Maria Valtorta en 1943

"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé"
de Maria Valtorta

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Libre-propos
"La Chiesa non e chiusa"
[1]


"N'éteignez pas l'Esprit, ne méprisez pas les prophéties, mais discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le" (1Thessaloniciens 5,19-21).

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"L'Église n'est pas fermée (aux révélations privées)". C'est ce que concluait, dans un récent colloque sur Maria Valtorta, le Père François Dermine, éminent spécialiste. Il avait la lourde tâche d'y défendre la position "officielle" de l'Église sur le cas de la voyante.

Difficile, car la position "officielle", n'existe pas.

 L'impossible condamnation, l'impossible reconnaissance
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Et pour cause :

- Condamner l'œuvre serait condamner ses lecteurs, parmi lesquels on compte deux Papes, plusieurs cardinaux et évêques et quelques saints : l'œuvre de Maria Valtorta fleure bon la sainteté.

- Reconnaître l'œuvre serait contredire les règles édictées pour les "révélations privées" et stigmatiser ceux qui ont condamné ou condamnent encore l'œuvre.

Ainsi donc, le Cardinal Ratzinger a-t-il fait préciser, en 1992, par Conférence épiscopale interposée, qu'on devait lire l'œuvre de Maria Valtorta comme un ouvrage littéraire et ne pas la considérer comme d'origine surnaturelle. C'est cette position, sortie de son contexte, que tiennent les adversaires de l'œuvre comme parole d'Évangile.

Malheureusement, vouloir faire de Maria Valtorta une romancière est une position totalement injustifiable pour qui a lu son œuvre, ne serait-ce que par la somme des talents requis pour l'écrire. Bien plus, le lecteur se rend vite compte de la musique du Ciel – reconnaissable entre toutes [2] - qui traverse cette œuvre : les conversions en témoignent et les fruits caractérisent l'arbre.

Nulle autorité d'Église ne pourra donc écrire que l'œuvre de Maria Valtorta N'EST PAS d'origine surnaturelle : Papes, cardinaux, évêques et saints les contrediraient alors, à commencer par le Préfet de la congrégation pour la cause des saints remerciant Dieu, en 1946, "de nous avoir donné par l'intermédiaire de cette femme qui a tant souffert, qui est clouée au lit, une œuvre littérairement sublime, doctrinalement et spirituellement si élevée, accessible et profonde, attirante à la lecture". Parole d'expert patenté, et surtout de lecteur, seule frontière qui sépare les "pour" des "contre".

On se trouve donc entre deux eaux, chacun pouvant puiser dans l'histoire polémique, les raisons d'une bouteille à moitié vide, là où d'autres la voit à moitié pleine. Le Pape Pie XII ne prophétisait pas autre chose : "Publiez l’œuvre tel quel. Il n’y a pas lieu de donner une opinion quant à son origine, qu’elle soit extraordinaire ou non. Ceux qui liront comprendront".[3]

 Discernement et véhémence
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On peut profiter de cette position entre deux eaux pour affirmer : l'origine est peut-être surnaturelle, mais le résultat ne l'est pas : trop de déformations peuvent intervenir, de bonne foi, dans leur rédaction. Cette attitude intellectuelle est déjà plus ouverte et plus proche d'un discernement de l'œuvre. Elle interroge cependant : que sont ces déformations ?

D'autres attitudes sont critiquables : Certains - restés anonymes - ont en effet voulu stigmatiser l'œuvre de Maria Valtorta, non par l'analyse critique, mais en s'appropriant l'arsenal juridique de l'Église : la mise à l'Index. Las ! ce fut une des dernières condamnations avant la mise aux rebuts de cette machine à régler ses comptes dans un climat préconciliaire et non à favoriser la discernement comme cela fut à son origine. L'article de l'Osservatore romano, commentant en 1960 cette mise à l'Index, est parfaitement démonstratif de cette dérive. Cet acte officiel fut d'ailleurs démenti officieusement par le même Saint-Office, démontrant une fois de plus que les voies du Seigneur sont impénétrables  … pour le profane.

Cette mise à l'Index trouve encore écho auprès de certains qui tiennent les lecteurs de l'œuvre de Maria Valtorta pour des sous-chrétiens flirtant avec l'hérésie, et se tenant eux-mêmes pour les gardiens éclairés de l'orthodoxie.

