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24 février 1945
465> Jésus est dans la
cuisine de la maisonnette de l'Oliveraie au souper avec ses disciples. Ils
parlent des événements de la journée, qui cependant n'est pas celle
précédemment décrite, car je constate qu'on parle d'autres faits, parmi
lesquels la guérison d'un lépreux survenue près des tombeaux sur la route de Bethphagé .
"Il y avait aussi un centurion romain qui regardait , dit Barthélemy. Et il ajoute : "Il m'a demandé du haut de
son cheval : "L'homme que tu suis fait souvent des choses
semblables ?" et à ma réponse affirmative il s'est écrié :
"Alors, il est plus grand qu'Esculape et il deviendra plus riche que Crésus ". J’ai répondu: "Il sera toujours pauvre aux
yeux du monde, car il ne reçoit pas mais il donne, et ne veut que des âmes
pour les conduire au Dieu Vrai". Le centurion m'a regardé très
étonné et puis, il a éperonné son cheval et s'en est allé au galop."
"Il y avait aussi une dame romaine dans sa litière . Ce ne pouvait être qu'une femme. Elle avait baissé les
rideaux, mais jetait des coups d’œil au dehors. Voilà ce que j’ai vu"
dit Thomas.
"Oui, elle était au début de la courbe de la route. Elle avait donné
l'ordre de s'arrêter quand le lépreux avait crié : "Fils de David,
aie pitié de moi !" Il y avait le rideau déplacé et j'ai vu qu'elle
t'a regardé avec une loupe précieuse et elle a ri ironiquement. Mais quand elle a vu que
Toi, par ton seul commandement tu l'avais guéri ! Alors, elle m'a appelé
et m'a demandé : "Mais c’est celui qu'on donne pour le vrai
Messie ?". J'ai répondu que oui, et elle m'a dit : "Tu es
avec Lui ?" Et puis elle a demandé : "Est-il vraiment
bon ?" dit Jean.
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466> "Alors, tu l'as
vue ! Comment était-elle ?" demandent Pierre et Judas.
"Bah !... une femme..."
"Quelle découverte !" dit Pierre en riant.
Et l'Iscariote poursuit : "Mais elle était belle, jeune,
riche ?"
"Oui. Il me semble qu'elle était jeune, et belle également. Mais je
regardais toujours vers Jésus plutôt que de son côté. Je voulais voir si le
Maître se remettait en route..."
"Imbécile !" murmure l'Iscariote entre ses dents.
"Pourquoi ?" dit Jacques de Zébédée pour le défendre.
"Mon frère n'est pas un Ganymède en quête d'aventures .
Il a répondu par politesse, mais il n'a pas manqué à sa première
qualité."
"Laquelle ?" demande l'Iscariote.
"Celle d'un disciple qui garde pour son Maître son unique amour."
Judas baisse la tête, mécontent.
"Et puis... ce n'est pas bien que l'on vous voie parler avec les
Romains" dit Philippe .
"Déjà ils nous accusent d'être Galiléens et, pour cette raison, moins
"purs" que les Juifs. Et cela, par naissance. Puis, ils nous
accusent de séjourner souvent à Tibériade, lieu de rendez-vous des Gentils, des Romains, des
Phéniciens, des Syriens... Puis... encore... oh ! de combien de choses ils
nous accusent ! ..."
"Tu es bon, Philippe, et tu mets un voile sur ce qu'a de dur la vérité
que tu dis. Mais, sans voile, la vérité est là : de combien de choses
ils m'accusent Moi" dit Jésus qui jusqu'alors s'est tu.
"Au fond, ils n'ont pas tout à fait tort. Trop de contacts avec les
païens" dit l'Iscariote.
"Crois-tu que les païens sont uniquement ceux qui n'ont pas la loi
mosaïque ?" dit Jésus.
"Et qui d'autres, alors ?"
"Judas !... Peux-tu jurer sur notre Dieu de ne pas avoir de
paganisme dans ton cœur ? Et puis jurer que les Israélites, les plus en
vue, en sont indemnes ?"
"Mais, Maître... des autres, je n'en sais rien... mais moi... je peux le
jurer en ce qui me concerne."
"Dans ta pensée, qu'est-ce que c'est que le paganisme ?"
demande encore Jésus.
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467> "Mais, c'est suivre une
religion qui n'est pas vraie, adorer les dieux" réplique vivement Judas.
