"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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       I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\italiano.gif 9.588 - Giuda Iscariota dai Capi del Sinedrio.

       I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\English.gif 5.586 - Judas Goes to the Leaders of the Sanhedrin.

 5.588 - Judas Iscariote con los Jefes del Sanedrín.

 11.648. Judas geht zu den Vorstehern des Synedriums.

       I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\CarrePP.jpg Évangile :
- Matthieu 26,3-5.
- Matthieu 26,14-16.
- Marc 14,1-2.
- Marc 14, 10-11.
- Luc 22, 1-6.

 






 

Samedi 30 mars 30
(10 Nissan 3790)
Faubourg sud de
Jérusalem.


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 Les comploteurs circonviennent Judas : il est pris à son propre piège.

 
Judas aussi doit mourir.


       I:\Maria Valtorta\SiteWeb\ValtortaWeb\Images\Resume.gif

- Judas se rend à la réunion .......................................... 32

- Dialogue de Judas avec le Sanhédrin : Tu seras l'homme le plus grand d'Israël ........ 33

- Le sauveur de la patrie 34

- Sadoc et Canania dirigent une sorte d'incantation ........ 35

- Judas décide de livrer Jésus .......................................... 36

- Quand le moment sera favorable ........................ 37

- Le prix à payer a été fixé par les prophètes ................. 38

- Judas aussi doit mourir 39


- Pas un mot aux absents 39

- Mots d'ordre à respecter 40

 




La salle du complot, d'après Lorenzo Ferri sur indications de Maria Valtorta.


 

 


 

Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 9


Tome 9, chapitre 7.

588.
Judas va trouver les chefs du Sanhédrin.


Vision du samedi 29 mars 1947 (veille des Rameaux)

32> Judas arrive à la nuit à la maison de campagne de Caïphe. Mais il y a la lune qui se fait complice de l'assassin en éclairant la route. Il doit être bien sûr de trouver là, dans cette maison hors les murs, ceux qu'il cherchait, car je pense qu'autrement il aurait cherché à entrer dans la ville et serait allé au Temple. Au contraire, il monte avec assurance à travers les oliviers de la petite colline et il est plus sûr de lui que l'autre fois. C'est qu'il fait nuit et les ombres et l'heure le protègent de toute surprise possible. Les chemins de la campagne sont déserts désormais, après avoir été parcourus toute la journée par les foules de pèlerins qui vont à Jérusalem pour la Pâque. Les pauvres lépreux eux-mêmes sont dans leurs cavernes et dorment leur sommeil de malheureux oublieux pour quelques heures de leur sort.      

Voilà Judas à la porte de la maison toute blanche au clair de lune. Il frappe : trois coups, un coup, trois coups, deux coups... C'est qu'il connaît à merveille le signe conventionnel !

Et ce doit être vraiment un signal sûr car la porte s'entrouvre sans que le portier jette au préalable un coup d'œil par l'ouverture pratiquée dans la porte.         

Judas se glisse à l'intérieur et au portier qui lui rend honneur demande : "L'assemblée est réunie ?"       

"Oui, Judas de Kériot. Au complet, pourrais-je dire."

"Conduis-moi. Je dois parler de choses importantes. Vite !"  

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33> L'homme ferme la porte avec tous les verrous et il le précède par le couloir presque sombre, et s'arrête devant une lourde porte à laquelle il frappe. Le bruit des voix cesse dans la pièce fermée, remplacé par le bruit de la serrure et le grincement de la porte qui s'ouvre en projetant un cône de lumière vive dans le couloir obscur. "Toi ? Entre !" dit celui qui a ouvert la porte et que je ne connais pas.          

Et Judas entre dans la salle alors que celui qui a ouvert ferme de nouveau à clef.     

Il y a un mouvement de stupeur, ou du moins d'agitation, quand ils voient entrer Judas. Mais ils le saluent en chœur : "Paix à toi, Judas de Simon."  

"Paix à vous, membres du Sanhédrin saint" répond Judas.   

"Avance. Que veux-tu ?" lui demandent-ils.   

"Vous parler... Vous parler du Christ. Il n'est plus possible de continuer ainsi. Je ne peux plus vous aider si vous ne vous décidez pas à prendre des décisions extrêmes. L'homme soupçonne désormais."        

