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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta © Centro Editoriale Valtortiano |
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dimanche
- Judas voudrait que Jésus revienne à Kériot 638 - Il veut se comprendre lui-même 638 - Tu es simplement désordonné 639 - Discours 1 (Mettre de l'ordre en toi-même) 639 - Se tenir avec de bons compagnons 640 - Le deuxième groupe rejoint le premier 641 - Discours 2 (La nécessité de l'ordre et de la charité) 641 - Faire l'homme spirituel 642 |
2.106. |
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638> Jésus se trouve avec les siens dans un endroit très montagneux. La route est incommode et difficile. Les plus âgés sont très fatigués. Les jeunes, au contraire, sont tous joyeux autour de Jésus et montent avec agilité, causant entre eux. Les deux cousins, les deux fils de Zébédée et André sont joyeux à la pensée de retourner en Galilée, et leur joie est telle qu'elle gagne même l'Iscariote qui depuis quelque temps est dans les meilleures dispositions d'esprit. Il se borne à dire : "Cependant, Maître, pour la Pâque quand on vient au Temple... tu reviendras à Kériot ? Ma mère espère toujours de t'avoir. Elle ma l'a fait savoir. Et mes concitoyens aussi..." "Certainement. A présent, même si on le voulait, la saison est trop dure pour aller sur ces routes difficiles. Voyez comme c'est fatigant, même ici. Et, si on ne me l'avait pas imposé, je n'aurais pas entrepris le voyage en ce moment... Mais, on ne pouvait plus rester..." Jésus se tait, pensif. "Et ensuite, je veux dire : pour la Pâque, pourra-t-on venir ? Je voudrais montrer ta grotte à Jacques et à André." dit Jean. "Tu oublies l'amour de Bethléem pour nous ? demande l'Iscariote. Pour le Maître, surtout." "Non, mais j'irais plutôt avec Jacques et André, Jésus pourrait rester à Jutta ou dans ta maison..." "Oh ! Cela me plaît. Le feras-tu, Maître ? Eux vont à Bethléem. Tu restes avec moi à Kériot. En effet tu n'as jamais été avec moi seul... et je désire tant de t'avoir tout pour moi..." "Tu es jaloux ? Ne sais-tu pas que je vous aime tous de la même façon ? Ne crois-tu pas que je suis avec vous tous, même quand il vous semble que je suis loin de vous ?" 639> "Je sais que tu nous aimes. Si tu ne nous aimais pas, tu devrais être bien plus sévère, avec moi du moins. Je crois que ton esprit veille toujours sur nous. Mais nous ne sommes pas qu'esprit. Il y a aussi l'homme, avec ses amours d'homme, ses désirs, ses regrets. Mon Jésus, je sais que je ne suis pas celui qui te rend le plus heureux. Mais je crois que tu sais comme il est vivant en moi le désir de te plaire et mon regret pour toutes les heures que je tu perds à cause de ma misère..." "Non, Judas. Je ne perds pas. Je te suis plus près qu'aux autres et précisément parce que je sais qui tu es." "Qui suis-je, mon Seigneur ? Dis-le. Aide-moi à comprendre ce que je suis. Je ne me comprends pas. Il me semble être une femme troublée par des désirs de conception. J'ai des désirs saints et d'autres qui sont dépravés. Pourquoi ? Que suis-je ?" Jésus le regarde d'un regard indéfinissable. Il est triste, mais d'une tristesse mélangée de pitié. Une telle pitié ! On dirait un médecin qui se rend compte de l'état d'un malade et qui sait que c'est un malade qui ne peut guérir ...Mais il ne parle pas. "Dis-le, mon Maître. Ton jugement sera toujours le moins sévère de tous sur le pauvre Judas. Et puis... nous sommes frères. Il ne m'importe pas qu'ils sachent de quoi je suis fait. Au contraire, le sachant de Toi, ils corrigeront leur jugement et m'aideront. N'est-ce pas ?" Les autres sont gênés et ne savent que dire. Ils regardent leur compagnon. Ils regardent Jésus. Jésus
attire près de Lui l'Iscariote, à la place où était d'abord le cousin
Jacques, et il dit:
Tout à l'heure nous sommes passés par ce défilé et on nous a montré les dégâts causés aux pauvres maisons de ce petit pays par l'eau, la terre et les arbres. L'eau, la terre, les arbres sont des choses utiles et bénies, n'est-il pas vrai ? Et pourtant elles sont devenues maudites. Pourquoi ? Parce que l'eau du torrent n'avait pas un cours bien réglé, mais par suite de la nonchalance des hommes, il s'était creusé plusieurs lits en suivant son caprice. C'était beau, tant qu'il n'y eut pas de tempête. Alors c'était comme un travail de joaillerie cette eau claire qui se déversait sur la montagne en petites rivières, parures de diamant ou colliers d'émeraude suivant qu'elles reflétaient la lumière ou l'ombre des bosquets. 640> Et les hommes s'en réjouissaient parce qu'elles étaient utiles, ces veines d'eau bruissantes, pour leur petits champs. Comme ils étaient beaux, les arbres, poussés suivant les caprices des vents, ça et là en groupes imprévus, laissant des clairières pleines de soleil. Et elle était belle, la terre légère déposée par je ne sais quelles lointaines alluvions parmi les nombreuses ondulations de la colline, si fertile pour la culture. Mais il a suffi que viennent les tempêtes d'il y a un mois pour que les capricieuses dérivations du torrent s'unissent et débordent en désordre en suivant un autre cours, entraînant les arbres en désordre et charriant en contrebas les monceaux de terre arrachés au terrain. Si on avait tenu bien régularisé le cours de l'eau, si les arbres avaient été groupés en bosquets réguliers, si on avait maintenu la terre par des terrasses bien disposées, voilà que ces trois bons éléments : eau, terre, arbres ne seraient pas devenus ruine et mort pour ce petit pays. Tu possèdes l'intelligence, la hardiesse, l'instruction, la promptitude, la prestance. Tu as tant et tant d'avantages. Mais tout cela est sauvagement disposé en toi et tu laisses tout en cet état. Regarde : tu as besoin d'un travail patient et constant sur toi-même pour mettre de l'ordre. Cet ordre devient ensuite une force, au milieu de tes qualités, de façon que lorsque survient la tempête des tentations le bien qui est en toi ne devienne pas un mal pour toi et pour les autres." "Tu as raison, Maître. A chaque moment, je suis chaviré par le vent et tout se bouleverse. Et tu dis que je pourrais..." "La volonté est tout, Judas."
