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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" |
aucun accent |
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mardi
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Poursuivis par une foule menaçante 245 -
Un riche marchand tient à voir Jésus 246 -
Il demande la guérison de ses deux enfants 246 -
Et affirme sa foi en Jésus 247 -
Un rendez-vous au pied du Mont Nébo 248 - En route vers ce lieu célèbre 248 |
7.195. |
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245> Je ne vois pas la ville d'Hesbon. Jésus et les siens en
sortent déjà, et d'après les visages des apôtres je comprends que cela a été
une déception. Ils sont suivis, ou plutôt poursuivis, à la distance de
quelques mètres par une foule qui vocifère et menace... "Ces lieux qui entourent la Mer Salée sont maudits comme
la mer elle-même" dit Pierre. "Ce lieu ! Toujours celui du temps mosaïque,
et tu es trop bon pour ne pas le punir comme il le fut alors [1]. Mais il le
mériterait bien, et il faudrait bien en venir à bout par les puissances du
Ciel ou par celles de la Terre, tous jusqu'au dernier homme et la dernière
localité" dit Nathanaël fâché, avec une
lueur de dédain dans ses yeux profonds. La race hébraïque ressort fortement
chez l'apôtre maigre et âgé dans l'accès de dédain, et le fait ressembler beaucoup
aux nombreux rabbis et pharisiens qui s'opposent toujours à Jésus. 246> Jésus se retourne et lève la main pour dire:
"Paix ! Paix ! Ils seront eux aussi attirés à la Vérité. Mais il faut la
paix. Il faut de la compassion. Nous ne sommes jamais venus ici, ils ne nous
connaissent pas. D'autres endroits furent ainsi la première fois, mais
ensuite ils changèrent." "Ces endroits sont comme Masada : des vendus ! Retournons au Jourdain"
dit Pierre avec insistance. Mais Jésus s'en va par la route milliaire qu'il vient de
reprendre en direction du sud. Les plus enflammés contre Lui ne cessent de le
poursuivre, en attirant l'attention des voyageurs. Quelqu'un - ce doit être un riche
marchand, ou au moins quelqu'un qui est au service d'un marchand -
conduit une longue caravane qui va vers le nord. Il les observe stupéfait, en
arrêtant son chameau, et en même temps que lui s'arrêtent tous les autres. Il regarde Jésus, il regarde les apôtres, désarmés et d'un
aspect si bienveillant; il regarde ces gens qui arrivent en criant et en
menaçant et, curieux, il les interpelle. Je n'entend pas ses paroles mais les
cris qui lui répondent : "C'est le Nazaréen maudit, le fou, le possédé.
Nous ne voulons pas de Lui dans nos murs !" L'homme n'en demande pas plus. Il retourne son chameau, crie
quelque chose à quelqu'un qui le suivait de près, et aiguillonne l'animal qui
en quelques foulées rejoint les apôtres. "Au nom de votre Dieu, qui
d'entre vous est Jésus le Nazaréen ?" demande-t-il aux apôtres Matthieu, Philippe, Simon le Zélote et à Isaac qui sont dans le
dernier petit groupe. "Pourquoi le demandes-tu ? Toi aussi, pour l'ennuyer ?