"Tu t'es fait découvrir, sot ?" interrompent-ils.           

"Non. C'est vous qui êtes sots, vous qui par une hâte stupide avez fait de fausses manœuvres. Vous le saviez bien que je vous aurais servis ? Vous ne vous êtes pas fiés à moi."            

"Tu as la mémoire courte, Judas de Simon ! Ne te rappelles-tu pas comment tu nous as quittés la dernière fois ?
[1] Qui pouvait penser que tu nous étais fidèle, à nous, quand tu as proclamé de cette façon que Lui, tu ne pouvais pas le trahir ?" dit Elchias plus ironique, plus serpentin que jamais.    

"Et vous croyez qu'il est facile de tromper un ami, le Seul qui m'aime vraiment, l'Innocent ? Vous croyez qu'il est facile d'arriver au crime ?" Judas est déjà agité.           

Ils cherchent à le calmer et le flattent. Ils le séduisent, ou du moins essaient de le faire, en lui faisant observer que son crime n'en est pas un "mais une œuvre sainte envers la Patrie, à laquelle il évite des représailles de la part de ceux qui la dominent, et qui déjà donnent des signes de mécontentement pour ces continuelles agitations et ces divisions de partis et de foules dans une province romaine, et envers l'Humanité, s'il est vraiment convaincu de la nature divine du Messie et de sa mission spirituelle."            

"Si ce qu'il dit est vrai — loin de nous de le croire — n'es-tu pas le collaborateur de la Rédemption ? Ton nom sera associé au sien au cours des siècles, et la Patrie te comptera parmi ses preux, et t'honorera des charges les plus hautes. Un siège est tout prêt pour toi parmi nous.  

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34> Tu monteras, Judas. Tu donneras des lois à Israël. Oh ! nous n'oublierons pas ce que tu as fait pour le bien du Temple sacré, du Sacerdoce sacré, pour la défense de la Loi très sainte, pour le bien de toute la Nation ! Aide-nous seulement et ensuite, nous te le jurons, je te le jure au nom de mon puissant père et de Caïphe qui porte l'éphod, tu seras l'homme le plus grand d'Israël, plus que les tétrarques, plus que mon père lui-même, désormais pontife déposé. Comme un roi, comme un prophète tu seras servi et écouté. Que si ensuite Jésus de Nazareth n'était qu'un faux Messie, même si en réalité il n'était pas passible de mort parce que ses actions ne sont pas d'un larron mais d'un fou, voilà que nous te rappelons les paroles inspirées du pontife Caïphe — tu sais que celui qui porte l'éphod et le rational parle par suggestion divine et prophétise ce qui est bien et ce qu'il faut faire pour le bien — Caïphe, t'en souviens-tu ? Caïphe a dit : "Il est bien qu'un homme meure pour le peuple et que toute la Nation ne périsse pas". C'était une parole de prophétie."            

"En vérité, il était prophète. Le Très-Haut a parlé par la bouche du Grand Prêtre. Qu'il soit obéi !" disent en chœur, déjà théâtraux et semblables à des automates qui doivent faire des gestes donnés, ces hideuses marionnettes que sont les membres du grand conseil du Sanhédrin. Judas est suggestionné, séduit... mais un reste de bon sens, sinon de bonté, subsiste encore en lui et le retient de prononcer les paroles fatales.  

L'entourant avec respect, avec une affection simulée, ils le pressent : "Tu ne nous crois pas ? Regarde : nous sommes les chefs des vingt-quatre familles sacerdotales, les Anciens du peuple, les scribes, les plus grands pharisiens d'Israël, les rabbis sages, les magistrats du Temple. L'élite d'Israël est ici, autour de toi, prête à t'acclamer, et qui te dit d'une seule voix : "Fais cela que c'est saint".  

"Et
Gamaliel, où est-il ? Et Joseph et Nicodème, où sont-ils ? Et Éléazar, l'ami de Joseph, et Jean de Gaas ? Je ne les vois pas."         

