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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" |
aucun accent |
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Jeudi 18
octobre 29
- Un détachement de soldats romains 356 - Un jeune homme exprime son désir de
perfection 357 - La sainteté est possible 358 - Basée sur l'amour, elle prend
différentes figures 359 - Jésus est appelé auprès d'une mourante
361 - Et auprès d'un soldat romain 361 - Jésus est le vrai Dieu 362 - Il touche le soldat à la jambe
fracturée 362 - Intervention du mari de la mourante 363
- Guérison du soldat romain 363 - La femme est guérie. Leçons à son mari
364 - Discours (Dieu est avec le juste
364 - Beaucoup n'ont pas Dieu avec eux 365 - Je suis venu réunir tous les hommes 365 - Vous me haïssez à cause d'un criminel) 366 - L'endroit est sous la coupe d'Elchias 366 |
7.211. |
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356> Jésus est encore au milieu des montagnes,
suivi de gens, en plus des apôtres et des disciples. Parmi ceux-ci maintenant
se trouvent des disciples ex-bergers
qu'ils ont trouvé peut-être dans quelque petit village par où ils sont
passés. Jésus monte d'une vallée vers une montagne, par une route qui suit avec
ses détours la pente de la montagne, et qui est certainement une voie romaine
d'après son pavage qu'on ne peut confondre et son entretien soigné que l'on
trouve uniquement dans les routes construites et entretenues par les romains.
Des gens y passent, se dirigeant vers la vallée ou remontant de la vallée
vers la chaîne du massif montagneux, couronné à son sommet de villages ou de
villes. Certains, voyant Jésus et sa suite, demandent qui c'est et le
suivent, alors que d'autres se contentent de regarder, d'autres encore
hochent la tête et raillent. Un détachement de soldats romains les rejoint de
son pas pesant avec son tintamarre d'armes et de cuirasses. Ils se détournent
pour regarder Jésus qui, quittant la voie romaine, va prendre un chemin...
judaïque qui se dirige vers le sommet où se trouve un village. C'est un
chemin caillouteux et boueux parce qu'il a plu, sur lequel le pied ou bien
glisse sur les cailloux ou bien s'enfonce dans les ornières. Les soldats se
dirigent certainement vers la même ville et, après une courte halte, se
remettent en marche, obligeant les gens à se mettre de côté sur le chemin
pour céder la place au détachement qui passe rigidement encadré. Quelques
insultes sifflent dans l'air, mais la discipline de la marche en colonne empêche
les soldats d'y répondre dans les mêmes termes. 357> Les voici de nouveau près de Jésus qui s'est
rangé pour les laisser passer et les regarde de son œil plein de douceur qui
paraît bénir et caresser par la lumière de ses iris de saphir. Et les visages
fermés des soldats s'éclairent d'une esquisse de sourire qui n'est pas
moqueur, mais qui est au contraire respectueux comme un salut. Ils passent. Les gens se remettent en route derrière Jésus qui
est en tête. Un jeune homme se détache de la foule et rejoint le Maître en le
saluant avec respect. Jésus lui rend son salut. "je voudrais te demander quelque chose, Maître." "Parle." "je t'ai écouté par hasard un matin après la Pâque près
d'un mont voisin des gorges de Carit [1]. Et depuis lors j'ai
pensé que... je pouvais être moi aussi parmi ceux que tu appelles. Mais avant
de venir j'ai voulu savoir exactement ce qu'il est nécessaire de faire et ce
que l'on doit ne pas faire. Et j'ai interrogé tes disciples chaque fois que
je les ai rencontrés, et l'un me disait une chose et l'autre une autre. Et
j'étais incertain, presque épouvanté, parce qu'ils étaient tous d'accord sur
une chose avec plus ou moins d'intransigeance, et c'était sur l'obligation
d'être parfait. Moi... Je suis un pauvre homme, Seigneur, et la perfection
n'appartient qu'à Dieu... Je t'ai entendu une deuxième fois... et Toi-même
