|
"L'Évangile tel
qu'il m'a été révélé" |
aucun accent |
||
|
Vendredi 5
octobre 29 (8 Boul)
- Impossible de trouver
une barque 277 - À pied dans l'eau et
dans la boue 278 - Margziam ira voir Marie
à Nazareth 279 - Il a peur de ne plus
revoir Jésus 280 - Isaac reviendra avec
Marie 281 - Une barque fournie
par les parents d'un miraculé 281 - Pierre donne raison à
Jésus pour Margziam 281 - La maison de Salomon
est fermée 281 - Ananias
est mort 282 - Comment il a trouvé
la mort 282 - Jésus va prier sur son tombeau 283 |
Accueil >> Plan du site >> Sommaire du Tome 7 7.201. |
||
|
278> "Mais, on
n'allait pas à Nazareth ?" "Non. Je l'ai décidé pendant la
nuit. Je suis désolé pour vous, mais je dois revenir en arrière." "Je suis heureux !" s'écrie Margziam. "Je vais
rester encore avec Toi !" "Oui, bien que, pauvre enfant, tu
vois à mes côtés de bien tristes jours !" "C'est bien pour cela que j'aime
rester avec Toi. Pour te donner de l'amour. Je ne veux que cela. Je ne
demande rien de plus." Jésus lui dépose un baiser
sur le front. "Et nous repassons par Bethabara ?" demande Matthieu. "Non. Nous traversons le fleuve
dans la barque de quelque pêcheur." Pierre revient avec
Jacques. "Pas de barque, Maître, jusqu'au soir... Et... dois-je le dire
?" "Dis-le." "Ils sont passés par ici
certains... Ils doivent avoir bien payé ou fait de fortes menaces... Je ne
crois pas que ce soir non plus tu trouves une barque... Ils sont
impitoyables..." Pierre soupire. "Peu importe. Mettons-nous en
route... et le Seigneur nous aidera." La saison est mauvaise, de la pluie,
de la boue. La route est boueuse, le long de la berge à la pluie s'ajoute la
rosée de la nuit, abondante le long du fleuve. Mais ils vont malgré cela sur
l'étroite levée de terre qui côtoie la route, moins boueuse et moins exposée
aux gouttes de la pluie fine mais continue, à cause d'une rangée de peupliers
qui abritent quelque peu, quand pourtant un coup de vent ne précipite pas
d'un coup toutes les gouttes d'eau retenues par les branches. "Hé ! Maintenant, c'est son temps
!" dit philosophiquement Thomas en relevant son
vêtement. "C'est son temps !" confirme
Barthélemy, et il soupire. "Nous nous sécherons quelque
part. Ils ne seront pas tous... excités contre nous" dit Pierre. "Nous pourrons toujours trouver
une barque... Ce n'est pas dit !" ajoute Jacques d'Alphée. "Si nous avions de l'argent, nous
trouverions tout. Mais il n'a pas voulu que j'aille vendre à Jéricho !"
dit Judas de Kériot. "Tais-toi ! Je t'en prie. Le
Maître est si affligé ! Tais-toi !" dit Jean suppliant. 279> "Je me tais. Et
même je ne fais que me réjouir de son ordre. Ainsi on ne peut dire que ces
sadducéens des alentours de Jéricho, c'est moi qui les ai envoyés"
et il regarde Pierre, mais Pierre est absorbé et il ne voit ni ne répond
rien. Ils vont, ils vont sous une bruine
fine comme le brouillard dans la journée grisâtre. De temps en temps, ils
parlent entre eux. Mais ils semblent se parler à eux-mêmes, car les paroles
semblent la conclusion d'un dialogue avec un interlocuteur invisible. "Nous devrons finir par nous
arrêter en quelque endroit." "C'est partout la même chose car eux
viennent partout." "Persécution pour persécution, il
vaut mieux s'arrêter dans une ville. Au moins on n'est pas trempé." "Mais à quoi veulent-ils en venir
?" "Pauvre Marie ! Si elle savait !" "Dieu Très-Haut, protège tes
serviteurs !" et ainsi de suite... Puis ils se rassemblent et discutent
à voix basse. Jésus est en avant, seul... Seul !
