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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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dimanche 26 mars 28 (12 Nisan)
- Un serviteur soigne les cheveux de Margziam
343 - Marie le revêt d'un nouveau vêtement 343 - L'enfant fait l'objet de commentaires 344 - Tous sont libres d'aller où ils veulent 345 - Guérison de cinq lépreux à Siloan 346 - Guérison de sept lépreux à Ben Hinnon 348 - Arrêt chez Annalia 349 - Margziam entre Marie et Pierre, un symbole
350 - Annalia, la perle et Judas, l'ordure 350 - Marie plaide en faveur de Pierre 351 - Jésus annonce à Pierre qu'il lui donne
Margziam 353 |
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343>
La splendide matinée invite vraiment à la promenade.
On quitte les lits et les maisons, et les habitants de la maison du Zélote,
comme autant d'abeilles au premier soleil, se lèvent en vitesse et sortent
respirer l'air pur dans le verger de Lazare qui entoure le petit logis
hospitalier. Les ont vite rejoints ceux qui sont logés chez Lazare, à
savoir : Philippe, Barthélemy, Mathieu, Thomas, André et Jacques de
Zébédée. Le soleil pénètre joyeux par toutes les fenêtres et les portes
grandes ouvertes et les pièces, simples et propres, se revêtent d'une teinte
dorée qui avive les couleurs des vêtements et fait briller les cheveux et les
pupilles. Marie d'Alphée et
Salomé sont occupées à servir ces hommes au vigoureux appétit. Marie, de son
côté, surveille un serviteur de Lazare qui peigne les cheveux de Margziam
avec plus de savoir faire que son premier barbier : "Pour le
moment, ainsi" dit le serviteur. "Puis, quand tu auras offert à
Dieu tes cheveux d'enfant, je te les raccourcirai bien. La chaleur arrive et
tu seras mieux sans cheveux dans le cou. Et ils reprendront de la force. Ils
sont secs et cassants, négligés. Tu le vois, Marie ? Ils ont besoin de
soins. Maintenant j'y mets de l'huile pour les tenir en place. Tu sens, mon
enfant, quelle bonne odeur ? C'est l'huile qui sert à Marthe. Amande,
palme et moelle avec les essences les plus fines et les plus rares. Cela fait
très bien. Ma maîtresse m'a dit de conserver ce petit vase pour l'enfant.
Oh ! voilà ! Maintenant tu sembles le fils du roi" et le
serviteur, qui est peut-être le barbier de la maison de Lazare, donne une
tape à la joue de Margziam, salue Marie et s'en va satisfait. 344> "Viens que je t'habille" dit Marie à l'enfant qui
pour l'instant n'a qu'une petite tunique à manches courtes. Je crois que c'est
la chemise ou ce qui en ce temps-là en tenait lieu. A cause de la finesse du
lin, je comprends qu'elle faisait partie du trousseau de Lazare enfant. Marie
enlève le linge de bain où Margziam était enveloppé et lui passe le
sous-vêtement froncé au cou et aux poignets, et le vêtement de dessus rouge,
de laine, au large décolleté et aux larges manches. Le lin brillant ressort
très blanc au cou et aux manches de l'étoffe rouge et mate. La main de Marie
a pourvu, pendant la nuit, à mettre aux mesures la longueur du vêtement et
des manches, et maintenant tout va bien surtout quand Marie lui ceint la
taille avec la soyeuse bande de la ceinture qui se termine avec un pompon de
laine blanche et rouge. L'enfant ne semble plus le pauvre petit qu'il était
il y a quelques jours. "Maintenant va
jouer sans te salir pendant que je me prépare" dit Marie en le
caressant. Et il sort, en sautant content, pour chercher ses grands amis. Le premier qui le
voit, c'est Thomas : "Mais comme tu es beau ! Comme pour les
noces ! Tu m'éclipses" dit le toujours jovial Thomas, grassouillet,
tranquille. Et il le prend par la main en disant : "Viens, nous
allons chez les femmes. Elles te cherchent pour te donner la becquée." Ils entrent dans la
cuisine et Thomas fait sursauter les deux Marie penchées sur les fourneaux en
criant de sa grosse voix: "Voici un jeune homme qui vous demande"
et, en riant, il présente l'enfant qui s'était caché derrière sa robuste
personne. "Oh !
