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167> Tous les apôtres sont
là, tous les disciples bergers et
aussi Jonathas que Chouza a renvoyé de son
service. Il y a Margziam et Manaën et beaucoup de
disciples des soixante-douze et aussi beaucoup
d’autres. Ils sont à l’ombre des arbres qui, avec leur épais feuillage,
tempèrent la lumière et la chaleur. Ils ne sont pas en haut, vers le sommet
où arriva la Transfiguration mais à mi-côte, là où un bois de chênes semble
vouloir voiler le sommet et soutenir les flancs de la montagne avec leurs
puissantes racines.
Presque tous sommeillent à cause de l’heure et aussi du manque d’occupation
et de la longue attente. Mais il suffit du cri d’un enfant - je ne sais pas
qui c’est car je ne le vois pas de l’endroit où je me trouve — pour que tous
se lèvent dans un premier mouvement impulsif qui se change tout de suite en
un prosternement avec le visage dans l’herbe.
"La paix à vous tous. Me voici parmi vous. Paix à vous. Paix à
vous." Jésus passe
parmi eux en les saluant, en les bénissant. Beaucoup pleurent, d’autres
sourient bienheureux, mais tous ont une si grande paix.
Jésus se rend pour s’arrêter là où les apôtres et les bergers forment un
groupe nombreux avec Margziam, Manaën,
Étienne, Nicolaï, Jean
d’Éphèse, Hermas et quelques autres des
disciples les plus fidèles dont je ne me rappelle pas les noms. Je vois celui
de Corozaïn qui a
laissé l’ensevelissement de son père pour suivre Jésus, un autre que j’ai vu
une autre fois. Jésus prend dans ses mains la tête de Margziam
qui pleure en le regardant, il le baise au front puis le serre sur son cœur.
Puis il se tourne vers les autres et il dit : "Beaucoup et peu. Où sont
les autres ? Je sais que nombreux sont mes disciples fidèles. Pourquoi
alors n’y a-t-il ici qu’à peine cinq cents personnes , en ne
comptant pas les enfants fils de tel ou tel d’entre vous ?"
Pierre se lève et parle au nom de tous; il était resté à
genoux dans l’herbe. "Seigneur, entre le treizième et le vingtième jour
de ta mort un grand nombre sont venus ici des nombreuses villes de Palestine,
disant que tu étais parmi eux. Ainsi beaucoup de nous, pour te voir avant,
sont allés avec tel ou tel. Quelques-uns viennent de partir. Ils disaient,
ceux qui sont venus, t’avoir vu et parlé en différents endroits et, ce qui
était merveilleux, tous disaient t’avoir vu le douzième jour après ta mort.
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168> Nous avons pensé que c’était
une tromperie de quelqu’un des faux prophètes dont tu as dit qu’ils
surgiraient pour tromper les élus. Tu en as parlé là, sur le mont des
Oliviers, le soir d’avant… d’avant..." Pierre, à ce souvenir, est repris
par sa douleur, il baisse la tête et se tait. Deux larmes, suivies par d’autres,
tombent de sa barbe sur le sol...
Jésus lui met sa main droite sur l’épaule et Pierre frémit à ce contact et,
n’osant pas toucher cette Main avec les siennes, baisse le cou, le visage,
pour caresser de sa joue, pour effleurer de ses lèvres, cette Main adorable.
Jacques
d’Alphée poursuit le récit : "Et
nous avons déconseillé de croire à ces apparitions, à ceux d’entre nous qui
se levaient pour courir vers la grande mer, ou vers Bozra,
ou Césarée de Philippe, Pella ou Cédés, sur la montagne prés de Jéricho et
dans la plaine, comme dans la plaine d’Esdrelon,
sur le grand Hermon comme à Beteron et à Betsemes, et dans d’autres lieux sans noms parce que ce
sont des maisons isolées dans la plaine près de Jafia
ou près de Galaad. Trop incertaines. Certains disaient : “Nous l’avons vu et
entendu”. D’autres envoyaient dire qu’ils l’avaient vu et même qu’ils avaient
mangé avec Toi. Oui, nous voulions les retenir, pensant que c’étaient des
pièges de celui qui nous combat, ou même des fantômes vus par des justes qui
à force de penser à Toi finissent par te voir là où tu n’es pas. Mais eux ont
voulu aller, les uns dans un endroit, les autres ailleurs. Et de cette
manière nous sommes réduits à moins d’un tiers."