disais : "Soyez parfaits". Et je me suis découragé. Une troisième
fois, il y a quelques jours, au Temple. Et, bien que tu fusses sévère, il ne
me parut pas qu'il fût impossible de le devenir, parce que... moi je ne sais
même pas pourquoi, comment me l'expliquer et te l'expliquer. Mais il me
semblait que si c'était une chose impossible, ou si c'était si dangereux de
vouloir devenir comme de se faire dieux, Toi, qui veux nous sauver, ne nous
l'aurais pas proposé. Car la présomption est un péché et vouloir être des
dieux, c'est le péché de Lucifer. Mais peut-être il y a une manière de
l'être, pour le devenir sans pécher, et c'est en suivant ta Doctrine qui est
sûrement une doctrine de salut. Est-ce que je dis bien ?" "Tu dis bien. Et alors ?" "Et alors, j'ai continué d'interroger tel ou tel et, ayant
appris que tu étais à Rama, j'y suis venu. Et depuis lors, avec la permission
de mon père, je t'ai suivi et voilà : de plus en plus je voudrais
venir..." "Et viens donc ! Que crains-tu ?" 358> "Je ne sais pas... Je ne sais même pas
moi... Je demande, je demande... Mais toujours, tandis qu'en t'écoutant il me
paraît facile et je suis décidé à venir, ensuite, en réfléchissant, et ce qui
est pire, en demandant à tel ou tel, cela me paraît trop difficile."
"Parce que... j'avais... non pas peur, mais... Nos prêtres
et rabbins ! Si durs et orgueilleux ! Et Toi... Je n'osais pas t'approcher.
Mais à Emmaüs, hier !... Oh ! je crois avoir compris que je ne dois pas avoir
peur. Et maintenant je suis ici, à te demander ce que je voudrais savoir.
Tout à l'heure, un de tes apôtres m'a dit : "Va et ne crains pas. Il est
bon même avec les pécheurs". Et un autre : "Rends-le heureux par ta
confiance. Celui qui se confie à Lui le trouve plus doux qu'une mère".
Et un autre encore : "Je ne sais si je me trompe, mais je te dis que Lui
te dira que la perfection réside dans l'amour". Voilà ce que m'ont dit
tes apôtres, certains du moins, plus doux que les disciples. Pas tous
cependant, car parmi les disciples, il y en a certains qui semblent un écho
de ta voix, mais ils sont trop peu nombreux. Et parmi les apôtres il y en a
certains qui... font peur à un pauvre homme comme moi. L'un d'eux m'a dit,
avec un rire qui n'était pas bon : "Tu veux devenir parfait ? Nous ne le
sommes pas nous qui sommes ses apôtres et toi, tu veux l'être ? C'est
impossible". Si les autres n'avaient pas parlé, je m'en serais enfui
découragé, mais je fais la dernière tentative... et si Toi aussi tu vas me
dire que c'est impossible..." "Mon fils, et pourrais-je être venu pour proposer aux
hommes des choses impossibles ? Qui penses-tu qui t'a mis dans le cœur ce
désir de devenir parfait ? Ton cœur lui-même ?" "Non, Seigneur. Je crois que c'est Toi par tes
paroles." "Tu n'es pas loin de la vérité. Mais réponds encore : pour
toi mes paroles que sont-elles ?" "Justes." "C'est bien. Mais je veux dire : des paroles d'homme ou de
quelqu'un qui est plus qu'un homme ?" "Oh ! Toi, tu parles comme la Sagesse et avec plus de
douceur et de clarté encore. Aussi je dis que tes paroles sont de quelqu'un
qui est plus qu'un homme. Et je ne crois pas me tromper si j'ai bien compris
ce que tu disais dans le Temple, car il m'a semblé que Toi alors tu disais
que tu es la Parole même de Dieu et que donc tu parles en Dieu." "Tu as bien compris et bien dit. Et alors qui t'a mis dans
le cœur le désir de la perfection ?" 359> "C'est Dieu qui me l'a mis, par
l'intermédiaire de Toi, sa Parole." "Donc, c'est Dieu. Maintenant, réfléchis : si Dieu, qui
connaît les capacités des hommes, leur dit : "Venez à Moi. Soyez
parfaits" cela signifie qu'il sait que l'homme, s'il le veut, peut le
devenir. C'est une parole ancienne. Elle a résonné la première fois aux
oreilles d'Abraham comme une révélation, un ordre, une invitation : "Je
suis le Dieu Tout Puissant. Marche en ma présence. Sois parfait" [2]. Dieu se manifeste
