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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
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Vendredi 1er février 30 (9 Adar)
- Les apôtres
jubilent 88 - Discours de
Judas (sa part du succès de Jésus) 88 - Jésus rassure
Lazare au sujet de la Madeleine 90 - Discours ( Le
purgatoire 92 - À mon exemple,
pas de rancœur) 93 - L'âme comme
une semence 94 - Jésus rassure Marie-Madeleine 95 - Discours (Tu
as l'office d'aimer) 96 - Que tu mettes
en moi un amour sans limites 97 - Un message du
jeune Martial 98 - Jésus devait
prouver sa divinité 98 - Il apprend le décret de sa condamnation 99 - Il se
réfugiera à Éphraïm 100 - Départ
précipité 101 |
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88> Il fait bon rester ainsi, au repos, dans l'amour des amis et
près du Maître dans les journées ensoleillées qui annoncent déjà un précoce sourire
de printemps, à regarder les champs qui ouvrent leurs sillons à un
verdoiement innocent des grains qui poussent, à regarder les prés qui rompent
le vert uniforme de l'hiver avec les premières fleurettes multicolores, à
regarder les haies qui dans les endroits les plus ensoleillés présentent déjà
le sourire des boutons qui s'ouvrent, à regarder les amandiers qui déjà
moussent à leur sommet avec les premières fleurs qui éclosent. Et Jésus en jouit, et de même
les apôtres, et aussi les trois amis de Béthanie. Elle semble si loin la
malveillance, la douleur, la tristesse, la maladie, la mort, la haine,
l'envie, tout ce qui est peine, tourment, préoccupation sur la Terre.
89> Le plus exalté, à
cause de sa mentalité qui le porte aux extrêmes, c'est Judas de Kériot. Il se félicite
d'avoir su attendre, et d'avoir su agir, il se félicite de sa longue foi dans
le triomphe du Maître, il se félicite d'avoir défié les menaces du
Sanhédrin... Il est tellement exalté qu'il finit par dire aussi ce qu'il a
toujours tenu caché jusqu'ici, au milieu de l’étonnement et de la
stupéfaction de ses compagnons : "Oui, ils voulaient m'acheter, ils
voulaient me séduire par des flatteries, et en voyant qu'elles ne servaient
pas, par des menaces. Si vous saviez ! Mais moi, je les ai payés de la même
monnaie. J'ai feint de l'amour pour eux, comme eux pour moi. Je les ai
flattés comme eux me flattaient, et je les ai trahis comme eux voulaient me
trahir... Parce que, c'est cela qu'ils voulaient. Me faire croire que c'était
dans une bonne intention qu'ils éprouvaient le Maître pour pouvoir le
proclamer solennellement le Saint de Dieu. Mais moi je les connais ! Je les
connais. Et dans toutes les choses qu'ils me disaient vouloir faire, je m'y
prenais de façon que la sainteté de Jésus se manifestât vraiment avec plus
d'éclat que le soleil de midi dans un ciel sans nuages... Jeu dangereux que
le mien ! S'ils l'avaient compris ! Mais j'étais prêt à tout, même à mourir,
pour servir Dieu dans mon Maître. Et ainsi je savais tout... Hé ! parfois je
vous aurai semblé fou, mauvais, sauvage. Si vous aviez su ! Moi seul je
connais mes nuits, les précautions que je devais prendre pour faire du bien
sans attirer l'attention de personne ! Vous me suspectiez tous quelque peu,
je le sais, mais je ne vous garde pas rancune. Ma manière de faire... oui...
pouvait faire naître des soupçons, mais mon but était bon et je ne me
préoccupais que de cela. Jésus ne sait rien, ou plutôt je crois que Lui aussi
me soupçonne. Mais je saurai me taire sans exiger de Lui sa louange. Et
taisez-vous, vous aussi. Un jour, dans les premiers temps que j'étais avec Lui
— et toi, Simon le Zélote, et toi, Jean de Zébédée, vous étiez avec moi
— Lui me fit un reproche parce que je m'étais vanté d'avoir le sens pratique [1]. Depuis lors, moi...
je ne Lui ai jamais fait ressortir cette qualité, mais j'ai continué de
l'employer, pour son bien. J'ai agi comme une mère pour son enfant inexpérimenté.