"Gamaliel est en grande pénitence, Jean auprès de sa femme enceinte et souffrante ce soir. Eléazar... nous ne savons pas pourquoi il n'est pas venu. Mais un malaise peut frapper n'importe qui et à l'improviste, n'est-ce pas ? Pour ce qui est de Joseph et de Nicodème nous ne les avons pas avisés de cette séance secrète, par amour pour toi, par souci de ton honneur... Pour que, dans le cas malheureux où la chose échouerait, ton nom ne soit pas rapporté au Maître... Nous protégeons ton nom, nous t'aimons Judas, nouveau Maccabée, sauveur de la Patrie."           

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35>  "Le Maccabée combattait le bon combat. Moi... je commets une trahison."     

"Ne regarde pas les détails de l'acte, mais la justice du but. Parle toi, ô Sadoc, scribe d'or. De ta bouche coulent de précieuses paroles. Si Gamaliel est docte, toi tu es sage, car sur tes lèvres se trouve la sagesse de Dieu. Parle toi à celui qui hésite encore."  

Cette bonne peau de Sadoc s'avance et avec lui
Canania tout décrépit : un renard squelettique et mourant à côté d'un rusé chacal robuste et féroce.    

"Écoute, ô homme de Dieu !" commence pompeusement Sadoc en prenant une pose inspirée et oratoire, le bras droit levé en un geste cicéronien, le gauche occupé à soutenir tout cet encombrement de plis que forme son habit de scribe. Et puis il lève aussi le bras gauche, laissant son vêtement monumental perdre ses plis et se mettre en désordre et ainsi, le visage et les bras levés vers le plafond de la pièce, il tonne : "Moi, je te le dis ! Je te le dis devant la Très Haute Présence de Dieu !"     

"Maran-Atà !
[2]" font tous écho en se courbant comme si un souffle d'en haut les courbait et puis se relevant les bras croisés sur la poitrine.        

"Moi, je te le dis : c'est écrit dans les pages de notre histoire et de notre destin ! C'est écrit dans les signes et les figures laissés par les siècles ! C'est écrit dans le rite qui n'a pas cessé depuis la nuit fatale aux Égyptiens ! C'est écrit dans la figure d'Isaac ! C'est écrit dans la figure d'Abel ! Et que ce qui est écrit se réalise."      

"Maran-Atà !" disent les autres dans un chœur assourdi et lugubre, suggestionnant, avec les gestes déjà faits, les visages bizarrement frappés par la lumière des deux lampadaires allumés aux extrémités de la salle, aux micas violet pâle, qui émanent une lumière fantasmagorique. Et cette assemblée d'hommes presque tous vêtus de blanc, avec les couleurs pâles et olivâtres de leur race rendues encore plus pâles et plus olivâtres par la lumière diffuse, semble vraiment une assemblée de spectres.           

"La parole de Dieu est descendue sur les lèvres des prophètes pour marquer ce décret. Il doit mourir ! C'est dit !"        

"C'est dit ! Maran-Atà !"        

"Il doit mourir, et son sort est marqué !"        

"Il doit mourir. Maran-Atà !"   

"Dans les plus minutieux détails est décrit son destin fatal, et on ne brise pas la fatalité !"

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36> "Maran-Atà !"     

"Est indiqué jusqu'au prix symbolique qui sera versé à celui qui se fait l'instrument de Dieu pour la consommation de la promesse."
[3]     

"C'est indiqué ! Maran-Atà !"

"Comme Rédempteur, ou comme faux prophète, il doit mourir !"       

"Il doit mourir ! Maran-Atà !"  

"L'heure est venue !
Jéhovah le veut ! J'entends sa voix ! Elle crie : "Que cela s'accomplisse" !"     

"Le Très-Haut a parlé ! Que cela s'accomplisse ! Que cela s'accomplisse ! Maran-Atà !"

"Que le Ciel te donne le courage comme Il en a donné à Jahel et à Judith, qui étaient des femmes et surent être des héros; comme Il en a donné à Jephté qui, étant père, sut sacrifier sa fille à la Patrie; comme Il en a donné à David contre Goliath, et a accompli le geste qui rendra Israël éternel dans le souvenir des peuples !"  

"Que le Ciel te donne le courage ! Maran-Atà !"         

"Que tu sois victorieux !"      