pour que le Patriarche n'ait pas de doute sur la sainteté du commandement et
sur la vérité de l'invitation. Il commande de marcher en sa présence, car
celui qui marche dans sa vie, convaincu de le faire sous le regard de Dieu,
n'accomplit pas de mauvaises actions. En conséquence, il se met dans la
condition de pouvoir devenir parfait comme Dieu l'invite à le devenir." "C'est vrai ! C'est tout à fait vrai ! Si Dieu l'a dit,
c'est que cela peut être fait. Oh ! Maître ! Comme on comprend tout quand
c'est Toi qui parles ! Mais alors, pourquoi tes disciples, et même cet apôtre
expriment-ils une idée aussi... effrayante de la sainteté ? Peut-être ne
croient-ils pas vraies ces paroles et les tiennes ? Ou bien ils ne savent pas
marcher en présence de Dieu ?" "Ne pense pas à ce que c'est. Ne juge pas. Vois, fils.
Parfois leur désir d'être parfaits et leur humilité leur fait craindre de ne
pouvoir jamais le devenir."
"Non, fils. Le désir et l'humilité ne sont pas des
obstacles. Il faut même s'efforcer de les avoir profondément, mais ordonnés.
Ils sont ordonnés quand il n'y a pas de hâte inconsidérée, d'accablements
sans raison, de doutes et de défiance tels que de croire que, étant donnée
l'imperfection de son être, l'homme ne peut devenir parfait. Toutes les
vertus sont nécessaires et l'est aussi le vif désir d'arriver à la
justice." "Oui. Ceux que j'ai interrogés me le disaient aussi. Ils
me disaient qu'il est nécessaire d'avoir les vertus. Pourtant les uns
estimaient nécessaire telle vertu et d'autres telle autre, et tous
affirmaient l'absolue nécessité de celle qu'ils préconisaient comme
indispensable pour être saint. Et cela m'effrayait, car comment peut-on avoir
toutes les vertus sous une forme parfaite, les faire naître ensemble comme un
bouquet de fleurs variées ? Il faut du temps... et la vie est si courte !
Toi, Maître, explique-moi quelle est la vertu indispensable." 360> "C'est la charité. Si tu aimes, tu
seras saint, car c'est de l'amour pour le Très-Haut et pour le prochain que
viennent toutes les vertus et toutes les bonnes actions." "Oui ? Ainsi, c'est plus facile. La sainteté, alors, c'est
l'amour. Si j'ai la charité, je possède tout... La sainteté est faite de
cela." "De cela, et des autres vertus. Car la sainteté, ce n'est
pas seulement d'être humble, ou seulement prudent, ou seulement chaste et
cætera, mais c'est être vertueux. Vois, mon fils : quand un riche veut faire
un banquet, est-ce que peut-être il commande un seul mets ? Et encore : quand
quelqu'un veut faire un bouquet de fleurs, pour l'offrir en hommage, prend-il
par hasard une seule fleur ? Non, n'est-ce pas ? Car s'il mettait sur les
tables des tas de plats d'un seul mets, ses convives le critiqueraient comme
un hôte incapable qui se préoccupe seulement de montrer ses possibilités
d'achat sans montrer sa finesse de seigneur préoccupé des goûts divers de ses
invités et qui veut que chacun, avec un mets ou un autre, non seulement se
rassasie, mais se régale. Et de même celui qui fait un bouquet de fleurs :
une seule fleur, si grande qu'elle soit, ne fait pas un bouquet, mais il faut
des fleurs nombreuses pour le faire et ainsi les couleurs et les parfums
variés charment l'œil et l'odorat et font louer le Seigneur. La sainteté, que
nous devons considérer comme un bouquet de fleurs offert au Seigneur, doit
être formée de toutes les vertus. Dans un esprit c'est l'humilité qui
prédominera, dans un autre la force, dans un autre la continence, dans un
autre la patience, dans un autre l'esprit de sacrifice ou de pénitence,
toutes vertus nées à l'ombre de la plante royale et parfaitement parfumée de
l'amour, dont les fleurs domineront toujours dans le bouquet, mais ce sont
toutes les vertus qui composent la sainteté." "Et laquelle doit-on cultiver avec plus de soin ?" "La charité. Je te l'ai dit." "Et ensuite ?"
