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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" |
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D'après James Tissot (1836-1902) vendredi 19 avril 30
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Le lac aux alentours de Tarichée 160 -
Pierre décide d'aller pêcher 161 -
Un peu de nostalgie 162 -
Pierre donne le signal du départ 162 -
Les souvenirs de Judas à oublier 163 -
Descendez les filets 163 -
Jean reconnaît Jésus et Pierre se jette à l'eau 164 -
Le repas sur la rive 164 -
La mission de Pierre 165 -
L'avenir de Jean 166 -
Les apôtres reprennent le large 166 |
Accueil >> Plan du site >> Sommaire du Tome 10 10.19. |
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160> Une nuit calme et une
chaleur étouffante. Pas un souffle de vent. Les étoiles, nombreuses et
palpitantes, remplissent le ciel serein. Le lac, calme et immobile au point
de paraître un très vaste bassin à l’abri des vents, reflète sur sa surface
la gloire de ce ciel palpitant d’étoiles. Les arbres, le long des rives,
forment un bloc sans frémissement. 161> Si calme est le lac que son flot sur la rive ne donne qu’un
très léger bruissement. Quelque barque au large, à peine visible comme une
forme vague qui parfois produit une petite étoile à peu de distance de l’eau
avec sa lanterne attachée au mât de la voile, pour éclairer l’intérieur de la
petite embarcation. Je ne sais pas quel point du lac c’est. Je dirais que c’est
celui qui est le plus au midi, là où le lac s’apprête à redevenir fleuve. Aux
alentours de Tarichée, dirais-je, non parce que je
vois la ville qu’un groupe d’arbres me cache, en s’avançant dans le lac pour
faire un petit promontoire montueux, mais j’en juge ainsi d’après les petites
étoiles des lanternes des barques qui s’éloignent vers le nord en se
détachant des rives du lac. Je dis aux alentours de Tarichée,
parce qu’il y a là un groupe de cabanes, si peu nombreuses qu’elles ne
forment même pas un village, au pied du petit promontoire. Ce sont de pauvres
maisons, de pêcheurs certainement, presque sur le rivage. Des barques sont
tirées au sec sur la petite plage, d’autres, déjà prêtes pour naviguer, sont
dans l’eau près de la rive et si immobiles qu’elles paraissent fixées au sol,
au lieu de se balancer. Pierre sort la tête d’une maisonnette. La lumière tremblante
et un feu allumé dans la cuisine fumeuse éclaire par derrière la rude figure
de l’apôtre en la faisant ressortir comme un dessin. Il regarde le ciel, il
regarde le lac... Il s’avance jusqu’au bord du rivage puis, en tunique courte
et les pieds nus, il entre dans l’eau jusqu’à mi-cuisses et caresse le bord
d’une barque en avançant son bras musclé. Les fils de Zébédée le rejoignent. "Une
belle nuit." "D’ici
peu il y aura la lune." "Soir
de pêche." "Avec
les rames pourtant." "Il
n’y a pas de vent." "Que
faisons-nous ?" Ils
parlent lentement, en phrases détachées, comme des hommes habitués à la pêche
et aux manœuvres des voiles et des filets qui demandent de l’attention, et
donc peu de paroles. "Ce
serait bien d’y aller. Nous vendrions une partie de la pêche." Sur la
rive viennent les rejoindre André, Thomas et Barthélemy. "Quelle
chaude nuit !" s’exclame Barthélemy. "Y
aura-t-il de la tempête ? Vous rappelez-vous cette nuit ?"demande
Thomas. "Oh
! non ! De la bonace, du brouillard peut-être, mais pas de tempête. Moi...
moi je vais pêcher. Qui vient avec moi ?" 162> "Nous venons
tous. Peut-être on sera mieux au large" dit Thomas qui sue et ajoute;
"Il fallait ce feu à la femme, mais c’est comme si nous avions été aux
thermes..." "Je
vais le dire à Simon. Il est tout seul
là-bas" dit Jean. Pierre
prépare déjà la barque avec André et Jacques. "Allons-nous
jusqu’à la maison ? Une surprise pour ma mère..."demande
Jacques. "Non.