"Quels dieux ?"
"Les dieux de la Grèce, de Rome, ceux d'Égypte... en somme les dieux aux
mille noms, des êtres imaginaires qui, selon les païens, peuplent leur
Olympe."
"Il n'y a pas d'autres dieux ? Seulement les dieux de
l'Olympe ?"
"Et quels autres encore ? N'y en a-t-il pas déjà trop ?"
"Trop. Oui, trop. Mais il y en a d'autres, sur les autels desquels tous
les hommes viennent brûler de l'encens, même les prêtres, les scribes, les
rabbins, les pharisiens, les saducéens, les hérodiens, ce sont toutes des
personnes d'Israël, n'est-ce pas ? Non seulement eux, mais même mes
disciples."
"Ah ! pour cela, non !" affirment-ils tous unanimement.
"Non ? Amis... Qui, parmi vous, n'a pas un culte secret ou
plusieurs ? Pour l'un, c'est la beauté et l'élégance. Pour un autre,
l'orgueil de son savoir. Un autre encense l'espérance de devenir grand, humainement.
Un autre encore adore la femme. Un autre l'argent... Un autre se
prosterne devant son savoir... et ainsi de suite. En vérité, je vous dis
qu'il n'y a pas d'homme qui ne soit marqué par l'idolâtrie. Comment alors
dédaigner ceux qui, par malchance, sont païens, lorsque, malgré
l'appartenance au Dieu Vrai, on reste païen dans sa volonté ?"
"Mais, nous sommes des hommes, Maître" s'exclament plusieurs.
"C'est vrai. Mais alors... ayez de la charité pour tous, car Moi, je
suis venu pour tous et vous n'êtes pas plus que Moi."
"Mais, en attendant, ils nous accusent, et ta mission en est
entravée."
"Elle ira quand même de l'avant."
Pierre, assis près de Jésus et qui en est très heureux - pour cela
il est bon, bon - il dit à son tour : "À propos de femmes, il y a
peu de jours ou plutôt depuis que tu as parlé la première fois à Béthanie,
après le retour de Judée, qu'une femme toute voilée ne cesse de nous suivre .
Je ne sais comment elle fait pour connaître nos intentions. Je sais qu'au
fond des groupes de gens du peuple qui t'écoutent si tu parles, ou en arrière
des gens qui te suivent si tu marches, ou encore derrière nous, quand nous
allons pour t'annoncer dans les campagnes, elle est presque toujours là.
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468> À Béthanie, la première fois,
elle m'a murmuré derrière son voile : "Cet homme qui va parler,
c'est bien Jésus de Nazareth ?" Je lui ai dit que oui et le soir
elle était derrière un tronc d'arbre à t'écouter. Puis, je l'avais perdue de
vue. Mais, maintenant, ici, à Jérusalem, je l'ai vue deux ou trois fois.
Aujourd'hui, je lui ai demandé: "As-tu besoin de Lui ? Tu es
malade ? Tu veux une obole ?" Elle m'a toujours répondu non
par un signe de tête, car elle ne parle avec personne."
"Un jour elle m’a demandé : "où habite Jésus ?" Et
je lui ai répondu : "Au Gethsémani !" dit Jean.
"Bravo, imbécile !" dit l'Iscariote en colère. "Il ne
fallait pas. Tu devais lui dire : "Dévoile-toi. Fais-toi connaître
et je te le dirai"
"Mais, depuis quand devons, nous demander cela ?!" s'exclame Jean,
simple et innocent.
"Quant aux autres, on les voit. Celle-là est toute voilée. C'est
peut-être une espionne, ou une lépreuse. Elle ne doit pas nous suivre et
savoir quoique ce soit. Si c'est une espionne, c'est pour nous faire du mal.
Peut-être est-elle payée par le Sanhédrin
qui veut qu'elle nous suive…"
"Ah! il use de ces procédés, le Sanhédrin ?" demande Pierre.
"En es-tu sûr ?"
"Absolument certain. J'ai appartenu au Temple, et je sais."
"Ça par exemple ! commente Pierre. À lui s'adapte, comme un
capuchon, la raison indiquée par le Maître, il y a peu de temps..."
"Quelle raison ?" Judas est déjà rouge de colère.
"C'est que même parmi les prêtres il y a des païens."
"Qu'est-ce que ça rentre avec le fait de payer un espion ?"