"En d'autres termes, dans l'âme aimante se trouve Dieu qui
opère grandement ?" "Oui, fils. Il y a Dieu qui opère grandement en laissant
l'homme y mettre de lui-même sa libre volonté de tendre à la perfection, ses
efforts pour repousser les tentations pour se conserver fidèle à ce qu'il se
propose, ses luttes contre la chair, le monde, le démon, quand ils
l'assaillent et cela pour que son fils aie du mérite dans sa sainteté." 361> "Ah ! voilà ! Alors il est très juste
de dire que l'homme est fait pour être parfait comme Dieu le veut. Merci,
Maître. Maintenant je sais, et maintenant je ferai. Et Toi, prie pour
moi." "Je te garderai dans mon cœur. Va, et ne crains pas que
Dieu puisse te laisser sans secours." Le jeune homme se sépare de Jésus, content... Ils sont maintenant près du village. Barthélemy, avec Étienne, rejoint Jésus pour Lui raconter
que, pendant qu'il parlait avec le jeune homme, quelqu'un de Bétéron, parent d'Elchias
le pharisien, était venu pour le prier de l'amener tout de suite auprès
de sa femme mourante. "Allons. Je parlerai ensuite. Savez-vous où elle est
?" "Il nous a laissé un serviteur. Il est en arrière avec les
autres." "Faites-le venir et pressons le pas." Le serviteur accourt. C'est un robuste vieillard, il est
consterné. Il salue et regarde par en dessous Jésus qui lui sourit en lui
demandant : "De quoi meurt ta maîtresse ?" "De... Elle devait avoir un enfant, mais il est mort dans
son sein et son sang s'est corrompu. Elle délire comme une folle et elle doit
mourir. On lui a ouvert les veines pour faire tomber la fièvre, mais le sang
est complètement empoisonné, et elle doit mourir. On l'a descendue dans la
citerne pour éteindre l'ardeur. Elle reste basse tant que la femme est dans
l'eau glacée, puis elle est plus forte qu'avant, et elle tousse, elle tousse...
et elle doit mourir." "Naturellement ! Avec de pareils soins !" bougonne
Matthieu entre ses dents. "Depuis quand est-elle malade ?" Le serviteur va répondre quand arrive en courant par la
descente. le chef du manipule romain [3]. Il s'arrête devant
Jésus. "Salut ! Tu es le Nazaréen ?" "Je le suis. Que veux-tu de Moi ?" Ceux qui suivent Jésus accourent, croyant je ne sais quoi... "Un jour un de nos chevaux a heurté un enfant hébreux, et
tu l'as guéri pour empêcher les hébreux de manifester contre nous [4]. Maintenant les
pierres hébraïques ont fait tomber un soldat et il gît avec la jambe
fracturée. Je ne puis m'arrêter, je suis de service. Personne ne le veut dans
le village. Il ne peut marcher, je ne puis le traîner avec sa jambe
fracturée. Je sais que tu ne nous méprises pas, comme le font tous les
hébreux..." 362> "Tu veux que je guérisse le soldat
?" "Oui, tu as guéri aussi le serviteur du Centurion [5] et la petite fille
de Valeria [6]. Tu as sauvé
Alexandre de la colère de tes compatriotes. Cela se sait, en haut lieu et en
bas." "Allons trouver le soldat." "Et ma maîtresse ?" demande le serviteur mécontent. "Après." Et Jésus marche derrière le gradé qui dévore
la route avec ses longues jambes musclées et dégagées de vêtements
encombrants. Mais même en marchant ainsi devant tous, il trouve le moyen de
dire quelques paroles à celui qui le suit immédiatement, et c'est Jésus, et
il dit : "J'ai été avec Alexandre autrefois. Lui te...
