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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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lundi 13 août 29
- Jean dépose Jésus à un endroit
isolé de Bethsaïda 27 - Dialogue de Jésus avec
Porphyrée : Jésus a un secret pour elle 27 - Il ne reviendra plus ici 28 - Discours (Mon heure est proche
29 - Margziam ne viendra pas à la prochaine Pâque) 29 - Jésus calme les pleurs de
Porphyrée 31 - Margziam apprend la mort de Jean
d'Endor 32 - Départ en barque pour Capharnaüm
33 - Jésus décide un départ rapide de
Capharnaüm 33 - Il ne peut saluer tout le monde
34 - Garde pour lui-même le motif de sa tristesse 35 |
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Sommaire
du Tome 7 7.158. |
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27> "Dirige la barque vers Bethsaïda"
commande Jésus qui est avec Jean dans une petite barque, une vraie coquille
de noix, au milieu du lac qui s'éclaircit lentement en même temps que la
lumière du jour. Jean obéit sans
parler. Un petit vent plutôt énergique tend la petite voile et fait glisser
rapidement la barque qui penche même d'un côté, tant est rapide sa marche. La
côte orientale court rapidement et la courbe du côté nord du lac devient de
plus en plus proche. "Aborde avant le
village. Je veux aller chez Porphyrée sans être vu par d'autres, et toi,
rejoins-moi ensuite à l'endroit habituel et attends-moi dans la barque." "Oui, Maître. Et
si quelqu'un me voit ?" "Retiens-les
tous sans dire où je suis. J'aurai vite fait." Jean remarque sur la
plage un point qui est favorable pour l'abordage et il le trouve dans un
semblant, un vrai semblant de torrent sableux dans lequel on a enlevé du
sable pour quelque besoin, de sorte qu'il forme un petit golfe de quelques
mètres mais dans lequel une barque peut accoster au bord qui est à environ
cinquante centimètres au-dessus de l'eau. C'est là qu'il va. La
barque frôle légèrement la grève mais réussit à accoster et Jean la tient
arrêtée contre le bord en s'agrippant à une racine qui sort du sable. Jésus
saute sur la rive. Jean appuie la rame contre le bord et il force pour
pousser de nouveau la barque dans le lac. Il y parvient. Il lève son visage
qu'éclairé son bon sourire et il dit : "Adieu, Maître." "Adieu,
Jean" et Jésus s'éloigne au milieu des arbres alors que Jean louvoie
avec sa petite barque. Jésus tourne vers
l'intérieur, passe à travers les jardins en arrière de Bethsaïda.
Il va rapidement pour éviter d'entrer dans le village quand il va s'animer.
Il arrive, sans rencontrer personne, à la maison de Pierre et frappe à la
porte de la cuisine. 28> Après
quelques secondes, la tête de Porphyrée se fait voir hésitante au-dessus du
muret du toit. Elle voit et pousse un "Oh !" de stupeur. Elle
rassemble avec la main sa splendide chevelure - son unique beauté - toute
défaite sur ses épaules, et elle court en bas par le petit escalier, déchaussée
comme elle l'est, dans la toilette rapide du matin. "Seigneur,
Toi ! Seul ?" "Oui, Porphyrée.
Où est Margziam ?" "Il dort. Il
dort encore. Il est resté un peu triste, un peu languissant le petit... et je
le ménage un peu. C'est l'âge aussi... la croissance... Quand il dort, il ne
pense pas et ne pleure pas..." "Il pleure
souvent ?" "Oui, Maître. Je
crois que c'est sa faiblesse actuelle et je cherche à le fortifier... et à le
consoler... Mais lui dit : "Je reste seul. [1] Tous ceux que j'aime
s'en vont. Quand Jésus ne sera plus là..." et il le dit comme si tu
devais nous quitter... Certes... il a eu beaucoup de peines dans sa vie... Mais
moi, mais Simon, nous l'aimons... tant, crois-le, Maître." "Je le sais.