"Vous avez eu raison d’insister pour les retenir. Non pas que je n’ai
pas été réellement là où ceux qui sont venus vous le dire ont dit que
j’étais. Mais parce que j’avais dit de rester ici, unis dans la prière en
m’attendant. Et parce que je veux qu’on obéisse à mes paroles, spécialement
ceux qui sont mes serviteurs. Si les serviteurs commencent à désobéir, que
feront les fidèles ?
Écoutez, vous tous qui êtes ici autour de
Moi. Rappelez-vous que dans un organisme, pour qu’il soit vraiment actif et
sain, il faut une hiérarchie, c’est-à-dire quelqu’un qui commande, quelqu’un
qui transmet les ordres, et ceux qui obéissent. Ainsi en est-il dans les
cours des rois. Ainsi dans les religions, de notre religion hébraïque aux
autres, même impures. Il y a toujours un chef, ses ministres, les serviteurs
des ministres, des fidèles pour finir. Un pontife ne peut agir par lui seul.
Un roi ne peut agir par lui seul. Et ce qu’ils ordonnent, ce sont des choses
qui se rapportent uniquement à des contingences humaines ou à des formalités
rituelles...
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169> Oui, malheureusement
désormais, même dans la religion mosaïque, il ne reste plus que le formalisme
des rites, une suite de mouvements d’un mécanisme qui continue à accomplir
les mêmes gestes même maintenant que l’esprit des gestes est mort. Mort
pour toujours. Leur Divin Animateur, Celui qui donnait aux rites leur valeur,
s’est retiré d’au milieu d’eux. Et les rites sont des gestes, rien de plus.
Des gestes que n’importe quel histrion pourrait mimer sur la scène d’un
amphithéâtre. Malheur, quand une religion meurt et de puissance réelle,
vivante, devient une pantomime bruyante, extérieure, une chose vide derrière
le décor peint, derrière les vêtements pompeux, un mouvement de mécanismes
qui accomplissent des mouvements donnés, comme une clef fait agir un ressort,
mais le ressort aussi bien que la clef n’ont pas conscience de ce qu’ils
font. Malheur ! Réfléchissez !
Souvenez-vous-en toujours, et dites-le à vos successeurs, pour que cette
vérité soit connue au cours des siècles. Elle est moins effrayante la chute d’une
planète que la chute de la religion. Si le ciel restait dépeuplé d’astres et
de planètes, ce ne serait pas pour les peuples un malheur pareil à celui de
rester sans une religion réelle. Dieu suppléerait par sa puissance prévoyante
aux besoins humains, parce que Dieu peut tout pour ceux qui, sur une sage
voie, ou sur la voie que leur ignorance connaît, cherchent, aiment la
Divinité avec un esprit droit. Mais s’il venait un jour où les hommes
n’aimeraient plus Dieu, parce que les prêtres de toutes les religions
auraient fait d’elles uniquement une pantomime vide, en ne croyant pas eux,
les premiers, à la religion, malheur à la Terre !
Or, si je parle ainsi pour ces religions qui
sont impures, certaines venues à la suite de révélations partielles à un
sage, d’autres du besoin instinctif de l’homme de se créer une foi pour
donner à l’âme la pâture d’aimer un dieu, car ce besoin est l’aiguillon le
plus fort de l’homme, l’état permanent de recherche de Celui qui est, voulu
par l’esprit même si l’intelligence orgueilleuse refuse l’obéissance à
n’importe quel dieu, même si l’homme, en ignorant l’âme, ne sait pas donner
un nom à ce besoin qui s’agite en son intérieur, que devrai-je dire pour
celle que je vous ai donnée, pour celle qui porte mon Nom, pour celle dont je
vous ai créés pontifes et prêtres, pour celle que je vous ordonne de propager
par toute la Terre ? Pour cette religion Unique, Vraie, Parfaite, Immuable
dans la Doctrine enseignée par Moi, le Maître, complétée par l’enseignement
continu de Celui qui viendra : l’Esprit Saint, Guide très Saint pour mes
Pontifes et ceux qui les aideront, chefs en second dans les diverses Églises
créées dans les diverses régions où s’affirmera ma Parole.
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170> Ces Églises. bien que différentes en
nombre, n’auront pas une pensée différente, mais elles seront une seule chose
avec l’Église, en formant par chacune de leurs parties le grand édifice, toujours
plus grand, le grand, le nouveau Temple qui par ses pavillons atteindra tous
les confins du monde. Pas différentes dans leur pensée, ni opposées entre
elles, mais unies, fraternelles les unes pour les autres, toutes soumises au
Chef de l’Église, à Pierre, et à ses successeurs, jusqu’à la fin des siècles.