"Ça y entre et comment ! Ça y est déjà, au contraire. Pourquoi
payent-ils ? Pour abattre le Messie et assurer leur triomphe. Ils
s'élèvent donc sur l'autel avec leur âme malpropre sous des habits
soignés" répond Pierre avec son bon sens populaire.
"Bon, en somme, abrège Judas, cette femme est un danger pour nous ou
pour la foule. Pour la foule si c'est une lépreuse, pour nous si c'est une
espionne."
"C'est à dire : pour Lui, tout au plus" réplique Pierre.
"Mais, si Lui tombe, nous tombons aussi..."
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469> "Ah !
Ah !" dit Pierre en riant et il termine : "si on tombe,
l'idole tombe en morceaux, on a risqué son temps, sa réputation et peut-être
sa peau, et alors ah ! ah !... et alors il vaut mieux chercher à
empêcher sa chute ou... s'éloigner à temps, n'est-ce pas ? Pour moi, au
contraire, regarde. Je l'embrasse plus étroitement. S'il tombe, abattu par
ceux qui sont traîtres de Dieu, je veux tomber avec Lui" et Pierre, de
ses bras courts, enserre étroitement Jésus.
"Je ne croyais pas avoir fait tant de mal, Maître, dit, tout attristé,
Jean qui est en face de Jésus. Frappe-moi, maltraite-moi, mais sauve-Toi.
Malheur ! si c'était moi, la cause de ta mort !…
Oh ! je ne pourrais plus retrouver la paix. Je sens que mon visage
fondrait en larmes et que mes yeux en seraient brûlés. Qu'ai-je
jamais fait ! Judas a raison : je suis un sot !"
"Non, Jean, tu n'es pas sot et tu as bien agi. Laissez-la venir
toujours. Et respectez son voile. Elle peut l'avoir mis pour se défendre dans
une lutte entre le péché et sa soif de rédemption Savez-vous quelles
blessures frappent un être quand cette lutte survient ? Connaissez-vous
ses pleurs et la rougeur qui lui monte au front ? Tu as dit, Jean, cher
fils au cœur enfantin et bon, que ton visage se creuserait par l'effet de tes
pleurs intarissables si tu avais été pour Moi une cause de mal. Mais sache
que lorsqu’une conscience qui s'éveille commence à ronger une chair qui a été
péché, pour la détruire et triompher par l'esprit, elle doit forcément
consumer tout ce qui a été attraction de la chair, et la créature vieillit,
se fane sous l'ardeur de ce feu qui la travaille. Ce n'est qu'après, une fois
que la rédemption a son terme, qu'elle se refait une nouvelle, sainte et plus
parfaite beauté, car c'est la beauté de l'âme qui affleure du regard, du
sourire, de la voix, de l'honnête hauteur du front sur lequel est descendu et
resplendi comme un diadème le pardon de Dieu."
"Alors, je n'ai pas mal fait ? ..."
"Non, et Pierre non plus n'a pas mal fait. Laissez-la faire. Et
maintenant que chacun aille se reposer. Moi je reste avec Jean et Simon
auxquels je dois parler. Allez."
Les disciples se retirent. Peut-être dorment-ils dans la pièce du pressoir d'huile . Je ne sais. Ils s'en vont et sûrement ne rentrent pas
à Jérusalem, car les portes sont fermées depuis longtemps.
"Tu as dit, Simon, que Lazare t'a envoyé Isaac
avec Maximin
aujourd'hui, pendant que j'étais près de la Tour de David . Que voulait-il ?"
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470> "Il voulait te dire que Nicodème
est chez lui et qu'il voulait te parler en secret. Je me suis permis de
dire : "Qu'il vienne. Le Maître l'attendra pendant la nuit".
Tu n'as que la nuit pour être seul. C'est pour cela que je t'ai dit :
"Congédie tout le monde, sauf Jean et moi". Jean aura à se rendre
au pont du Cédron, pour attendre Nicodème qui se trouve dans une des maisons
de Lazare, hors les murs . Moi, j'ai servi à
t'expliquer. Ai-je mal fait ?"
"Tu as bien fait. Va,
Jean, prendre ta place." Simon et Jésus restent seuls. Jésus est pensif.