Il parlait de Toi. Le hasard me met près de Toi en ce moment."
Le soldat se tait un moment et puis il dit, de façon que Jésus
seul entende : "Le vrai Dieu serait celui des hébreux... Mais Il ne se
fait pas aimer. S'il est comme les hébreux ! Ils n'ont pas pitié, même d'un
blessé..." "Le vrai Dieu est le Dieu des hébreux, comme des romains,
des grecs, des arabes, des parthes, des scythes, des ibères, des gaulois, des
celtes, des libyens, et des hyperboréens. Il n'y a qu'un Dieu ! Mais beaucoup
ne le connaissent pas, d'autres le connaissent mal. S'ils le connaissaient
bien, ils seraient comme des frères et il n'y aurait pas d'injustices, de
haines, de calomnies, de vengeances, de luxure, de vols et d'homicides,
d'adultères et de mensonges. Moi, je connais le vrai Dieu, et je suis venu
pour le faire connaître." "On dit... Nous devons avoir toujours les oreilles à
l'écoute pour rapporter aux centurions et eux au Proconsul. On dit que tu es
Dieu. Est-ce vrai ?" Le soldat est très... préoccupé en le disant. Il
regarde Jésus par dessous l'ombre de son casque et il semble presque effrayé.
"Je le suis." "Par Jupiter ! Est-il donc vrai que les dieux descendent
pour converser avec les hommes ? Avoir fait le tour du monde derrière les
enseignes, et venir ici, déjà vieux, pour trouver un dieu !" "Le Dieu. Unique. Pas un dieu" corrige Jésus. Mais le soldat est anéanti à l'idée de précéder un dieu... Il
ne parle plus... Il réfléchit. Il réfléchit jusqu'au moment où juste à
l'entrée du village ils trouvent le détachement arrêté autour du blessé qui
gémit par terre.
363> Jésus se fraie un passage et s'approche. La
jambe a une mauvaise fracture, le pied retourné vers l'intérieur et elle est
déjà enflée et livide. L'homme doit beaucoup souffrir, et voyant Jésus
allonger une main, il dit suppliant : "Fais-moi peu de mal !" Jésus sourit. Il touche à peine du bout des doigts l'endroit où
le cercle livide indique la fracture et puis il dit : "Lève-toi !" "Mais il a une seconde fracture plus haut, à la
hanche" explique le gradé, en voulant sûrement dire : "Tu ne la
touches pas ?" A ce moment voilà un habitant de Beteron
: "Maître, Maître ! Tu perds ton temps avec des païens, et ma femme se
meurt !" "Va et amène-la-moi." "Je ne peux pas. Elle est folle !" "Va et amène-la-moi, si tu as foi en Moi." "Maître, on ne la tient pas. Elle est nue et on ne peut la
vêtir. Elle est folle et déchire ses vêtements. Elle est mourante et elle ne
se tient pas." "Va et amène-la-moi si ta foi n'est pas inférieure a celle
de ces gentils." L'homme s'en va, mécontent. Jésus regarde le romain étendu à ses pieds : "Et toi tu
sais avoir foi ?" "Moi, oui. Que dois-je faire ?" "Te lever." "Attention, Camille, que..." est en train de dire le
gradé. Mais le soldat est déjà debout, agile, guéri. Les Israélites ne crient pas hosanna. Celui qui est guéri n'est
pas un hébreux. Ils semblent même mécontents, ou du moins leurs visages
expriment une critique de l'acte de Jésus. Mais les soldats ne le sont pas.
