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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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vendredi 11 août 51, au soir
- Marie referme
le coffre de ses souvenirs 271 - Dialogue de
Marie avec Jean : Pourquoi rouvrir les blessures ? 272 -
Discours de Marie (Ma douleur d'être séparée de Jésus 272 -
Ma joie secrète de Corédemptrice 273 -
L'Église a besoin de charité 274 -
Aimer comme j'ai aimé 274 -
Agissez comme Jésus l'a fait) 275 - Marie confie
le coffre à Jean 276 -
Discours de Marie (Mon désir est
d'être avec Dieu 276 -
Mes dernières volontés) 277 - Marie
encourage Jean 277 -
Discours de Marie (Unis-toi aux anges autour de moi) 278 - Jean fait
l'éloge de Marie 279 -
Discours de Marie (L'amour fera triompher de tout et de tous 279 - Je vais cesser d'être par excès d'amour)
280 - Les derniers
moments de Marie 280 - Jean dispose
tout dans la chambre de la gisante 281 - Il monologue
sur Marie et sur l'événement 282 |
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271> Marie, dans sa petite pièce solitaire, élevée sur
la terrasse, est toute vêtue de lin blanc, soit pour le vêtement qui la
couvre entièrement, soit pour son manteau fermé à la base du cou, et qui
descend derrière ses épaules, soit pour le voile très fin qui descend de sa
tête. Elle est en train de ranger ses vêtements et ceux de Jésus, qu’elle a toujours
conservés. Elle choisit les meilleurs. Il y en a peu. Des siens, elle prend
le vêtement et le manteau qu’elle avait sur le Calvaire; de ceux de son Fils,
un vêtement de lin qu’il portait habituellement en été, et le manteau
retrouvé au Gethsémani, encore taché du sang qui avait coulé et
de la sueur sanguinolente de cette heure terrible. Après avoir plié
soigneusement ces vêtements, et baisé le manteau taché de sang de son Jésus, elle
se dirige vers le coffre où se trouvent, maintenant depuis des années,
rassemblées et conservées les reliques de la dernière Cène et de la Passion. 272> Elle rassemble tout
dans un seul compartiment, celui de dessus, et place tous les vêtements dans
le compartiment inférieur. Elle est occupée à
fermer le coffre quand Jean, monté sans bruit sur la terrasse et qui
s’est avancé pour regarder ce que faisait Marie, peut-être impressionné par
sa longue absence de la cuisine, où elle doit être montée pour passer les
heures de la matinée, la fait se retourner en lui demandant : "Que
fais-tu, Mère ?" "J’ai rangé tout
ce qu’il est bien de conserver. Tous les souvenirs... Tout ce qui témoigne de
son amour et de sa douleur infinis." "Pourquoi, ô
Mère, rouvrir les blessures de ton cœur en revoyant ces tristes choses ? Tu
es pâle, et ta main tremble... Tu souffres donc de les voir" lui dit
Jean en s’approchant d’elle, comme s’il craignait, pâle et tremblante comme
elle est, qu’elle allait se sentir mal et tomber par terre. “Oh ! non, ce n’est
pas pour cela que je suis pâle et que je tremble. Ce n’est pas parce que se
rouvrent mes blessures... En vérité, elles ne se sont jamais fermées
complètement. Mais j’ai aussi en moi la paix et la joie et jamais elles n’ont
été complètes comme maintenant." "Jamais comme
maintenant ? Je ne comprends pas... A moi, la vue de ces choses pleines
d’atroces souvenirs, réveille l’angoisse de ces heures. Et moi, je ne suis
qu’un disciple. Toi, tu es la Mère..." "Et comme telle,
je devrais souffrir davantage, veux-tu dire. Humainement tu dis juste, mais
il n’en est pas ainsi. Je suis habituée à supporter la douleur des
séparations d’avec Lui. C’était toujours de la douleur, car sa présence et
son voisinage étaient mon Paradis sur Terre. Mais aussi volontairement et
sereinement supportées, car tout ce qu’il faisait était voulu par son Père,
était obéissance à la Volonté divine, et je l’acceptais donc car moi aussi
j’ai toujours obéi aux volontés et aux desseins de Dieu pour moi. Quand Jésus
me quittait, je souffrais, certainement. Je me sentais seule. Ma douleur
quand Lui, enfant, me quitta secrètement pour la discussion avec
les docteurs du Temple, Dieu seul l’a mesuré dans sa vraie
intensité. Mais pourtant, à part la question juste que moi, sa mère, je lui ai
faite pour m’avoir quittée ainsi, je ne Lui ai pas dit autre chose. Et de
même, je ne l’ai pas retenu quand il me quitta pour devenir le Maître… et j’avais déjà perdu mon époux, j’étais seule dans
une ville qui, sauf quelques personnes, ne m’aimait pas. Et je n’ai pas
montré d’étonnement pour sa réponse au banquet de Cana. Lui faisait la
volonté du Père. 273> Moi, je le laissais libre de la faire. Je
pouvais en arriver à un conseil ou à une prière : conseil pour les disciples,
prière pour quelque malheureux. Mais plus que cela, non. Je souffrais quand
il me quittait pour aller à travers le monde qui Lui était hostile, et
pécheur au point que d’y vivre était pour Lui une souffrance. Mais quelle
joie quand il revenait à moi ! En vérité elle était si profonde qu’elle
compensait pour moi soixante-dix fois sept fois la douleur de la séparation.