Simon respecte son silence. Mais Jésus le rompt tout à coup et, comme s'il
terminait à haute voix une conversation intérieure, il dit : "Oui,
c'est bien d'agir ainsi. Isaac, Élie, les autres suffisent pour garder vivante l'idée qui
déjà prend corps parmi les bons et chez les humbles. Pour les puissants... il
y a d'autres leviers. Il y a Lazare, Chouza, Joseph, d'autres encore... Mais les puissants... ne veulent
pas de Moi. Ils craignent et tremblent pour leur puissance. J'irai loin de ce
cœur juif, toujours plus hostile au Christ."
"Nous revenons en Galilée ?"
"Non, mais loin de Jérusalem. Il faut évangéliser la Judée. C'est aussi
Israël. Mais ici, tu le vois... on exploite tout pour m'accuser. Je me
retire. Et pour la deuxième fois..."
"Maître, voici Nicodème" dit Jean
en entrant le premier. On se salue et puis Simon prend Jean avec lui et sort
de la cuisine, en laissant les deux seuls.
"Maître, pardonne-moi si j'ai voulu te parler en secret. Je me méfie,
pour Toi et pour moi, de beaucoup de gens. Ma conduite n'est pas uniquement
lâche. Il y a aussi la prudence et le désir de t'aider plus que si je
t'appartenais ouvertement. Tu as beaucoup d'ennemis. Je suis du petit nombre
de ceux qui, ici t'admirent. J'ai pris conseil de Lazare. Lazare est
puissant par sa naissance. On le craint parce qu'il est en faveur près de
Rome, juste aux yeux de Dieu, sage par maturité d'esprit et par sa culture.
Il est ton véritable ami et mon véritable ami. C'est pour cela
que j'ai voulu m'entretenir avec lui et je suis heureux qu'il ait jugé de la
même manière que moi. Je lui ai dit les dernières... discussions du Sanhédrin
à ton sujet."
"Les dernières accusations. Dis simplement la vérité, toute nue, telle
qu'elle est."
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471> "Les dernières accusations.
Oui, Maître. J'étais sur le point de dire : "Et bien, moi aussi, je
suis des siens", pour qu'au moins, dans cette assemblée, il y eût
quelqu'un en ta faveur. Mais Joseph, qui s'était approché de moi, m'a dit tout bas:
"Tais-toi. Gardons secrète notre manière de voir. Je te dirai
après" .Et, à la sortie il a dit, oui, il a dit : "Il vaut mieux
ainsi. S'ils savent que nous sommes disciples, ils nous tiendront à l'écart
de leurs pensées et de leurs décisions, et ils peuvent Lui nuire et nous
nuire. S'ils pensent que nous sommes simplement intéressés à tout ce que Lui
dit, ils n'agiront pas en cachette à notre égard". J'ai compris qu'il
avait raison. Ils sont tellement... mauvais ! J'ai encore mes intérêts
et mes devoirs... et Joseph aussi... Tu comprends, Maître."
"Je ne vous fais aucune réprimande. Avant que tu viennes, je disais cela
à Simon. Et j'ai décidé aussi de m'éloigner de Jérusalem."
"Tu nous hais parce que nous ne t'aimons pas !"
"Non. Je ne hais pas même mes ennemis."
"Tu le dis. Oui, c'est vrai. Tu as raison. Mais quelle douleur pour moi
et Joseph ! Et Lazare ? Que dira Lazare qui, aujourd’hui même a
décidé de te faire dire de quitter ce lieu pour aller dans une de ses
propriétés de Sion. Tu sais ? Lazare est puissamment riche. Une bonne
partie de la ville lui appartient ainsi que beaucoup de terres de la
Palestine. Le père, à sa fortune et à celle d'Euchérie de ta tribu et de ta famille, avait ajouté ce qui était
une récompense des Romains à leur serviteur fidèle , et avait laissé à ses fils un important héritage. Mais
ce qui a plus d'importance une puissante amitié, bien que voilée, avec Rome.
Sans elle, qui aurait sauvé de l'infamie toute sa maison, après la conduite
infamante de Marie, son divorce reconnu uniquement parce que c'était
"elle", sa vie licencieuse dans cette cité qui est son fief et à
Tibériade, l'élégant lupanar dont Rome et Athènes en ont fait un lieu de
galants rendez-vous pour tant de gens du peuple élu ? Vraiment, si le
syrien Théophile
avait été un prosélyte plus convaincu, il n'aurait pas donné à ses enfants
cette éducation hellénisante qui tue tant de vertus et sème tant de voluptés.
