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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta © Centro Editoriale Valtortiano |
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dimanche
- Jésus bénit la pauvre exploitation de Zachée 442 - Un piège pour mettre à l'épreuve la prophétesse 443 - Qui ne se laisse pas prendre 444 - Puis elle reconnaît Jésus comme Messie 445 - Et comme Dieu 446 - Discours de Sabéa (Éloge du Dieu incarné et de sa Mère incomparable) 449 - Jésus prend la défense de sa Mère 449 - Discours de Sabéa Appel à la conversion 450 - Je ne crains pas la mort du corps) 450 - Elle voit les crimes et le crime de son peuple 451 - Jésus prend la défense de la prophétesse 452 - Discours de Sabéa (La dispersion d'Israël à cause de son crime) 453 - Elle prophétise la mort rédemptrice de Jésus 454 - Les scribes demandent à Jésus de la guérir 455 - Jésus confond Sadoc 456 - Discours (Les signes promis à Sadoc viendront 457 - Il y aura toujours des prophètes) 457 - Quelques scribes manifestent leur foi 458 - Il faut éloigner Sabéa et ses parents 458 - Jésus rassure la prophétesse 459 - En attente de l'aube 459 |
7.222. |
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442> C'est une bien pauvre exploitation celle qui alimente le groupe hétérogène des amis de Zachée. Surtout maintenant que c'est l'hiver, elle ne réjouit certes pas le cœur. Mais pourtant eux l'aiment et la montrent à Jésus avec fierté : les trois champs à blé, labourés et bruns, le verger avec quelques arbres de bon rapport, et les autres encore jeunes pour espérer qu'ils donnent des fruits, quelques pauvres rangées de vignes, le potager... une petite étable avec une vache et un âne pour la noria, un réduit avec quelques poules et cinq couples de colombes, six brebis, un taudis avec une cuisine et trois chambres, un hangar qui sert de bûcher, de débarras et de grenier à foin, un puits à la bouche ébréchée, et une citerne à l'eau fangeuse. Rien de plus. "Si la saison est favorable..." "Si les bêtes ont des petits..." "Si les petits arbres s'enracinent..." Tout est au conditionnel... Des espoirs très précaires... Mais quelqu'un se rappelle ce qu'il a entendu dire une des années précédentes : la prodigieuse récolte qu'avait eue Doras grâce à une bénédiction donnée par le Maître[1] pour que Doras fût humain avec ses serviteurs paysans, et il dit : "Et si tu bénissais ce lieu... Doras aussi était pécheur..." 443> "Tu as raison. Ce que j'ai fait, sachant que je n'aurais pas changé ce cœur, je le ferai aussi pour vous dont le cœur est changé." Et il ouvre les bras pour bénir en disant : "Je le fais tout de suite car je veux vous persuader que je vous aime." Puis ils poursuivent la route, vers le fleuve, en côtoyant des champs labourés avec leur grasse terre noire et des vergers que la saison a dépouillés. A un détour, voilà quelques pharisiens qui s'avancent : "Paix à Toi, Maître. Nous t'avons attendu ici pour... te vénérer." "Non, Pour être sûrs que je ne triche pas. Vous avez bien fait. Soyez persuadés que je n'ai pas eu manière de voir la femme, ni aucun de ceux qui sont avec elle. Vous, toi et toi, étiez de garde à la maison de Zachée, et vous avez vu que personne de nous n'est sorti. Vous m'avez précédé sur le chemin, et vous avez vu que personne de nous n'est allé en avant. Vous avez sur le cœur de m'imposer des conditions, pour l'entrevue avec cette femme, et je vous dis que je les accepte avant même que vous ne les fassiez." "Mais... si tu ne les connais pas..." "N'est-il pas vrai que vous voulez les faire ?" "C'est vrai." "De même donc que je connais vos intentions, que vous seuls connaissez, je sais aussi ce que vous allez me dire, et je vous dis que j'accepte ce que vous voulez me proposer, car cela servira à glorifier la Vérité. Parlez." "Sais-tu ce dont il s'agit ?" "Je sais que vous jugez possédée cette femme, et que pourtant aucun exorciste n'a pu chasser le démon. Et je sais que pourtant elle ne dit pas de paroles démoniaques. C'est ce que disent ceux qui l'ont entendue parler." "Peux-tu jurer que tu ne l'as jamais vue ?" "Le juste ne jure jamais, car il sait qu'il a le droit d'être cru sur parole. Je vous dis que je ne l'ai jamais vue et que je ne suis jamais passé par son village, et tout le village peut le confirmer." "Et pourtant elle prétend connaître ton visage et ta voix," "En effet son âme me connaît, de par la volonté de Dieu." "Tu dis par la volonté de Dieu. Mais comment peux-tu l'affirmer ?"