Elle enlève les obstacles de son chemin, elle plie pour lui la branche sans
épines et lève celle qui peut le blesser, ou bien par des gestes avisés, elle
l'amène à faire ce qu'il doit savoir faire et à éviter ce qui est mal, sans
même que son fils s'en aperçoive. Ainsi le fils croit être arrivé par
lui-même à marcher sans trébucher, à cueillir une belle fleur pour sa mère, à
faire ceci ou cela spontanément. J'ai fait la même chose avec le Maître, car
la sainteté ne suffit pas dans un monde d'hommes et de satans.
90> Il faut aussi combattre à armes
égales, au moins en hommes... et parfois... même un rien de fourberie d'enfer
ce n'est pas mal de la ranger parmi les armes. C'est mon idée. Mais Lui ne
veut pas en entendre parler... Il est trop bon... Bon ! Moi je comprends tout
et tout le monde et j'excuse tous des mauvaises pensées que vous pouvez avoir
eues sur mon compte. Maintenant vous savez. Maintenant aimons-nous en bons
compagnons, tout pour son amour et sa gloire" et il montre Jésus qui se
promène beaucoup plus loin dans une allée ensoleillée en parlant avec Lazare,
qui l'écoute avec un sourire extasié sur le visage. Les apôtres
s'éloignent vers la maison de Simon. Jésus s'approche au contraire avec son
ami. Je les écoute. Lazare dit : "Oui. Je l'avais compris qu'il y
avait un grand but, et certainement de bonté, de me laisser mourir. Je
pensais que c'était pour m'épargner la vue de la persécution qu'ils te font.
Et, tu sais si je dis la vérité, j'étais content de mourir pour ne pas la
voir. Elle m'aigrit, elle me trouble. Vois-tu, Maître. J'ai pardonné tant
de choses à ceux qui sont les chefs de notre peuple. J'ai dû pardonner
jusqu'aux derniers jours... Elchias... Mais la mort et
la résurrection ont annulé tout ce qui s'y rapportait. Pourquoi me rappeler
leurs dernières actions pour m'affliger ? J'ai tout pardonné à Marie. Elle semble en douter. Et même, je ne sais
pourquoi, depuis que je suis ressuscité elle a pris à mon égard une attitude
si... je ne sais comment la définir. Elle est d'une douceur et d'une
soumission, si étrange dans ma Marie... Même dans les premiers moments où
elle revint ici, rachetée par Toi, elle n'était pas ainsi... Et même,
peut-être tu sais et tu peux m'en dire quelque chose, car Marie te dit
tout... Tu sais si ceux qui sont venus ici lui ont peut-être fait trop de reproches
[2]. J'ai toujours
cherché à amoindrir le souvenir de sa faute quand je l'ai vue absorbée dans
la pensée du passé pour guérir sa souffrance. Elle ne sait pas s'en
tranquilliser. Elle semble tellement... au-dessus de ce qui pourrait être de
l'avilissement. A certains elle pourrait paraître même peu repentie... Mais
moi, je comprends... Je sais. Elle fait tout pour expier. Je crois qu'elle
fait de grandes pénitences, de toutes sortes. Je ne m'étonnerais pas que sous
ses vêtements elle eût un cilice et que sa chair connût la morsure des
fouets... Mais l'amour fraternel que j'ai, et qui veut la soutenir en mettant
un voile entre le passé et le présent, les autres ne l'ont pas... Tu sais si,
peut-être, elle a été maltraitée par ceux qui ne savent pas pardonner... et
elle a tant besoin de pardon ?" 91> "Je ne sais
pas, Lazare. Marie ne m'en a pas parlé. Elle m'a dit
seulement d'avoir beaucoup souffert en entendant les pharisiens insinuer que
je n'étais pas le Messie parce que je ne te guérissais pas ou que je ne te
ressuscitais pas." "Et... elle ne
t'a rien dit de moi ? Tu sais... j'avais si mal... Je me rappelle que ma
mère, à ses derniers moments, révéla des choses qui étaient passées
inaperçues à Marthe et à moi. Ce fut comme si le fond de son âme
et de son passé était revenu à la surface dans les derniers soulèvements du
cœur. Moi, je ne voudrais pas... Mon cœur a tant souffert pour Marie... et
s'est tant efforcé de ne lui donner jamais l'impression de ce que j'ai
souffert à cause d'elle... Je ne voudrais pas l'avoir frappée, maintenant
qu'elle est bonne, alors que par amour fraternel d'abord, par amour pour Toi
ensuite, je ne l'ai jamais frappée au temps infâme où elle était un opprobre.