Mais son âme devine... Porphyrée, j'ai besoin justement de te parler de ces
choses. C'est pour cela que je suis venu, sans Simon, à cette heure. Où
devons-nous aller pour que Margziam n'entende pas et que personne ne nous
dérange ?" "Seigneur... Je
n'ai que... la chambre nuptiale, ou bien la pièce des filets... Margziam est
au-dessus, j'y étais moi aussi car, pour fuir la chaleur, nous sommes allés
dormir là-haut..." "Allons dans la
pièce des filets. Elle est plus loin et Margziam n'entendra pas, même s'il
s'éveille." "Viens,
Seigneur" et Porphyrée le conduit dans la pièce rustique encombrée de
toutes sortes de choses : filets, rames, provisions, de foin pour les
brebis, d'un métier à tisser... Porphyrée se hâte de
débarrasser une sorte de table appuyée contre le mur et de l'essuyer avec un
paquet d'étoupe pour que le Maître s'y assoie. "Peu importe,
femme, je ne suis pas fatigué." Porphyrée lève ses
yeux pleins de douceur sur le visage défait, fatigué de Jésus, et elle semble
vouloir Lui dire : "Si, tu l'es." Mais, habituée à se taire,
elle ne parle pas. "Écoute,
Porphyrée. Tu es une brave femme et une bonne disciple. Je t'ai beaucoup
aimée depuis que je te connais et c'est avec une grande joie que je t'ai
accueillie comme disciple et que je t'ai confié l'enfant. Je sais que tu es
prudente et vertueuse comme il y en a peu. Et je sais que tu sais te taire,
vertu très rare chez les femmes. 29> Pour toutes
ces raisons, je suis venu te parler en secret et te confier une chose que
personne ne connaît, pas même les apôtres, pas même Simon. Je te la confie
parce que je dois te dire comment tu dois te comporter à l'avenir avec
Margziam... et avec tout le monde... Je suis sûr que tu contenteras ton
Maître pour ce que je te demande et que tu seras prudente comme
toujours..." Porphyrée, qui est
devenue vraiment rouge en entendant l'éloge de son Seigneur, n'acquiesce que
de la tête, trop émue - elle si timide et si habituée à être dominée par des volontés
autoritaires qui s'imposent à elle sans savoir si elle est disposée à
consentir... - trop émue pour dire par des mots qu'elle consent. "Porphyrée... je
ne reviendrai jamais plus par ici, jamais plus jusqu'à ce que tout soit
accompli... Tu sais, n'est-ce pas, ce que je dois accomplir ?..." Porphyrée, à ces
mots, a laissé aller ses cheveux qu'elle retenait encore sur la nuque de la
main gauche et elle a, plus qu'un cri, un sanglot qu'elle étouffe en portant ses
deux mains à son visage, alors qu'elle glisse à genoux en gémissant :
"Je le sais, Seigneur, mon Dieu..." et elle pleure d'un pleur
silencieux qui ne se manifeste que par les larmes qui dégouttent par terre
des doigts appuyés sur le visage. "Ne pleure pas,
Porphyrée. C'est pour cela que je suis venu. Je suis prêt... et ils sont
prêts ceux qui, en servant le Mal, serviront le Bien, en vérité, parce qu'ils
feront lever l'heure de la Rédemption. Elle pourrait s'accomplir dès
maintenant parce que Moi, aussi bien qu'eux, nous sommes préparés... et toute
autre heure qui passe, ou tout événement qui surviendra ne seront que... un
perfectionnement pour leur crime et... pour mon Sacrifice. Mais même ces
heures, nombreuses encore, qui passeront avant cette heure, serviront...