"Le démon aussi parle de Dieu." "Mais avec des erreurs mêlées à dessein, pour dévoyer les hommes dans des pensées erronées." 444> "Eh bien... nous voudrions que tu nous laisses éprouver cette femme." "De quelle manière ?" "Tu ne la connais vraiment pas ?" "Je vous dis que non." "Alors voilà. Nous envoyons quelqu'un pour crier : "Voici le Seigneur" et nous voyons si elle salue celui qui est avec ce dernier comme si c'était Toi." "Pauvre preuve ! Mais je l'accepte pourtant. Choisissez parmi ceux qui m'accompagnent ceux que vous voulez envoyer en avant, et Moi, je vous suivrai avec les autres. Cependant si la femme parle, vous devez la laisser parler pour que je juge ses paroles." "C'est juste. Le pacte est fait et nous le tiendrons loyalement." "Qu'il en soit ainsi et que cela serve à toucher votre cœur." "Maître, nous ne sommes pas tous des adversaires. Certains de nous sont indécis... et ont une volonté sincère de voir ce qui est vrai pour te suivre" dit un scribe. "C'est vrai. Et eux seront encore aimés de Dieu." Les scribes examinent les apôtres et s'étonnent de l'absence de plusieurs et en particulier de l'Iscariote, et puis ils choisissent Jude Thaddée et Jean. Ils prennent en plus le jeune voleur converti qui est pâle et maigre et avec une chevelure légèrement rousse, ceux en somme dont l'âge et la physionomie ont des points communs avec le Maître. "Nous allons en avant avec eux. Toi, reste ici avec nos compagnons et avec les tiens, et suis-nous d'ici un moment." Ainsi font-ils. Ils sont déjà en vue des bois qui bordent le fleuve. Un soleil d'hiver à son couchant dore le sommet des arbres et répand une vive lumière jaune sur les personnes rassemblées près des arbres, "Voici ! Voici le Messie ! Levez-vous ! Venez à sa rencontre !" crient les scribes qui sont allés en avant en prenant un sentier qui aboutit à un rouvre gigantesque aux racines puissantes à demi découvertes qui peuvent servir de sièges à ceux qui s'abritent près de son tronc. Le groupe de personnes rassemblées tout autour se retourne, se lève, s'ouvre et se sépare pour aller à la rencontre de ceux qui viennent. Près du tronc, il reste seulement trois scribes, Jean d'Ephèse, et un homme et une femme âgés, plus une autre femme assise sur une racine en saillie, le dos au tronc, la tête penchée sur ses genoux que serrent ses bras enlacés, elle est toute couverte d'un voile violet si foncé qu'il paraît noir. Elle semble étrangère à tout, et le cri ne la fait pas bouger. 445> Un scribe touche son épaule : "Le Maître est ici, Sabéa. Lève-toi et salue-le." La femme ni ne répond ni ne bouge. Les trois scribes se regardent et sourient ironiquement en faisant un signe entendu aux autres qui s'avancent. Et comme ceux qui attendaient, ne voyant pas Jésus, s'étaient tus, ils crient plus fort que jamais, eux et leurs compagnons, pour que la femme ne s'aperçoive pas de la supercherie. "Femme" dit un scribe à la vieille mère qui est avec la fille "Toi, au moins, salue le Maître et dis à ta fille de le faire." La femme se prosterne en même temps que son mari devant le Thaddée et Jean et le voleur repenti et puis, se levant, elle dit à sa fille : "Sabéa, ton Seigneur est ici. Vénère-le." La jeune femme ne bouge pas. Les scribes accentuent leur sourire ironique et l'un d'eux, maigre, avec un gros nez, dit d'une voix nasale et traînante : "Tu ne t'attendais pas à cette épreuve, n'est-ce pas ? Et ton cœur tremble, tu sens que ton renom de prophétesse est en danger et tu ne tentes pas ta chance... Il me semble que cela suffit pour te déclarer menteuse...' Du coup, la femme relève la tête, elle rejette son voile en arrière et regarde avec ses yeux bien ouverts tout en disant : "Je ne mens pas, ô scribe. Et je n'ai pas peur car je suis dans la vérité. Où est le Seigneur ?" "Comment ? Tu dis que tu le connais et tu ne le vois pas ? Il est devant toi." "Aucun d'eux n'est le Seigneur. C'est pour cela que je n'ai pas bougé. Aucun d'eux." "Aucun d'eux ? Comment ? Ce galiléen blond, ce n'est pas le Seigneur ? Moi, je ne le connais pas, mais je sais qu'il est blond, avec des yeux de ciel." "Ce n'est pas le Seigneur." "Alors, celui-ci grand et sévère. Regarde quels traits de roi. C'est Lui, certainement." "Non, ce n'est pas le Seigneur. Le Seigneur n'est pas parmi eux" et la femme abaisse de nouveau sa tête dans ses genoux comme avant. Il se passe quelque temps. Puis voilà que Jésus s'avance. Les scribes ont imposé le silence au peu de gens qui sont là. Aussi son arrivée n'est trahie par aucun hosanna. 