Que t'a-t-elle dit de moi, Maître ?" "Sa douleur
d'avoir eu trop peu de temps pour te donner son saint amour de sœur et de
condisciple. En te perdant, elle a mesuré toute l'étendue des trésors
d'affection qu'elle avait piétinés autrefois... et maintenant elle est
heureuse de pouvoir te donner tout l'amour qu'elle veut te donner, pour te
dire que pour elle tu es le frère, saint, aimé." "Ah ! voilà !
J'en avais eu l'intuition ! Je m'en réjouis, mais je craignais de l'avoir
offensée... Depuis hier, je pense, je pense... j'essaie de me souvenir...
mais je n'y arrive pas..." "Mais pourquoi
veux-tu te rappeler ? Tu as devant toi l'avenir. Le passé est resté dans la
tombe, ou plutôt il n'y est même pas resté. Il a brûlé en même temps que les
bandelettes funèbres, mais si cela doit te donner la paix, je te dis les
dernières paroles que tu as eues pour tes sœurs, pour Marie spécialement. Tu
as dit que c'est à cause de Marie que je suis venu ici et que j'y viens,
parce que Marie sait aimer plus que tous. C'est vrai. Tu lui as dit qu'elle
t'a aimé plus que tous ceux qui t'ont aimé. Cela aussi est vrai, car elle t'a
aimé en se renouvelant par amour pour Dieu et pour toi. Tu lui as dit
précisément que toute une vie de délices ne t'aurait pas donné la joie dont
tu as joui grâce à elle. Et tu les as bénies comme un patriarche bénissait
ses enfants les plus aimés. Tu as semblablement béni Marthe que tu appelais :
ta paix, et Marie que tu appelais : ta joie. Es-tu en paix, maintenant
?" "Maintenant,
oui, Maître. Je suis en paix." "Et alors,
puisque la paix donne la miséricorde, pardonne aussi aux chefs du peuple qui
me persécutent. En effet tu voulais dire que tu peux tout pardonner, mais pas
le mal qu'ils me font à Moi." 92> "C'est cela, Maître." "Non, Lazare.
Moi, je leur pardonne. Tu dois leur pardonner si tu veux être
semblable à Moi." "Oh ! Semblable
à Toi ! Je ne puis, je suis un simple homme !" "L'homme est
resté là-dessous. L'homme ! Ton esprit... Tu sais ce qui arrive à la mort de
l'homme..." "Non, Seigneur,
Je ne me rappelle rien de ce qui m'est arrivé" interrompt vivement
Lazare. Jésus sourit et
répond : "Je ne parlais pas de ton savoir personnel, de ton
expérience particulière. Je parlais de ce que tout croyant sait ce qu'il
arrive quand il meurt."
"C'est ainsi. Et
le jugement de Dieu est juste et inviolable, et il a une valeur infinie. Si
l'âme jugée est coupable mortellement, elle devient une âme damnée. Si elle
est légèrement coupable, elle est envoyée au Purgatoire. Si elle est juste,
elle va dans la paix des Limbes en attendant que j'ouvre la porte des Cieux.