Malheureusement, dès que l'on quitte les généralités, cette position devient vite indéfendable : Le Catéchisme de l'Église catholique, dépositaire dans ses 2.865 articles de la foi catholique, ainsi que les ressources de l'immense bibliothèque en ligne d'Internet, permet d'arbitrer sur les aspects théologiques et historiques de l'œuvre : n'est plus censeur qui veut, n'est plus savant qui le croit, n'est plus seule référence qui le souhaiterait, et Maria Valtorta, qui ne disposait ni de ces ressources, ni d'une culture substitutive, tient tête à tous contradicteurs. [4]

Polémique il y a donc : elle n'est pas nouvelle. Marie d'Agréda fut au centre de violentes polémiques pendant plus de cent ans. Les visions et les stigmates d'Anne-Catherine Emmerich furent un des problèmes si "passionnément controversés" pendant près de deux siècles [5]. Ces deux voyantes sont béatifiées : en est-il de même de leurs opposants ?

 La crispation
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Curieusement, on parle de l'œuvre et non des œuvres de Maria Valtorta, car la polémique ne se concentre que sur la vie monumentale de Jésus : "l'Évangile tel qu'il m'a été révélé" et non sur les autres ouvrages tout aussi "dictés" et "révélés".

Que reproche-t-on à "l'Évangile tel qu'il m'a été révélé" : son contenu ? non, car nulle accusations, pas mêmes celle de l'Osservatore Romano, n'ont pu se fonder (ce n'est pas faute d'avoir essayé). On lui reproche en fait son titre provocateur, car la Révélation est close et il n'y a pas d'autres Évangiles que les quatre qui forment "l'Évangile".

Nous sommes donc dans un débat de forme, une pétition de principe fondamental et non dans un débat de fond s'appuyant sur la réalité de l'œuvre. C'est pourtant essentiel, compte-tenu du sujet : la vie de Jésus.

Car l'œuvre de Maria Valtorta est l'Évangile, quoiqu'on en dise : tous les épisodes (péricopes) de l'Évangile y sont. Insidieusement déformés ? Perfidement tronqués ? non : qu'on en juge à sa lecture. Bien au contraire, l'œuvre de Maria Valtorta reprend "l'harmonie des Évangiles" (diatessaron) tant recherchée, sans oublis, sans contradictions, sans fioritures, sans complications au contraire des hypothèses, plus qu'hypothétiques, qui fleurissent dans une certaine exégèse contemporaine. L'œuvre de Maria Valtorta, est non seulement complète et harmonieuse, mais elle est d'une simplicité … évangélique.

 Quoique on en dise, il n'y a qu'un seul Évangile
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"Car l'œuvre de Maria Valtorta est l'Évangile, quoiqu'on en dise". Voilà une phrase qui sème l'outrage par sa provocation ! Mais hélas, pour ceux qui ont lu Maria Valtorta, il n'est pas possible de déroger à cette affirmation et l'éditeur a eu raison de porter haut le drapeau : la vie monumentale de Jésus n'est pas "le Poème de l'Homme-Dieu", mais bien "L'Évangile tel qu'il fut révélé" à Maria Valtorta : L'Évangile, l'unique, et non un autre qui contredirait la Révélation publique.

Oui mais cette œuvre est romancée, l'Évangile ne l'est pas !

Non, l'œuvre de Maria Valtorta est illustrée. C'est plus qu'une nuance. L'auteure s'attache à décrire ce qu'elle voit, "dans les moindres détails" exige Jésus. C'est ce qui rend vivantes les scènes décrites. L'œuvre est icône de l'Évangile : représentation humaine, voire sainte, de la vérité qu'elle contient. La faune, la flore, le climat, les personnalités … y sont présents parce qu'ils étaient présents ainsi au temps de Jésus qui s'en sert lui-même dans son enseignement.

Oui mais, cette œuvre comporte des épisodes non connus des Évangiles et Jean précise que son Évangile [6] et ceux des autres évangélistes ont été écrits "pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom" !

Mais c'est aussi le même Jean qui conclue son Évangile en disant "Jésus a opéré sous les yeux de ses disciples bien d’autres signes qui ne sont pas rapportés dans ce livre" [7] et "si on les écrivait une à une, le monde entier ne pourrait, je pense, contenir les livres qu’on écrirait" [8]. Ce que Jésus a fait et qui n'est pas rapporté dans les Évangiles, est-il donc négligeable ? Si le simple contact de ses vêtements pouvaient guérir l'inguérissable, qu'en est-il de ses faits et gestes ? [9]

Oui mais les épisodes rajoutés n'apportent rien, ils sont insignifiants !

