l'homme. Tu as entendu, hein ? Marc a dit qu'au Gethsémani, où
il allait prier contre un rocher, il y a du sang partout. Et Jean, qui a parlé avec Marc, lui
a dit : "Ne fais pas piétiner cet endroit car il y a du Sang sué par
l'Homme-Dieu". S'il a sué du sang avant d'être torturé, il doit en avoir
eu la terreur !"
"Notre pauvre Maître !..." ils se taisent affligés.
Jésus les
rejoint et leur demande : "De qui parliez-vous ? Dans le silence j'entendais
vos paroles par intervalles. Qui a été tué ?" C'est un Jésus voilé sous
l'apparence modeste d'un pauvre voyageur pressé.
Les deux ne le reconnaissent pas. "Tu es d'ailleurs, homme ? Tu ne t'es
pas arrêté à Jérusalem ? Ton vêtement poussiéreux et tes sandales en cet état
nous paraissent appartenir à un pèlerin infatigable."
"Je le suis. Je viens de très loin..."
"Tu dois être fatigué, alors. Et tu vas loin ?"
"Très loin. Plus loin encore que de l'endroit d'où je viens."
"Tu fais du commerce ? Des marchés ?"
"Je dois acheter une quantité infinie de troupeaux pour le plus grand
Seigneur. Je dois faire le tour du monde pour choisir des brebis et des
agneaux, et descendre même parmi les troupeaux sauvages qui pourtant, quand
ils seront rendus domestiques, seront meilleurs que ceux qui maintenant ne
sont pas sauvages."
"Travail difficile. Et tu as continué ta route sans t'arrêter à
Jérusalem ?"
"Pourquoi le demandez-vous ?"
"Parce que toi seul sembles ignorer ce qui y est arrivé ces jours-
ci."
"Qu'est-il arrivé ?"
"Tu viens de loin et c'est pour cela que peut-être
tu ne sais pas. Mais ta façon de parler est pourtant de Galilée. Aussi, même
si tu es serviteur d'un roi étranger ou fils de galiléens expatriés, tu dois
savoir, si tu es circoncis, que depuis trois ans dans notre patrie s'est levé
un grand prophète du nom de Jésus de Nazareth, puissant en œuvres et en
paroles devant Dieu et devant les hommes, qui allait en prêchant à travers
tout le Pays. Et il se disait le Messie. Ses paroles et ses œuvres étaient
réellement du Fils de Dieu, comme Lui se disait. Mais seulement du Fils de
Dieu. Tout Ciel... Maintenant tu sais pourquoi... Mais es-tu circoncis
?"
Haut de
page
54> "Je suis premier-né et
consacré au Seigneur."
"Alors tu connais notre Religion ?"
"Je n’en ignore pas une syllabe. Je connais les préceptes et les usages.
L’halachah, la
midrashim et l’hagadah me
sont connues comme les éléments de l’air, de l’eau, du feu et de la lumière
qui sont les premiers vers lesquels tend l’intelligence, l’instinct, les
besoins de l’homme qui vient de naître."
"Eh bien, alors tu sais qu’Israël eut la promesse du Messie, mais comme
d’un roi puissant qui aurait rassemblé Israël. Celui-ci, au contraire,
n’était pas ainsi..."
"Comment donc ?"
"Lui
ne visait pas un pouvoir terrestre. Mais c’était d’un royaume éternel et
spirituel qu’il se disait roi. Lui n’a pas rassemblé, mais au contraire a
divisé Israël, car maintenant il est divisé entre ceux qui croient en Lui et
ceux qui le disent malfaiteur. En vérité il n’avait pas l’étoffe d’un roi car
il ne voulait que douceur et pardon. Et comment dominer et vaincre avec ces
armes ?... "
"Et alors ?"
"Et alors les Chefs des Prêtres et les Anciens d’Israël l’ont pris et
l’ont jugé passible de la mort... en l’accusant, pour dire vrai, de fautes
qui n’étaient pas vraies. Sa faute était d’être trop bon et trop
sévère..."
"Comment pouvait-il, s’il était l’un, être l’autre ?"
"Il le pouvait car il était trop sévère en disant la vérité aux Chefs
d’Israël et trop bon pour ne pas faire contre eux des miracles de mort, en
foudroyant ses injustes ennemis."
"Il était sévère comme le Baptiste ?"
"Voila... je ne saurais dire. Il faisait de
durs reproches, surtout dans les derniers temps, aux scribes et aux
pharisiens et menaçait ceux du Temple comme marqués par la colère de Dieu.
Mais ensuite, si quelqu’un était pécheur et se repentait, et si Lui voyait
dans son cœur un vrai repentir, car le Nazaréen lisait dans les cœurs mieux
qu’un scribe dans le texte, alors il était plus doux qu’une mère."
"Et Rome a permis qu’on tue un innocent ?"