J'ai donc rappelé ton esprit après qu'il était déjà jugé par Dieu. Si tu
avais été un damné, je n'aurais pas pu te rappeler à la vie car en le
faisant j'aurais annulé le jugement de mon Père. Pour les damnés, il n'y a
plus de changement. Ils sont jugés pour toujours. Tu étais donc au nombre
de ceux qui n'étaient pas damnés. Par conséquent de la classe des bienheureux
ou de la classe de ceux qui seront bienheureux après leur purification. Mais
réfléchis, mon ami. Si la volonté sincère de repentir que l'homme peut avoir
alors qu'il est encore homme, c'est-à-dire chair et âme, a une valeur de
purification; si un rite symbolique de baptême dans l'eau, voulu par esprit
de contrition des souillures contractées dans le monde et à cause de la
chair, a pour nous hébreux une valeur de purification; quelle valeur aura le
repentir plus réel et plus parfait, beaucoup plus parfait, d'une âme libérée
de la chair, consciente de ce qu'est Dieu, éclairée sur la gravité de ses
erreurs, éclairée sur l'immensité de la joie qui s'est éloignée pendant des
heures, pendant des années ou pendant des siècles : la joie de la paix des
Limbes, qui bientôt sera la joie de la possession de Dieu que l'on aura
rejointe, qui sera la purification double, triple, du repentir parfait, de
l'amour parfait, du bain dans l'ardeur des flammes allumées par l'amour de
Dieu et par l'amour des esprits dans lequel et par lequel les esprits se
dépouillent de toute impureté et d'où ils sortent beaux comme des séraphins,
couronnés de ce qui ne couronne même pas les séraphins : leur martyre terrestre et ultra-terrestre contre les vices et grâce à
l'amour ? Que sera-ce ? Dis-le donc, mon ami." 93> "Mais... je ne
sais pas... une perfection. Ou plutôt... une nouvelle création." "Voilà. Tu as
dit le mot juste. L'âme en sort comme créée à nouveau. L'âme devient
semblable à celle d'un enfant. Elle est neuve. Tout le passé n'existe
plus, son passé d'homme. Quand tombera la Faute d'origine, l'âme exempte de
toute tache et de toute ombre de taches, sera supercréée
et sera digne du Paradis. J'ai rappelé ton âme qui déjà s'était recréée par
son attachement au Bien, par l'expiation de la souffrance et de la mort, et
grâce au parfait repentir et au parfait amour que tu avais atteints au-delà
de la mort. Tu as donc l'âme tout à fait innocente d'un enfant né depuis
quelques heures. Et si tu es un enfant nouveau-né, pourquoi veux-tu endosser
sur cette enfance spirituelle les vêtements lourds, accablants de l'homme
adulte ? Les petits enfants ont des ailes et non des chaînes à leurs esprits
joyeux. Eux m'imitent avec facilité parce qu'ils n'ont pas encore pris de
personnalité. Ils se font comme je suis, car sur leur âme vierge de toute
empreinte peut s'imprimer sans confusion de lignes ma figure et ma doctrine.
Ils ont l'âme exempte de souvenirs humains, de ressentiments, de préjugés. Il
ne s'y trouve rien. Et je puis y être, Moi qui suis parfait, absolu comme je
suis dans le Ciel. "Et en agissant
ainsi, j'accomplirai la mission pour laquelle tu m'as ressuscité ?" "En agissant
ainsi, tu l'accompliras." "Cela suffit,
Seigneur. Je n'ai pas besoin d'en demander et d'en savoir davantage. Te
servir était mon rêve. Si je t'ai servi même dans le rien que peut faire
celui qui est malade et mort, et si je pourrai te servir dans tout ce que
peut faire quelqu'un qui a recouvré la santé, mon rêve est réalisé et je ne
demande rien de plus. Que tu sois béni, Jésus, mon Seigneur et mon Maître !
Et qu'avec Toi soit béni Celui qui t'a envoyé." "Béni soit
toujours le Seigneur Dieu Tout-Puissant." Ils s'en vont vers la
maison, s'arrêtent de temps en temps pour observer le réveil des arbres. Jésus
lève un bras et cueille, grand comme il est, une petite touffe de fleurs à un
amandier qui se chauffe au soleil contre le mur méridional de la maison. Marie sort de la
maison et, les voyant, s'approche pour entendre ce que dit Jésus : "Tu
vois, Lazare ? À ceux-ci aussi le Seigneur a dit : "Sortez". Et ils
ont obéi pour servir le Seigneur." "Quel mystère
que la germination ! Il paraît impossible que du tronc dur et de la dure
semence puissent sortir des pétales si fragiles et des tiges si tendres et se
changer en fruits ou en arbres. Est-ce une erreur, Maître, de dire que la
sève ou le germe c'est comme l'âme de la plante ou de la semence ?"
"J'y vais,
Maître. Il sera venu des régisseurs. Tout était arrêté ces derniers mois.