446> Jésus s'avance entre Pierre et son cousin Jacques. Il marche lentement... Silencieusement... L'herbe touffue amortit tout bruit de pas. Pendant que la vieille essuie ses larmes avec son voile et qu'un scribe l'offense en disant : "Votre fille est folle et menteuse", pendant que le père soupire et fait même des reproches à sa fille, Jésus arrive au bout du sentier et s'arrête. La jeune femme, qui n'a pu rien entendre, qui
n'a pu rien voir, bondit debout, rejette son voile découvrant ainsi toute
la tête, tend les bras en poussant un cri puissant : C'est le type classique de la femme hébraïque. Je crois qu'elles étaient ainsi Rachel et Ruth et Judith, célèbres pour leur beauté. Grande, plantureuse et pourtant élancée, la peau lisse et d'une pâleur un peu brune, la bouche petite aux lèvres un peu grosses d'un rouge vif, nez droit, long et fin, deux yeux profonds, sombres, veloutés dans un arc de cils longs et fournis, un front haut, lisse, royal, un ovale plutôt allongé, et une chevelure d'ébène magnifique comme une couronne d'onyx. Non pas un joyau, mais un corps de statue et une majesté de reine. Voilà qu'elle se lève en présentant ses mains longues, brunes, très belles, unies au bras par un fin poignet. La voilà de nouveau debout contre le tronc foncé. Elle regarde maintenant le Maître en silence, secouant la tête parce que des scribes lui disent : "Tu te trompes, Sabéa. Ce n'est pas Lui le Messie, mais c'est celui que tu as vu auparavant sans le reconnaître." 447> Elle secoue sa tête, ferme, sévère, et ne détache pas les yeux du Seigneur. Et puis son visage se transfigure, en prenant une expressions dont je ne sais dire si elle est de joie fervente ou de somnolence extatique. Elle a de l'un et de l'autre, elle paraît pâlir comme quelqu'un qui va s'évanouir alors que toute la vie se concentre dans les yeux qui deviennent lumineux, d'une lumière de joie, de triomphe, d'amour... Je ne sais. Rient-ils, ces yeux ? Non, ils ne rient pas comme ne rit pas la bouche sévère. Et pourtant il y a en eux une lumière de joie et ces yeux acquièrent de plus en plus une intensité puissante qui vous frappe. Jésus la regarde de son regard doux, un peu triste. "Tu vois que c'est une folle ?" Lui murmure un scribe. Jésus ne réplique pas. La main gauche pendant le long de son côté, la droite tenant son manteau sur la poitrine, il regarde et se tait. La femme ouvre la bouche et étend les bras
comme avant. Elle semble un gigantesque papillon aux ailes violettes, et au
corps de vieil ivoire. Et un nouveau cri sort de ses lèvres : La voix se fait de plus en plus assurée et forte alors que ses yeux se détachent du visage de Jésus et regardent dans le lointain, un peu au-dessus des têtes qui sont autour d'elle, attentives, et qu'elle, qui se tient debout contre le tronc du rouvre, qui est lui-même sur une levée de terre, domine sans difficulté. Après une pause, elle reprend : "Le trône de mon Seigneur est orné de douze pierres, celles des douze tribus des justes. Dans la grande perle qu'est le trône, le trône blanc et précieux resplendissant du Très Saint Agneau, sont enchâssés des topazes avec des améthystes, des émeraudes avec des saphirs, et des rubis avec des sardoines, et des agates et des chrysolites et des béryls, des onyx, des jaspes, des opales. Ceux qui croient, ceux qui espèrent, ceux qui aiment, ceux qui se repentent, ceux qui vivent et meurent dans la justice, ceux qui souffrent, ceux qui quittent l'erreur pour la Vérité, ceux qui étaient durs de cœur et sont devenus doux en son Nom, les innocents, les repentis, ceux qui se dépouillent de tout afin d'être agiles pour suivre le Seigneur, les vierges à l'esprit resplendissant 448> d'une lumière semblable à une aube du Ciel de Dieu... Gloire au Seigneur ! Gloire à Adonaï ! Gloire au Roi assis sur son trône !"