Jusqu'au moment où le rejoignent Margziam et le Zélote. "Les autres sont descendus sur la
grève pour voir s'il y a une barque... On ferait plus vite. Nous veux-tu avec
Toi ?" "Venez. De quoi parliez-vous
avant ?" "De ta souffrance." "Et de la haine des hommes. Que
pouvons-nous faire pour te soulager et pour freiner la haine ?" demande
le Zélote.
"Parce que cela me rappelle Doras..." "Tu as raison. Il est temps que je
te renvoie à la maison..." "Non ! Jésus ! Non ! Pourquoi
veux-tu me punir d'un mal que je n'ai pas fait ?" "Non pas te punir, mais te
préserver... Je ne veux pas que tu te rappelles Doras. Qu'est-ce qui s'élève
en ton intérieur à ce souvenir ? Réponds..." Margziam pleure, la tête penchée, puis
il lève le visage et dit : "Tu as raison. Mon esprit n'est pas capable
de voir et de pardonner, il n'est pas encore capable. Mais pourquoi
m'éloignes-tu ? Si tu souffres, je dois, avec plus de raison, rester près de
Toi. Tu m'as consolé, Toi, toujours ! Je ne suis plus le sot enfant qui l'an
passé te disait : 280> "Ne me fais pas voir ta douleur".
Je suis vraiment un homme, maintenant. Permets-moi de rester, Seigneur ! Oh !
dis-le-lui, toi, Simon !" "Le Maître sait ce qui est bien
pour nous. Et peut-être... Lui veut te donner quelque charge... Je ne sais
pas... Je dis ma pensée..." "Tu as bien dit. Je l'aurais
gardé, et avec tant de joie, jusqu'au-delà des Encénies. Mais... Ma Mère est seule là-bas. La rumeur de la haine est
si forte. Elle pourrait craindre plus qu'il ne faut. Elle est seule, ma Mère,
et elle pleure certainement. Tu iras chez elle pour lui dire que je la salue
et que je l'attends désormais, pour après les Encénies. Et tu ne diras rien
d'autre, Margziam." "Mais, si elle m'interroge
?" "Oh ! tu peux ne pas mentir en
disant... que la vie de son Jésus est comme ce ciel d'Etamin
[1] : nuages et pluie, parfois
la bourrasque, mais il ne manque pas de jours de soleil. Comme hier, comme
peut-être demain. Se taire n'est pas mentir. Tu lui diras les miracles que tu
as vus. Tu lui diras qu'Élise est avec Moi, qu'Ananias m'a accueilli comme
un père, qu'à Nobé je suis dans la maison d'un bon Israélite. Le reste... Pour le reste, garde le
silence. Et puis tu iras chez Porphyrée et tu y resteras
jusqu'à ce que je t'appelle." Margziam pleure plus fort. "Pourquoi pleures-tu ainsi ?
N'es-tu pas content d'aller chez Marie ? Hier, tu l'étais..." dit Simon. "Hier, oui, car tous y allaient.
Et puis je pleure car j'ai peur de ne plus te voir... Oh ! Seigneur !
Seigneur ! Jamais plus il n'y aura de jours heureux comme l'étaient ces jours
derniers !" "Nous nous verrons encore,
Margziam. Je te le promets." "Quand ? Pas avant Pâque. C'est
long !" Jésus se tait. "Vraiment, tu ne veux pas de moi avant Pâque
?" Jésus passe un bras autour de ses
épaules encore chétives et il l'attire à Lui. "Pourquoi veux-tu
connaître l'avenir ? Nous existons aujourd'hui. Demain, nous n'existons plus.
L'homme, même le plus riche et le plus puissant, ne peut ajouter un jour à sa
vie. Elle est, comme tout l'avenir, dans les mains de Dieu..." "Mais pour Pâque je dois venir au
Temple. Je suis Israélite. Tu ne peux me faire pécher !"