Ils dégainent leurs courtes et larges dagues et les lèvent dans l'air gris
après les avoir frappées sur leurs boucliers en signe de réjouissance. Jésus
est au milieu du cercle des lames. Le gradé le regarde. Il ne sait comment s'exprimer, ce que
faire, lui, homme près d'un dieu, lui, païen près de Dieu... Il réfléchit et
il trouve qu'au moins il doit faire pour Dieu ce qu'il ferait pour César, et
il commande le salut militaire à l'imperator (je crois du moins qu'il en est
ainsi car j'entends résonner un "Ave !" puissant, pendant que les
lames scintillent quand ils les mettent presque horizontales tout en haut de
leurs bras tendus). Et, pas encore satisfait, le gradé Lui dit à voix basse :
"Va tranquillement, même de nuit. Les routes... toutes surveillées.
Service contre les voleurs. Tu seras en sûreté. Moi..." Il s'arrête, ne
sachant plus que dire. 364> Jésus lui sourit en disant : "Merci,
Va, et sois bon. Même avec les voleurs, sois humain. Fidèle à ton service,
mais sans cruauté. Ce sont des malheureux, et ils devront rendre compte de
leurs agissements à Dieu." "Je le serai. Salut ! Je voudrais encore te voir..." Jésus le regarde fixement, puis il dit : "Nous nous
reverrons. Sur un autre mont" [7]. Et il répète :
"Soyez bons. Adieu." Les soldats se remettent en marche. Jésus entre dans le
village. Il fait quelques mètres et puis il voit venir à sa rencontre, et à
celle de sa suite, un groupe nombreux qui crie des commentaires. Et du groupe
se détachent un homme et une femme — l'homme d'abord — qui s'inclinent devant
Jésus, la femme à genoux, l'homme seulement incliné.
L'attitude des habitants devient froide et hautaine sous le
reproche de Jésus. Ils le suivent renfrognés jusqu'à la place où il s'arrête
pour parler, étant donné que le chef de la synagogue ne l'invite pas à entrer
dans la synagogue et qu'aucune maison ne s'ouvre au Maître. "Quand Dieu est avec les hommes, les hommes peuvent tout
contre le malheur quelque soit son nom. Quand Dieu, au contraire, n'est pas
avec les hommes, ils ne peuvent rien contre le malheur, Cette ville, dans ses
chroniques, rappelle plus d'une fois ces choses, Dieu était avec Josué, et
Josué défit les rois chananéens, et sur cette route
Dieu l'aida à détruire les ennemis d'Israël "en envoyant sur eux du ciel
de grosses pierres, et il en périt davantage par la grêle de pierres que par
l'épée" lit-on dans le livre de Josué [8]. 365> Dieu était avec Judas Maccabée
qui s'avança sur cette colline avec sa petite armée pour regarder l'armée
puissante de Séron, chef des troupes syriennes, et
Dieu confirma les paroles du chef d'Israël par une victoire retentissante [9]. Mais la condition
nécessaire pour avoir Dieu avec nous, c'est d'agir pour un motif de justice.
"Dans les batailles, la victoire ne dépend pas du nombre, mais de l'aide
qui vient du Ciel" dit le Maccabée. Dans
toutes les choses de la vie, le bien vient non pas de la richesse, de la
puissance ou d'autres causes, mais du secours qui vient du Ciel. Et il vient
parce qu'on demande son secours pour des choses bonnes, pour nos vies et nos
lois, dit encore le Maccabée. Mais quand on recourt
à Dieu pour des fins mauvaises ou impures, il est vain d'appeler son secours.
Dieu ne répondra pas, ou Il répondra par des châtiments au lieu de
bénédictions. Cette vérité est trop oubliée à présent en Israël et on veut
que Dieu aide et on l'invoque pour des fins qui ne sont pas bonnes. On ne
pratique pas les vertus, et on n'observe pas les commandements d'une manière
réelle, c'est-à-dire que, des commandements, on fait ce qui peut être vu et
loué par les hommes, mais bien différent est ce que cache l'apparence. Moi, je viens pour dire : soyez sincères dans vos actions car
Dieu voit tout et inutiles sont les sacrifices, vaines les prières si on les
fait par pure ostentation de culte alors que le cœur est rempli de péché, de
haine, de désirs mauvais. Beteron, que tes habitants ne fassent pas ce
que Abdias dit d'Edom [10]. Edom, qui se croyait
en sécurité, se permettait d'opprimer Jacob et de se réjouir de ses défaites.