Oui, ils n'ajoutent rien de fondamental à la foi, heureusement, car ce serait contredire l'affirmation de Jean sur le nécessaire et suffisant de la Révélation publique, mais sont-ils inutiles pour cela ? Dieu, pendant ses trois ans de vie publique aurait-il fait dans le futile et l'inutile ? C'est contraire à la nature de Dieu.

Oui mais l'Évangile suffit !

Ce n'est pas ce qu'affirme l'Église : "Même si la Révélation est achevée, elle n'est pas complètement explicitée; il restera à la foi chrétienne d'en saisir graduellement toute la portée au cours des siècles" [10]. C'est ce que démontrent notamment ses pratiques dominicales : aucun fidèle ne se lève, au moment de l'homélie, pour dire au prêtre : "Inutile ! Nous avons entendu l'Évangile et les autres textes, Parole du Seigneur, cela nous suffit !". On a jamais non plus brûlé les œuvres des mystiques dont beaucoup rapportent des visions de scènes de l'Évangile. Les seuls compléments (ou commentaires pour être plus conformes) ne pourraient-ils venir que de personnes dûment patentées ? Position insoutenable en droit et en usage.

 Les voyantes ont aussi souffert de la malignité des hommes
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Mais au-delà d'une attitude libre de chacun face aux révélations privées, ce comportement hostile (à divers degrés) quand il se veut "position officielle et irréfutable", relève d'une attitude grave qui assèche non seulement la grâce [11], mais encore confond le moyen et le but : l'Évangile n'est pas une fin en soi, mais le moyen de rejoindre le Christ, la Voie, la Vérité et la Vie. C'est ce que fait l'Esprit-Saint depuis 2.000 ans en envoyant constamment des saints et des Docteurs de l'Église, en suscitant miracles et apparitions afin de suppléer à la faiblesse de l'Église, aux errements de ses serviteurs, voire aux erreurs de certains : Paul n'a-t-il pas bénéficié très tôt de révélations inexprimables [12] et n'a-t-il pas repris publiquement, sans rompre l'unité et la fidélité, le souverain Pontife et son entourage tentés par l'enfermement et le repli ?

La Chiesa non e chiusa ! Oui, car c'est l'Esprit qui en ouvre de temps en temps les fenêtres. Maria Valtorta fait-elle partie de son action ? C'est en fait la seule question, mais il faut avoir lu l'œuvre pour y répondre.

Oui mais Maria Valtorta n'est pas Saint Paul quand même !

Certes non : elle n'a reçue comme mission que celle de consigner fidèlement ce qu'elle a reçu par vision ou dictée, mais elle ressemble à Paul en un point : en contrepartie des sublimes révélations, elle a eu, comme lui, d'inexprimables souffrances [13].

Les servites de Marie de Florence se sont vu fermer la porte, "du moins pour l'instant" à la demande d'ouverture du procès en béatification de Maria Valtorta. À défaut de compter Maria Valtorta dans le sanctoral, on la comptera donc dans la "Toussaint" car sa vie de victime offerte devrait forcer le respect.

C'est loin d'être le cas : les auteurs de la mise à l'Index pour cause de manquement aux règles disciplinaires (imprimatur) se sont-ils rendus compte de la violence de leur condamnation, de l'impact produit sur une croyante ? J'espère que non, car alors l'acte serait grave pour eux : il peut tuer.

Ce n'est pourtant pas un cas isolé : déjà la Bienheureuse Marie d'Agréda, dépositaire de la première "vie de Marie" (la Cité mystique de Dieu) a subit cette violence : elle a dû brûler sa première narration des visions, à la demande d'un confesseur occasionnel "parce que les femmes ne devaient pas écrire dans l'Église" (sic !). Les actes de son procès mené par l'Inquisition espagnole se font écho des énormes souffrances que cela occasionna chez Marie d'Agréda.

Elle a résisté de nombreuses années avant d'écrire de nouveau ses visions, si grande était sa crainte. Résultat : "Une grande souffrance, de la fatigue et des troubles chez Maria de Agreda, ainsi que la corruption de la magnifique œuvre primitive… C’est une grande erreur que d’imposer certains remaniements ! L’esprit humain, à la fois parfait et très imparfait, ne peut rien répéter sans tomber dans l’erreur, et en particulier pour un travail de ce genre et de cette ampleur. Ces erreurs sont certes involontaires, mais elles gâchent ce qui était parfait parce qu’illuminé par Dieu" [14].