chéri ! Mais viens que je t'embrasse ! Regarde, Salomé, comme il est
bien !" s'exclame Marie d'Alphée. "C'est
vrai ! Maintenant il n'a plus qu'à devenir plus robuste. Mais moi, j'y
penserai. Viens que je t'embrasse, moi aussi" répond Salomé. "Mais Jésus le
confie aux bergers..." objecte Thomas. "Jamais de la
vie ! En cela mon Jésus se trompe. Que voulez-vous et que savez-vous
faire, vous, les hommes ? Vous disputer - car soit dit en passant, vous
êtes plutôt querelleurs... comme les chevreaux qui s'aiment, mais qui se
donnent des coups de cornes - manger, parler, avoir mille besoins et
prétendre que le Maître ne pense qu'à vous... autrement, vous boudez... Les
enfants ont besoin des mères. N'est-ce pas. comment
t'appelles-tu ?" "Margziam." 345>
"Ah ! bon ! Mais ma Marie bénie
pouvait te donner un nom plus facile !" "C'est presque
le sien !" s'exclame Salomé. "Oui, mais le
sien est plus simple. Il n 'y a pas ces trois consonnes au milieu... Trois,
cela fait trop..." L'Iscariote est entré
et dit : "Elle a pris le nom exact pour ce qu'il veut dire,
conforme à l'ancienne langue." "C'est bien.
Mais c'est difficile, et moi j'en enlève une et je dis Marziam. C'est plus
facile et cela n'amènera pas la fin du monde. N'est-ce pas Simon ?" Pierre, qui passe
devant la fenêtre et qui parle avec Jean d'Endor, s'avance et dit :
"Que veux-tu ?" "Je disais que
l’enfant, moi je l'appelle Marziam, c'est plus facile." "Tu as raison,
femme. Si la Mère me le permet je l'appelle ainsi, moi aussi. Mais comme tu
es bien ! Et, moi aussi. Hé ! Regardez !" En effet, il est bien
brossé, les joues rasées, les cheveux et la barbe bien peignés, pommadés, le
vêtement sans faux plis, des sandales qui semblent neuves tant elles sont
propres et astiquées avec je ne sais quoi. Les femmes l'admirent et lui rit,
content. L'enfant a fini son
repas et sort pour aller trouver son grand ami, qu'il appelle toujours :
"Père." Voici Jésus qui
arrive de la maison de Lazare, avec Lazare lui-même, et il dit à l'enfant qui
accourt à sa rencontre : "La paix entre nous !, Margziam.
Donnons-nous le baiser de paix." Lazare, salué par
l'enfant, le caresse et lui donne une douceur. Tous se réunissent autour de
Jésus, et aussi Marie, habillée d'un vêtement de laine de couleur turquoise
sur lequel est drapé un manteau plus foncé, vient en souriant vers son Fils. "Alors, nous
pouvons aller" dit Jésus. "Toi, Simon, avec la Mère et l'enfant, si
tu tiens à faire l'achat même maintenant que Lazare y a pourvu." "Mais
certainement ! Et puis... je pourrai dire que pour une fois j'ai pu
accompagner ta Mère. Grand honneur." "Et alors,
vas-y. Toi, Simon, tu vas m'accompagner chez tes amis les lépreux..." "Vraiment,
Maître ? Alors, si tu le permets, je cours devant, les rassembler... Tu
me rejoindras... Tu sais bien où ils se trouvent..." "C'est bien, vas-y.