[4] La voix est une sonnerie. Les gens sont secoués par un frémissement. La femme semble réellement voir ce qu'elle dit comme si la nuée dorée qui navigue dans un ciel serein et qu'elle semble suivre de son regard ravi, était pour elle une lentille qui lui permît de voir les gloires célestes. Elle se repose comme fatiguée, mais sans changer d'attitude. Seulement son visage se transfigure encore plus, par la pâleur de l'épidémie et l'éclat des yeux. Puis elle recommence à parler en abaissant son regard sur Jésus qui l'écoute attentivement, au milieu d'un cercle de scribes qui secouent la tête, sceptiques et moqueurs, et des apôtres et des fidèles que fait pâlir une émotion sacrée. Elle recommence à parler d'une voix distincte, mais moins forte : "Je vois ! Je vois dans l'Homme ce qui se cache dans l'Homme. Saint est l'Homme, mais mes genoux se plient devant le Saint des Saints renfermé dans l'Homme." La voix redevient forte, impérieuse comme un
commandement : La femme se tait comme si sa voix était épuisée. En effet, je ne sais comment elle fait pour tenir ce ton si fort. Les scribes disent : "Elle est folle ! Elle est folle ! Fais-la taire. Folle ou possédée. Impose de s'en aller à l'esprit qui la tient." "Je ne puis. Il n'y a que l'esprit de Dieu, et Dieu ne se chasse pas Lui-même." "Tu ne le fais pas parce qu'elle te loue, Toi et ta Mère, et cela charme ton orgueil." "Scribe, réfléchis à ce que tu sais de Moi, et tu verras que je ne connais pas l'orgueil." "Et pourtant seul un démon peut parler en elle pour célébrer ainsi une femme !... La femme ! Et qu'est la femme en Israël et pour Israël ? Et qu'est-elle sinon un péché aux yeux de Dieu ? La séduite et la séductrice ! S'il n'y avait pas la foi, on hésiterait à penser que la femme a une âme. Il lui est interdit de s'approcher du Saint, à cause de son impureté. Et elle dit que Dieu est descendu en elle !..." dit un autre scribe scandalisé, et ses compagnons lui font écho. Jésus dit sans regarder personne en face, il semble se parler à Lui-même : ""La Femme écrasera la tête du Serpent...[9] La Vierge concevra et enfantera un Fils qui sera appelé Emmanuel...[10] Un germe sortira de la racine de Jessé, une fleur viendra de cette racine et sur Lui se reposera l'Esprit du Seigneur"[11]. Cette Femme. Ma Mère. Scribe, pour l'honneur de ta science, rappelle-toi et comprends les paroles du Livre." Les scribes ne savent que répondre. Ces paroles, ils les ont dites mille fois et dites comme vraies. Peuvent-ils maintenant les nier ? Ils se taisent. 450> Quelqu'un ordonne d'allumer des feux, car le froid se fait sentir près de la rive où court le vent du soir. On obéit, et des feux de branches flambent en cercle autour du groupe qui se serre. La lumière dansante du feu semble réveiller
la femme qui s'était tue et qui restait les yeux fermés, comme recueillie
en elle-même. Elle rouvre les yeux, se secoue. Elle regarde de nouveau Jésus
et Crie de nouveau : La femme se tait tout à coup. Elle tourne les
yeux, pour la première fois depuis qu'elle parle, sur ceux qui entourent Jésus,
et elle fixe les scribes comme si elle les voyait pour la première fois, et
sans motif apparent, des larmes se forment dans ses grands yeux, et son
visage devient triste et sans éclat. Elle parle à présent lentement, et
d'une voix profonde comme quelqu'un qui parle de choses douloureuses : Elle élève de nouveau sa voix affligée et