281> Margziam, comme
fasciné, dit : "J'obéirai. Je le jure devant Toi et le Dieu
éternel." Un silence. Puis le Zélote demande :
"Y va-t-il seul ?" "Non certainement. Avec des
disciples. Nous en trouverons d'autres en plus d'Isaac." "Tu envoies aussi Isaac en
Galilée ?" "Oui, il reviendra avec ma
Mère." On appelle du fleuve. Les trois se
déplacent, ils traversent la route, et vont vers l'eau. "Regarde, Maître, nous avons
trouvé et ils ne veulent rien. Ce sont des parents d'un miraculé. Mais ils
portent du sable à ce village. Il faut aller jusque là à pied, puis ils nous
prennent." "Que Dieu les récompense. Nous
serons ce soir chez Ananias." Pierre, content, remonte vers la route
et il voit le visage troublé de Margziam. "Qu'as-tu ? Qu'a-t-il fait
?" "Rien de mal, Simon. Je lui ai
dit que, arrivé au premier endroit où je trouverai des disciples, je le
renverrai à la maison et lui en est attristé." "À la maison... Oui !... Mais
c'est juste... La saison..." Pierre réfléchit. Puis il regarde Jésus et
le tire par la manche pour qu'il s'abaisse jusqu'à sa bouche. Il Lui parle à
l'oreille : "Maître, mais pourquoi l'envoies-tu sans attendre..." "À cause de la saison, tu l'as
dit." "Et puis ?" "Simon, je ne veux pas te mentir.
Et puis parce qu'il est bien que Margziarn ne
s'empoisonne pas le cœur ..." "Tu as raison, Maître. S'empoisonner
le cœur... Voilà ! C'est justement ce qui finit par arriver." Il élève
la voix : "Le Maître a vraiment raison. Tu iras et... nous nous verrons
à Pâque. Enfin... c'est vite venu... Une fois Casleu passé... Oh ! dans
peu de temps, c'est le beau mois de Nisan. Oui, certainement ! Il a
raison..." La voix de Pierre se fait moins assurée. Il répète lentement
et avec tristesse : "Il a raison..." et en se parlant à lui-même :
"Que sera-t-il arrivé d'ici Nisan ?" Il se frappe le front de la
main, l'air désolé. Et ils vont, ils vont
dans la journée humide. Il cesse de pleuvoir jusqu'au moment où, avec de la
boue jusqu'aux genoux, ils montent dans cinq petites barques humides et
sableuses qui descendent de nouveau en suivant le courant. Alors la pluie
reprend et, en frappant l'eau calme du fleuve qui reflète les nuages
grisâtres, elle y dessine des cercles qui se font et se défont
continuellement en un jeu de facettes nacrées. 282> Le paysage ressemble
à un désert. Sur les berges, dans les minuscules bourgades, on ne voit pas
âme qui vive. La pluie ferme les maisons et rend les routes désertes. Aussi,
quand au début du crépuscule ils débarquent là où se trouve le petit village
de Salomon, ils trouvent la route silencieuse et
déserte et ils arrivent à la maison sans être vus de personne. Ils frappent,
ils appellent. Rien. On n'entend que le roucoulement des colombes et le
bêlement des brebis et le bruit de la pluie. "Il n'y a personne. Que
faisons-nous ?" "Allez aux maisons du village.
D'abord à celle du petit Micaël" ordonne Jésus. Et pendant que les apôtres les plus
jeunes y vont rapidement, Jésus reste près de la maison avec les plus âgés et
ils observent et commentent. "Tout est fermé... La grille
elle-même est bien attachée et fixée. Regarde ! Il y a jusqu'à un gros clou
et les fenêtres sont fermées comme pour la nuit. Quelle tristesse ! Et cette
plainte des brebis et des colombes ? Il est peut-être malade ? Qu'en
penses-tu, Maître ?" Jésus secoue la tête. Il est las et
triste... Les apôtres reviennent en courant. André arrive le premier et, alors qu'il se trouve
encore à quelques mètres, il crie : "Il est mort... Ananias
est mort... On ne peut entrer dans la maison car elle n'est pas encore
purifiée... Depuis quelques heures il est au tombeau. Si nous avions pu venir
hier... La femme, la mère de Micaël, va
venir." "Mais qu'est-ce qui nous poursuit
? !" éclate Barthélemy. "Pauvre vieux ! Il était si
heureux ! Il se trouvait si bien ! Mais comment ? Quand est-il tombé malade
?" Ils parlent tous à la fois. La femme survient et en se tenant à
distance de tout le monde, elle dit : "Seigneur, la paix soit avec Toi.