Et celles qui pour un motif quelconque se sépareraient de l’Église Mère,
seraient des membres coupés qui ne seraient plus nourris par le sang mystique
qu’est la Grâce qui vient de Moi, Chef divin de l’Église. Semblables à des
fils prodigues séparés volontairement de la maison paternelle, ils seraient
dans leur éphémère richesse et dans leur misère constante et toujours plus
grave, réduits à émousser leur intelligence spirituelle par des nourritures
et des vins trop lourds et ensuite à languir en mangeant les glands amers des
animaux immondes, jusqu’au moment où, avec un cœur contrit, ils reviendraient
à la maison paternelle en disant : "Nous avons péché. Père,
pardonne-nous et ouvre-nous les portes de ta demeure". Et alors, que ce
soit un membre d’une Église séparée, ou que ce soit une Église entière — oh !
qu’il en soit ainsi, mais où, quand se lèveront de mes imitateurs assez
nombreux capables de racheter ces Églises entières séparées, au prix de leur
vie, pour faire, pour refaire un unique Bercail sous un seul pasteur, ainsi
que je le désire ardemment ? — alors, que ce soit un seul ou une assemblée
qui revienne, ouvrez-leur les portes. Soyez paternels. Pensez que tous,
pendant une heure ou plusieurs, peut-être pendant des années, vous avez été,
chacun de vous, des fils prodigues enveloppés dans la concupiscence. Ne soyez
pas durs pour ceux qui se repentent. Souvenez-vous ! Souvenez-vous !
Plusieurs d'entre vous ont fui, il y a aujourd’hui vingt-deux jours. Et la
fuite n’était-elle pas une abjuration de votre amour pour Moi ? Donc comme je
vous ai accueillis, à peine repentis, revenus à Moi, faites-le vous aussi.
Tout ce que j’ai fait, faites-le. C’est mon commandement. Vous avez vécu avec
Moi pendant trois ans. Mes œuvres, ma pensée, vous les connaissez. Quand,
dans l’avenir, vous vous trouverez en face d’un cas à trancher, tournez votre
regard vers le temps où vous avez été avec Moi et comportez-vous comme Moi je
me suis comporté. Vous ne vous tromperez jamais. Je suis l’exemple vivant et
parfait de ce que vous devez faire.
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171> Et rappelez-vous encore
que je ne me suis pas refusé Moi-même à Judas de
Kériot lui-même... Le Prêtre doit, par tous les moyens, chercher à
sauver. Et que prédomine l’amour, toujours, parmi les moyens employés pour
sauver. Pensez que je n’ai pas ignoré l’horreur de Judas... Mais j’ai, en
surmontant toute répugnance, traité le malheureux comme j’ai traité Jean. A
vous.., à vous sera souvent épargnée l’amertume de savoir que tout est
inutile pour sauver un disciple aimé... Et vous pourrez donc agir sans la
lassitude qui vous prend quand vous savez que tout est inutile... On doit
travailler même alors.., toujours.., jusqu’à ce que tout soit accompli...
"Mais tu souffres, Seigneur ! ? ! Oh !
je ne croyais pas que tu puisses souffrir désormais ! Tu souffres encore pour
Judas ! Oublie-le, Seigneur !" crie Jean qui n’a pas détourné son regard
de son Seigneur.
Jésus ouvre les bras dans son geste habituel de confirmation résignée d’un
fait pénible, et il dit : "C’est ainsi... Judas a été et il est la
douleur la plus grande dans la mer de mes douleurs. C’est la douleur qui
reste... Les autres douleurs ont pris fin avec la fin du Sacrifice. Mais
celle-là reste. Je l’ai aimé. Je me suis consumé Moi-même dans mon effort
pour le sauver... J’ai pu ouvrir les portes des Limbes et en tirer les
justes, j’ai pu ouvrir les portes du Purgatoire et en tirer ceux qui se
purifiaient. Mais le lieu d’horreur était fermé sur lui, Pour lui, ma mort a
été inutile."
"Ne souffre pas ! Ne souffre pas ! Tu es glorieux, mon Seigneur ! A Toi
la gloire et la joie. Tu as consumé ta douleur !" dit encore Jean en le
suppliant.
"Vraiment personne ne pensait que Lui pût souffrir encore !"
disent-ils tous, étonnés et émus, en parlant entre eux.
"Et vous ne pensez pas à la douleur que devra encore souffrir mon Cœur
au cours des siècles, pour tout pécheur impénitent, pour toute hérésie qui me
nie, pour tout croyant qui m’abjure, et —déchirement des déchirements - pour
tout prêtre coupable, cause de scandale et de ruine ? Vous ne savez pas !