Déchirante fut la douleur
de la séparation qui suivit sa Mort, mais avec quels mots pourrais-je
dire la joie que j’ai éprouvée quand il m’est apparu ressuscité ? Immense la peine de la séparation à
cause de sa montée vers le Père, et qui ne devrait
finir que quand ma vie terrestre serait accomplie. Maintenant je suis dans la
joie, une joie immense comme immense fut la peine, car je sens que j’ai
accompli ma vie. J’ai fait ce que je devais faire. J’ai fini ma mission
terrestre. L’autre, la céleste, n’aura pas de fin. Dieu ma laissée sur la
Terre jusqu’à ce que moi aussi, comme mon Jésus, j’ai eu accompli tout ce que
je devais accomplir. Et j’ai en moi cette joie secrète, seule goutte de baume
dans ses derniers déchirements pleins d’amertume, qu’a eu Jésus quand il a pu
dire : “Tout est accompli” "Joie en Jésus ?
A cette heure ?" "Oui, Jean. Une
joie incompréhensible pour les hommes, mais compréhensible pour les esprits
qui vivent déjà dans la lumière de Dieu, et qui voient les choses profondes
cachées sous les voiles que l’Éternel tend sur ses secrets de Roi, grâce à cette
Lumière. Moi, si angoissée, bouleversée par ces événements, associée à Lui, à
mon Fils, dans l’abandon du Père, je n’ai pas compris alors. La Lumière
s’était éteinte pour tout le monde à cette heure, pour tout le monde qui
n’avait pas voulu l’accueillir. Et aussi pour moi. Non à cause d’une juste
punition, mais parce que, devant être Corédemptrice, je devais moi aussi souffrir
l’angoisse de l’abandon des réconforts divins, les ténèbres, la désolation,
la tentation de Satan de ne plus me faire croire
possible ce que Lui avait dit, tout ce que Lui souffrit, dans son esprit, du
Jeudi au Vendredi. Mais ensuite j’ai compris. Quand la Lumière, ressuscitée
pour toujours, m’est apparue, j’ai compris. Tout. Même la secrète, extrême
joie du Christ quand il put dire : "J’ai tout accompli de ce que le Père
voulait que j’accomplisse. J’ai comblé la mesure de la charité divine en
aimant le Père jusqu’à me sacrifier, en aimant les hommes jusqu’à mourir pour
eux. J’ai tout accompli de ce que je devais. Je meurs avec l’esprit content,
bien que déchiré dans ma chair innocente". 274> Moi aussi j’ai tout
accompli de ce qui, ab æterno, était écrit que je
devais accomplir.
Jean l’interrompt
pour dire : "Les autres aussi aiment et s’aiment."
Jean pâlit et se
trouble plus encore qu’il ne l’a fait quand Marie lui a dit qu’elle sentait
sa mission accomplie. Il l’interrompt en s’écriant et en lui demandant :
"Mère, pourquoi parles-tu ainsi ? Tu te sens mal ?" "Non." "Tu veux me
quitter alors ?" "Non. Je serai
avec toi tant que je serai sur la Terre. Mais prépare-toi, mon Jean, à être
seul." "Mais alors tu
te sens mal, et tu veux me le cacher !..." "Non, crois-le.