elle dit : 452> "Fais-la taire !" commandent les scribes à Jésus. "Vous avez promis de la laisser parler..." répond Jésus. La femme continue : "Mais fais-la taire, nous te l'ordonnons !" crient les scribes pendant que la femme sanglote en se couvrant le visage, "Je ne puis imposer à la Vérité de se taire." "Vérité ! Vérité ! C'est une folle qui délire ! Quel Maître es-tu si tu prends pour vérité les paroles d'une femme qui délire ?" "Et quel Messie es-tu si tu ne sais pas faire taire une femme ?" "Et quel Prophète es-tu si tu ne sais pas mettre en fuite le démon ? Et pourtant, d'autres fois, tu l'as fait !" "Il l'a fait, oui. Mais maintenant cela ne Lui convient pas. C'est un jeu bien combiné pour effrayer les foules !" "Et j'aurais choisi cette heure, ce lieu et cette poignée d'hommes pour le faire, quand je pouvais le faire à Jéricho, quand j'ai eu cinq mille personnes et davantage qui m'ont suivi et entouré plusieurs fois, quand l'enceinte du Temple a été trop petite pour accueillir tous ceux qui voulaient m'entendre ? Et est-ce que peut-être le démon peut dire des paroles de sagesse ? Qui de vous, en conscience, peut dire qu'une parole erronée est sortie de ces lèvres ? Ne résonnent-elles pas sur ses lèvres, avec une voix de femme, les terribles paroles des prophètes ? N'entendez-vous pas le hurlement de Jérémie et les pleurs d'Isaïe et des autres prophètes ? N'entendez-vous pas la voix de Dieu à travers la créature, la voix qui cherche à se faire accueillir pour votre bien ? Moi, vous ne m'écoutez pas. Je parle, vous pouvez le penser, en ma faveur. Mais elle, qui m'est 453> inconnue, quelle faveur espère-t-elle de ces paroles ? Qu'en aura-t-elle sinon votre mépris, vos menaces, peut-être votre vengeance ? Non, je ne lui impose pas silence ! Et même, pour que ces quelques personnes l'entendent, et pour que vous aussi vous l'entendiez et puissiez vous repentir, je lui ordonne : "Parle ! Parle, je te le dis, au nom du Seigneur !"" Maintenant c'est Jésus qui en impose, c'est le Christ puissant des heures de miracle, aux grands yeux magnétiques dans leur splendeur d'étoile bleue, que la flamme d'un brasier allumé entre la femme et Lui avive encore davantage. La femme, au contraire, accablée par la douleur, est moins royale et elle reste, la tête inclinée, le visage voilé par ses mains et par ses cheveux noirs qui se sont défaits et retombent sur ses épaules et en avant, comme un voile de deuil sur son vêtement blanc. "Parle, je te le dis. Elles ne sont pas sans fruit tes douloureuses paroles. Sabéa, de la race d'Aaron, parle !" La femme obéit. Mais elle parle doucement, si doucement que tous se serrent plus près pour mieux l'entendre. Elle semble se parler à elle-même, en regardant vers le fleuve qui court en bruissant à sa droite avec un dernier reflet de ses eaux, dans les dernières lueurs du jour. Elle semble parler au fleuve : "O Jourdain, fleuve sacré des pères, à l'onde céruléenne et crépue comme une soie précieuse, qui reflètes les pures étoiles et la lune candide, et caresses les saules de tes rives, tu es le fleuve de paix et pourtant tu connais tant de douleur. O Jourdain, qui aux heures de tempête transportes sur tes eaux gonflées et troubles les sables de mille torrents et ce qu'ils ont arraché, et parfois arraches un tendre arbuste sur lequel il y a un nid et le transportes en tourbillonnant vers l'abîme mortel de la Mer Salée, tu n'as pas pitié du couple d'oiseaux qui en volant et en criant de douleur suivent leur nid détruit par ta violence; ainsi tu verras, ô Jourdain sacré, frappé par la colère divine, arraché aux maisons et à l'autel, aller à sa ruine, pour périr dans une Mort plus grande, tu verras aller le peuple qui n'a pas voulu le Messie. Mon peuple, sauve-toi ! Crois en ton Seigneur ! Suis ton Messie ! Reconnais-le pour ce qu'il est. Non un roi de peuples et d'armées. C'est le Roi des âmes, de tes âmes, de toutes les âmes. Il est descendu pour rassembler les âmes justes, il remontera pour les conduire au Royaume éternel. Ô vous qui encore pouvez aimer, serrez-vous près du Saint ! Ô vous qui avez à cœur le sort de la patrie, unissez-vous au Sauveur. Que ne meure pas toute entière la descendance d'Abraham ! Fuyez les faux prophètes aux bouches de 454> mensonge et aux cœurs de rapine qui veulent vous arracher au Salut. Sortez des ténèbres qui s'élèvent autour de vous. Écoutez la voix de Dieu ! Les grands que vous craignez aujourd'hui, sont déjà poussière dans le décret de Dieu. Il n'y a qu'un seul Vivant. Les lieux où ils règnent et d'où ils oppriment sont déjà des ruines. Un seul dure. Jérusalem ! Où sont les orgueilleux fils de Sion dont tu te vantes ? Où sont les rabbis et les prêtres, qui étaient ton ornement et en lesquels