"Que tu sois victorieux ! Maran-Atà !"            

S'élève la voix éraillée et sénile de Canania; "Celui qui hésite devant l'ordre sacré est condamné au déshonneur et à la mort !"       

"Il est condamné. Maran-Atà !"          

"Si tu ne veux pas écouter la parole du Seigneur ton Dieu, et si tu n'agis pas selon son commandement, en faisant ce qu'il t'ordonne par notre bouche, que toutes les malédictions tombent sur toi !"     

"Toutes les malédictions ! Maran-Atà !"         

"Que le Seigneur te frappe par toutes les malédictions mosaïques
[4] et te disperse parmi les nations."      

"Qu'il te frappe et te disperse ! Maran-Atà !"  

Un silence de mort suit cette scène suggestionnante... Tout s'immobilise dans une immobilité effrayante.           

Finalement, voilà la voix de Judas qui s'élève, et j'ai du mal à la reconnaître tellement elle est changée : "Oui, je le ferai. Je dois le faire. Et je le ferai. Déjà la dernière partie des malédictions mosaïques me concerne et j'en dois sortir car j'ai déjà trop tardé. Et je deviens fou n'ayant ni trêve ni repos, et le cœur effrayé, et les yeux égarés, et l'âme consumée par la tristesse. Tremblant d'être découvert et foudroyé par Lui dans mon double jeu —car je ne sais pas, je ne sais pas jusqu'à quel point il connaît ma pensée — je vois ma vie suspendue à un fil, et matin et soir je demande d'en finir avec cette heure à cause de l'épouvante qui me serre le cœur. À cause de l'horreur que je dois accomplir. Oh ! hâtez cette heure ! Tirez-moi de l'angoisse qui m'étreint ! Que tout s'accomplisse. Tout de suite ! Maintenant ! Et que je sois délivré ! Allons !"

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37> La voix de Judas s'est affermie et est devenue forte à mesure qu'il parlait. Ses gestes, d'abord automatiques et incertains comme ceux d'un somnambule, sont devenus libres, volontaires. Il se redresse de toute sa taille, en prenant une beauté satanique, et il crie : "Que tombent les liens d'une folle terreur ! Je suis délivré d'une sujétion effrayante. Christ ! Je ne te crains plus et je te livre à tes ennemis ! Allons !" Un cri de démon victorieux, et réellement il se dirige hardiment vers la porte.           

Mais ils l'arrêtent : "Doucement ! Réponds-nous : où est Jésus de Nazareth ?"          

"Dans la maison de Lazare, à Béthanie."       

"Nous ne pouvons pas entrer dans cette maison bien défendue par des serviteurs fidèles. Maison d'un favori de Rome. Nous irions au-devant d'ennuis certains."         

"À l'aurore, nous venons dans la ville. Mettez les gardes sur la route de
Bethphagé, faites du tumulte et saisissez-le."   

"Comment sais-tu qu'il vient par cette route ? Il pourrait aussi prendre l'autre..."         

"Non. Il a dit à ceux qui le suivent qu'il la prendra pour entrer dans la ville par la porte d'Éphraïm et de l'attendre près de
En Rogel. Si vous le prenez avant..."        

"Nous ne pouvons pas. Nous devrions entrer dans la ville avec Lui au milieu des gardes et tous les chemins qui conduisent aux portes, et toutes les rues de la ville sont pleines de la foule depuis l'aube jusqu'à la nuit. Il y aurait du tumulte et cela ne doit pas arriver."   

"Il montera au Temple. Appelez-le pour l'interroger dans une salle. Appelez-le au nom du Grand Prêtre. Il viendra car il a plus de respect pour vous que pour sa vie. Une fois qu'il est seul avec vous... vous aurez bien manière de l'amener en lieu sûr et de le condamner à l'heure favorable."    

"Il y aurait également du tumulte. Tu devrais t'en être aperçu que la foule est fanatique pour Lui. Et ce n'est pas seulement le peuple, mais aussi les grands et les espoirs d'Israël. Gamaliel perd ses disciples et de même
Jonatas ben Uziel et d'autres parmi nous, et tous nous quittent séduits par Lui. Et même les gentils le vénèrent, ou le craignent, ce qui est déjà de la vénération, et ils sont prêts à se révolter contre nous si nous le malmenons.