On peut aussi se référer à la Bienheureuse Anne-Catherine Emmerich dont les visions furent déformées – en toute bonne foi – par ses narrateurs : Clemens Brentano et ses héritiers. Ils mêlaient involontairement la relation des visions avec les fruits de l'émerveillement qu'elles produisaient en eux, le tout édulcoré de la possible censure qui les guettait à chaque virgule.

Ah ! si les censeurs de ces œuvres pouvaient avoir produit autant de conversions que ces trois "saintes" ! Mais aussi quelle responsabilité pour ceux qui ont pour fonction de diffuser ou commenter de telles œuvres !

Pourtant, nulle trace de diatribes ou de vindictes à l'encontre de ces censeurs dans les œuvres des voyantes, mais des reproches dans la bouche de Jésus : Il en a déjà usé envers ses apôtres et disciples du temps de sa Vie Publique et chacun les reprends à son compte, pour son plus grand profit, car les paroles de Jésus, y compris ses reproches, sont éternelles.

 Le temps tranchera, pas la polémique
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Quant au reste, ce n'est certainement les "condamnations" et interdictions qui arrêteront l'histoire. Jean-Paul II, dans son prologue du Catéchisme de l'Église catholique, rejette d'ailleurs cette attitude de censure. Soit ces œuvres viennent des hommes et elles disparaîtront d'elles-mêmes, soit elles viennent de Dieu et il ne faut pas prendre le risque d'entrer en guerre avec lui, comme disait le sage Gamaliel [15].

On ne peut pas dire, pour l'instant, que ces œuvres soient en voie d'être oubliées. Loin s'en faut. Mgr Lattanzzi, parlant de Maria Valtorta, les disait "préternaturelles" (au-delà du naturel). Plein d'une prudence et d'une sémantique toute vaticane, il n'osait pas les qualifier de "surnaturelles". Mais ce que les lecteurs cherchent - et y trouvent - est bien l'écho, tout proche, du Ciel.

Le Vénérable Gabriele Allegra, lecteur féru de Maria Valtorta et dont le procès en béatification a brusquement été interrompu sans être abandonné (!?) écrivait :

"l'Église n'a pas besoin de cette œuvre (de Maria Valtorta) pour accomplir sa mission salvifique jusqu'à la seconde venue du Seigneur, comme elle n'a pas besoin des apparitions de la Vierge à La Salette, à Lourdes, à Fatima .... Mais l'Église peut tacitement ou publiquement reconnaître que certaines révélations privées peuvent être utiles pour la connaissance et la pratique de l'Évangile et pour la compréhension de ses mystères et, par conséquent, elle peut les approuver dans une forme négative en déclarant que les révélations ne sont pas, dans leurs termes, contraire à la foi. Ou elle peut les ignorer officiellement, laissant à ses enfants la pleine liberté de former leur propre jugement".

Pie XII ne disait pas autre chose; Paul VI, supprimant l'Index, non plus; et le Catéchisme de l'Église catholique, publié par Jean-Paul II, de même.

Valtortiste91 - juillet 2009


 

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Fiche mise à jour le 18/05/10

 



[1] L'Église n'est pas fermée

[2] Jean 10,27

[3] Entretien du 26 février 1948

[4] "Se trouverait-il la moindre parole, le moindre acte rapporté dans l’ouvrage que j'ai dicté et expliqué qui puisse vous convaincre de péché, d’un seul péché, de votre Maître ? Cet ouvrage, c’est moi. Non seulement c’est moi qui l’ai dicté et expliqué, mais c’est moi qui le vis, qui me présente à vous tel que j’étais quand j'étais un mortel …" Catéchèse du 18 février 1947 ("Cahiers de 1945 à 1950"), page 350

[5] P. Winfried Hümpfner  : Notice du "Dictionnaire de spiritualité", éditions Beauchesne 1960

[6] Jean 20,30-31

[7] Idem

[8] Jean 21,24-25

[9] L'hémorroïsse : Marc 5,25-34

[10] Catéchisme de l'Eglise catholique, § 66.

[11] "N'éteignez pas l'Esprit, ne méprisez pas les prophéties, mais discernez la valeur de toute chose, ce qui est bien, gardez-le" (1Thessaloniciens 5,19-21).

[12] 2Corinthiens 12,2-4

[13] 2Corinthiens 12,7-9

[14] Maria Valtorta "Cahiers de 1944" – Dictée du 12 septembre 1994, page 568

[15]  Actes des Apôtres 5,38-39