Vous ne savez pas encore. Vous ne saurez jamais complètement tant que vous ne
serez pas avec Moi dans la Lumière des Cieux. Alors vous comprendrez… En
contemplant Judas, j’ai contemplé les élus pour lesquels l’élection se change
en ruine à cause de leur volonté perverse... Oh ! vous qui êtes fidèles, vous
qui formerez les futurs Prêtres, rappelez-vous ma douleur, formez-vous
toujours plus à la sainteté pour consoler ma douleur, formez-les à la
sainteté pour que, autant que possible, ne se répète pas cette douleur,
exhortez, veillez, enseignez, combattez, soyez attentifs comme des mères, infatigables
comme des maîtres, vigilants comme des bergers, virils comme des guerriers
pour soutenir les prêtres qui seront formés par vous. La faute du douzième
apôtre, faites en sorte, oh ! faites
qu’elle ne se répète pas trop dans l’avenir...
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172> Soyez comme j’ai été avec
vous, comme je suis avec vous. Je vous ai dit : "Soyez
parfaits comme votre Père des Cieux". Et votre
humanité tremble devant un tel commandement. Maintenant davantage encore que
quand je vous l’ai dit, parce que maintenant vous connaissez votre faiblesse.
Eh bien, pour vous rendre courage, je vais
vous dire : "Soyez comme votre Maître" . Je suis
l’Homme. Ce que Moi j’ai fait, vous pouvez le faire. Même les miracles. Oui.
Même eux, pour que le monde sache que c’est Moi qui vous envoie et pour que
ceux qui souffrent ne pleurent pas dans le découragement de penser :
"Lui n’est plus parmi nous pour soigner nos malades et nous consoler
dans nos douleurs". Pendant ces jours j’ai fait des miracles pour
consoler les cœurs et les persuader que le Christ n’est pas détruit parce
qu’on l’a mis à mort, mais qu’au contraire il est plus fort, éternellement fort
et puissant. Mais quand je ne serai plus parmi vous, vous ferez ce que j’ai
fait jusqu’ici et que je ferai encore. Pourtant ce n’est pas tant par la
puissance du miracle mais par votre sainteté que grandira l’amour pour la
nouvelle Religion. C’est votre sainteté, et non le don que je vous transmets,
sur laquelle vous devez veiller jalousement. Plus vous serez saints et plus
vous serez chers à mon Cœur et l’Esprit de Dieu vous illuminera pendant que
la Bonté de Dieu et sa Puissance remplira vos mains des dons du Ciel. Le
miracle n’est pas un acte commun et indispensable pour vivre dans la foi.
Et même ! Bienheureux ceux qui sauront rester dans la foi sans moyens
extraordinaires pour les aider à croire ! Cependant le miracle n’est pas
non plus un acte si exclusivement réservé à des temps spéciaux qu’il doive
cesser quand ces temps-là ne sont plus. Le miracle existera dans le monde.
Toujours. Et les miracles seront d’autant plus nombreux qu’il y aura plus de
justes dans le monde. Quand on verra se faire très rares les vrais miracles,
qu’on dise alors que la foi et la justice sont languissantes. En effet
j’ai dit : "Si vous avez la foi, vous pourrez déplacer
les montagnes". En effet j’ai dit : "Les signes
qui accompagneront ceux qui ont la vraie foi en Moi seront la victoire sur
les démons et sur les maladies, sur les éléments et les embûches".
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173> Dieu est avec celui qui
l’aime. Le signe de comme mes fidèles seront en Moi ce sera le nombre et la
force des prodiges qu’ils feront en mon nom et pour glorifier Dieu. A un
monde sans miracles vrais, on pourra dire sans le calomnier : "Tu as
perdu la foi et la justice, tu es un monde sans saints"
Donc, pour revenir au début, vous avez bien fait de chercher à retenir ceux
qui, pareils à des enfants séduits par un air musical ou un miroitement
étrange, courent se perdre loin des choses sûres. Mais vous voyez ? Ils en
sont punis parce qu’ils perdent ma parole. Pourtant vous aussi avez eu votre
tort. Vous vous êtes souvenus que j’ai dit de ne pas courir çà et là pour
toute voix qui affirmait que j’étais dans un endroit. Mais vous ne vous êtes
pas rappelés que j’ai dit aussi que dans sa seconde venue le Christ sera
semblable à un éclair qui sort du levant pour aller au couchant en un temps
moins long que le battement d’une paupière.