Je ne sais pas si je puis faire venir Margziam.
Avant de... de la... Oui, en somme ! Avant d’aller à Jérusalem - on
était encore à Éphraïm - le
Seigneur m’a dit qu’il voulait faire la seconde
Pâque avec Margziam. Mais ensuite il ne
m’a rien dit d’autre..." "Il
me semble à moi qu’il a dit oui" dit André. "Oui.
La seconde Pâque, oui. Mais le faire venir avant, je ne sais s’il le veut.
J’ai fait tant d’erreurs que... Oh ! viens-tu toi aussi ?" "Oui,
Simon de Jonas. Elle me rappellera beaucoup de choses cette pêche..." "Hé
! à tous elle rappellera beaucoup de choses... Et des choses qui ne
reviendront plus... On allait avec le Maître dans cette barque, sur le lac...
Et moi, je l’aimais bien comme si elle avait été un palais de roi et il me
semblait que je ne pourrais vivre sans elle. Mais maintenant que Lui n’y est
plus dans la barque... voilà... je suis dedans et je n’en ai plus de
joie" dit Pierre. "Personne
n’a plus la joie des choses passées. Ce n’est plus la même vie. Et même en
regardant en arrière… entre ces heures passées et les heures présentes, il y
a au milieu ce temps horrible..." dit Barthélemy on soupirant. "Prêts.
Venez. Toi au gouvernail, et nous aux rames. Allons vers la baie de Hippo.
C’est un bon endroit. Sou ! Hop ! Sou ! Hop !" Pierre
donne le départ et la barque glisse sur l’eau tranquille avec Barthélemy au
gouvernail. Thomas et le Zélote servent de mousses, prêts à jeter les filets
qu’ils ont déjà étendus. La lune se lève, c’est-à-dire dépasse les monts de Gadara (si je ne me trompe) ou Gamala,
en somme ceux qui sont sur la côte orientale mais vers le sud
du lac, et le lac en reçoit le rayonnement qui fait une route de
diamant sur les eaux tranquilles. "Elle
nous accompagnera jusqu’au matin." "S’il
ne vient pas de brume." "Les
poissons quittent le fond, attirés par la lune." "Si
nous faisons bonne pêche, cela tombera bien, car nous n’avons plus d’argent.
Nous achèterons du pain et nous apporterons des poissons et du pain à ceux
qui sont sur la montagne." 163> Des paroles lentes avec de longues pauses après chaque mot. "Tu
vogues bien, Simon. Tu n’as pas perdu le coup de rame !..." dit le
Zélote avec admiration. "Oui...
Malédiction !" "Mais
qu’as-tu ?" demandent les autres. "J’ai...
J’ai que le souvenir de cet homme me poursuit partout. Je me souviens de ce
jour où l’on luttait avec deux barques à qui voguerait le mieux, et
lui..." "Moi,
de mon côté, je pensais que l’une des premières fois que j’eus la vision de
son abîme de perfidie, ce fut cette fois que nous avons rencontré, ou plutôt
que nous avons abordé, les
barques des romains. Vous vous souvenez ?"
dit le Zélote. "Hé
! si on se rappelle ! Mais !... Lui le défendait...
et nous… entre les défenses du Maître et les duplicités de... de notre
compagnon, on n’a jamais bien compris..."dit Thomas. "Hum
! Moi, plus d’une fois... Mais il disait : ‘Ne juge pas, Simon !’" "Le
Thaddée l’a toujours soupçonné."
"Ce
que je n’arrive pas à croire, c’est que celui-ci n’en ait jamais rien
su" dit Jacques en donnant un coup de coude à son frère. Mais
Jean baisse silencieusement la tête. "Désormais
tu peux en parler" dit Thomas. "Je
m’efforce d’oublier. C’est l’ordre que j’ai reçu. Pourquoi voulez-vous me
faire désobéir ?" "Tu
as raison. Laissons-le tranquille" dit le Zélote pour le défendre. "Descendez
les filets. Doucement... Ramez, vous. Ramez lentement. Tourne à gauche, Bartholmaï.