tu te complaisais ? Regarde-les ! Accablés, enchaînés, ils s'en vont vers l'exil, à travers les ruines de tes palais, la puanteur de ceux qui sont morts par l'épée ou la faim. Elle est sur toi la fureur de Dieu, Ô Jérusalem qui repousses ton Christ et le frappes au visage et au cœur. Toute beauté est détruite en toi. Toute espérance est morte pour toi. Le Temple et l'autel sont profanés..." "Fais-la taire ! Elle blasphème ! Fais-la taire, nous te le disons." "...l'éphod est arraché. Il ne sert plus..." "Tu es coupable si tu ne lui impose pas silence !" "...car il ne règne plus. Il y en a un autre, un Pontife éternel, et il est saint et envoyé par Dieu : Roi et Prêtre pour l'éternité, par Celui qui prend comme siennes les offenses faites au Christ et en exerce les vengeances. Un autre Pontife. Le Vrai, le Saint,Oint par Dieu et par son Sacrifice, à la place de ceux sur le front desquels la tiare est un déshonneur, car elle couvre des pensées d'horreur !..." "Tais-toi, maudite ! Tais-toi, ou nous te frappons !" et les scribes la mènent rudement, mais elle semble ne pas sentir. Le peuple proteste violemment; "Laissez-la parler, vous qui parlez tant. Elle dit la vérité. C'est ainsi, il n'y a plus de sainteté parmi vous. Un seul est le Saint et vous le tourmentez." Les scribes jugent prudent de se taire et la femme poursuit de sa voix lasse et dolente : "Il était venu t'apporter la paix, et tu Lui as fait la guerre... Le salut. Et tu l'as méprisé... L'amour. Et tu l'as haï... Le miracle. Et tu l'as appelé démon... Ses mains ont guéri tes malades. Et tu les as transpercées. Il t'apportait la Lumière. Et tu as couvert de crachats et d'ordure son visage. Il t'apportait la Vie. Et tu Lui as donné la mort. Israël, pleure ton erreur et ne t'en prends pas au Seigneur alors que tu vas vers ton exil, un exil qui n'aura pas de fin comme ceux d'autrefois. Tu parcourras toute la Terre, Israël, mais comme un peuple vaincu et maudit, poursuivi par la voix de Dieu et par les mêmes paroles dites à Caïn. Et tu ne pourras revenir ici reconstruire un nid solide, sinon quand tu reconnaîtras avec les autres peuples que Lui est Jésus, le Christ, le Seigneur Fils du Seigneur..." La voix de la femme est blanche de peine et de fatigue, lasse comme la voix de quelqu'un qui meurt. 455> Mais elle ne se tait pas encore, au contraire elle se ranime pour un dernier commandement : "A terre, peuple qui sais encore aimer. Couvre-toi de cendre, revêts-toi d'un cilice. La fureur de Dieu est suspendue sur nous comme un nuage chargé de grêle et d'éclairs sur un champ maudit." La femme tombe à genoux, les bras tendus vers Jésus, et elle crie : "Paix, paix, Ô Roi de justice et de paix ! Paix, ô Adonaï grand et puissant, auquel le Père Lui-même ne résiste pas ! Implore pour nous la paix, par ton Nom, ô Jésus, Sauveur et Messie, Rédempteur et Roi, et Dieu, trois fois saint !" et elle s'abat, secouée par des sanglots, le visage sur l'herbe. Les scribes entourent Jésus, en le tirant à part et ils éloignent toute autre personne par des regards et des paroles menaçantes, et l'un d'entre eux dit : "Le moins que tu puisses faire, c'est de la guérir. Car, si tu veux vraiment dire qu'elle n'a pas de démon, tu ne peux nier qu'elle soit malade. Des femmes !... Et des femmes sacrifiées par le destin... Leur vitalité doit bien s'épancher quelque part... et elles divaguent... et elles voient des choses irréelles... et surtout elles te voient, Toi qui es jeune et beau... et" "Tais-toi, bouche de serpent ! Toi-même, tu ne crois pas à ce que tu dis" décoche Jésus d'un air impérieux qui coupe la parole sur les lèvres du scribe maigre, au gros nez qui, au commencement, avait bafoué la femme comme fausse prophétesse. "N'offensons pas le Maître. Nous l'avons choisi comme juge d'un cas que nous n'arrivions pas à juger..." dit un autre scribe. C'est celui qui, allé à la rencontre de Jésus sur la route avec les autres, a dit à Jésus que tous les scribes ne Lui sont pas opposés, mais que certains l'observent aussi pour juger et avec une volonté sincère de le suivre s'ils le jugent Dieu. "Mais tais-toi, Joël, dit