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38> Par ailleurs certains larrons, que nous avions payés pour faire les faux disciples et provoquer des rixes, ont été arrêtés et ils ont parlé espérant la clémence à cause de leurs délations, et le Préteur sait... Tout le monde le suit alors que nous ne concluons rien. Mais il faut agir avec finesse pour que les foules ne s'en aperçoivent pas."

"Oui, c'est ce qu'il faut faire ! Anna aussi le recommande. Il dit : "Que cela n'arrive pas pendant la fête et qu'il ne naisse pas de tumulte parmi le peuple fanatique". C'est ce qu'il a décidé, en donnant des ordres même pour qu'il soit traité avec respect dans le Temple et ailleurs, et qu'il ne soit pas molesté afin de pouvoir le tromper."        

"Et alors, que voulez-vous faire ? Moi, j'étais bien disposé cette nuit, mais vous hésitez..." dit Judas.     

"Voilà : tu devrais nous amener à Lui à une heure où il est seul. Tu connais ses habitudes. Tu nous as écrit qu'il te garde près de Lui plus que tous. Tu dois donc savoir ce qu'il veut faire. Nous serons toujours prêts. Quand tu jugeras favorable l'heure et le lieu, viens, et nous viendrons."      

"C'est dit. Et quelle compensation en aurai-je ?" Désormais Judas parle froidement comme s'il s'agissait d'un commerce quelconque.    

"Ce qui est dit par les prophètes, pour être fidèle à la parole inspirée : trente deniers..."

"Trente deniers pour tuer un homme, et cet Homme ? Le prix d'un agneau ordinaire en ces jours de fête ? ! Vous êtes fous ! Non que j'aie besoin d'argent. J'en ai une bonne provision. Ne pensez donc pas me persuader par besoin d'argent. Mais c'est trop peu pour payer ma douleur de trahir Celui qui m'a toujours aimé."        

"Mais nous t'avons dit ce que nous ferons pour toi. Gloire, honneur ! Ce que tu attendais de Lui et que tu n'as pas eu. Nous guérirons ta déception. Mais le prix est fixé par les prophètes ! Oh ! une formalité ! Un symbole et rien de plus. Le reste viendra après..."

"Et l'argent, quand ?"           

"Au moment que tu diras : "Venez". Pas avant. Personne ne paie avant d'avoir les mains sur la marchandise. Cela ne te paraît-il pas juste peut-être ?"       

"C'est juste. Mais triplez au moins la somme..."        

"Non. C'est dit par les prophètes. C'est ce qu'on doit faire. Oh ! nous saurons obéir aux prophètes ! Nous n'omettrons pas un iota de ce qu'ils ont écrit de Lui. Eh ! Eh ! Eh ! Nous sommes fidèles à la parole inspirée ! Eh ! Eh ! Eh !" dit en riant ce rebutant squelette de Canania. Et plusieurs font chorus avec des ricanements lugubres, sournois, sans sincérité, vrais rires de démons qui ne savent que ricaner. C'est que le rire est le propre de l'homme serein et aimant, et le ricanement celui des cœurs troublés et saturés de rancœur.     

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39> "Tout est dit. Tu peux aller. Nous attendons l'aube pour rentrer dans la ville par divers chemins. Adieu. La paix soit avec toi, brebis perdue qui reviens au troupeau d'Abraham. Paix à toi ! Paix à toi ! Et la reconnaissance d'Israël tout entier ! Compte sur nous ! Un désir de toi est pour nous une loi. Que Dieu soit avec toi, comme Il l'a été avec tous ses serviteurs les plus fidèles ! Toutes les bénédictions sur toi !"            

Avec des embrassements et des protestations d'amour, ils l'accompagnent jusqu'à la sortie... ils le regardent s'éloigner par le corridor à demi obscur... ils écoutent le grincement des verrous de la porte qui s'ouvre et se referme...   

Ils rentrent dans la salle en jubilant.   