Or cette seconde venue a commencé au moment
de ma Résurrection. Elle aura sa fin par l’apparition du Christ Juge à tous
les ressuscités. Mais auparavant, que de fois j’apparaîtrai pour
convertir, pour guérir, pour consoler, enseigner, donner des ordres ! En
vérité, je vous dis : Je vais retourner à mon Père. Mais la Terre ne perdra
pas ma Présence. Je serai vigilant et ami, Maître et Médecin là ou les corps ou les âmes, pécheurs ou saints, auront
besoin de Moi ou seront choisis par Moi pour transmettre mes paroles aux
autres. Car cela aussi est vrai, parce que l’Humanité aura besoin d’un acte
continuel d’amour de ma part, parce qu’elle a tant de mal à se plier, se
refroidit si facilement, oublie si vite, aimant descendre plutôt que de
monter, de sorte que si je ne la retenais pas par des moyens surnaturels ne
serviraient pas la loi, l’Évangile, les secours divins que mon Église dispensera
pour conserver l’Humanité dans la connaissance de la Vérité et dans la
volonté de rejoindre le Ciel. Et je parle de l’Humanité qui croit en
Moi... toujours peu nombreuse en comparaison de la grande masse des habitants
de la Terre.
Je viendrai. Que celui qui m’aura reste
humble. Que celui qui ne m’aura pas ne soit pas avide de m’avoir pour en être
loué. Que personne ne désire ce qui est extraordinaire. Dieu sait quand et où
le donner. Il n’est pas nécessaire d’avoir l’extraordinaire pour entrer dans
les Cieux. C’est même une arme qui mal employée peut ouvrir l’enfer au lieu
du Ciel. Et maintenant je vais vous dire comment. Parce que l’orgueil peut
surgir, parce que l’on peut arriver à un état d’esprit méprisable aux yeux de
Dieu, parce qu’il ressemble à une torpeur où quelqu’un se complaît pour
caresser le trésor qu’il a eu en se croyant déjà au Ciel parce qu’il a eu ce
don.
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174> Non. Dans ce cas, au lieu
de devenir flamme et aile, il devient gel et lourde pierre et l’âme tombe et
meurt. Et aussi : un don mal employé peut susciter un vif désir d’en avoir
davantage pour en avoir une plus grande louange. Alors, dans ce cas, au
Seigneur pourrait se substituer l’Esprit du Mal pour séduire les imprudents
par des prodiges impurs. Soyez toujours loin des séductions de toutes
espèces. Fuyez-les. Soyez contents de ce que Dieu vous accorde. Lui sait ce
qui vous est utile et de quelle manière. Pensez toujours que tout don est une
épreuve en plus d’être un don, une épreuve de votre justice et de votre
volonté. J’ai donné à vous les mêmes choses. Mais ce qui vous a rendus
meilleurs a ruiné Judas. Etait-ce donc un mal que le don ? Non. Mais mauvaise
était la volonté de cet esprit...
Ainsi en est-il maintenant. J’ai apparu à un grand nombre, non seulement pour
consoler et combler de bienfaits, mais pour vous satisfaire. Vous m’aviez
prié de persuader le peuple que je suis ressuscité, le peuple que ceux du Sanhédrin
essaient d’amener à leur pensée. Je suis apparu à des enfants et à des
adultes, le même jour, en des points si éloignés entre eux qu’il faudrait
plusieurs jours de marche pour aller de l’un à l’autre. Mais pour Moi
n’existe plus l’esclavage des distances. Et ces apparitions simultanées vous
ont désorienté vous aussi. Vous vous êtes dit : "Ces gens-là ont vu des
fantômes". Vous avez donc oublié une partie de mes paroles, c’est-à-dire
que je serai dorénavant à l’orient et à l’occident, au septentrion et au
midi, où je trouverai juste d’être, sans que rien ne me l’empêche, et
rapidement comme la foudre qui sillonne le ciel. Je suis un Homme véritable.
Voici mes membres et mon Corps, solide, chaud, capable de se mouvoir, de
respirer, de parler comme le vôtre. Mais je suis le vrai Dieu. Et si pendant
trente-trois ans la Divinité a été, pour une fin suprême, cachée dans
l’Humanité, maintenant la Divinité, bien qu’unie à l’Humanité, a pris le
dessus et l’Humanité jouit de la liberté parfaite des corps glorifiés. Reine
avec la Divinité, elle n’est plus sujette à tout ce qui est limitation pour
l’Humanité. Me voici. Je suis avec vous et je pourrais, si je voulais, être
dans un instant aux confins du monde pour attirer à Moi un esprit qui me cherche.
Et quel fruit aura ma présence près de Césarée maritime et dans la haute
Césarée, comme au Carit et à Engaddi,
et près de Pella et de Jutta et dans d’autres lieux
de Judée et à Bozra et sur le grand Hermon et à
Sidon et aux confins de la Galilée ? Et quel fruit d’avoir guéri un enfant et
ressuscité quelqu’un qui avait expiré depuis peu, et réconforté une angoisse
et appelé à mon service quelqu’un qui s’était macéré dans une dure pénitence
et à Dieu un juste qui m’en avait prié, et d’avoir donné mon message à des
innocents et mes ordres à un cœur fidèle ?
