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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta © Centro Editoriale Valtortiano |
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Dans
le courant de l'année 44
- Rester ou non en Judée ? 267 - Discours de Pierre (Compter avec la prudence 267 - Nous devons nous disperser) 268 - Mais Jean restera avec Marie 268 - Discours de Jean (L'union de Marie au Ressuscité) 269 - Oui, elle sera enlevée au ciel 269 - Demande à Marie de prier pour moi 270 - Marie confirme à Pierre son pardon et le bénit 270 |
10.34. |
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267> Sur la terrasse de la maison de Simon, toute éclairée par la pleine lune, se trouvent Pierre et Jean. Ils parlent à voix basse, en montrant la maison de Lazare, fermée et silencieuse. Ils parlent longuement en faisant les cent pas sur la terrasse. Puis, qui sait pour quel motif, la discussion devient plus animée et leurs voix d’abord basses prennent un ton plus haut et bien clair. Pierre donne un coup de poing sur le parapet et s’écrie: "Mais tu ne comprends pas qu’on doit agir ainsi ? C’est au nom de Dieu que je te parle, écoute-moi, et ne t’obstine pas. Il convient d’agir comme je le dis. Ce n’est pas par lâcheté et par peur, mais pour empêcher la totale extermination qui nuirait à l’Église du Christ. Désormais on suit toutes nos démarches. Je m’en suis aperçu, et Nicodème m’a confirmé que j’avais bien vu. Pourquoi n’avons-nous pas pu rester à Béthanie ? Pour ce motif. Pourquoi n’est-il plus prudent de rester dans cette maison, ou dans celle de Nicodème, ou dans celle de Nique ou d’Anastasica ? Toujours pour ce motif. Pour empêcher l’Église de mourir par la mort de ses chefs." "Le Maître nous a assuré bien des fois que l’enfer même ne pourra jamais l’exterminer et prévaloir sur elle" lui répond Jean. "C’est vrai. Et l’enfer ne prévaudra pas, comme il n’a pas prévalu sur le Christ. Mais les hommes, oui. Comme ils ont prévalu sur l’Homme-Dieu, qui a vaincu Satan, mais qui n’a pu triompher des hommes." "Parce qu’il n’a pas voulu vaincre. Il devait racheter et donc mourir. Et de cette mort. Mais s’il avait voulu les vaincre ! Combien de fois n’a-t-il pas échappé à leurs embûches de toutes sortes !" 268> "A l’Église aussi on dressera des embûches, mais elle ne périra pas totalement, toujours cependant si nous avons assez de prudence pour empêcher l’extermination des chefs actuels avant que beaucoup de ses Prêtres, de tout rang, ne soient créés et formés â leur ministère par nous les premiers. Ne te fais pas des illusions, Jean ! Les pharisiens, scribes, prêtres et synhédristes feront tout leur possible pour tuer les pasteurs afin de disperser le troupeau. Ce troupeau qui est encore faible et craintif. Ce troupeau de Palestine surtout. Nous ne devons pas le laisser sans pasteurs tant que beaucoup d’agneaux ne seront pas à leur tour devenus pasteurs. Tu as vu combien déjà sont tombés morts. Pense quelle partie du monde nous attend ! L’ordre a été clair: "Allez évangéliser toutes les nations, en les baptisant au nom du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint, en leur enseignant à observer ce que je vous ai commandé". Et à moi, sur la rive du lac, par trois fois il a commandé de paître ses brebis et ses agneaux, et il a prophétisé que seulement quand je serai vieux je serai attaché et amené pour confesser le Christ par mon sang et ma vie. Et bien loin d’ici ! Si j’ai bien compris un de ses entretiens, avant la mort de Lazare, je dois aller à Rome, et là fonder l’Église immortelle. Et Lui-même n’a-t-il pas jugé bon de se retirer à Éphraïm parce qu’il n’avait pas encore accompli son évangélisation ? C’est seulement au moment voulu qu’il est revenu en Judée pour être pris et crucifié. Imitons-le.