Je ne me suis jamais sentie en force, en paix, en joie comme maintenant. Mais
j’ai en moi une telle jubilation, une telle plénitude de vie surnaturelle
que... Oui, que je pense ne pas pouvoir la supporter en continuant à vivre.
Je ne suis pas éternelle, du reste. Tu dois le comprendre. Éternel est mon
esprit. La chair, non. Elle est sujette comme toute chair humaine à la
mort." "Non ! Non ! Ne
dis pas cela. Tu ne peux pas, tu ne dois pas mourir ! Ton corps immaculé ne
peut mourir comme celui des pécheurs !"
"Parce que la tempête
de la douleur se déchaîne en moi. Je comprends que je vais te perdre. Comment
ferai-je pour vivre sans toi ? Je sens mon cœur se déchirer à cette pensée !
Je ne résisterai pas à cette douleur !" "Tu résisteras.
Dieu t’aidera à vivre, et longuement, comme Il m’a aidée. Car s’Il ne m’avait
pas aidé, au Golgotha et sur l’Oliveraie, quand Jésus est mort et quand il
est monté, je serais morte, comme est mort Isaac. Il t’aidera à vivre
et à te rappeler ce que je t’ai dit auparavant, pour le bien de tous." "Oh ! je me
rappellerai. Tout. Et je ferai ce que tu veux, pour ton corps aussi. Je
comprends aussi que les rites hébraïques ne servent plus pour toi,
chrétienne, et pour toi, toute Pure, qui, j’en suis certain, ne connaîtras
pas la corruption de la chair. 278> Ton corps, déifié
comme aucun autre corps de mortel, et parce que tu as été exempte de la Faute
d’origine, et plus encore parce que, outre la plénitude de la Grâce, tu as
contenu en toi la Grâce elle-même, le Verbe, c’est pourquoi tu es la relique
la plus véritable de Lui, ne peut pas connaître la décomposition, la
putréfaction de toute chair morte. Ce sera le dernier miracle de Dieu sur
toi, en toi. Tu seras conservée telle que tu es..." "Et ne pleure pas alors !" s’écrie Marie en regardant
le visage bouleversé de l’apôtre, tout baigné de larmes. Et elle ajoute :
"Si je me conserve telle que je suis, tu ne me perdras pas. Ne sois donc
pas angoissé !" "Je te perdrai pareillement même si la corruption ne
t’atteint pas. Je le sens, et je me sens comme pris par un ouragan de
douleur. Un ouragan qui me brise et m’abat. Tu étais mon tout, surtout depuis
que mes parents sont morts et que
sont éloignés les autres frères de sang et de mission, et aussi le bien-aimé Margziam que Pierre a pris
avec lui. Maintenant je reste seul et dans la tempête la plus forte !"
et Jean tombe à ses pieds, en pleurant encore plus fort. Marie se penche sur
lui, lui met la main sur sa tête secouée par les sanglots et lui dit :
"Non, pas ainsi. Pourquoi me donnes-tu de la douleur ? Tu as été si fort
sous la Croix, et c’était une scène d’horreur sans pareille, et à cause de la
puissance son martyre et à cause de la haine satanique du peuple ! Si fort
pour son réconfort et le mien, à cette heure ! Et aujourd’hui, au contraire,
dans cette soirée de sabbat, si sereine et si calme, et devant moi qui jouis
de la joie imminente que je pressens, tu es ainsi bouleversé ? ! Calme-toi.