N'est-ce pas assez de ses compatriotes ? Tu t'y mets toi aussi ?" dit
Philippe très fâché. "Je vaux mieux qu'eux, et je demande une grâce. Ne me
repoussez pas. Je vous le demande au nom de votre Dieu." Il y a dans la voix de l'homme quelque chose qui persuade les
quatre, et Simon lui dit : "Le premier de tous, en avant, avec les deux
plus jeunes." L'homme excite de nouveau l'animal car Jésus, qui était déjà en
avant, a encore avancé durant le bref dialogue que Lui ignore. "Seigneur !... Écoute un malheureux..." dit-il en le
rejoignant. Jésus, Jean et Margziam se retournent
étonnés. "Que veux-tu ?" 247> "Je suis de Pétra, Seigneur. Je passe
pour le compte d'autrui des marchandises venant de la Mer Rouge, jusqu'à Damas. Je ne suis pas
pauvre, mais c'est comme si je l'étais. J'ai deux enfants, Seigneur, et le
mal les a pris aux yeux et ils sont aveugles, l'un tout à fait, le premier qui
a été pris, l'autre presque aveugle et qui le sera bientôt complètement. Les
médecins ne font pas de miracles, mais Toi, oui." "Comment le sais-tu ?" "Je connais un riche marchand qui te connaît. Il séjourne
parfois dans mon milieu, et quelquefois je suis à son service. Il m'a dit, en
voyant les enfants: "Seul Jésus de Nazareth pourrait les guérir.
Cherche-le". Je t'aurais cherché, mais j'ai peu de temps et je dois
suivre les routes les plus indiquées." "Quand as-tu vu Alexandre ?" "Entre vos deux fêtes de printemps [2]. Depuis lors, j'ai
fait deux autres voyages, mais je ne t'ai jamais rencontré. Seigneur, aie
pitié !" "Homme, Moi, je ne puis descendre à Pétra, et toi, tu ne
peux pas quitter la caravane..." "Si, je le puis. Arisa est un homme de
confiance. Je l'envoie en avant : il ira lentement. Moi, je vole à Pétra.
J'ai un chameau plus rapide que le vent du désert et plus agile qu'une
gazelle. Je prends les enfants et un autre serviteur fidèle. Je te rejoins,
tu les guéris... Oh ! la lumière pour les étoiles noires de leurs yeux,
maintenant couverts d'un nuage épais ! Et je continue alors qu'eux retournent
vers leur mère. Je vois que tu continues, Seigneur. Où te diriges-tu ?" "J'allais à Debon..." "N'y va pas. Elle est pleine de... de ceux de Machéronte. Des endroits
maudits, Seigneur. Ne te soustrais pas aux malheureux, Seigneur, pour te
donner aux maudits." "C'est ce que je disais" bougonne Barthélemy dans sa barbe, et plusieurs lui
donnent raison. Maintenant ils sont tous autour de Jésus et de l'homme de
Pétra. Les habitants d'Hesbon, au contraire,
voyant que la caravane paraît bienveillante pour le Persécuté, rebroussent
chemin. La caravane, arrêtée, attend l'issue et la décision. "Homme, si je ne vais pas vers les villes du midi, je
retourne vers le septentrion. Et il n'est pas dit que je t'écoute." "Je le sais que je suis abject pour vous d'Israël. Je suis
incirconcis, je ne mérite pas que l'on m'écoute. Mais Toi, tu es le Roi du
monde, et dans le monde, nous y sommes, nous aussi..." 248> "Ce n'est pas cela. C'est... Comment
peux-tu croire que Moi je fasse ce que les médecins n'ont pu faire ?" "Parce que tu es le Messie de Dieu et qu'eux sont des
hommes. Tu es le Fils de Dieu. Misace me l'a dit,
et moi, je le crois. Tu peux tout faire, même pour un pauvre homme comme
moi." La réponse est pleine d'assurance et l'homme la complète en se
laissant glisser à terre, sans même faire agenouiller le chameau, et il se
prosterne de tout son long dans la poussière. "Ta foi est plus grande que celle de beaucoup. Va ! Tu
sais où est le Nébo ?" "Oui, Seigneur. Cette montagne, c'est le Nébo. Nous aussi,