"Tu as raison. Mais j’insisterai pour Marie. Je ne puis pas, je ne dois pas la laisser. Nous en souffrirons trop tous deux. Et ce serait mal agir, de ma part..." lui répond Jean. 269> "Reste, toi. Et qu’elle reste, car il serait absurde de l’arracher d’ici..." "Ce à quoi Marie ne consentirait jamais. Je vous rejoindrai ensuite, quand elle ne sera plus sur la Terre." "Tu viendras, tu es jeune... Tu auras encore beaucoup de temps à vivre." "Et Marie très peu." "Pourquoi ? Est-elle malade, souffrante, affaiblie, peut-être ?" "Oh ! non ! Le temps et les douleurs n’ont pas eu de pouvoir sur elle. Elle est toujours jeune d’aspect et d’esprit, sereine. Je dirais même bienheureuse." "Et alors, pourquoi dis-tu..." "Parce
que je comprends que cette nouvelle floraison en beauté et en joie
c’est le signe qu’elle sent déjà proche la réunion avec son Fils. Réunion
totale, je veux dire. Et Jean, dont la voix tremble déjà parce qu’il se retient de pleurer, éclate en un sanglot déchirant tel qu’il n’en avait jamais eu même au pied de la Croix et dans le Tombeau. Pierre aussi, bien que plus paisiblement, se met à pleurer et, dans ses larmes, il supplie Jean de l’aviser, s’il le peut, pour qu’il soit présent au départ de Marie, ou du moins à sa sépulture. 270> "Je le ferai, s’il m’est donné de le faire, mais j’en doute beaucoup. Quelque chose me dit en mon intérieur que, comme il arriva pour Élie, ravi par un tourbillon céleste sur un char de feu, il en sera ainsi pour elle. Je n’aurai pas le temps de m’apercevoir de son passage prochain qu’elle sera déjà au Ciel avec son âme." "Mais son corps au moins restera. Il est resté celui du Maître ! Et il était Dieu !" "Pour Lui, il était nécessaire qu’il en fût ainsi. Pour elle, non. Lui devait, par sa Résurrection, démentir les calomnies des juifs, par ses apparitions persuader le monde, devenu hésitant ou même négateur à cause de sa mort sur la Croix. Mais elle n’a pas besoin de cela. Mais si je puis le faire, je te préviendrai. Adieu, Pierre, Pontife et mon frère dans le Christ. Je retourne vers elle qui certainement m’attend. Que Dieu soit avec toi." "Et avec toi. Et dis à Marie de prier pour moi, et de me pardonner encore pour ma lâcheté de la nuit du Procès. C’est un souvenir que je n’arrive pas à effacer de mon cœur, une chose qui ne me laisse pas en paix..." et des larmes descendent sur les joues de Pierre, qui dit pour terminer: "Qu’elle soit pour moi une Mère, une Mère aimante pour son fils prodigue et malheureux..." "Il n’est pas besoin que je le lui dise. Elle t’aime plus qu’une mère, selon le sang. Elle t’aime en Mère de Dieu, et avec la charité d’une Mère de Dieu. Si elle était prête à pardonner à Judas, dont la faute était sans mesure, pense si elle ne t’a pas pardonné à toi ! Paix à toi, frère. Je m’en vais." "Et moi, je te suis, si tu le permets. Je veux la voir une fois encore." "Viens. Je connais la route à prendre pour entrer au Gethsémani sans être vus." Ils se mettent en route, et vont, rapides et silencieux, vers Jérusalem en passant pourtant par la route haute qui rejoint l’Oliveraie du côté le plus éloigné de la ville. Ils y arrivent quand déjà l’aube blanchit. Ils entrent au Gethsémani et descendent vers la petite maison. Marie, qui est sur la terrasse, les voit venir et en poussant un cri de joie, elle descend à leur rencontre. Pierre tombe vraiment à ses pieds, le visage contre terre, en lui disant: "Mère, pardon !" "De quoi donc ? As-tu par hasard péché en quelque chose ? Celui qui me révèle toute vérité m’a seulement révélé que tu es son digne successeur dans la Foi. 271> Comme homme, je t’ai toujours trouvé juste, bien que parfois impulsif. Que dois-je donc te pardonner ?" Pierre pleure en silence. Jean explique : "Pierre ne sait pas se donner la paix parce qu’il a renié Jésus, dans la Cour du Temple." "C’est du passé. C’est effacé, Pierre. Jésus t’a-t-il peut-être fait des reproches ?" "Oh ! non !" "Était-il moins affectueux avec toi qu’auparavant ?" "Non. En vérité, non. Au contraire !..." "Et ne t’a-t-il pas dit comment Lui, et moi avec Lui, nous t’avons compris et pardonné ?" "C’est vrai. Je suis toujours le même sot." "Et alors va et reste en paix. Je te dis que nous nous trouverons tous, toi, les autres apôtres et diacres,[2] et moi, tous au Ciel, près de l’Homme-Dieu. Pour autant qu’il m’est donné, je te bénis" et, comme elle a fait pour Gamaliel, Marie met ses mains sur la tête de Pierre et y trace dessus un signe de croix. Pierre se penche pour lui baiser les pieds, puis se lève, bien plus serein qu’avant, et, toujours accompagné de Jean, il revient à la haute grille, la franchit et s’en va, pendant que Jean, après avoir fermé l’entrée, revient trouver Marie. |
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[1] Selon la tradition (et non la légende), la famille de Béthanie s'exile en Gaule. On y retrouve les traces de Lazare (Marseille) Marie de Magdala (Sainte Baume) Marthe, Maximin, Sara, … Ces évènements (donc la scène ultérieure que nous voyons ici) eurent lieu au moment des persécutions de Hérode-Agrippa de 41 à 44 environ. |