Il y a encore quelque chose à accomplir et à dire pour que tout ce qui était
à accomplir, en me faisant connaître, soit fait... Mais je ne reviendrai plus
ici... Je regarde pour la dernière fois cet endroit... et j'entre pour la
dernière fois dans cette maison honnête... Ne pleure pas... Je n'ai pas voulu
m'en aller sans te dire adieu et te donner la bénédiction de ton Maître. Je
vais emmener Margziam avec Moi. Je vais l'emmener avec Moi maintenant, en
allant vers les confins de la Phénicie, et puis quand je descendrai en Judée
pour les Tabernacles. Il ne me manquera pas la possibilité de le renvoyer
avant le plein hiver. Pauvre enfant ! Il va jouir de Moi pendant quelque
temps. Et puis... Porphyrée, il n'est pas bien que Margziam soit présent à
mon heure. Tu ne le laisseras donc pas partir pour la
Pâque..." 30> "Le
précepte, Seigneur..." "Je l'absous du
précepte. Je suis le Maître, Porphyrée, et je suis Dieu, tu le sais. Comme
Dieu, je puis l'absoudre à l'avance d'une omission qui n'en est même pas une,
puisque je la commande pour un motif de justice. L'obéissance à mon ordre est
déjà par elle-même une absolution à l'omission du précepte, car l'obéissance
à Dieu - et c'est aussi un sacrifice pour Margziam - est toujours supérieure
à toute autre chose. Et je suis le Maître. "Il est mort
Jean ? Oh ! Margziam avait écrit plusieurs rouleaux pour lui... Une
autre souffrance pour l'enfant..." "Moi, je lui
parlerai de la mort de Jean... Je disais que je l'ai enlevé de la vie pour le
préserver lui aussi du choc de cette heure. Jean aussi avait trop souffert
des hommes. Pourquoi réveiller les sentiments assoupis ? Dieu est bon.
Il éprouve ses enfants, mais ce n'est pas un expérimentateur imprudent...
Oh ! si les hommes savaient en faire autant ! Combien moins de
ruines des cœurs, ou même simplement combien moins de bourrasques dangereuses
dans les cœurs !... Mais, pour revenir à Margziam, il ne doit pas venir à la prochaine Pâque. 31> Pour le moment, tu ne lui en parleras pas.
Quand ce
sera le moment, tu lui parleras ainsi : "Le Maître m'a donné l'ordre
de ne pas t'envoyer à Jérusalem, et il te promet une récompense singulière si
tu Lui obéis". Margziam est bon et il obéira... Porphyrée, c'est cela
que je veux de toi : ton silence, ta fidélité, ton amour." "Tout ce que tu
veux, mon Seigneur. Tu honores trop ta pauvre servante... Je ne mérite pas
tant... Va en paix, mon Maître et mon Dieu. Je ferai ce que tu veux..."
mais la douleur a raison d'elle et elle tombe le visage contre terre - tout
d'abord, elle était restée à genoux, reposant sur ses talons, les yeux fixés
sur le visage de Jésus - elle tombe à terre, toute couverte du manteau de ses
cheveux de jais, et elle éclate en sanglots : "Mais quelle douleur,
Maître ! Oh ! quelle douleur ! Qu'est-ce qui finit !
Qu'est-ce qui finit pour le monde ! Pour nous qui t'aimons ! Pour
ta servante ! Le Seul ! Le Seul qui m'a vraiment aimée ! qui
ne m'a jamais méprisée ! qui n'a pas été autoritaire avec moi ! qui
m'a traitée comme les autres, moi si ignorante, si pauvre, si sotte !
Oh ! Margziam et moi, car c'est Margziam qui me l'avait dit le premier,
puis nous nous étions tranquillisés... Jésus se penche assez
pour lui mettre une main sur la tête : "Ne pleure pas ainsi...
Margziam va entendre... Je le sais... Personne n'y croit, personne ne veut
arriver à croire... et leur sagesse elle-même et leur amour lui-même sont la
cause de leur refus de croire... Mais c'est ainsi... Porphyrée, je m'en vais.
Avant de te quitter, je te bénis pour maintenant et pour toujours. Pense
toujours que je t'ai aimée et que j'ai été content de ton amour pour Moi. Je
ne te dis pas : persévère en lui. Je sais que tu le feras car le
souvenir de ton Maître sera toujours ta douceur et tu y trouveras ton refuge.