Bue et éliminée sans conséquences fâcheuses par Lazare et spécialement par Marthe, elle
a contaminé Marie, qui s'est développée dans sa nature passionnée et a
fait d'elle la fange de sa famille et de la Palestine ! Non, sans la puissante
faveur de Rome qui l'ombrage, plus qu'aux lépreux, on leur aurait envoyé
l'anathème. Mais, puisqu'il en est ainsi, profite de la situation."
"Non. Je me retire. Qui me veut, viendra vers Moi."
"J'ai mal fait de parler." Nicodème est effondré.
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472> "Non. Attends et sois-en
persuadé." Jésus ouvre une porte et appelle : "Simon !
Jean ! Venez vers Moi." Les deux accourent.
"Simon, dis à Nicodème ce que je te disais quand lui est entré."
"Que pour les humbles, il suffisait des bergers, que pour les puissants
Lazare, Nicodème et Joseph avec Chouza, et que tu te retirais loin de
Jérusalem sans pourtant abandonner la Judée. Voilà ce que tu disais. Pourquoi
me le fais-tu répéter ? Qu'est ce qui est arrivé ?"
"Rien. Nicodème craignait que je parte à cause de ses paroles."
"J'ai dit au Maître que le Sanhédrin Lui est de plus en plus hostile et
que ce serait bien qu'il se mette sous la protection de Lazare. Il a protégé
tes biens parce qu'il a Rome pour lui. Il protégerait aussi Jésus."
"C'est vrai. C'est un bon conseil. Bien que ma caste soit
mal vue de Rome; pourtant une parole de Théophile m'a conservé mon avoir
durant la proscription et la lèpre . Et
Lazare t'est très attaché, Maître."
"Je le sais. Mais j'ai décidé et je fais ce que j'ai décidé."
"Nous allons te perdre, alors !"
"Non, Nicodème. Vers le Baptiste viennent des hommes de toutes les
sectes. Vers Moi pourront venir des hommes de toutes les sectes et de toutes
situations."
"Nous venions à Toi, sachant que tu es plus que Jean."
"Vous pourrez y venir encore. Je serai un rabbi solitaire, comme Jean et
je parlerai aux foules désireuses d'entendre la voix de Dieu et capables de
croire que je suis cette Voix. Et les autres m'oublieront, si du moins ils en
sont capables."
"Maître, tu es triste et déçu. Tu as raison. Tous t'écoutent, et croient
en Toi tout juste pour obtenir des miracles. Même un courtisan d'Hérode qui
devait forcément avoir corrompu sa bonté naturelle dans cette cour
incestueuse, et même encore des soldats romains croient en Toi. Il n'y a que
nous de Sion qui sommes si
durs... Mais pas tous. Tu le vois... Maître, nous savons que tu es venu de la
part de Dieu, son docteur, et un plus grand n'existe pas. Même Gamaliel le
dit. Personne ne peut faire les miracles que tu fais, s'il n'a pas Dieu avec
lui. Cela, le croient même les savants comme Gamaliel. Comment alors se
fait-il que nous ne pouvons avoir la foi que possèdent les petits
d'Israël ? Oh ! dis-le-moi exactement. Je ne te trahirai pas même si
tu me disais : "J'ai menti pour valoriser mes sages paroles sous un
sceau que personne ne peut ridiculiser". Es-tu le Messie du
Seigneur ? L'Attendu la Parole du Père, incarnée pour instruire et
racheter Israël selon le Pacte ?"
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473> "Est-ce toi qui pose la
question, ou d'autres t'envoient-il pour la poser ?"
"De moi, de moi, Seigneur. J'ai un tourment, ici, au-dedans de moi. Je subis
une bourrasque. Vents opposés, et voix qui se contrarient. Pourquoi n'ai-je
pas en moi, homme mûr, cette certitude paisible que possède celui-ci, presque
analphabète et tout jeune qui lui met ce sourire sur le visage, cette lumière
dans les yeux, ce soleil dans le cœur ? Comment
crois-tu, Jean, pour être si tranquille ? O fils, apprends-moi ton
secret, le secret qui te permet de savoir, voir et reconnaître le Messie en
Jésus le Nazaréen !"
Jean devient rouge comme une fraise, puis il baisse la tête comme pour
s'excuser de dire une chose si grande, et il répond simplement :
"C'est en aimant."
"En aimant ! Et toi, Simon, homme probe et au seuil de la
vieillesse, toi qui est instruit et tellement éprouvé que tu es poussé à
craindre partout la fourberie ?"