 Seulement deux ou trois voix s'élèvent, celles des moins démoniaques : "Et maintenant ? Comment allons-nous faire avec Judas de Simon ? Nous savons bien que nous ne pourrons lui donner ce que nous lui avons promis, à part ces trente pauvres deniers !... Que va-t-il dire quand il va se voir trahi par nous ? N'aurons-nous pas encouru un dommage plus grand ? Ne va-t-il pas aller dire au peuple ce que nous faisons ? Qu'il soit un homme qui n'est pas ferme dans ses résolutions nous le savons bien."  

"Vous êtes bien naïfs et bien sots d'avoir ces pensées et de vous donner ces tracas ! On a déjà décidé ce que nous ferons à Judas. Décidé depuis l'autre fois. Ne vous rappelez-vous pas ? Et nous nous ne changeons pas d'idée. Lorsque tout sera fini pour le Christ, Judas mourra. C'est dit."    

"Mais s'il parlait auparavant ?"          

"À qui ? Aux disciples et au peuple, pour être lapidé ? Il ne parlera pas. L'horreur de son action sera pour lui un bâillon..."       

"Mais il pourrait se repentir après cela, avoir des remords, devenir fou aussi... Car si son remords venait à s'éveiller, il ne pourrait que faire de lui un fou..."     

"Il n'en aura pas le temps. Nous y pourvoirons avant. Chaque chose en son temps. D'abord le Nazaréen, et ensuite celui qui l'a trahi" dit Elchias avec une lenteur terrible.

"Oui. Et attention ! Pas un mot aux absents. Ils sont déjà trop au courant de notre pensée. Je ne me fie pas à Joseph et à Nicodème, et peu aux autres."          

"Tu doutes de Gamaliel ?"    

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40> "Lui s'est mis à l'écart depuis plusieurs mois. Sans un ordre direct du Pontife, il ne prendra pas part à nos séances. Il dit qu'il écrit son œuvre avec l'aide de son fils. Mais je parle d'Eléazar et de Jean."  

"Oh ! ils ne nous ont jamais contredits" dit tout de suite un synhédriste que j'ai vu d'autres fois avec Joseph d'Arimathie, mais dont je ne me rappelle pas le nom.         

"Et même, ils nous ont trop peu contredits. Eh ! Eh ! Eh ! Et il faudra les surveiller ! Beaucoup de serpents se sont nichés au Sanhédrin, je crois... Eh ! Eh ! Eh ! Mais ils seront dénichés... Eh ! Eh ! Eh !" dit Canania en marchant courbé et tremblant, appuyé sur son bâton pour chercher une place confortable sur l'un des sièges larges et bas couverts de lourds tapis qui sont le long des murs de la salle. Il s'y étend satisfait et a vite fait de s'endormir, la bouche ouverte, répugnant dans sa vieillesse méchante.         

On l'observe. Et
Doras, fils de Doras, dit : "Il a la satisfaction de voir ce jour. Mon père y rêva, mais il ne l'eut pas. Mais je porterai dans mon cœur son esprit pour qu'il soit présent le jour où on se vengera du Nazaréen et qu'il ait sa joie..."     

"Rappelez-vous que nous devrons, à tour de rôle, et plusieurs à la fois, être constamment au Temple."  

"Nous y serons."      

"Nous devrons ordonner qu'à n'importe quelle heure Judas de Simon soit introduit chez le Grand Prêtre." ... "Nous le ferons."   

"Et maintenant, préparons notre cœur au dénouement."        

"C'est déjà fait ! C'est déjà fait !"      

"Avec ruse."

"Avec ruse."

"Avec finesse."        

"Avec finesse."        

"Pour calmer tout soupçon."

"Pour séduire tous les cœurs."         

"Quelque chose qu'il dise ou fasse, pas de réaction. Nous nous vengerons de tout en une seule fois."   

"C'est ce que nous ferons. Et ce sera une vengeance féroce."          

"Complète !"

"Terrible !"

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Et ils s'assoient pour se reposer en attendant l'aube.            

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Fiche mise à jour le
03/06/2015

 



[1] Après la résurrection de Lazare. Cf. Tome 8, chapitre 11

[2] Maran-Atà ! : Interjection solennelle équivalente à « Qu’il en soit ainsi ! ».

[3] Zacharie 11,12-13.

[4] Deutéronome 27,15-26.