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175> Est-ce que cela persuadera le
monde ? Non. Ceux qui croient continueront de croire, avec plus de paix, mais
pas avec plus de force parce qu’ils savaient déjà vraiment croire. Ceux qui
n’ont pas su croire avec une vraie foi resteront incertains et les mauvais
diront que ce sont des délires et des mensonges les apparitions, et que le
mort n’était pas mort mais endormi... Vous souvenez-vous quand je vous ai dit
la parabole du mauvais riche ?
J’ai dit qu’Abraham répondit au damné : "S’ils n'écoutent pas Moïse et
les prophètes ils ne croiront pas non plus à quelqu’un qui est ressuscité des
morts pour leur dire ce qu’ils doivent faire". Ont-ils peut-être cru à
Moi, Maître, et à mes miracles ? Qu’a obtenu le miracle de Lazare ? Il a hâté
ma condamnation. Qu’a obtenu ma résurrection ? Un accroissement de leur haine.
Même ces miracles de mes derniers temps parmi vous ne persuaderont pas le
monde, mais uniquement ceux qui ne sont plus du monde, ayant choisi le
Royaume de Dieu avec ses fatigues et ses peines actuelles et sa gloire
future.
Mais il me plaît que vous ayez été confirmés dans la foi et que vous ayez été
fidèles à mon ordre, en restant à m’attendre sur cette montagne, sans avoir
la hâte humaine de jouir de choses même bonnes mais différentes de celles que
je vous avais indiquées. La désobéissance donne un dixième et en enlève neuf.
Eux sont allés et entendront des paroles d’hommes, toujours celles-là. Vous
êtes restés et vous avez entendu ma Parole qui, même si elle rappelle des
choses déjà dites, est toujours bonne et utile. La leçon servira d’exemple à
vous tous, et aussi à eux, pour l’avenir."
Jésus tourne son regard sur ces visages rassemblés là et appelle :
"Viens, Élisée d’Engaddi. J’ai
quelque chose à te dire."
Je n’avais pas reconnu l’ancien lépreux, fils du vieil Abraham. C’était alors
un spectre squelettique, c’est maintenant un homme robuste dans la fleur de
l’âge. Il s’approche en se prosternant aux pieds de Jésus qui lui dit :
"Une question te tremble sur les lèvres depuis que tu as su que j’ai été
à Engaddi, et c’est celle-ci :
"As-tu consolé mon père ?" et Moi, je te dis : “Je l’ai plus que
consolé ! Je l’ai pris avec Moi”.
"Avec Toi, mon Seigneur. Et où est-il que je ne le vois pas ?"
"Elisée, je suis ici encore pour un temps court. Ensuite je vais à mon
Père..."
"Seigneur !... Tu veux dire...
Mon père est mort !"
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176> "Il s’est endormi sur
mon Cœur. Pour lui aussi est finie la douleur. Il l’a toute consumée, et en
restant toujours fidèle au Seigneur. Ne pleure pas. Ne l’avais-tu pas quitté
pour me suivre ?"
"Oui, mon Seigneur..."
"Voilà. Ton père est avec Moi. Donc en me suivant tu viens encore près
de ton père."
"Mais quand ? Comment ?"
"Dans sa vigne, là où il a entendu parler de Moi la première fois. Il
m’a rappelé sa prière de l’an passé. Je lui ai dit : "Viens". Il
est mort heureux parce que tu as tout quitté pour me suivre."
"Pardonne-moi, si je pleure... C’était mon père..."
"Je sais comprendre la douleur." Il lui met la main sur la tête
pour le consoler et il dit aux disciples : "Voici un nouveau compagnon.
Qu’il vous soit cher parce que je l’ai tiré de son tombeau pour qu’il me
serve."
Puis il appelle : "Élie,
viens à Moi. Ne sois pas honteux comme quelqu’un qui est étranger parmi des
frères. Tout le passé est détruit. Et toi aussi, Zacharie, qui as quitté père et mère pour Moi, mets-toi avec les
soixante-douze avec Joseph de Cintium. Vous
le méritez ayant défié pour Moi les voies des puissants. Et toi, Philippe, et
toi aussi, son compagnon qui ne veux pas être appelé
par ton nom parce qu’il te semble horrible, et prends alors celui de ton père
qui est un juste, même s’il n’est pas encore parmi ceux qui me suivent
ouvertement. Voyez-vous tous ? Je n’exclus personne qui ait bonne volonté.