Maintenant ils s'empressent de me rendre leurs comptes..." "Que tu
approuves d'avance, car tu es un bon maître." "Et parce qu'eux
sont de bons serviteurs." "Le bon maître
fait les bons serviteurs." "Alors je
deviendrai certainement un bon serviteur, car j'ai en Toi un Maître
parfait" et il s'en va en souriant, agile, si différent du pauvre Lazare
qu'il était depuis des années. Marie reste avec Jésus. "Et toi, Marie,
deviendras-tu une bonne servante de ton Seigneur ?" "C'est Toi qui
peux le savoir, Rabboni. Moi... moi je sais
seulement que j'ai été une grande pécheresse." Jésus sourit :
"Tu as vu Lazare ? Lui aussi était un grand malade et ne te semble-t-il
pas que maintenant il soit bien sain ?" "C'est ainsi, Rabboni. Tu l'as guéri. Ce que tu fais est toujours
total. Lazare n'a jamais été aussi fort et joyeux que depuis qu'il est sorti
du tombeau." "Tu l'as dit,
Marie. Ce que je fais est toujours total. C'est pour cela aussi que ta
rédemption est totale car c'est Moi qui l'ai accomplie." "C'est vrai, mon
Sauveur aimé, mon Rédempteur, mon Roi, mon Dieu. C'est vrai. Et si tu le
veux, je serai, moi aussi, une bonne servante de mon Seigneur. Moi, de mon
côté, je le veux, Seigneur. Je ne sais pas si Toi tu le veux." "Je le veux,
Marie. Une bonne servante pour Moi. Aujourd'hui plus qu'hier. Demain plus
qu'aujourd'hui. Jusqu'à ce que je te dise : 'Cela suffit, Marie. C'est
l'heure de ton repos'." "C'est dit,
Seigneur. Je voudrais que tu m'appelles, alors. Comme tu as appelé mon frère
hors du tombeau. Oh ! appelle-moi, Toi, hors de la vie !" "Non, pas hors
de la vie. Je t'appellerai à la Vie, à la vraie Vie. Je t'appellerai
hors du tombeau qu'est la chair et la Terre. Je t'appellerai aux noces de ton
âme avec ton Seigneur." [4] 96> "Mes noces ! Tu aimes les vierges, Seigneur..." "J'aime ceux qui
m'aiment, Marie." "Tu es
divinement bon, Rabboni ! C'est pour cela que je ne
savais pas me donner de paix en entendant dire que tu étais mauvais parce que
tu ne venais pas. C'était comme si tout s'écroulait. Quelle peine de me dire
à moi-même : "Non. Non ! Tu ne dois pas accepter cette évidence. Ce qui
te paraît évident est un rêve. La réalité, c'est la puissance, la bonté, la
divinité de ton Seigneur". Ah ! combien j'ai souffert ! Si grande la
douleur pour la mort de Lazare et pour ses paroles... Ne t'en a-t-il rien dit
? Ne se souvient-il pas ? Dis-moi la vérité…" "Je ne mens
jamais, Marie. Il craint d'avoir parlé et d'avoir dit ce qui avait été la
douleur de sa vie. Mais je l'ai rassuré, sans mentir, et maintenant il est
tranquille." "Merci,
Seigneur. Ces paroles... elles m'ont fait du bien. Oui, comme font du bien
les soins d'un médecin qui met à nu les racines d'un mal et les brûle. Elles
ont fini de détruire la vieille Marie. J'avais encore une trop haute idée de
moi. Maintenant... je mesure le fond de mon abjection et je sais que je dois
faire une longue route pour le remonter. Mais je la ferai, si tu
m'aides." "Je t'aiderai,
Marie. Même quand je m'en serai allé, je t'aiderai." "Comment, mon
Seigneur ?" "En accroissant
ton amour dans une mesure incalculable. Pour toi, il n'y a pas d'autre voie
que celle-là." "Trop douce pour
ce que j'ai à expier ! Tous se sauvent par l'amour. Tous acquièrent ainsi le
Ciel. Mais ce qui suffit pour les purs, les justes, n'est pas suffisant pour
la grande coupable."