N'agis pas ainsi, ville sacerdotale [11]. Prends et médite le
rouleau d'Abdias. Médite, médite, médite. Et change
ton chemin. Suis la justice si tu ne veux pas connaître des jours d'horreur.
Tu ne seras pas sauvée alors par ta situation sur ce sommet, ni d'être
apparemment hors des routes de la guerre. Moi, je vois chez toi beaucoup de
gens qui n'ont pas Dieu avec eux, et qui ne veulent pas de Dieu. Vous
murmurez ? Moi, je vous dis la vérité. Je suis monté jusqu'ici pour vous la
dire, pour vous sauver encore. Ne portiez-vous pas un seul nom ? Israël n'était-il pas tout ?
Pourquoi donc s'est-il divisé et a-t-il pris deux noms [12] ? Oh ! vraiment cela
me rappelle le mariage d'Osée avec la femme de prostitution et les enfants
qui sont nés de celle qui a forniqué. Mais que dit le prophète ? "Le
nombre des enfants d'Israël sera comme celui des grains de sable de la mer...
Et alors au lieu de leur dire; 'Vous 366> n'êtes pas mon peuple'
il leur sera dit : 'Vous êtes les fils du Dieu vivant' [13]. Et les fils de
Judas et ceux d'Israël se réuniront et éliront un seul chef et ils monteront
de la Terre car grand est le jour de Jezraël".
Oh ! mais pourquoi critiquez-vous Celui qui doit tout réunir et faire un seul
peuple, un grand peuple, unique comme l'est Dieu, d'aimer tous les fils de
l'homme parce qu'ils sont tous fils de Dieu et qui doit faire fils du Dieu
vivant, même ceux qui présentement semblent morts ? Et pouvez-vous juger mes
actions et leur cœur et le vôtre ? D'où vous vient la lumière ? La lumière
vient de Dieu. Mais si Dieu m'envoie avec la charge de réunir tous les hommes
sous un seul sceptre, comment pouvez-vous avoir une lumière qui soit vraiment
divine si elle vous montre les choses d'une manière contraire à comme les
voit Dieu ? Et pourtant vous voyez d'une manière contraire à ce que voit
Dieu. Ne murmurez pas. C'est la vérité. Vous êtes hors de la justice,
mais davantage le sont ceux qui vous entraînent à l'injustice, et ils seront
doublement punis. Vous m'accusez de forniquer avec l'ennemi, avec celui qui
nous domine. Je lis dans vos cœurs. Mais vous, ne forniquez-vous pas avec
Satan en vous faisant les partisans de ceux qui combattent le Fils de
l'homme, l'Envoyé de Dieu ? Voilà que vous me haïssez. Mais je connais le
visage de celui qui vous instille la haine. Comme il est dit dans Osée, je
suis venu avec les mains chargées de dons et le cœur rempli d'amour, j'ai
cherché à vous attirer avec les manières les plus douces pour me faire aimer.
J'ai parlé à mon peuple comme un époux à son épouse en lui offrant un éternel
amour, et la paix, la justice, la miséricorde. Il reste encore une heure pour
empêcher le peuple qui me repousse, les chefs qui l'excitent - Moi, je les
connais - de rester sans roi, sans chef, sans sacrifice et sans autel. Mais
près de la tanière, où la haine est plus forte et où le châtiment sera plus
grand, voici que l'on travaille à acheter les consciences pour les conduire
au crime. Oh ! en vérité ceux qui détournent et dévoient les consciences
seront jugés sept fois plus sévèrement que ceux qu'ils ont dévoyés. Allons. Je suis venu et j'ai fait un miracle et je vous ai dit
la vérité pour que vous sachiez qui je suis. Maintenant je m'en vais. Et si
parmi vous il y a un seul juste, qu'il me suive, car bien triste est l'avenir
de ce lieu où se nichent les serpents pour séduire et trahir." Et Jésus se retourne pour prendre la route par laquelle il est
venu. "Pourquoi, ô Rabbi, leur as-tu parlé ainsi ? Ils vont te
haïr" demandent les apôtres, 367> "Je
ne cherche pas à conquérir l'amour en pactisant avec le mensonge."