Imite, ou plutôt unis-toi à ce qu’il y a autour de nous et en moi. Tout est
paix, sois en paix toi aussi. Seuls les oliviers rompent, par leur léger
bruissement, le calme absolu de l’heure. Mais il est si doux ce léger bruit,
qu’il semble un vol d’anges autour de la maison. Et peut-être ils y sont. Car
toujours les anges m’ont été proches,
un ou plusieurs, quand j’étais à un moment spécial de ma vie. Ils y furent à
Nazareth, quand l’Esprit de Dieu rendit fécond mon sein vierge. Et ils furent chez Joseph,
quand il était troublé et incertain à cause de mon état et de la manière de se
comporter avec moi. Et à Bethléem, par deux fois, quand Jésus naquit et quand nous avons dû fuir en Égypte. Et en Égypte quand nous fut donné l’ordre de
revenir en Palestine. Et s’ils n’ont pas apparu à moi, parce que le Roi des
anges Lui-même était venu à moi dès sa Résurrection, les anges ont apparu aux
pieuses femmes à l’aube du lendemain du sabbat et ils ont donné
l’ordre de dire à toi et à Pierre ce que vous deviez faire.279>
Les anges et la lumière toujours aux moments décisifs de ma vie et de celle
de Jésus. Lumière et ardeur d’amour qui, descendant du Trône de Dieu vers
moi, sa servante, et montant de mon cœur vers Dieu, mon Roi et Seigneur,
m’unissaient à Dieu et Lui à moi, pour que s’accomplisse ce qui était écrit
qu’il devait s’accomplir, et aussi pour créer un voile de lumière étendu sur
les secrets de Dieu, afin que Satan et ses serviteurs ne connaissent pas,
avant le temps voulu, l’accomplissement du mystère sublime de l’Incarnation.
Ce soir aussi je sens, bien que je ne les voie pas, les anges autour de moi.
"Pas avec ton
seul esprit probablement. Et la Terre te répondra, la Terre qui, avec ses
peuples et ses nations, te glorifiera et te donnera honneur et amour, tant
que le monde existera. C’est ce qu’a prédit Tobie de toi, bien que d’une
manière voilée, parce que c’est toi, et non le Saint des Saints, qui as porté
vraiment en toi le Seigneur [2]. Tu as donné à Dieu,
toi seule, autant d’amour que tous les Grands Prêtres, et tous les autres du
Temple n’en ont donné pendant des siècles et des siècles. Un amour ardent et
toute pureté. C’est pour cela que Dieu te rendra toute bienheureuse."
Jean s’était un peu
calmé, tout en restant troublé, en écoutant Marie. Dans la dernière partie de
son entretien, il la regardait extasié, et comme ravi lui aussi, le visage
très pâle comme celui de Marie. Croisant les bras sur
sa poitrine, et abaissant ses paupières sur ses doux yeux brillants d’amour,
elle dit à Jean qui est penché sur elle : "Je suis en Dieu. Et Dieu est
en moi. Pendant que je le contemple et que je sens son embrassement, dis les
psaumes et des pages de l’Écriture qui se rapportent à moi, spécialement à
cette heure. L’Esprit de Sagesse te les indiquera. 281> Récite ensuite
l’oraison de mon Fils; répète-moi les paroles de l’Archange annonciateur, et
celles que m’adressa Élisabeth; et mon hymne de louange... Je te suivrai avec
ce que j’ai encore de moi sur la Terre..." Jean lutte contre les
pleurs qui lui montent du cœur, s’efforce de dominer l’émotion qui le
trouble, de sa très belle voix qui au cours des années est devenue très
semblable à celle du Christ, chose que Marie remarque en souriant et qui lui
fait dire : "Il me semble avoir mon Jésus à côté de moi !". Jean
entonne le psaume 118, qu’il dit presque en entier, puis
les trois premiers versets du psaume 41, les huit premiers du psaume 38, le psaume 22 et le premier psaume. Il dit ensuite le Pater, les paroles
de Gabriel et d’Élisabeth, le cantique de Tobie [3], le chapitre 24ème
de l’Écclésiastique, des versets 11 à 46 [4]. Pour terminer, il
entonne le “Magnificat”. Mais, arrivé au 9ème verset, il s’aperçoit que Marie
ne respire plus, tout en ayant gardé une pose et une attitude naturelles,
souriante, tranquille, comme si elle n’avait pas remarqué l’arrêt de la vie. Jean, avec un cri
déchirant, se jette par terre contre le bord du lit et il appelle à plusieurs
reprises Marie. Il ne sait pas se persuader qu’elle ne peut plus lui
répondre, que désormais le corps n’a plus son âme vitale. Mais il lui faut bien
se rendre à l’évidence ! Il se penche sur son visage, resté fixe avec une