Accoste. Vire. Accoste. Vire. Le filet est-il tendu ? Oui ? Levez les rames
et attendons" commande Pierre. Comme
il est beau le doux lac dans la paix de la nuit, sous le baiser de la lune !
Paradisiaque tant il est pur. La lune s’y mire en plein du ciel et lui donne
l’aspect du diamant, sa phosphorescence tremble sur les collines, les
découvre et semble couvrir de neige les villes de la rive... De temps en
temps ils sortent le filet. Une cascade de diamants tombe en produisant des
arpèges sur l’argent du lac. Vide. Ils l’immergent de nouveau. Ils se
déplacent. Ils n’ont pas de chance... Les heures passent. La lune se couche
pendant que la clarté de l’aube se fraie un chemin, incertain, vert azur...
Une brume chaude fume du côté des rives, particulièrement vers l’extrémité
sud du lac de Tibériade qui en est voilé et aussi Tarichée.
164> Une
brume basse, peu épaisse, que le premier rayon de soleil fera disparaître.
Pour l’éviter, ils préfèrent côtoyer le côté oriental où elle est moins
épaisse pendant qu’à l’ouest, venant du marécage qui est au-delà de Tarichée sur la rive droite du Jourdain, elle s’épaissit
comme si le marécage fumait. Ils voguent, attentifs à éviter quelque péril
sur ses hauts fonds, eux qui connaissent bien le lac.
Mais ils
haussent les épaules en répondant à haute voix : "Non" et puis
entre eux : "Il nous semble toujours l’entendre !..." "Jetez
le filet à droite de la barque et vous allez trouver." La
droite, c’est vers le large. Ils jettent le filet, un peu perplexes.
Secousses, poids qui fait pencher la barque du côté où se trouve le filet. "Mais
C’est le Seigneur !" crie Jean. "Le
Seigneur, tu dis ?" demande Pierre. "Et
tu en doutes ? Il nous a semblé que c’était sa voix, mais ceci en est la
preuve. Regarde le filet ! C’est comme cette fois-là !
C’est Lui, te dis-je. O mon Jésus ! Où es-tu ?" Tous
essaient de voir pour percer les voiles de la brume, après avoir bien assuré le
filet pour le traîner dans le sillage de la barque, car c’est une manœuvre
dangereuse de vouloir le lever. Et ils rament pour aller à la rive. Mais
Thomas doit prendre la rame de Pierre qui a enfilé en toute hâte sa courte
tunique sur ses braies très courtes. C’était d’ailleurs son unique vêtement
comme c’est celui des autres, sauf Barthélemy. Il s’est jeté à la nage dans
le lac et il fend à grandes brasses l’eau tranquille, en précédant la barque.
Le premier, il met le pied sur la petite plage déserte où sur deux pierres, à
l’abri d’un buisson épineux, luit un feu de brindilles. Et là, tout près du
feu, se trouve Jésus, souriant et bienveillant. "Seigneur
! Seigneur !" Pierre est essoufflé par l’émotion et ne peut dire autre
chose. Ruisselant d’eau comme il est, il n’ose pas même toucher le vêtement
de son Jésus et il reste prosterné sur le sable, en adoration, avec la
tunique qui lui colle dessus. La
barque frotte sur le sable et s’arrête. Tous sont debout agités par la
joie... "Apportez
ici de ces poissons. Le feu est prêt. Venez et mangez" commande Jésus. Pierre
Court à la barque et il aide à hisser le filet et il saisit dans le tas
frétillant trois gros poissons. 165> Il les frappe sur le bord de la barque pour les tuer et les
éventre avec son couteau. Mais les mains lui tremblent, oh ! pas de froid !
Il les rince et les porte où se trouve le feu, il les installe dessus et
surveille leur cuisson. Les autres restent à adorer le Seigneur, un peu loin
de Lui, craintifs comme toujours devant Lui qui est Ressuscité si divinement
puissant. "Voilà
: ici il y a du pain. Vous avez travaillé toute la nuit et vous êtes
fatigués. Maintenant vous allez vous réconforter. Est-ce prêt, Pierre ?"