Ta douceur et ta paix, même à l'heure de la mort. Pense à ce moment-là que
ton Maître est mort pour t'ouvrir le Paradis et qu'il t'y attend... Allons,
lève-toi ! Je vais éveiller Margziam et le retenir. Toi, efface les
traces de tes pleurs et puis rejoins-nous. Jean m'attend pour me conduire à
Capharnaüm. Si tu as des choses à envoyer à Simon, prépare-les. Rappelle-toi
qu'il va avoir besoin de ses vêtements lourds..." 32> Porphyrée,
créature toute soumise et prompte à obéir, baise les pieds de Jésus et elle
va se lever, puis une vague d'amour lui fait perdre la tête et, en rougissant
vivement, elle prend les deux mains de Jésus et les baise une, deux, dix
fois, puis elle se lève et le laisse aller... Jésus sort, monte sur
la terrasse, pénètre sous une sorte de pavillon fait de voiles tendues sur
des cordes, sous lequel se trouvent deux couchettes. Margziam dort encore, le
visage presque baissé, appuyé sur le petit oreiller. On ne voit qu'une
pommette de son visage brun et un bras long et maigre qui sort de sous le
drap qui le couvre. Jésus s'assoit par
terre, près du petit lit, et caresse légèrement les mèches dépeignées qui
retombent sur la joue pâle du dormeur, qui fait un mouvement sans encore
s'éveiller. Jésus répète son geste, et se penche pour déposer un baiser sur
le front le visage qui maintenant est découvert. Margziam ouvre les yeux et
voit Jésus à côté de lui, penché vers lui. Il a du mal à croire, peut-être
pense-t-il qu'il rêve, mais Jésus l'appelle et alors le jeune garçon se
dresse et se jette dans les bras de Jésus, s'y réfugie... "Toi ici,
Maître ?" "Je suis venu te
prendre pour t'emmener avec Moi pour quelques mois. Es-tu
content ?" "Oh ! Et
Simon ?" "Il est à
Capharnaüm. Moi, je suis venu avec Jean..." "Il est revenu
lui aussi ? Il doit être heureux! Je lui donnerai ce que j'ai
écrit." "Je ne parle pas
de Jean d'Endor, mais de Jean de Zébédée. N'es-tu pas content ?" "Si, je l'aime
bien. L'autre aussi... presque davantage..." "Pourquoi,
Margziam ? Jean de Zébédée est si bon." "Oui, mais
l'autre est si malheureux et moi aussi je l'ai été et je le suis encore un
peu... Entre gens qui souffrent, on se comprend et on s'aime..." "Serais-tu
content de savoir qu'il ne souffre plus et qu'il est très
heureux ?" "Oui, je le
serais. Mais il ne peut être heureux que s'il est avec Toi. Ou bien... Il est
peut-être mort, Seigneur ?"
33>
Margziam a deux grosses larmes sur son visage
vraiment très amaigri et pâle, mais il murmure : "C'est vrai." Jésus ne dit rien d'autre
à ce sujet, et il ne fait pas d'observations sur l'état physique et moral de
Margziam qui est visiblement très affaibli. Mais, au contraire, il dit :
"Allons, partons ! J'ai déjà parlé à Porphyrée qui a certainement
préparé tes vêtements. Prépare-toi, toi aussi, car Jean nous attend. Nous
allons faire une surprise à Simon. N'est-ce pas sa barque qui revient à
Capharnaüm ? Il a peut-être péché au retour..." "Oui, c'est
elle. Où allons-nous, Seigneur ?" "Au nord, et
puis en Judée." "Pour
longtemps ?" "Pour
longtemps." Margziam, réjoui à la pensée de rester avec
Jésus, se lève promptement et court se laver au lac; il revient avec les
cheveux encore humides, en criant : "J'ai vu Jean, il m'a fait un
signe pour me saluer. Il est à l'embouchure, au milieu des roseaux..." "Allons." Ils descendent.