Haut
de page
55> "Pilate l’a condamné...
Mais il ne le voulait pas et le disait : Juste. Mais ils le menacèrent de l’accuser
auprès de César et il eut peur. En somme il a été condamné à la Croix et y
est mort et cela, en même temps que la crainte des synhédristes,
nous a beaucoup humiliés. Car je suis Cléophas, fils de Cléophas, et lui est
Simon, tous les deux d'Emmaüs, et parents car j'ai épousé sa première fille,
et nous étions disciples du Prophète."
"Et maintenant vous ne l'êtes plus ?"
"Nous espérions que ce serait Lui qui libérerait Israël et aussi que,
par un prodige, il confirmerait ses paroles. Au contraire !..."
"Quelles paroles avait-il dites ?"
"Nous te l'avons dit : " Je suis venu au Royaume de David. Je suis
le Roi pacifique" et ainsi de suite. Et il disait : "Venez au
Royaume" mais ensuite il ne nous a pas donné le royaume. Et il disait :
"Le troisième jour je ressusciterai". Maintenant c'est le troisième
jour qu'il est mort, et même il est déjà accompli car l'heure de none est
déjà passée et Lui n'est pas ressuscité. Des femmes et des gardiens disent
que oui, il est ressuscité. Mais nous nous ne l'avons
pas vu. Les gardiens disent, maintenant, qu'ils ont ainsi parlé pour
justifier le vol du cadavre fait par les disciples du Nazaréen. Mais les
disciples !... Nous l'avons tous quitté par peur quand il était vivant... et
certainement nous ne l'avons pas dérobé maintenant qu'il est mort. Et les
femmes... qui se fie à elles ? Nous raisonnions à ce propos. Et nous voulions
savoir s'il a voulu dire s'il ressusciterait avec l'Esprit redevenu divin ou
si ce serait aussi avec la Chair. Les femmes disent que les anges - car elles
disent avoir vu aussi les anges après le tremblement de terre, et c'est
possible car le vendredi déjà des justes sont apparus hors des tombeaux -
elles disent que les anges ont dit que Lui est comme quelqu'un qui n'est
jamais mort. Et c'est tel en effet que les femmes ont semblé le voir. Mais
deux de nous, deux chefs, sont allés au Tombeau. Et, s'ils l'ont vu vide,
comme les femmes l'ont dit, ils ne l'ont pas vu Lui, ni là, ni ailleurs. Et
c'est une grande désolation car nous ne savons plus que penser !"
"Oh ! comme vous êtes sots et durs pour
comprendre ! Et comme vous êtes lents pour croire aux paroles des prophètes !
Et cela n'avait-il pas été dit ? L'erreur d'Israël est celle-ci : d'avoir mal
interprété la royauté du Christ. C'est pour cela que l'on ne l'a pas cru.
C'est pour cela qu'on l'a craint. C'est pour cela que maintenant vous doutez.
En haut, en bas, au Temple et dans les villages, partout on pensait à un roi
selon la nature humaine. Dans la pensée de Dieu la reconstruction du Royaume d'Israël
n'était pas limitée, comme elle l'a été en vous, dans le temps, dans l'espace
et dans les moyens.
Haut
de page
56> Pas dans le temps : toutes
les royautés, même les plus puissantes, ne sont pas éternelles. Rappelez-vous
les puissants pharaons qui opprimèrent les hébreux au temps de Moïse. Combien
de dynasties ne sont-elles pas finies, et d’elles ne restent que les momies
sans âme au fond des hypogées secrets ! Et il reste un souvenir, si encore il
reste, de leur pouvoir d’une heure, et encore moins, si on mesure leurs
siècles sur le Temps éternel. Ce Royaume est éternel.
Dans l’espace : il était dit : Royaume d’Israël, parce que d’Israël
est venue la souche de la race humaine, parce qu’en Israël, dirais-je, se
trouve la semence de Dieu et ainsi, en disant Israël, on voulait dire : le
royaume de ceux qui ont été créés par Dieu. Mais la royauté du Roi Messie
n’est pas limitée à la petite étendue de la Palestine, mais elle s’étend du
septentrion au midi, de l’orient à l’occident, partout où il y a un être qui
possède un esprit dans sa chair, c’est-à-dire partout où il y a un homme.
Comment un seul aurait-il pu réunir en lui-même tous les peuples ennemis
entre eux, et en faire un unique royaume sans répandre des fleuves de sang et
les assujettir tous par la cruelle oppression des hommes d’armes ? Et comment
alors aurait-il pu être le roi pacifique dont parlent les prophètes ?
Dans les moyens : le moyen humain, ai-je dit, c’est l’oppression. Le
moyen surhumain c’est l’amour. Le premier est toujours limité car les peuples
finissent par se révolter contre l’oppresseur. Le second est illimité parce
que l’amour est aimé, ou s’il ne l’est pas, est tourné en dérision. Mais
comme c’est une chose spirituelle il ne peut jamais être directement attaqué.