"Oui,
mon Seigneur" dit Pierre avec une voix encore plus rauque que d’habitude,
penché sur le feu, et il essuie ses yeux qui dégouttent comme si la fumée les
faisait pleurer en les irritant en même temps que la gorge. Mais ce n’est pas
la fumée qui lui donne cette voix et ces larmes... Il apporte le poisson
qu’il a étendu sur une feuille râpeuse, il semble que ce soit une feuille de
courge qu’André lui a apportée après l’avoir rincée dans le lac. Jésus
offre et bénit. Il coupe le pain et les poissons et il les distribue en
faisant huit parts, et il y goûte Lui aussi. Ils mangent avec le respect avec
lequel ils accompliraient un rite. Jésus les regarde et sourit. Mais il se
tait Lui aussi jusqu’au moment où il demande : "Où sont les autres
?" "Sur
la montagne, où
tu as dit. Et nous sommes venus pour pêcher car nous n’avons plus d’argent et
nous ne voulons pas abuser des disciples." "Vous
avez bien fait. Pourtant, dorénavant, vous, les apôtres, vous resterez sur la
montagne en prière pour édifier les disciples par votre exemple. Envoyez ceux-ci
à la pêche. Quant à vous, il est bien que vous restiez là en prière et pour
écouter ceux qui ont besoin de conseils ou peuvent venir pour vous donner des
nouvelles. Tenez-les très unis les disciples. Je viendrai bientôt." "Nous
le ferons, Seigneur." "Margziam n’est pas avec toi ?" "Tu
ne m’avais pas dit de le faire venir si vite." "Fais-le
venir. Son obéissance est finie." "Je
le ferai venir, Seigneur."
"Certainement,
Seigneur ! Tu sais que je t’aime" répond Pierre avec assurance. "Pais
mes agneaux... Simon de Jonas, m’aimes-tu ?" "Oui,
mon Seigneur. Et tu sais que je t’aime." Sa voix est moins assurée, elle
est même un peu étonnée par la répétition de cette question. "Pais
mes agneaux... Simon de Jonas, m’aimes-tu ?" "Seigneur...
Tu sais tout ... Tu sais si moi je t’aime…" la voix de Pierre tremble
car s’il est sûr de son amour il a l’impression que Jésus n’en est pas sûr. "Pais
mes brebis. La triple profession d’amour a effacé la triple négation. Tu es
entièrement pur, Simon de Jonas et Moi, le te dis : Prends le vêtement de
Pontife et porte la Sainteté du Seigneur au milieu de mon troupeau. Ceins tes
vêtements à ta ceinture et garde-les ceints jusqu’à ce que de Pasteur toi
aussi tu deviendras agneau. En vérité je te dis que quand tu étais plus jeune
tu te ceignais par toi-même et tu allais où tu voulais, mais quand tu auras vieilli
tu étendras les mains et un autre te ceindra et te conduira là où tu ne
voudrais pas. Maintenant pourtant c’est Moi qui te dis : "Ceins-toi et
suis-moi sur ma propre voie". Lève-toi et viens." Jésus
se lève et Pierre se lève pour aller vers la rive et les autres se mettent à
éteindre le feu en l’étouffant sous le sable. Mais Jean, après avoir ramassé
les restes de pain, suit Jésus. Pierre entend le bruit de ses pas et tourne
la tête. Il voit Jean et demande en le montrant à Jésus : “Et de lui qu’arrivera-t-il
?" "Si
je veux qu’il reste jusqu’à ce que je revienne, que t’importe ? Toi,
suis-moi." |
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Ils
sont sur la rive. Pierre voudrait encore parler; la majesté de Jésus, les
paroles qu’il a entendues le retiennent. Il s’agenouille et adore, imité par
les autres. Jésus les bénit et les congédie. Ils montent dans la barque et
s’éloignent en ramant. Jésus les regarde partir. |
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