nous connaissons Moïse. Il est grand, trop grand pour que nous ne le
connaissions pas, mais Toi, tu es plus grand. Entre Moïse et Toi, c'est comme
entre une roche et une montagne." "Va à Pétra. Moi, je t'attendrai sur le Nébo..." "Il y a un village au pied pour ceux qui visitent la
montagne [3]. Il y a des
auberges... J'y serai d'ici dix jours au plus. Je forcerai la bête, et si
Celui qui t'envoie me protège, je ne rencontrerai pas de tempête." "Va ! Et reviens le plus tôt possible. Je dois aller
ailleurs..." "Seigneur ! Moi... je ne suis pas circoncis. Ma
bénédiction est pour Toi un opprobre. Mais celle d'un père n'est jamais un
opprobre. Je te bénis, et je pars." Il prend un sifflet d'argent et siffle trois fois. L'homme qui
est en tête de la caravane arrive au galop. Ils se parlent, se saluent. Puis
l'homme retourne à la caravane qui se met en mouvement. L'autre remonte sur
son chameau et s'en va vers le sud, au galop. Jésus et les siens se remettent
en route. "Nous allons vraiment au Nébo ?" "Oui, nous quitterons les villes pour les pentes des monts
Abarim [4]. Il y aura beaucoup
de bergers. Nous connaîtrons par eux la route pour le mont Nébo et eux
sauront, par nous, le Chemin pour aller au mont de Dieu. Et puis nous nous
arrêterons quelques jours comme nous l'avons fait sur les monts d'Arbela et près du Carit." "Oh ! Comme ce sera beau ! Et nous deviendrons meilleurs.
Nous sommes toujours descendus de ces lieux plus forts et meilleurs" dit
Jean. "Et tu nous parleras de tout ce que le Nébo rappelle [5]. Frère : te
souviens-tu, quand nous étions enfants, d'un jour où tu faisais Moïse qui bénissait Israël
avant de mourir ?" dit Jude d'Alphée. 249> "Oui. Et ta Mère poussa un cri, en te
voyant étendu comme mort. Maintenant, nous allons vraiment au Nébo" dit Jacques d'Alphée. "Et tu béniras Israël. Tu es le vrai Chef du Peuple de
Dieu !" s'écrie Nathanaël. "Mais tu n'y meurs pas. Tu ne meurs jamais, n'est-ce pas,
Maître ?" demande avec un rire étrange Judas de Kériot. "Je mourrai et je ressusciterai comme il est dit. Beaucoup
d'hommes mourront sans être morts en ce jour-là. Et alors que les justes
ressusciteront, même morts depuis des années, des hommes vivant dans leur
chair mais à l'esprit définitivement mort en ce jour-là, ne ressusciteront
pas. Attention à ne pas être de ceux-ci." "Et Toi, prends garde que l'on ne t'entende pas répéter
que tu ressusciteras. Ils disent que c'est un blasphème" réplique Judas
de Kériot. "C'est vrai, et je le dis." "Quelle foi, cet homme ! Et ce Misace !" dit le Zélote pour tenter une
diversion. "Mais qui est Misace ?" demandent
ceux qui l'année précédente n'étaient pas dans le voyage d'au-delà du
Jourdain. Et ils s'éloignent en parlant de ces choses, alors que Jésus
reprend, avec Margziam et Jean, la
conversation interrompue précédemment. |
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[1] Au terme de leur exode sous
la conduite de Moïse, les israélites demandent au roi Sihôn
de traverser son territoire. Son refus entraîne une bataille sanglante au terme
de laquelle "Israël habita dans toutes les villes des Amorrhéens,
à Hechbôn et dans toutes ses Filles". (Nombres 21,21-35)
[2] Pâques (mars-avril) et
Pentecôte (mai-juin)
[3] Medeba
ou Madeba. Le Mont Nebo est
situé sur le plateau de Madeba
[4] Chaîne de montagne dominant
la Mer Morte à l'est et dont le Mont Nébo est au nord le dernier et le plus
haut sommet.
[5] Le Mont Nébo est le lieu
de la mort de Moïse qui verra ainsi la Terre Promise de loin, mais sans y
entrer. Il avait en effet douté de la promesse de Dieu.(Deutéronome 32,49-50)