Alamot, fils de Abia ! Seul un avorton comme toi peut dire ces paroles" lui disent méchamment les autres. Le scribe devient congestionné sous l'insulte, mais il se domine et répond avec dignité : "Si la nature n'a pas favorisé ma personne, cela n'a pas amputé mon intelligence. Au contraire, en m'enlevant beaucoup de plaisirs, elle a fait de moi un homme sage, et si vous étiez saints, vous n'humilieriez pas l'homme, mais vous respecteriez le sage." "Bien ! Parlons de ce qui nous préoccupe. Tu as le devoir de la guérir, Maître, car dans son délire, elle épouvante les gens et offense le sacerdoce, les pharisiens et nous." 456> "Si elle vous avait loués, me demanderiez-vous de la guérir ?" demande doucement Jésus. "Non. Car cela servirait à rendre les gens respectueux envers nous, ce peuple capricieux qui nous hait en son cœur et nous méprise quand il le peut" répond un scribe sans s'apercevoir qu'il tombe dans un piège. "Mais ne serait-elle pas encore une malade ? N'aurais-je pas le devoir de la guérir ?" demande encore doucement Jésus. Il semble un écolier qui demande à son maître ce qu'il doit faire. Et les scribes aveuglés par l'orgueil ne comprennent pas qu'ils sont en train de se trahir... "En ce cas, non. Au contraire ! La laisser, la laisser à son délire ! Faire tout ce qui est possible pour que les gens la croient prophétesse. L'honorer ! L'indiquer..." *Mais, si c'était des choses qui ne seraient pas vraies ?!..." "Oh ! Maître ! Une fois enlevé ce qu'elle dit contre nous, le reste serait très utile pour relever la fierté d'Israël contre le romain, à rabaisser l'orgueil du peuple envers nous !" "Mais on ne pourrait lui dire : "Parle ainsi, mais ne dis pas cela" dit fermement Jésus, "Et pourquoi ?" "Parce que celui qui délire parle sans savoir ce qu'il dit." "Oh ! avec de l'argent et quelques menaces... on obtiendrait tout. On contrôlait aussi les prophètes..." "je ne suis pas au courant, en vérité..." "Hé ! c'est que tu ne sais pas lire entre les lignes et que tout n'a pas été laissé par écrit." "Mais l'esprit prophétique ne connaît pas d'influence extérieure, ô scribe. Il vient de Dieu et Dieu ne s'achète pas et on ne l'effraie pas" dit Jésus en changeant de ton. C'est le commencement de sa contre-attaque. "Mais elle n'est pas une prophétesse. Ce n'est plus le temps des prophètes." "Ce n'est plus le temps des prophètes ? Et pourquoi ?" "Parce que nous ne les méritons pas. Nous sommes trop corrompus." "Vraiment ? Et c'est toi qui le dis ? Toi qui tout à l'heure la jugeais digne de châtiment parce qu'elle disait la même chose ?" Le scribe reste désorienté. Un autre vient à son secours : "Le temps des prophètes a fini avec Jean. Ils ne servent plus." 457> "Et pourquoi donc ?" "Parce que tu es là pour dire la Loi et pour parler de Dieu." "Même au temps des prophètes, il y avait la Loi et la Sagesse parlait de Dieu, et pourtant eux aussi existaient." "Mais que prophétisaient-ils ? Ta venue. Tu es venu. Ils ne servent plus." "Cent et cent fois, je me suis entendu demander par vous, par les prêtres et les pharisiens, si j'étais ou non le Christ, et parce que je l'affirmais j'ai été traité de blasphémateur et de fou et on a pris des pierres pour me les lancer. N'est-tu pas Sadoc, appelé le scribe d'or ?" dit Jésus, en montrant le scribe au gros nez, qui a maltraité la femme après avoir essayé de la tromper. "Je le suis, eh bien ?" "Eh bien, c'est toi, justement toi, qui
as été le premier à Giscala comme au Temple, à commencer la violence
contre Moi.[12]
Mais Moi, je te pardonne. Je te rappelle seulement que tu le faisais en
disant que je ne pouvais être le Christ, alors que maintenant tu soutiens
le contraire, Et je te rappelle aussi le défi que je t'ai fait à Cédés.[13]
D'ici peu tu verras s'en accomplir une partie. Quand la lune sera revenue à
la phase où maintenant elle brille dans le ciel, je te donnerai la preuve,
la première.[14]
L'autre tu l'auras quand le grain, qui maintenant dort en terre, agitera ses
épis encore verts au vent de Nisan. Mais à ceux qui disent que les prophètes
sont inutiles, je réponds : "Et qui pourra imposer des limites au