expression de joie surnaturelle, et des larmes abondantes pleuvent de ses
yeux sur ce suave visage, sur ces mains pures, si doucement croisées sur sa
poitrine. C’est l’unique bain que reçoive le corps de Marie : les pleurs de
l’Apôtre de l’amour et de celui que Jésus lui a donné comme fils adoptif. Après la première
violence de la douleur, Jean, se rappelant le désir de Marie, rassemble les pans
de son ample manteau de lin, qui pendaient des bords du lit, et aussi ceux du
voile, qui pendent aussi des deux côtés de l’oreiller, et étend les premiers
sur le corps et les seconds sur la tête. Marie ressemble
maintenant à une statue de marbre blanc, étendue sur le dessus d’un
sarcophage. Jean la contemple longuement et des larmes tombent encore de ses
yeux pendant qu’il la regarde. Ensuite il donne une
autre disposition à la pièce en enlevant tout mobilier inutile. Il laisse
seulement le lit, la petite table contre le mur, sur laquelle il place le
coffre contenant les reliques; un tabouret qu’il place entre la porte qui
donne sur la terrasse et le lit où gît Marie; et une console sur laquelle se
trouve la lampe que Jean allume, car maintenant le soir va venir. 282> Il se hâte ensuite de descendre au Gethsémani pour y cueillir
autant de fleurs qu’il peut en trouver et des branches d’oliviers, dont les
olives sont déjà formées. Il remonte dans la petite chambre, et à la clarté
de la lampe, il dispose les fleurs et les feuillages autour du corps de Marie
comme s’il était au centre d’une grande couronne. Pendant qu’il fait ce
travail, il parle à la gisante comme si Marie pouvait l’entendre. Il dit :
"Tu as toujours été le lys de la vallée, la suave rose, la belle olive,
la vigne féconde, le saint épi. Tu nous as donné tes parfums, et l’Huile de
Vie, et le Vin des forts, et le Pain qui préserve de la mort l’esprit de ceux
qui s’en nourrissent dignement. Elles font bien autour de toi ces fleurs,
simples et pures comme toi, garnies comme toi d’épines, et pacifiques comme
toi. Maintenant approchons cette lampe. Ainsi, près de ton lit, pour qu’elle
te veille et me tienne compagnie pendant que je te veille, en attendant au
moins un des miracles que j’attends et pour l’accomplissement desquels je
prie. Le premier est que, selon son désir, Pierre et les autres, que je ferai
prévenir par le serviteur de Nicodème, puissent te voir encore une fois. Le second
c’est que toi, ayant eu en tout un sort semblable à celui de ton Fils, tu
doives comme Lui, avant la fin du troisième jour, te réveiller pour ne pas me
rendre orphelin deux fois. Le troisième c’est que Dieu me donne la paix, si
ce que j’espère qu’il arrive pour toi, comme c’est arrivé pour Lazare, qui ne
t’était pas semblable, ne devait pas s’accomplir. Mais pourquoi cela ne
devrait-il pas s’accomplir ? Ils sont redevenus vivants la fille de
Jaïre, le jeune homme de Naïm, le fils de Théophile... Il est vrai
qu’alors le Maître a agi... Mais Lui est avec toi, même s’il ne l’est pas
d’une manière visible. Et tu n’es pas morte de maladie comme ceux que le
Christ a ressuscités. Mais es-tu vraiment morte ? Morte comme meurt tout
homme ? Non. Je sens que non. Ton esprit n’est plus en toi, dans ton corps,
et en ce sens on pourrait parler de mort. Mais, à cause de la manière dont
c’est arrivé, je pense que ce n’est qu’une séparation passagère de ton âme
sans faute et pleine de grâce d’avec ton corps très pur et virginal. Il doit
en être ainsi ! Il en est ainsi ! Comment et quand la réunion arrivera-t-elle
avec la vie qui reviendra en toi, je ne sais pas. Mais j’en suis tellement
certain que je resterai ici, à côté de toi, jusqu’à ce que Dieu, par sa
parole ou par son action, me montre la vérité sur ton sort." |
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Jean, qui a fini de
mettre tout en ordre s’assoit sur le tabouret, en mettant la lampe par terre
près du lit, et il contemple, en priant, la gisante. |
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[4] Siracide (Écclésiastique) 24,11 et
suivants.
A noter que le chapitre 24 ne comporte que 34 versets et non 46. Aucun chapitre
de ce livre n'en comporte autant d'ailleurs. Erreur de typographie ?