Et Dieu, l’Infini, veut des moyens qui soient comme Lui. Il veut ce qui n’est
pas fini parce qu’Il est éternel : l’esprit; ce qui appartient à l’esprit; ce
qui mène à l’Esprit. Voici quelle a été l’erreur : d’avoir conçu dans
l’esprit une idée messianique erronée dans les moyens et dans la forme.
Quelle
est la royauté la plus élevée ? Celle de Dieu. N’est-ce pas ? Donc cet
Admirable, cet Emmanuel , ce
Saint, ce Germe sublime, ce Fort, ce Père du siècle à venir, ce Prince de la
paix, ce
Dieu comme Celui dont il vient, car tel il est appelé et tel est le Messie,
n’aura-t-il pas une royauté semblable à celle de Celui qui l’a engendré ?
Oui, il l’aura. Une royauté toute spirituelle et éternelle, pure de violence
et de sang, ignorante des trahisons et des injustices. Sa Royauté ! Celle que
la Bonté éternelle accorde aux pauvres hommes, pour donner honneur et joie à
son Verbe.
Haut
de page
57> Mais David n’a-t-il pas dit
que ce Roi puissant a eu sous ses pieds toute chose pour Lui servir
d’escabeau ?
Isaïe n’a-t-il pas dit toute sa Passion et
David n’a-t-il pas énuméré, pourrait-on dire, toutes ses tortures ? Et
n’est-il pas dit que Lui est le Sauveur et le Rédempteur qui par son
holocauste sauvera l’homme pécheur ? Et
n’est-il pas précisé, et Jonas en est la figure, que pendant trois jours il
serait englouti dans le ventre insatiable de la Terre, et après en serait
expulsé comme le prophète l’a été de la baleine ? Et
Lui n’a-t-il pas dit : “Mon Temple, c’est-à-dire mon Corps, le troisième jour
après avoir été détruit, sera reconstruit par Moi (c’est-à-dire par Dieu) ?” Et
que pensiez-vous ? Que par magie Lui relèverait les
ruines du Temple ? Non. Pas les murs, mais Lui-même. Et Dieu seul pouvait se
faire ressusciter Lui-même. Lui a relevé le vrai Temple : son Corps d’Agneau.
Immolé, comme en eut l’ordre et la prophétie Moïse, pour préparer le
“passage” de la mort à la Vie, de l’esclavage à la liberté, des hommes fils
de Dieu et esclaves de Satan .
Comment est-il ressuscité ?
vous demandez-vous. Je réponds : il est ressuscité avec sa vraie Chair et
avec son Esprit Divin qui l’habite, comme en toute chair mortelle il y a, qui
l’habite, l’âme qui est reine dans le cœur. C’est ainsi qu’il est ressuscité
après avoir tout souffert pour tout expier, et pour réparer l’Offense primitive,
et les offenses infinies que chaque jour l’Humanité accomplit. Il est
ressuscité comme il était dit sous le voile des prophéties. Venu à son temps,
je vous rappelle Daniel, il a été immolé à son temps. Et, écoutez et
rappelez-vous, au temps prédit après sa mort la ville déicide sera détruite .
Je vous en donne le conseil : lisez, avec l’âme et non avec l’esprit
orgueilleux, les prophètes, du début du Livre aux paroles du Verbe Immolé,
rappelez-vous le Précurseur qui l’indiquait
comme Agneau, rappelez-vous quel était le destin de l’agneau
symbolique de Moïse .
C’est par ce sang que furent sauvés les premiers-nés d’Israël. C’est par ce
Sang que seront sauvés les premiers-nés de Dieu, c’est-à-dire ceux qui par
leur bonne volonté se seront consacrés au Seigneur. Rappelez-vous et
comprenez le psaume messianique de David et le prophète messianique Isaïe .
Rappelez-vous Daniel, ramenez à votre mémoire, mais en l’élevant de la fange
à l’azur céleste, toutes les paroles sur la royauté du Saint de Dieu, et
comprenez qu’il ne pouvait vous être donné d’autre signe plus juste, plus
fort de cette victoire sur la Mort, de cette Résurrection accomplie par
Lui-même. Rappelez-vous qu’il aurait été contraire à sa miséricorde et à sa
mission de punir du haut de la Croix ceux qui l’y avaient mis.
Haut
de page
58> Il était encore le Sauveur,
même s’il était le Crucifié méprisé et cloué à un gibet !
Crucifiés étaient les membres, mais libres étaient son esprit et sa volonté.
Et avec ceux-ci, il a voulu encore attendre pour donner aux pécheurs le temps
de croire et d’appeler son Sang sur eux, non par des cris
blasphématoires, mais par des gémissements de contrition.