Que les autres fassent ce qui leur plaît. Vous êtes tous libres jusqu'à
mercredi matin. À l'heure de tierce, tout le monde à la Porte Dorée." [1] "Moi, je viens
avec Toi, Maître" dit Jean. 346> "Moi aussi" dit son frère Jacques. "Et nous
aussi" disent les deux cousins. "Moi aussi, je viens" dit
Mathieu et avec lui André. "Et moi, je
voudrais bien venir moi aussi... mais si je vais faire l'achat... je ne puis
venir" dit Pierre, pris entre deux désirs. "Oui, cela peut
s'arranger. D'abord on va vers les lépreux. Pendant ce temps-là, ma Mère et
l'enfant vont dans une maison amie d'Ophel [2]. Après cela, nous la
rejoignons et tu vas avec elle pendant que Moi et les autres, nous allons
chez Jeanne. Nous nous retrouverons à Gethsémani pour le repas et vers le
crépuscule nous reviendrons ici." "Moi, si tu le
permets, je vais trouver quelques amis..." dit Judas Iscariote. "Mais, je l'ai
dit. Faites ce que vous voulez." "Alors, moi
j'irai chez des parents. Peut-être mon père est-il déjà venu. Dans ce cas, je
te l'amène" dit Thomas. "Nous deux,
qu'en dis-tu Philippe ? On pourrait aller chez Samuel." [3] "D'accord"
répond Philippe à Barthélemy. "Et toi,
Jean ?" demande Jésus à l'homme d'Endor. "Préfères-tu rester
ici pour ranger tes livres ou venir avec Moi ?" "Vraiment je
préférerais venir avec Toi... Les livres... me plaisent déjà moins. Je
préfère te lire, Toi, Livre Vivant." "Alors, viens.
Adieu, Lazare, à..." "Mais, je viens
moi aussi. Mes jambes vont un peu mieux, et après les lépreux, je te
laisserai pour aller à Gethsémani t'attendre." "Allons. Paix à
vous, femmes." Jusqu'aux environs de Jérusalem, ils sont tous ensemble.
Puis ils se séparent. L'Iscariote s'en va seul de son côté et il entre dans
la ville probablement par la Porte qui se trouve vers la Tour Antonia [4]. Thomas, Philippe et
Nathanaël font encore quelques dizaines de mètres avec Jésus et leurs
compagnons, et entrent ensuite dans la ville, dans le faubourg d'Ophel, en
même temps que Marie et l'enfant. "Et maintenant,
allons voir ces malheureux !" dit Jésus et, tournant le dos à
Jérusalem, il se dirige vers un lieu désolé situé sur les pentes d'une
colline rocheuse qui se trouve entre les deux routes qui vont de Jéricho à
Jérusalem. C'est un lieu étrange où on accède par des sortes de gradins.
Après la première marche, on grimpe un sentier et le premier palier est
surélevé d'au moins trois mètres au-dessus du sentier et de même pour le
second. Lieu aride, mort... très triste. 347>
"Maître" crie Simon le Zélote "je
suis ici. Arrête-toi pour que je te montre le chemin..." et le Zélote,
qui s'était adossé à la roche pour avoir un peu d'ombre, s'avance et conduit
Jésus par un sentier à gradins qui va vers Gethsémani mais séparé de celui-ci
par la route qui du mont des Oliviers va à Béthanie. "Nous y voilà. J'ai
vécu au milieu des tombeaux de Siloan et ici se trouvent mes amis. Une partie
d'entre eux. Les autres sont à Ben Innom, mais ne peuvent venir... Ils devraient traverser
la route, et on les verrait." "Nous irons
aussi les trouver." "Merci !
Pour eux et pour moi." "Ils sont
nombreux ?" "L'hiver a tué
le plus grand nombre, mais ici, il y en a encore cinq de ceux auxquels
j'avais parlé. Ils t'attendent. Les voilà sur le bord de leur bagne..."