"Alors,
brûle-moi, Seigneur. Je te le demande en grâce." "Ne te
suffit-elle pas la force d'amour que tu possèdes ?" "C'est trop peu,
Seigneur. Elle pouvait servir pour aimer des hommes, pas pour Toi qui es le
Seigneur infini." "Mais justement
parce que je suis tel, il serait alors nécessaire d'avoir un amour sans
limites..." "Qui, mon
Seigneur. C'est cela que je veux. Que tu mettes en moi un amour sans
limites." "Marie, le
Très-Haut, qui sait ce qu'est l'amour, a dit à l'homme : "Tu m'aimeras
de toutes tes forces" [6]. Il n'exige pas
davantage, car Il sait que c'est déjà un martyre d'aimer avec toutes ses
forces…" "N'importe, mon
Seigneur. Donne-moi un amour infini pour t'aimer comme tu dois être aimé,
pour t'aimer comme je n'ai aimé personne." "Tu me demandes
une souffrance semblable à un bûcher qui brûle et consume, Marie. Il brûle et
se consume lentement... Penses-y." "Il y a si
longtemps que j'y pense, mon Seigneur, mais je n'osais te le demander.
Maintenant je sais combien tu m'aimes. Maintenant vraiment je sais à quel
point tu m'aimes, et j'ose te le demander. Donne-moi cet amour infini, Seigneur."
Jésus la regarde.
Elle est devant Lui, encore amaigrie par les veilles et la souffrance, avec
un vêtement modeste et une coiffure simple, comme une fillette sans malice,
avec un visage pâle où s'allume le désir, les yeux suppliants et pourtant déjà
étincelants d'amour, déjà plus séraphin que femme. C'est vraiment la
contemplatrice qui demande le martyre de la contemplation absolue. Jésus lui dit un seul
mot après l'avoir bien regardée, comme pour mesurer sa volonté :
"Oui" "Ah ! mon
Seigneur ! Quelle grâce de mourir d'amour pour Toi !" elle tombe à
genoux pour baiser les pieds de Jésus. 98> "Lève-toi,
Marie, prends ces fleurs. Ce seront celles de tes noces spirituelles. Sois douce comme le fruit de l'amandier, pure comme sa fleur et
lumineuse comme l'huile que l'on extrait de son fruit quand on l'allume, et
parfumée comme cette huile quand saturée d'essences on la répand dans les
banquets ou sur la tête des rois, parfumée par tes vertus. Alors vraiment tu
répandras sur ton Seigneur le baume qui Lui sera infiniment agréable." Marie prend les
fleurs mais ne se lève pas de terre et embaume à l'avance par son amour avec
ses baisers et ses larmes répandues sur les pieds de son Maître. Lazare les rejoint :
"Maître, il y a un petit garçon qui te demande. Il était allé chez Simon
pour te chercher et n'y a trouvé que Jean qui l'a conduit ici. Mais il ne
veut pas parler à d'autres qu'à Toi." "C'est bien,
amène-le-moi. Je vais aller sous la tonnelle des jasmins." Marie rentre dans la
maison avec Lazare. Jésus va sous la tonnelle. Lazare revient en tenant par
la main cet enfant que j'ai vu dans la maison de Joseph de Sephoris. Jésus le reconnaît
tout de suite et le salue : "Toi, Martial ? La paix soit avec toi. Pourquoi es-tu ici
?" "On m'envoie te
dire une chose..." et il regarde Lazare qui comprend et se dispose à
s'éloigner. "Reste, Lazare.
C'est Lazare, mon ami. Tu peux parler devant lui, mon enfant, car je n'ai pas
d'ami plus fidèle que lui." Le garçon se rassure.
Il dit : "C'est Joseph l'Ancien qui m'envoie, car maintenant
je suis avec lui, pour te dire d'aller tout de suite, tout de suite à Bethphagé, chez Cléonte. Il doit te parler tout de suite, mais
vraiment tout de suite. Et il a dit que tu viennes seul, car il doit te
parler en grand secret." "Maître !
Qu'arrive-t-il ?" demande Lazare impressionné. "Je ne sais pas,
Lazare. Il n'y a qu'à y aller. Viens avec Moi." "Tout de suite, Seigneur.
Nous pouvons aller avec l'enfant." "Non, Seigneur.
Je m'en vais seul. Joseph me l'a recommandé. Il a dit : "Si tu sais te
débrouiller seul, je t'aimerai comme un père", et moi je veux que Joseph
m'aime comme un fils. Je m'en vais de suite en courant. Toi, viens après.
Salut, Seigneur. Salut, homme." "La paix à toi,
Martial." Le petit s'envole
comme une hirondelle. "Allons, Lazare.