Maintenant il est ressuscité. Il a tout accompli. Il était glorieux avant son
incarnation. Il est trois fois glorieux maintenant que, après s’être anéanti
pendant tant d’années dans une chair, il s’est immolé Lui-même en portant
l’Obéissance à la perfection de savoir mourir sur la Croix pour accomplir la
Volonté de Dieu. Très glorieux avec sa Chair glorifiée, à présent qu’il monte
au Ciel et entre dans la Gloire éternelle, en commençant le Règne qu’Israël
n’a pas compris. C’est à ce Royaume,
d’une manière plus pressante que jamais, qu’il appelle avec son amour et
l’autorité dont il est plein, les tribus du monde. Comme l’ont vu et prévu
les justes d’Israël et les prophètes, tous les peuples viendront au Sauveur.
Et il n’y aura plus de juifs ou de romains, de scythes ou d’africains,
d’ibères ou de celtes, d’égyptiens ou de phrygiens. L’au-delà de l’Euphrate
s’unira aux sources du Fleuve éternel. Les hyperboréens à côté des numides
viendront à son Royaume, et tomberont les races et les idiomes. Les coutumes
et les couleurs de peau et de cheveux n’auront plus lieu d’exister, mais il y
aura un peuple illimité resplendissant et pur, une langue unique, un seul
amour. Ce sera le Royaume de Dieu, le Royaume des Cieux. Un Monarque éternel
: l’Immolé Ressuscité. Des sujets éternels : ceux qui croient en sa Foi. Croyez,
pour lui appartenir.
Voici Emmaüs, amis. Je vais plus loin. Il n’est pas accordé de repos au
Voyageur qui a tant de chemin à faire."
"Seigneur, tu es plus instruit qu’un
rabbi. Si Lui n’était pas mort, nous dirions que c’est Lui qui nous a parlé.
Nous voudrions encore entendre de toi d’autres vérités et plus développées.
Car maintenant nous, brebis sans berger, troublées par la tempête de la haine
d’Israël, nous ne savons plus comprendre les paroles du Livre. Veux-tu que
nous venions avec Toi ? Vois : tu nous instruirais encore pour compléter
l’œuvre du Maître qui nous a été enlevé."
"Vous l’avez eu si longtemps et vous n’avez pas su acquérir une
instruction complète ? N’est-ce pas une synagogue ?"
"Oui. Je suis Cléophas, fils de Cléophas, le chef de
la synagogue, mort dans la joie qu’il a eue d’avoir connu le Messie."
"Et tu n’es pas encore arrivé à croire sans nuage ? Mais ce n’est pas
votre faute. Après le Sang, il manque encore le Feu. Et ensuite vous croirez car vous comprendrez. Adieu."
Haut
de page
59> "O Seigneur, déjà le
soir approche et le soleil est à son déclin. Tu es las et assoiffé. Entre.
Reste avec nous. Tu nous parleras de Dieu pendant que nous partagerons le
pain et le sel."
Jésus entre et on le sert, avec l’habituelle hospitalité hébraïque, en Lui
donnant la boisson et de l’eau pour ses pieds lassés.
Puis ils se mettent à table et les deux le prient d’offrir pour eux la
nourriture.
Jésus se lève, tenant dans ses mains le pain
et, les yeux levés vers le ciel rouge du soir, il rend grâces pour la
nourriture et s’assoit. Il rompt le pain et en donne à ses deux hôtes et, en
le faisant, il se révèle pour ce qu’il est : le Ressuscité.
Ce n’est pas le Ressuscité resplendissant apparu aux autres qui Lui sont plus
chers. Mais c’est un Jésus plein de majesté, aux plaies bien nettes dans ses
longues mains : roses rouges sur l’ivoire de la peau. Un Jésus bien vivant
dans sa Chair recomposée, mais bien Dieu aussi dans la majesté de ses regards
et de tout son aspect.
Les deux le reconnaissent et tombent à genoux... Mais quand ils osent relever
leur visage, il ne reste de Lui que le pain rompu.
Ils le prennent et le baisent. Chacun prend son morceau et l’enveloppant dans
un linge le met comme une relique sur sa poitrine.
Ils pleurent en disant : "C’était Lui ! Et nous ne le reconnaissions
pas, et pourtant ne sentais-tu pas que ton cœur brûlait dans ta poitrine
pendant qu’il nous parlait et nous expliquait les Écritures ?"
"Oui. Et maintenant il me paraît le voir de nouveau et dans une lumière
qui vient du Ciel, la lumière de Dieu. Et je vois que Lui est le
Sauveur."
"Allons. Moi je ne sens plus la lassitude et la faim. Allons le dire à
ceux de Jésus, à Jérusalem."
"Allons. Oh ! si mon vieux père avait pu jouir de cette heure !"
|