Ils crient :
"Jésus, notre Sauveur, aie pitié de nous !" et montrent leurs
mains difformes et ulcérées. "Jésus, Fils de David, aie
pitié !" "Que voulez-vous
que je vous fasse ?" demande Jésus en levant son visage vers ces
misères. "Que tu nous
sauves du péché et de la maladie." "Du péché sauve
la volonté et le repentir..." "Mais, si tu
veux, tu peux effacer nos péchés. Eux, au moins, si tu ne veux pas guérir nos
corps." "Si je vous
dis : "Choisissez entre les deux choses" laquelle
voulez-vous ?" "Le pardon de
Dieu, Seigneur, pour être moins désolés". Jésus fait un signe
d'approbation, avec un sourire lumineux. 348>
Puis il lève les bras et crie: "Soyez
exaucés, je le veux." Exaucés ! Ce
peut être pour le péché comme pour la maladie, ou pour les deux choses, et
les cinq malheureux restent dans l'incertitude. Mais les apôtres ne sont pas
incertains, et ils ne peuvent s'empêcher de crier leur hosanna en voyant la
lèpre disparaître comme le flocon de neige qui tombe sur le feu. Et alors les
cinq comprennent qu'ils sont exaucés complètement. Leurs cris résonnent comme
une sonnerie de victoire. Ils s'embrassent entre eux et envoient des baisers
à Jésus, ne pouvant se précipiter à ses pieds, et puis, ils se tournent vers
leurs compagnons en disant : "Et vous, vous ne voulez pas encore
croire ? Mais quels malheureux vous êtes ?" "Soyez
bons ! Vos pauvres frères ont besoin de réfléchir. Ne leur dites rien. Jésus descend de
nouveau sur la route, accompagné par les bénédictions de tous. "Et maintenant,
allons à Ben Hinnom" dit Jésus. "Maître... je
voudrais venir, mais je me rends compte que je ne le puis. Je vais à
Gethsémani" dit Lazare. "Vas-y. Va,
Lazare. La paix soit avec toi." Pendant que Lazare
s'éloigne lentement, Jean l'apôtre dit : "Maître, je l'accompagne.
Il est fatigué et le chemin n'est pas très bon. Ensuite, je te rejoins à Ben
Hinnom." "Bien, vas-y.
Allons."
349>
Simon le Zélote pousse un cri d'appel et d'abord
trois, puis deux, puis un, et un autre encore viennent comme ils peuvent
jusqu'à la limite qui leur est imposée. Ici il y a deux femmes et l'une tient
par la main une horreur d'enfant dont la lèpre a atteint particulièrement le
visage. Il est déjà aveugle... Il y a un homme de noble allure malgré sa
misérable condition. Il prend la parole au nom de tous : "Que soit
béni le Messie du Seigneur qui est descendu dans notre Géhenne pour en tirer
ceux qui espèrent en Lui. Sauve-nous, Seigneur, que nous ne périssions
pas ! Sauve-nous, Sauveur ! Roi de la souche de David, Roi
d'Israël, aie pitié de tes sujets. Oh ! Bourgeon de la tige de Jessé,
dont il est dit que quand tu viendras il n'y aura plus de mal, étends ta main
pour recueillir ces restes de ton peuple. Fais disparaître de nous cette
mort, essuie nos larmes, puisque c'est ce qu'on à dit de Toi. Appelle-nous,
Seigneur, à tes excellents pâturages, à tes douces eaux car nous sommes
assoiffés. Emmène-nous sur les collines éternelles où il n'y a plus de faute
ni de souffrance. Aie pitié, Seigneur..." "Qui
es-tu ?" "Jean, du
Temple. Contaminé peut-être par un lépreux. Depuis peu, et tu le vois, la
maladie est sur moi. Mais eux !... Il y en a qui attendent la mort
depuis des années et cette petite est ici depuis le temps où elle ne savait
pas encore marcher. Elle ne connaît pas la création de Dieu. Tout ce qu'elle
connaît ou dont elle se souvient des merveilles de Dieu, ce sont ces
tombeaux, ce soleil impitoyable et les étoiles de la nuit. Pitié pour les
coupables et pour les innocents, Seigneur, notre Sauveur." Ils se sont
tous agenouillés en tendant les mains. Jésus pleure sur tant
de misère et puis il ouvre les bras en criant : "Père, je le veux:
le salut, la vie, la vue et la santé pour eux." Il reste, les bras ouverts,
dans une prière intense de tout son esprit. Il semble s'affiner et s'élever
en priant, flamme d'amour, blanche et puissante dans la puissante lumière
dorée du soleil. "Maman, je
vois !" c'est le premier cri, auquel répond le cri de la mère qui presse
contre son cœur l'enfant guérie, et puis le cri des autres et celui des
apôtres... Le miracle est accompli. "Toi, Jean, qui
es prêtre, tu conduiras tes compagnons pour le rite. La paix soit avec vous.