Ma maison t'est ouverte. Mais... je ne sais pas si... J'ai préparé le mort.
C'est pour cela que je reste loin. Je puis pourtant t'indiquer les maisons
qui vous accueilleront." "Oui, femme. Que Dieu te
récompense, et avec toi ceux qui usent de pitié envers les voyageurs. Mais
comment l'homme est-il mort ?" "Oh ! je ne sais pas. Il n'a pas
été malade. Avant-hier, il allait bien. Oui, bien sûr, il allait bien. Micaël était venu le matin pour prendre les deux brebis
et les mettre avec les nôtres. Il était convenu ainsi. Et à sexte je lui
avais apporté des vêtements que je lui avais lavés. Il était à table et il
mangeait, en très bonne santé. 283> Le soir encore, Micaël avait ramené les brebis et lui avait puisé deux
brocs d'eau et il lui avait donné deux fouaces qu'il s'était faites. Hier
matin, mon fils vint pour les brebis. Tout était fermé comme maintenant et
personne ne répondit aux cris de l'enfant. Il poussa la grille, mais n'arriva
pas à l'ouvrir. Elle était bien fermée. Alors Micaël
eut grand peur et il accourut vers moi. Mon mari et moi, nous sommes accourus
avec d'autres. Nous avons ouvert la grille, nous avons frappé à la cuisine...
nous avons forcé la porte... Il était encore assis près du foyer, la tête
penchée sur la table, la lampe encore toute proche, mais éteinte comme lui,
un coutelas à ses pieds, une écuelle de bois à moitié incisée... La mort l'a
pris ainsi... Il souriait... Il était en paix... Oh ! quel visage de juste il
avait ! Il paraissait même plus beau... Moi... Il y a peu de temps que je
m'occupais de lui, mais je m'étais attachée... et je pleure..." "Il est en paix. Toi même tu l'as
dit. Ne pleure pas ! Où l'avez-vous mis ?" "Nous savions que tu l'aimais
tant et alors nous l'avons mis dans le tombeau que Lévi s'est construit
depuis peu. Le seul, car Lévi est riche. Nous, nous ne sommes pas riches. Là,
au fond, au-delà de la route. Maintenant, si tu veux, nous allons tout
purifier et..." "Oui. Tu prendras les brebis et
les colombes. Le reste, conserve-le pour les miens et Moi, pour que je puisse
y séjourner quelquefois. Que Dieu te bénisse, femme. Allons au tombeau." "Tu veux le ressusciter ?"
demande Thomas étonné. "Non. Pour lui, ce ne serait pas
de la joie. Là où il est, il est plus heureux. Il le désirait
d'ailleurs..." Mais Jésus est tout à fait accablé. Il
semble que tout concoure à augmenter sa tristesse. Sur les portes des
maisons, les femmes regardent et saluent en commentant. On est vite arrivé au tombeau, un
petit cube tout frais construit. Jésus prie tout près de lui. Puis il se
retourne, les yeux humides de larmes, et il dit : "Allons... dans les
maisons du village. Dans notre maisonnette il n'y a plus personne qui nous
attende pour nous bénir... Mon Père ! La solitude enveloppe ton Fils, le vide
se fait de plus en plus vaste et plus ténébreux. Ceux qui m'aiment s'en vont
et il reste ceux qui me haïssent... Mon Père ! Que ta Volonté soit toujours
faite et bénie !..." |
|||
|
Ils retournent vers le village, et
deux ici, trois là, ils entrent dans les maisons de ceux qui n'ont pas touché
le mort pour trouver un abri et se restaurer. |
|||
[1] Nom donné au mois de Tisri avant l'exil. Ce mois, le premier de l'année,
correspond à octobre. Compte-tenu du décalage du calendrier soli-lunaire, nous
sommes au début du mois de Boul, bien qu'en octobre.
Jésus est certainement préoccupé.