"Mais ne valait-il pas mieux ne pas venir ?" "Non. Il ne faut laisser aucun doute." "Et qui as-tu convaincu ?" "Personne. Pour le moment, personne. Mais bientôt, on dira
: "Nous ne pouvons maudire personne car nous avons été prévenus et nous
n'avons pas agi". Et s'ils reprochent à Dieu de les frapper, leurs
reproches seront comme un blasphème." "Mais à qui voulais-tu faire allusion en disant..." "Demandez-le à Judas de Kériot.
Il connaît beaucoup de gens de cet endroit, et il connaît leurs
astuces." Tous les apôtres regardent Judas. "Oui. L'endroit est presque sous la coupe d'Elchias. Mais... je ne crois pas que Elchias..."
Les paroles meurent sur les lèvres de Judas qui, en levant le regard de sa
ceinture qu'il ajustait pour se donner une contenance, rencontre le regard de
Jésus, un regard tellement étincelant et pénétrant, qu'il semble magnétique.
Il baisse . la tête et achève : "Il est sûr que c'est un pays
orgueilleux et odieux, digne de celui qui le domine. Chacun a ce qu'il
mérite. Eux ont Elchias, nous Jésus, et le Maître a
bien fait de leur faire savoir qu'il sait. Très bien." "Ils sont certainement mauvais. Vous avez vu ? Pas même un
salut après le miracle ! Ni une obole ! Rien !" observe Philippe. "Moi, cependant, je tremble quand le Maître les démasque
ainsi" soupire André. "Le faire ou ne pas le faire, c'est pareil. Ils le
haïssent de la même façon. Moi, je voudrais revenir en Galilée !" dit
Jean. "En Galilée ! Oui !" dit Pierre en soupirant et il
baisse la tête, pensif. Derrière, ceux qui ont suivi Jésus et ne le quittent pas, ne cessent pas de faire des commentaires avec les disciples. |
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[3] Le manipule est l'unité de base tactique de
l'armée romaine. Il était composé de 200 hommes, soit deux centuries. Béthoron, à l'époque romaine, était une place forte
importante. Ici ce terme est impropre puisque le gradé est un décurion. Il
s'agit donc d'une ou deux décuries (10 soldats)
[9] 1Maccabées 3,16-24 : Comme il approchait de la montée de Bethoron,
Judas sortit à sa rencontre avec une poignée d’hommes. A la vue de l’armée qui
s’avançait contre eux, ceux-ci dirent à Judas: "Comment pourrons-nous, en
si petit nombre, lutter contre une si forte multitude? Nous sommes exténués,
n’ayant rien mangé aujourd’hui." Judas répondit: "Qu’une multitude
tombe aux mains d’un petit nombre est chose facile, et il est indifférent au
Ciel d’opérer le salut au moyen de beaucoup ou de peu d’hommes, car la victoire
à la guerre ne tient pas à l’importance de la troupe: c’est du Ciel que vient
la force. Ceux-ci viennent contre nous, débordant d’insolence et d’iniquité,
pour nous exterminer, nous, nos femmes et nos enfants, et nous dépouiller. Mais nous, nous combattons pour nos vies et
pour nos lois, et lui les brisera devant nous, ne craignez rien de leur
part." Lorsqu’il eut cessé de
parler, il bondit sur eux à l’improviste. Séron et
son armée furent écrasés. Ils les poursuivirent à la descente de Bethoron jusqu’à la plaine. Huit cents hommes environ
succombèrent et le reste s’enfuit au pays des Philistins.