A vous aussi nous apporterons des vivres dans la soirée." Il bénit et se
dispose à s'éloigner. Mais Jean le lépreux
crie : "Je veux venir sur tes pas. Dis-moi ce que je dois faire, où
je dois aller pour parler de Toi !" "Sur cette terre
désolée et nue qui a besoin de se convertir au Seigneur. Que la cité de
Jérusalem soit ton champ d'action. Adieu." "Et maintenant
allons trouver la Mère" dit-il ensuite aux apôtres. 350> "Mais où est-elle ?" demandent plusieurs. "Dans une maison
que Jean connaît. Dans la maison de la jeune fille guérie l'an dernier."
[7] Ils entrent dans la
ville, parcourent une bonne partie du faubourg populeux d'Ophel jusqu'à une
petite maison blanche. Jésus entre avec son doux salut dans la maison dont la
porte est entrouverte. Il en sort la douce voix de Marie et la voix argentine
d'Annalia et celle plus rude de sa mère. La jeune fille se prosterne en
adorant, la mère s'agenouille, Marie se lève. Elles voudraient
retenir le Maître avec sa Mère. Mais Jésus, en promettant de revenir un autre
jour, les bénit et prend congé. Pierre s'en va heureux avec Marie. Ils
tiennent tous les deux l'enfant par la main et ressemblent à une famille
heureuse. Beaucoup de gens se retournent pour les regarder. Jésus observe
leur démarche avec un sourire. "Simon est
heureux !" s'exclame le Zélote. "Pourquoi souris-tu,
Maître ?" demande Jacques de Zébédée. "Parce que je
vois dans ce groupe une grande promesse." "Quelle
promesse, Frère ? Que vois-tu ?" demande le Thaddée. "Voici ce que je
vois : je pourrai m'en aller tranquille quand ce sera l'heure. Je ne dois
pas craindre pour mon Église. Alors elle sera petite et chétive comme
Margziam. Mais il y aura ma Mère, pour la tenir comme cela par la main et lui
servir de Mère; et il y aura Pierre pour lui servir de père. Dans sa main
honnête et calleuse, je puis, sans me préoccuper, mettre la main de mon
Église naissante. Pierre lui donnera la force de sa protection, ma Mère la
force de son amour. Et l'Église grandira... comme Margziam... C'est vraiment
l'enfant-symbole ! Que Dieu bénisse ma Mère, mon Pierre et leur enfant,
notre enfant ! Allons maintenant chez Jeanne..." ...Et de nouveau nous
sommes, au soir, dans la petite maison de Béthanie. Plusieurs, fatigués, se
sont déjà retirés. Mais Pierre fait les cent pas dans le sentier, levant très
souvent la tête vers la terrasse où sont assis, parlant ensemble, Jésus et
Marie. Jean d'Endor, de son côté, parle avec le Zélote assis avec lui sous un
grenadier tout en fleurs. Marie a déjà beaucoup
parlé, car j'entends Jésus lui dire : "Tout ce que tu m'as dit est
très juste et j'en garderai présente à mon esprit la justesse. Et, pour
Annalia aussi, je dis que ton conseil est juste. Que l'homme l'ait accueilli
avec tant de promptitude, c'est bon signe. 351>
Vraiment la haute société de Jérusalem est fermée
et rancunière, je pourrais même dire remplie d'ordure. Mais dans son petit
peuple, il y a des perles dont on ignore le prix. Je suis content qu'Annalia
soit heureuse... C'est une créature qui appartient davantage au Ciel qu'à la
terre, et peut-être l'homme [8], maintenant qu'il juge selon l'esprit, s'en rend compte
et en a un respect révérenciel. Son idée d'aller ailleurs pour ne pas
troubler par un sentiment humain le vœu candide de sa promise le
prouve." "Oui, mon Fils.
L'homme perçoit le parfum virginal... Je me souviens de Joseph. Je ne savais
de quels mots me servir. Lui ne con- naissait pas mon secret... Et pourtant
il m'aida à le dire parce que sa sainteté le lui avait fait percevoir. Il
avait perçu l'odeur de mon âme... Vois aussi Jean ? ...Quelle
paix !... Et tout le monde le recherche... Judas de Kériot, lui-même,
bien que... Non, Fils, Judas n'est pas changé. Je le sais et tu le sais. Nous
n'en parlons pas pour ne pas commencer la guerre. Mais sans en parler, nous
savons... et même si nous n'en parlons pas les autres en ont l'intuition...