Apporte-moi mon manteau. Moi, je vais en avant car, comme tu le vois,
l'enfant n'arrive pas à ouvrir la grille et certainement il ne veut appeler
personne." 99> Jésus va vivement à
la grille, Lazare vivement à la maison. Le premier ouvre les
fermetures de fer à l'enfant qui s'en va en vitesse. Le second apporte le
manteau à Jésus et à côté de Jésus il marche sur la route vers Bethphagé. "Que peut bien
vouloir Joseph, pour envoyer si secrètement un enfant ?" "Un enfant
échappe à ceux qui peuvent surveiller" répond Jésus. "Tu crois que...
Tu soupçonnes que... Tu te sens en danger, Seigneur ?" "J'en suis
certain, mon ami." "Comment ? Même
maintenant ? Mais tu ne pouvais pas donner une preuve plus grande !..." "La haine croît
sous l'aiguillon de la réalité." "Oh ! c'est à
cause de moi, alors ! Je t'ai nui !... Ma peine est sans pareille !" dit
Lazare, vraiment affligé. "Ce n'est pas à
cause de toi. Ne t'afflige pas sans motif. Tu as été le moyen, mais la cause
a été la nécessité, tu comprends, la nécessité de donner au monde la preuve
de ma nature divine. Si ce n'avait pas été toi, cela aurait été un autre, car
je devais prouver au monde que, en Dieu que je suis, je peux tout ce que je
veux. Et ramener à la vie quelqu'un qui est mort depuis plusieurs jours et
déjà décomposé, ce ne peut être l'œuvre que de Dieu." "Ah ! Tu veux me
consoler. Mais pour moi, ma joie, toute ma joie, est dissipée... Je souffre,
Seigneur." Jésus fait un geste
comme pour dire : "Qu'y faire !" et ils se taisent ensuite tous les
deux. Ils marchent
vivement. La distance est courte entre Béthanie et Bethphagé
et ils ont vite fait d'arriver. Joseph fait les cent
pas sur la route à l'entrée du village. Il a le dos tourné quand Jésus et
Lazare débouchent d'un sentier caché par une haie. Lazare l'appelle. "Oh ! Paix à
vous ! Viens, Maître. Je t'ai attendu ici pour te voir tout de suite, mais
allons dans l'oliveraie. Je ne veux pas qu'ils nous voient..." Il les conduit
derrière les maisons, dans un bosquet d'oliviers qui, avec leurs frondaisons
touffues et ébouriffées qui cachent les pentes, sont un refuge commode pour
parler sans être remarqués. "Maître, je t'ai
envoyé l'enfant, qui est éveillé et obéissant et qui m'aime beaucoup, parce
que je devais te parler et que je ne devais pas être vu. J'ai
suivi le Cédron pour venir ici... Maître, tu dois t'en aller tout de suite
d'ici. Le Sanhédrin a décrété ton arrestation et demain, dans les
synagogues, on lira le décret. 100> Quiconque sait où tu
te trouves, a le devoir de l'indiquer. Je n'ai pas besoin de te dire, Lazare,
que ta maison sera la première perquisitionnée. Je suis sorti à sexte du
Temple et je me suis hâté; car pendant qu'ils parlaient, j'avais déjà fait
mon plan. Je suis allé à la maison, j'ai pris l'enfant. Je suis sorti à
cheval par la Porte d'Hérode comme pour quitter la ville, puis j'ai traversé
le Cédron et je l'ai suivi. J'ai laissé l'âne au Gethsémani, j'ai envoyé en
vitesse l'enfant qui déjà connaissait la route pour être venu avec moi à
Béthanie. Va-t'en tout de suite, Maître, en lieu
sûr. Sais-tu où aller ? As-tu où aller ?" "Mais ne
suffit-il pas qu'il s'éloigne d'ici ? De la Judée, tout au plus ?" "Cela ne suffit
pas, Lazare. Ils sont furieux. Il faut qu'il aille où eux ne vont
pas..." "Mais ils vont
partout, eux ! Tu ne voudrais pas que le Maître quitte la Palestine
!..." dit Lazare agité. "Mais que
dois-je te dire ? ! Le Sanhédrin le veut..." "C'est à cause
de moi, n'est-ce pas ? Dis-le !" "Hum ! Oui ! À
cause de toi... plutôt parce que tous se convertissent à Lui, et eux... ne
veulent pas de cela." "Mais c'est un
crime ! C'est un sacrilège... C'est..." Jésus, pâle, mais calme,
lève la main pour imposer le silence et il dit : "Tais-toi, Lazare.