Porphyrée est en train de finir de fermer deux sacs, et elle explique :
"J'ai pensé envoyer plus tard les vêtements lourds, par mon frère, pour
les Tabernacles, au Gethsémani. Vous marcherez plus à l'aise, aussi bien toi
que ton père" et tout en finissant de lier les courroies, elle montre ce
qu'elle a préparé : lait, pain, fruits... "Nous allons
tout prendre et nous mangerons dans la barque. Je veux partir avant qu'il n'y
ait trop de monde sur la rive. Adieu, Porphyrée. Que Dieu te bénisse toujours
et que la paix des justes soit toujours en toi. Viens, Margziam."... Ils ont vite fait le
court trajet et pendant que Margziam va trouver Jean, Jésus va à la barque,
rejoint tout de suite par les deux qui courent à travers les roseaux. Ils
sautent dans la barque en appuyant la rame contre le bord pour se mettre en
eau profonde. Le bref parcours est
vite accompli, et ils s'arrêtent sur la plage de Capharnaüm, pour attendre la
barque de Pierre qui va arriver. L'heure leur permet d'échapper à l'assaut
des gens et ils peuvent manger en paix leur pain et leurs fruits, étendus sur
le sable, à l'ombre de la barque. Simon ne connaît pas la petite barque. Aussi,
seulement quand il met le pied sur la rive et quand il voit Jésus se dresser
de derrière la barque, qu'il le remarque. 34>
"Maître ! et toi, Margziam ! Mais
depuis quand ?" "Depuis tout à
l'heure. Je suis passé par Bethsaïda. Fais vite. Il
faut partir tout de suite..." Pierre le regarde et
ne dit rien. Lui et ses compagnons déchargent la barque du poisson qu'il a
pris, des sacs de vêtements, y compris celui de Jean qui peut finalement
s'habiller. Et Simon demande quelque chose à son compagnon, qui lui fait un
signe comme pour lui dire : "Attends..." Ils vont à la maison.
Ils entrent. Les apôtres qui étaient restés accourent. "Faites vite. On
part tout de suite. Prenez tout, car on ne revient pas ici" commande
Jésus. Les apôtres se
regardent entre eux, et c'est une mimique de signes entre les deux groupes.
Mais ils obéissent. Je crois même qu'ils le font avec empressement pour
pouvoir parler entre eux dans les autres pièces... Jésus reste dans la cuisine avec Margziam et
prend congé des propriétaires de la maison, mais il ne leur dit pas :
"Je ne reviens plus" et il ne le dit pas non plus à ceux de
Capharnaüm qui le voient et le saluent. Il les salue simplement, comme il le
fait toutes les fois qu'il s'en va. Il s'arrête seulement à la maison de Jaïre, mais Jaïre
n'est pas revenu... Il rencontre, près de
la fontaine, la petite vieille [2] qui habite près de
la maison du petit Alphée et il lui dit : "Sous peu, une veuve va
venir ici. [3] Elle te cherchera. Elle
s'établit ici. Sois une amie pour elle et aimez beaucoup l'enfant et ses
frères... Faites-le saintement, en mon nom..." Il reprend sa marche
en disant : "J'aurais voulu saluer tous les enfants..." "Tu peux le
faire, Maître. Pourquoi ne t'es-tu pas reposé ? Tu es bien las. Ton
visage est pâle et ton œil fatigué. Cela va te faire mal... Il fait encore
chaud et tu n'as certainement pas dormi, ni à Tibériade, ni là-bas chez Chouza..." "Je ne peux pas,
Simon. Je dois aller dans certains endroits et le temps presse..." Ils sont près de la
rive. Jésus appelle les garçons de Pierre et il les salue, en leur donnant
l'ordre de reconduire la petite barque dans le village avant Ippo et de la rendre à Saül