Oh ! mon Jésus ! Les jeunes m'ont raconté aujourd'hui, à
Gethsémani, l'épisode de Magdala et celui de la matinée du sabbat [9]... L'innocence
parle... parce qu'elle voit par les yeux de son ange. Mais les plus âgés
aussi se rendent compte... Ils n'ont pas tort. C'est un être fuyant... Tout
en lui est fuyant... et j'ai peur de lui. J'ai sur les lèvres les mêmes
paroles que Benjamin à Magdala et que Margziam à Gethsémani, car j'ai pour
Judas la même répulsion que les enfants." "Ils ne peuvent
tous être Jean !..." "Mais je ne le
prétends pas ! Ce serait le paradis sur terre, alors. Mais vois, tu m'as
parlé de l'autre Jean... Un homme qui a tué... mais il me fait seulement
pitié. Judas me fait peur." "Aime-le,
Mère ! Aime-le par amour pour Moi !" "Oui, Fils. Mais
mon amour ne servira pas non plus. Il sera seulement une souffrance pour moi,
et pour lui une faute. Oh ! pourquoi est-il entré ? Il trouble tout
le monde, offense Pierre qui est digne de tout respect." "Oui, Pierre est
très bon. Pour lui, je ferais n'importe quoi parce qu'il le mérite." "S'il
t'entendait, il dirait avec son bon sourire franc : "Ah !
Seigneur, ce n'est pas vrai !" Et il aurait raison." "Pourquoi,
Mère ?" mais Jésus sourit déjà car il a compris. "Parce que tu ne
lui fais pas plaisir en lui donnant un fils. Il m'a dit toutes ses
espérances, tous ses désirs... et tous tes refus." "Et il ne t'a
pas dit la raison qui les justifie ?" 352>
"Si. Il me l'a dite, et il a ajouté :
"C'est vrai... mais je suis un homme, un pauvre homme. Jésus s'obstine à
voir en moi un grand homme. Mais je sais que je suis très mesquin et, à cause
de cela... il pourrait me donner un enfant. Je me suis marié pour cela... je
vais mourir sans en avoir". Pierre me montrait l'enfant qui, heureux du
beau vêtement que Pierre lui avait acheté, l'avait embrassé en disant :
"Père aimé" et il m'a dit : "Tu vois, quand ce petit être
qu’il y a dix jours je ne connaissais pas encore, me parle ainsi, je me sens
devenir plus moelleux que le beurre et:plus doux que le miel et je pleure,
car... chaque jour qui passe éloigne de moi cet enfant..."" Marie se tait,
observant Jésus, étudiant sa physionomie, attendant une parole. ..Mais Jésus
a mis son coude sur son genou, sa tête appuyée sur sa main et il regarde l'étendue
verte du verger. Marie Lui prend la
main et la caresse et dit : "Simon a ce grand . désir... Pendant que j'allais avec lui, il n'a pas arrêté
de m'en parler, et avec des raisons si justes que... je n'ai rien pu dire
pour le faire taire. C'étaient les mêmes raisons que nous pensons nous
toutes, femmes et mères. L'enfant n'est pas robuste. S'il avait été comme
Toi... oh ! alors il aurait pu aller sans peur à la rencontre de la vie
de disciple. Mais, comme il est chétif !... Très intelligent, très
bon... mais rien de plus. Quand un tourtereau est délicat il ne peut prendre
son vol tout de suite, comme font ceux qui sont forts. Les bergers sont
bons... mais ce sont toujours des hommes. Les enfants ont besoin des femmes.