Seigneur Très-Haut ?" "Alors, tu ne veux pas guérir la femme, ni non plus la condamner ?" "Non." "Et tu l'estimes prophétesse ?" "Inspirée, oui." "Tu es un démon comme elle. Partons. Il ne convient pas de perdre d'autre temps avec des démons" dit Sadoc, en bousculant le Christ, comme un faquin, pour l'écarter. Un grand nombre le suivent. Certains restent, parmi eux celui qu'ils ont appelé Joël Alamot. "Et vous ne les suivez pas ?" demande Jésus en montrant ceux qui s'en vont. "Non, Maître. Nous allons partir parce qu'il fait nuit, mais nous voulons te dire que nous croyons à ton jugement. Dieu peut tout, c'est vrai, et pour nous qui tombons dans des fautes nombreuses, Il peut susciter des esprits qui nous rappellent à la justice" dit l'un d'eux très âgé. "Tu as bien parlé. Et l'humilité que tu montres est, aux yeux de Dieu, plus grande que ton savoir." "Alors souviens-toi de moi quand tu seras dans ton Royaume." "Oui, Jacob." "Comment sais-tu mon nom ?" Jésus sourit sans répondre. "Maître, souviens-toi aussi de nous" disent les trois autres. Et le dernier qui parle, Joël Alamot, dit aussi : "Et bénissons le Seigneur qui nous a donné cette heure." "Bénissons le Seigneur !" répond Jésus. Ils se saluent et se séparent. Jésus se réunit à ses apôtres et, avec eux, il va près de la femme qui a encore repris la position qu'elle avait au début : ramassée sur elle-même sur la racine qui fait saillie. Son père et sa mère demandent avec angoisse au Maître : "C'est donc un démon, notre fille ? Ils l'ont dit avant de s'en aller." "Non, elle ne l'est pas. Soyez en paix, et aimez-la car son sort est très douloureux, comme tous les sorts semblables au sien." "Mais ils ont dit que tu avais jugé de la sorte..." "Ils ont menti, Moi, je ne mens pas. Soyez en paix." Jean d'Ephèse s'avance avec Salomon et les autres disciples : 459> "Maître, Sadoc les a menacés, je te le dis." "Eux ou elle ?" "Eux et elle. N'est-ce pas, vous deux ?" "Oui. Ils nous on dit, à sa mère et à moi, que si nous ne savons pas faire taire notre fille, malheur à nous. Et à Sabéa ils ont dit : "Si tu parles, nous te dénoncerons au Sanhédrin". Nous prévoyons de mauvais jours pour nous !... Mais notre cœur est en paix à cause de ce que tu nous as dit... et nous supporterons le reste. Mais pour elle... Que devons nous faire ? Conseille-nous, Seigneur." Jésus réfléchit et répond ensuite : "N'avez-vous pas des parents loin de Betléchi ?" "Non, Maître." ...Jésus réfléchit et puis lève son visage et regarde Joseph, Jean d'Ephèse et Philippe d'Arbela. Il ordonne : "Vous vous mettrez en voyage avec eux, et puis de Betléchi, avec elle et son trousseau, vous irez à Aëra. Vous direz à la mère de Timon de la garder en mon nom. Elle sait ce que c'est que d'avoir un fils persécuté." "Nous allons le faire, Seigneur. C'est une bonne décision. Aëra est éloignée et hors de leur atteinte" disent les trois. Le père et la mère de Sabéa baisent les mains du Maître, le remercient et le bénissent. Jésus se penche sur la femme, touche sa tête voilée pour l'appeler doucement : "Sabéa, écoute-moi !' La femme lève la tête et le regarde, et puis glisse à genoux. Jésus lui pose la main sur la tête : "Écoute, Sabéa. Tu vas aller où je t'envoie, auprès d'une mère. J'aurais voulu t'envoyer auprès de la mienne, mais cela ne m'est pas possible. Continue à servir le Seigneur dans la justice et l'obéissance. Je te bénis, femme. Va en paix." "Oui, mon Seigneur, et mon Dieu. Mais quand je devrai parler, pourrai-je ?..." "L'Esprit qui t'aime te guidera suivant le moment. Ne doute pas de son amour. Sois humble, chaste, simple et sincère, et Lui ne t'abandonnera pas. Va en paix !" Il se réunit de nouveau aux apôtres et à Zachée avec les siens qui s'étaient arrêtés à quelques pas, pour retenir aussi les autres curieux. "Allons. Il fait nuit. Je ne sais pas comment vous allez faire pour retourner à Jéricho, vous qui devez y aller." "C'est plutôt pour la femme et ses parents, disons. Mais si tu le juges bon, nous resterons hors de la maison et Toi et eux, vous pourrez y dormir jusqu'au matin" propose un des amis de Zachée. 460> |