Chacun fait son travail. Tout est écrit. Je te remercie, Joseph, et je te
certifie que je m'en vais. Va, va, Joseph. Qu'ils ne remarquent pas ton
absence... Que Dieu te bénisse. Par Lazare je te ferai savoir où je suis. Va
! Je te bénis toi, Nicodème et tous ceux qui ont
le cœur droit." Il l'embrasse et ils se séparent. Jésus revient avec
Lazare, par l'oliveraie, à Béthanie, alors que Joseph va vers la ville. "Que vas-tu
faire, Maître ?" demande Lazare angoissé. "Je ne sais pas.
Ces jours-ci les femmes disciples arrivent avec ma Mère. J'aurais voulu les attendre..." "À cause de
cela... moi, je les accueillerais en ton nom, et je pourrais te les conduire.
Mais, Toi, en attendant où vas-tu ? Dans la maison de Salomon je ne crois pas... ni chez des disciples
connus. Demain !.., Tu dois partir tout de suite !" "J'aurais un
endroit, mais je voudrais attendre ma Mère. Son angoisse commencerait trop
tôt si elle ne me trouvait pas..." "Où iras-tu,
Maître ?" "À Éphraïm." "En Samarie
?" "En Samarie. Les
samaritains sont moins samaritains que beaucoup d'autres et ils m'aiment. Éphraïm est à la frontière..." 101> "Oh ! C'est
pour être contre les juifs qu'ils te feront honneur et qu'ils te défendront !
Mais... attends ! Ta Mère ne peut venir que par la route de la Samarie ou par
celle du Jourdain. J'irai avec des serviteurs par l'une, et Maximin avec d'autres
serviteurs par l'autre, et l'un ou l'autre la trouvera. Nous ne reviendrons
qu'avec elles. Tu sais que personne de la maison de Lazare ne peut trahir.
Tu vas aller pendant ce temps à Éphraïm, tout de suite. Ah ! il était dit
que je ne pourrais jouir de Toi ! Mais je viendrai par les monts d'Adomin. Je suis sain maintenant. Je puis faire ce
que je veux. Et même, oui ! Je ferai croire que par la route de la Samarie je
vais à Ptolémaïs afin de prendre le
bateau pour Antioche. Tout le monde sait que j'y ai des terres...
Mes sœurs resteront à Béthanie... Toi... Oui. Maintenant je vais faire
préparer deux chars et vous irez à Jéricho avec eux. Puis à l'aube de demain,
vous reprendrez le chemin à pied. Oh ! Maître ! Mon Maître ! Sauve-toi !
Sauve-toi !" Après l'excitation du premier moment, Lazare tombe dans la
tristesse et il pleure. Jésus soupire, mais ne dit rien. Que devrait-il dire
?... Les voilà à la maison
de Simon. Ils se séparent. Jésus entre dans la
maison. Les apôtres, déjà étonnés que le Maître soit parti sans rien dire, se
serrent autour de Jésus qui leur dit : "Prenez les vêtements. Faites les
sacs. Nous devons partir tout de suite d'ici. Faites vite. Et rejoignez-moi
chez Lazare." "Même les
vêtements mouillés ? Ne pouvons-nous pas les reprendre à notre retour ?"
demande Thomas. "Nous ne
reviendrons pas. Prenez tout." Les apôtres s'en vont
en se parlant par leurs regards. Jésus va prendre ses affaires dans la maison
de Lazare et salue les sœurs consternées... Les chars sont vite
prêts, des chars lourds, couverts, tirés par des chevaux robustes. Jésus
prend congé de Lazare, de Maximin, des serviteurs qui sont accourus. |
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Ils montent sur les
chars qui attendent à une sortie postérieure. Les conducteurs fouettent les
animaux et le voyage commence par la même route par laquelle Jésus est venu
pour ressusciter Lazare quelques jours avant. |
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[2] En fait, c'est Lazare lui-même
qui, dans le délire de son agonie, a laissé apparaître des reproches et des
souffrances enfouis. Cf. 8.4
[4] Voir la vision de la mort de Marie Madeleine (extraits des
"Cahiers de 1944)