"En méditant."
"En aimant ! En méditant ! Moi aussi, j'aime et je médite et
je n'ai pas encore acquis la certitude !"
Jésus l'interrompt en disant : "Moi, je vais te dire le vrai
secret. Ceux-ci ont su renaître, avec un esprit nouveau, libre de toute
chaîne, vierge de toute idée. Et c'est ainsi qu'ils ont compris Dieu. Si
quelqu'un ne renaît pas, il ne peut voir le Royaume de Dieu, ni croire en son
Roi."
"Comment quelqu'un peut-il renaître s'il est
déjà adulte ? Une fois sorti du sein maternel, l'homme ne peut jamais
plus y rentrer. Tu fais peut-être allusion à la réincarnation à laquelle croient beaucoup de païens ? Mais, non.
Tu ne peux pas supposer, cela. Et puis ce ne serait pas rentrer dans le sein,
mais reprendre une chair hors du temps. Par conséquent, il ne s'agit pas de
renaître maintenant. Comment ? Comment ?"
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474> "Il
n'y a qu'une seule existence de la chair sur la Terre et une seule vie éternelle de
l'esprit au-delà. Maintenant,
Moi je ne parle pas de la chair et du sang, mais de l'esprit immortel qui,
par deux choses, renaît à la vraie vie : par l'eau et par l'Esprit. Mais la plus grande, c'est l'Esprit sans Lequel
l'eau n'est que symbole . Qui s'est lavé avec l'eau doit se purifier ensuite
avec l'Esprit et avec Celui-ci, s'allumer et resplendir, s'il veut vivre dans
le sein de Dieu : ici et dans l'Éternel Royaume. Car ce qui est engendré par
la chair, est, et reste chair, et meurt avec celle-ci après
l'avoir servie dans ses appétits et ses péchés. Mais, ce qui est engendré par
l'Esprit est esprit, et vit en retournant à l'Esprit qui engendre, après
avoir élevé son propre esprit à l'âge parfait. Le Royaume des Cieux ne sera
habité que par des êtres parvenus à l'âge spirituel parfait. Ne t'étonne donc
pas si je dis : "Il faut que vous naissiez de nouveau".
Ceux-ci ont su renaître. Le jeune a tué la chair et fait renaître l'esprit, en
mettant son moi sur le bûcher de l'amour. Tout fut brûlé de
ce qui était matière. Des cendres voici surgir sa nouvelle fleur spirituelle,
merveilleux hélianthe qui sait se tourner vers le Soleil Éternel. Le vieux a mis la hache de l'honnête méditation aux pieds de
sa vieille pensée et a déraciné la vieille plante en laissant seulement la
pousse de la bonne volonté, de laquelle il a fait naître sa nouvelle pensée.
Maintenant, il aime Dieu avec un esprit nouveau et il Le voit. Chacun a sa
méthode pour parvenir au port. N'importe quel vent convient pour celui qui
sait se servir de la voile. Vous entendez souffler le vent et, sur sa
direction, vous pouvez vous baser pour diriger la manœuvre. Mais, vous ne
pouvez dire d'où il vient, ni appeler celui qu'il vous faut. L'Esprit aussi
appelle, Il vient en appelant et il passe. Mais seul celui qui est attentif
peut le suivre. Le fils connaît la voix de son père, et il connaît la voix de
l'Esprit, l'esprit qui a été engendré par Lui."
"Comment cela peut-il se faire ?"
"Toi, maître en Israël, tu me le demandes ? Tu ignores ces
choses ? On parle et on rend témoignage de ce qu'on sait et de ce qu’on
a vu. Or donc, je parle et je témoigne de ce que je sais. Comment pourras-tu
jamais accepter les choses que tu n'as pas vues, si tu n'acceptes pas le
témoignage que je t'apporte ? Comment pourras-tu croire à l'Esprit, si
tu ne crois pas à la Parole Incarnée ? Je suis descendu pour remonter et
emporter avec Moi ceux qui sont ici-bas. Un seul est descendu du Ciel :
le Fils de l'Homme. Et un seul montera au Ciel avec le pouvoir d'ouvrir le
Ciel : Moi, Fils de l'Homme. Rappelle-toi Moïse. Il éleva un serpent
dans le désert pour guérir ceux qui étaient malades en Israël
.