Pas ceux qui me suivaient déjà comme disciples, pas ceux qui faisaient des
œuvres bonnes en mon nom même s’ils n’appartenaient pas aux groupes de mes
disciples, pas ceux qui appartenaient à des sectes que n’aiment pas tous, ils
peuvent toujours entrer dans le droit chemin et ne doivent pas être
repoussés. Faites comme je fais. J’unis ceux-ci aux anciens disciples, car le
Royaume des Cieux est ouvert à tous ceux qui ont bonne volonté. Et, bien
qu’ils ne soient pas présents, je vous dis de ne pas repousser même les
gentils. Moi, je ne les ai pas repoussés quand je les ai su désireux de la
Vérité. Faites ce que j’ai fait. Et toi, Daniel,
vraiment sorti de la fosse, non pas aux lions mais aux chacals, viens,
unis-toi à ceux-ci. Et toi, viens aussi, Benjamin. Je vous unis à ceux-ci (il
montre les soixante-douze presque au complet) parce que la moisson du
Seigneur donnera beaucoup de fruits et de nombreux ouvriers sont nécessaires.
Maintenant restons un peu ici pendant que la journée s’écoule. Au soir vous
quitterez la montagne et à l’aurore vous viendrez avec Moi, vous les apôtres,
et vous deux que j’ai nommés, et tous ceux qui sont ici des soixante-douze
(il indique Zacharie et ce Joseph
de Cintium qui ne m’est pas
inconnu).
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177> Les autres resteront ici pour
attendre ceux qui ont couru çà et là comme des guêpes oisives pour leur dire
en mon nom que ce n’est pas en imitant les enfants paresseux et désobéissants
que l’on trouve le Seigneur. Et d’être tous à Béthanie vingt
jours avant la Pentecôte, car
ensuite ils me chercheraient en vain. Assoyez-vous tous, reposez-vous. Vous,
venez avec Moi un peu à part."
Il se met en route en tenant toujours par la main Margziam
suivi des onze apôtres. Il s’assoit au plus profond du bois de chênes et il
attire à Lui Margziam qui est très triste,
tellement triste que Pierre dit : "Console-le, Seigneur. Il l’était
déjà, maintenant il l’est davantage."
"Pourquoi, enfant ? N’es-tu pas peut-être avec Moi ? Ne devrais-tu pas
être heureux que j’ai dépassé la douleur ?"
Pour toute réponse Margziam se met à pleurer à
chaudes larmes.
"Je ne sais pas ce qu’il a. Je l’ai questionné inutilement. Et puis,
aujourd’hui, je ne m’attendais pas à ces pleurs !" bougonne Pierre, un
peu fâché.
"Moi, je le sais, au contraire" dit Jean.
"Tant mieux pour toi ! Pourquoi pleure-t-il alors ?"
"Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’il pleure. Cela fait plusieurs
Jours..."
"Hé ! je m’en suis aperçu ! Mais pourquoi ?"
"Le Seigneur le sait. J’en suis certain. Et je sais que Lui seul aura la
parole qui console" dit encore .Jean en souriant.
"C’est vrai. Je le sais. Et je sais que Margziam,
bon disciple, est vraiment un enfant en ce moment, un enfant qui ne voit pas
la vérité des choses. Mais, mon bien-aimé entre tous les disciples, tu ne
réfléchis pas que je suis allé affermir les fois vacillantes, absoudre,
recueillir des existences finies, annuler des doutes empoisonnés inoculés à
des gens plus faibles, répondre avec pitié ou rigueur à ceux qui veulent
encore me combattre, témoigner par ma présence que je suis ressuscité là où
on travaillait le plus à me dire mort ? Quel besoin y avait-il de venir vers
toi, enfant, dont la foi, l’espérance, la charité, dont la volonté et
l’obéissance me sont connues ? Vers toi pour un instant, quand je t’aurai
avec Moi, comme maintenant, plusieurs fois encore ? Qui fera le banquet de
Pâque avec Moi sinon toi seul parmi tous les autres disciples ? Vois-tu tous
ceux-ci ? Eux l’ont faite leur Pâque, et la saveur de l’agneau et du caroseth et
des azymes et du vin est devenu entièrement cendre et fiel et vinaigre pour
leurs palais, dans les heures qui ont suivi.
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178> Mais toi et Moi, mon enfant,
nous la consommerons dans la Joie, notre Pâque, et ce sera du miel qui
descend et se garde tel. Qui a pleuré alors se réjouira maintenant. Celui qui
alors s’est réjoui ne peut prétendre se réjouir de nouveau."