Pourquoi ne le laisses-tu pas à Simon ? Tant que tu lui refuses un
enfant vraiment né de lui, je comprends le motif. Un petit, pour nous, c'est
comme une ancre. Et Simon, destiné à un si grand rôle, ne peut avoir d'ancres
qui le retiennent. Mais pourtant tu dois convenir que lui doit être le
"père" de tous les enfants que tu lui laisseras. Comment peut-il
être père s'il n'a pas été à l'école d'un petit ? Un père doit être
doux. Simon est bon, mais pas doux. C'est un impulsif et un intransigeant. Il
n'y a qu'un enfant qui puisse lui enseigner l'art subtil de la compassion
pour les faibles... Considère le sort de Simon... C'est bien ton
successeur ! Oh ! je dois pourtant la dire, cette atroce
parole ! Mais pour toute la souffrance qu'il m'en coûte pour la dire,
écoute-moi. Jamais je ne te conseillerais une chose qui ne serait pas bonne.
Margziam... Tu veux en faire un parfait disciple... mais, c'est encore un
enfant. Toi... tu t'en iras avant que lui ne soit homme. A qui alors le
donner plutôt qu'à Simon pour compléter sa formation ? Enfin, le pauvre
Simon, tu sais quelles tribulations il a subies, même à cause de Toi de la
part de sa belle-mère; et pourtant il n'a pas repris la 353> plus petite parcelle de son passé, de sa liberté depuis un an,
pour que le laisse en paix sa belle-mère que même Toi n'as pu changer. Et sa
pauvre créature d'épouse ? Oh ! Elle a un tel désir d'aimer et
d’être aimée. La mère ? oh ! … le mari ? un cher
autoritaire …Jamais une affection qui lui soit donnée sans trop
exiger... Pauvre femme !... Laisse-lui l'enfant. Écoute, Fils. Pour le
moment, nous l'emmenons avec nous. Je viendrai, moi aussi en Judée. Tu m'y
conduiras avec Toi chez une de mes compagnes du Temple et presque une parente
parce qu'elle descend de David. Elle réside à Béthsur [10]. Je la reverrai
volontiers si elle vit encore. Ensuite, au retour en Galilée, nous le
donnerons à Porphyrée. Quand nous serons dans les environs de Bethsaïda,
Pierre le prendra. Quand nous viendrons ici, au loin, l’enfant restera avec
elle. Ah ! mais tu souris maintenant ! Alors tu vas faire plaisir à
ta Maman. Merci, mon Jésus."
Pierre sursaute et
monte en vitesse l'escalier : "Que veux-tu, Maître ?" "Viens ici,
usurpateur et corrupteur !" "Moi ?
Pourquoi ? Qu'ai-je fait Seigneur ?" "Tu as corrompu
ma Mère. C'est pour cela que tu voulais être seul. Qu'est-ce que je dois te
faire ?". Mais Jésus sourit et Pierre se rassure. "Oh !"
dit-il "tu m'as réellement fait peur ! Mais maintenant tu ris...
Que veux-tu de moi, Maître ? Ma vie ? Je n'ai plus qu'elle puisque
tu m'as tout pris... mais, si tu la veux, je te la donne." "Je ne veux pas
t'enlever, mais te donner. Cependant n'abuse pas de ta victoire et ne donne
pas le secret à d'autres, homme rempli de fourberie qui triomphes du Maître
avec l'arme de la parole maternelle. Tu auras l'enfant mais..." Jésus ne peut plus
parler car Pierre qui était à genoux se redresse vivement et baise Jésus avec
unetelle impétuosité qu'il Lui coupe la parole. "Remercie-la,
elle, pas Moi. Mais cependant rappelle-toi que cela doit t'aider et ne pas
être pour toi un obstacle..." "Seigneur, tu n'auras pas à regretter
ton don... Oh ! Marie ! Que tu sois toujours bénie, sainte et
bonne..." |
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Et Pierre, qui est retombé à genoux, pleure réellement en
baisant la main de Marie... |
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[1] Porte est donnant
directement sur le Temple quand on vient de Béthanie et de Gethsémani.
[2] Quartier au sud du
Temple et donc à l’est de la ville
[3] Ce Samuel est mal
identifié.
[4] La Porte des Poissons
[6] C'est dans la vallée de
Hinnom, autrement appelée la Géhenne, qu'on brûle les ordures de Jérusalem
[9] Deux paroles d’enfant
qui disent que Judas "leur fait peur" : Benjamin de Magdala 3.44. et Margziam 3.57 (p.
327).
[10] Élise