de Zacharie. Il prend la route ombragée
qui côtoie le fleuve, il la suit jusqu'à une bifurcation dans laquelle il
s'engage. "Où allons-nous,
Seigneur ?" demande Simon qui jusqu'alors avait parlé à voix basse avec
ses compagnons. 35>
"Chez Jude et Anne, [4] et ensuite à Corozaïn. Je
veux saluer mes bons amis..." Autres coups d’œil des apôtres entre eux et
autre murmure à voix basse. Enfin Jacques
d'Alphée s'avance et rejoint Jésus qui est tout en avant avec Margziam. "Frère, nous ne
revenons plus par ici, puisque tu dis que tu veux saluer les amis ? Nous
désirerions le savoir." "Certainement
que vous y reviendrez, mais dans plusieurs mois." "Et
Toi ?" Jésus fait un geste évasif... Margziam se
retire discrètement et se joint aux autres, c'est-à-dire à tous, sauf Jacques
d'Alphée qui est avec Jésus et l'Iscariote qui est seul, en
derrière, plutôt sombre et comme nonchalant. "Frère, que t'est-il
arrivé ?" dit Jacques en mettant une main sur l'épaule de Jésus. "Pourquoi le
demandes-tu ?" "Parce que... Je
ne sais pas. Nous nous le demandons tous. Tu nous semblés différent... Tu es
venu seul avec Jean... Simon a dit que tu as été l'hôte de Chouza... Tu ne reposes pas... Tu ne salues que peu de
gens... Il semble que tu ne veux plus revenir ici... Et ton visage... Nous ne
méritons plus de savoir ? Pas même moi... Tu m'aimais... Tu m'as dit des
choses que seul je connais..." "Je t'aime
encore, mais je n'ai rien à dire. J'ai perdu un jour de plus que prévu. Je le
rattrape." "Était-il
nécessaire d'aller au nord ?" "Oui,
frère." "Alors...
Oh ! tu as souffert, je le sens..." Jésus enlace son
cousin en lui passant un bras derrière les épaules : "Jean d'Endor
est mort. Tu le sais ?" "Simon me l'a
dit. pendant que je préparais les vêtements. Et puis ?..." "Je me suis
séparé de ma Mère." "Et
puis ?" Jacques, plus petit que Jésus, le regarde par en dessous,
insistant, inquisiteur. "Et puis je suis
content d'être avec toi, avec vous, avec Margziam. Je vais le garder avec
moi, quelques mois. Il en a besoin. Il est triste et souffrant. L'as-tu
vu ?" "Oui, mais il ne
s'agit pas de cela... Tu ne veux pas le dire, n'importe. Je t'aime bien, même
si tu ne me traites pas en ami." '36>
"Jacques, tu es pour Moi plus qu'un ami. Mais
mon cœur a besoin de repos..." "Et donc de ne
pas parler de ce qui te fait souffrir. J'ai compris. C'est Judas qui t'afflige ?" "Qui? Ton frère ?" "Non,
l'autre." "Pourquoi cette
question ?" "Je ne sais.
Pendant que tu étais absent, un envoyé de nous ne savons pas qui a cherché Judas
plusieurs fois. Lui l'a toujours repoussé, mais..." "Pour vous tout
acte de Judas est toujours un crime. Pourquoi manquer à la
charité ?..." "C'est qu'il est
tellement torve, troublé. Il fuit ses compagnons. Il est nonchalant..." "Laisse-le
faire. Depuis plus de deux années qu'il est avec nous, il a toujours été
ainsi... Pense aux deux petits vieux, comme ils vont être heureux. Et sais-tu
pourquoi je vais là ? Je veux leur recommander le petit menuisier de Corozaïn [5]..." Ils s'éloignent en parlant. Derrière eux, en groupe, viennent les apôtres qui ont attendu Judas pour ne pas le laisser seul en arrière, bien qu'il soit si visiblement ennuyé que cela n'incite vraiment pas à l'avoir avec soi. |
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