"Vraiment... Nous n’étions pas très gais ce jour-là..." murmure Thomas.
"Oui. Notre cœur tremblait..." dit Matthieu.
"Et nous avions un bouillonnement de soupçons et de colère, moi du
moins" dit le Thaddée.
"Et vous dites que par conséquent vous voudriez faire tous la Pâque
supplémentaire..."
"C’est cela, Seigneur" dit Pierre.
"Un jour tu t’es plains de ce que les femmes disciples et ton fils
n’auraient pas pris part au banquet pascal. Maintenant tu te plains de ce que
ceux qui ne se sont pas réjouis alors doivent avoir leur joie."
"C’est vrai. Je suis un pécheur."
"Et Moi, je suis Celui qui compatit. Je veux que vous soyez tous autour
de Moi et pas vous seulement, mais aussi les femmes
disciples. Lazare nous donnera encore une fois
l’hospitalité. Je n’ai pas voulu tes
filles, Philippe, ni vos épouses, ni Mirta, Noémi et la jeune fille qui
est avec elles, ni celui-ci. Jérusalem n’était pas un lieu pour tous, ces
jours-là !"
"C’est vrai ! Il était bien qu’elles n’y soient pas" soupire Philippe.
"Oui. Elles auraient vu notre lâcheté."
"Tais-toi, Pierre, elle est pardonnée."
"Oui. Mais je l’ai avouée à mon fils et je croyais que c’était pour cela
qu’il était triste. Je l’ai avouée parce que chaque fois que je l’avoue,
c’est un soulagement. C’est comme si on m’enlevait une grosse pierre de sur
le cœur. Je me sens plus absous chaque fois que je m’humilie. Mais si Margziam est triste parce que tu t’es montré à
d’autres..."
"Pour cela, pas pour autre chose, mon père."
"Et alors sois heureux ! Lui t’a aimé et t’aime. Tu le vois. Je t’avais
pourtant parlé de la seconde Pâque..."
"Moi, je pensais avoir fait trop peu volontiers l’obéissance que Porphyrée
m’avait donnée en ton nom, Seigneur, et que c’était pour cela que tu me
punissais. Et je pensais aussi que tu ne te montrais pas à moi parce que je
haïssais Judas et ceux qui t’ont crucifié" avoue Margziam.
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179> "Ne hais personne. Moi,
j’ai pardonné."
"Oui. Mon Seigneur, je ne haïrai plus."
"Et ne sois plus triste."
"Je ne le serai plus, Seigneur." Margziam,
comme tous ceux qui sont très jeunes, est moins craintif de Jésus que les
autres. Il s’abandonne aux bras de Jésus, maintenant qu’il est certain que
Jésus n’est pas en colère avec Lui. Il y va en toute confiance. Et même il
s’y réfugie tout entier comme un poussin sous l’aile maternelle dans le
cercle des bras qui l’attirent à Lui, et avec la disparition de l’angoisse
qui le rendait triste et inquiet depuis des jours, il s’endort heureux.
"C’est encore un enfant" observe le Zélote.
"Oui. Mais quelle peine il a eue ! Porphyrée
me l’a dit quand, prévenue par Joseph
de Tibériade, elle me l’a conduit" lui répond Pierre. Puis, au Maître
: "Porphyrée aussi à Jérusalem ?" Quel
désir dans la voix de Pierre !
"Toutes. Je veux les bénir avant de monter vers mon Père. Elles ont
servi elles aussi et bien souvent mieux que les hommes."
"Et chez ta Mère, tu n’y vas pas ?"
demande le Thaddée.
"Nous sommes ensemble."
"Ensemble ? Quand ?"
"Jude, Jude, et te semble-t-il que Moi qui ai toujours trouvé ma joie
près d’elle, je ne suis pas maintenant avec elle ?"
"Mais Marie est seule dans sa maison. Ma mère me
l’a dit hier."
Jésus sourit et répond : "Derrière le voile du Saint des Saints entre
seulement le Grand Prêtre."
"Et alors ? Que veux-tu dire ?"
"Qu’il y a des béatitudes qu’on ne peut décrire et qui ne peuvent être
connues. Voilà ce que je veux dire."
Il détache doucement de Lui Margziam et le confie
aux bras de Jean qui est le plus proche. Il se lève, les bénit et pendant
qu’eux la tête inclinée, tous à genoux, sauf Jean qui a sur ses genoux la
tête de Margziam, pendant qu’ils reçoivent la
bénédiction, il disparaît.
"Il est vraiment comme l’éclair dont il parle" dit Barthélemy...
Ils restent pensifs en attendant le coucher du soleil.
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