Quand je serai élevé, ceux, que maintenant la fièvre de la faute rend
aveugles, sourds, muets, fous, lépreux, malades, seront guéris, et quiconque
croira en Moi aura la vie éternelle. Même ceux qui auront cru en Moi, auront
cette heureuse vie.
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475> Ne
baisse pas le front, Nicodème. Je suis venu pour sauver, non pas pour perdre. Dieu
n'a pas envoyé son Fils Unique dans le monde pour que ceux qui l'habitent
soient condamnés, mais pour que le monde soit sauvé par Lui. Dans le monde,
j'ai trouvé tous les péchés, toutes les hérésies, toutes les idolâtries. Mais
l'hirondelle qui rapidement vole au dessus de la poussière peut-elle souiller
son plumage ? Non. Elle n'apporte sur les tristes chemins de la terre
qu'une virgule d’azur, une odeur de ciel. Elle lance un appel pour secouer
les hommes, pour faire élever leurs regards au-dessus de la boue et faire
suivre son vol qui revient vers le ciel. Il en est ainsi de Moi. Je viens
pour vous emmener avec Moi. Venez !... Celui qui croit au Fils Unique n'est
pas jugé. Il est déjà sauvé, car ce
Fils parle au Père et dit : "Celui-ci m'aime". Mais celui qui
ne croit pas, il est inutile qu'il fasse des œuvres saintes. Il est déjà jugé
car il n'a pas cru au nom du Fils Unique de Dieu. Quel est mon Nom, Nicodème ?"
"Jésus."
"Non.
Sauveur. Je suis le Salut. Celui qui ne me croit pas refuse son salut, il est
déjà jugé par la Justice Éternelle. Et voici ce jugement : "La Lumière t'avait été envoyée, à toi,
et au monde , pour
être pour vous le salut, mais toi et les autres hommes avez préféré les
ténèbres à la lumière, parce que vous préfériez le œuvres mauvaises
auxquelles vous étiez habitués, aux bonnes œuvres que Lui vous indiquait
auxquelles il fallait s'y attacher pour devenir saints" . Vous
avez haï la Lumière parce que les malfaiteurs aiment les ténèbres pour
commettre leurs crimes, et vous avez fui la Lumière pour qu'elle ne vous
révèle pas vos plaies cachées. Ce n'est pas spécialement à toi que je
m'adresse, Nicodème. Mais c'est là la vérité. Et la punition sera en
proportion de la condamnation, pour l'individu et pour la collectivité.
Quant à ceux qui m'aiment et mettent en pratique les vérités que j'enseigne,
en naissant donc une seconde fois dans leur esprit par une naissance plus
réelle, je dis qu'ils ne craignent pas la lumière mais au contraire qu'ils
s'en approchent, car cette lumière augmente celle par laquelle ils ont été
primitivement éclairés. C'est une gloire réciproque qui rend Dieu heureux en
ses fils et à leur tour heureux eux aussi en leur Père. Non, les fils de la
Lumière ne craignent pas d'être illuminés. Mais, au contraire, en leur cœur
et par leurs œuvres, ils disent : "Non pas moi : mais Lui le Père, Lui
le Fils, Lui l'Esprit ont accompli le bien en moi. À eux gloire dans
l'éternité". Et du Ciel l'éternel chant des Trois qui s'aiment répond
dans leur parfaite Unité : "À toi, bénédiction pour l'éternité,
vrai fils de notre volonté". Jean, rappelle-toi ces paroles pour quand
ce sera l'heure de les écrire .
Nicodème, es-tu convaincu ?"
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476> "Maître... oui. Quand
pourrai-je te parler encore ?"
"Lazare saura où te conduire : J'irai chez lui avant de m'éloigner
d'ici."
"Je m'en vais, Maître. Bénis ton serviteur."
"Que ma paix soit avec toi."
Nicodème sort avec Jean. Jésus se tourne vers Simon : "Vois-tu l’œuvre
de la puissance des Ténèbres ? Comme une araignée, elle tend son piège,
englue et emprisonne celui qui ne sait pas mourir pour renaître papillon,
assez fort pour déchirer la toile ténébreuse et passer outre, emportant en
souvenir de sa victoire des lambeaux de la toile tout éclairés sur ses ailes
d'or, comme des oriflammes et des étendards pris à l'ennemi. Mourir pour
vivre. Mourir pour vous donner la force de mourir. Viens Simon te reposer, et
que Dieu soit avec toi."
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