"Voilà l'erreur ! Ce serait justement le moment de ne pas se terrer. Mais de rechercher la compagnie : celle des bons pour en recevoir une aide. Le simple contact avec la paix des bons calme la fièvre. Et rechercher aussi la compagnie de ceux qui critiquent, car, cause de cet orgueil qui pousse à se cacher pour qu'on ne déchiffre pas le secret de nos âmes tentées, cela réagirait contre la faiblesse morale et on ne tomberait pas." "Toi, tu es allé au désert..." "Parce que je pouvais le faire. Mais malheur à ceux qui sont seuls s'ils ne sont pas, dans leur solitude, multitude contre la multitude." "Comment ? Je ne comprends pas." 641> "Multitude de vertus contre la multitude des tentations. Quand il y a peu de vertu, il faut faire comme ce lierre inconsistant s'accrocher aux branches des arbres robustes pour monter." "Merci, Maître. Je m'attache à Toi et aux compagnons. Mais aidez-moi tous. Vous êtes tous meilleurs que moi." "Meilleur a été le milieu frugal et honnête où nous avons grandi, ami. Mais maintenant, tu es avec nous et nous t'aimons bien Tu verras... Ce n'est pas pour critiquer la Judée, mais crois qu'en Galilée, au moins dans nos pays, il y a moins de richesse et moins de corruption. Tibériade, Magdala, d'autres endroits où l'on se réjouit, sont près de nous. Mais nous, nous vivons avec notre âme simple, grossière, si tu veux, mais laborieuse, saintement satisfaite de ce que Dieu nous a accordé." dit Jacques d'Alphée. "Mais, sais-tu, Jacques ? La maman de Judas est une sainte femme. On voit la bonté peinte sur son visage" objecte Jean. Judas de Kériot lui sourit, heureux du compliment et son sourire s'épanouit quand Jésus ajoute : "Tu l'as bien dit, Jean. C'est une sainte créature." "Eh ! oui, mais le rêve de mon père était de faire de moi un grand du monde et il m'a séparé bien vite et trop profondément de ma mère..." "Mais qu'avez-vous à dire, vous qui ne cessez de parler ? demande de loin Pierre. Arrêtez-vous ! Attendez-nous. Ce n'est pas gentil d'aller ainsi sans penser à moi qui ai les jambes courtes." Ils s'arrêtent jusqu'à ce que l'autre groupe les ait rejoints. "Ouf ! Comme je t'aime bien, ma petite barque ! Ici, on peine comme des esclaves... Que disiez-vous ?" "Nous parlions des qualités pour être bons" répond Jésus. "Et à moi, tu ne les dis pas, Maître ?"
"Mais, l'ordre, non. Que vient-il faire ?" "Le désordre n'est jamais une bonne qualité. Je l'ai expliqué à tes compagnons. Ils te le diront. Et je l'ai mis en tête alors que j'ai mis pour terminer la charité, car ce sont les deux extrémités d'une droite parfaite. Or tu sais qu'une droite tracée sur un plan n'a pas de commencement ni de fin. Les deux extrêmes peuvent s'interchanger. Alors que pour une spirale ou un dessin quelconque qui ne se ferme pas sur lui-même, il y a toujours un commence ment et une fin. La sainteté est linéaire, simple, parfaite et n'a que deux extrémités, comme la droite." 642> "C'est facile de faire une droite..." "Tu crois ? Tu te trompes. Dans un dessin, même compliqué, un petit défaut peut passer inaperçu, mais dans une droite, on voit tout de suite chaque erreur : ou de pente ou d'incertitude. Quand Joseph m'apprenait le métier, il insistait beaucoup pour que les tables soient bien planes et, avec raison, il me disait : "Vois-tu, mon fils ? Une légère imperfection dans un enjolivement ou un travail fait au tour, ça peut encore passer, car un oeil qui n'est pas très habitué, s'il observe un point ne voit pas l'autre. Mais si une planche n'est pas aplanie comme il faut, même pour le travail le plus simple, comme une table de paysan, c'est un travail manqué. Ou elle penche, ou elle est boiteuse. Elle n'est plus bonne que pour le feu". Nous pouvons dire cela aussi pour les âmes. Pour ne plus servir à autre chose qu'au feu de l'enfer, c'est-à-dire pour conquérir le Ciel, il faut être parfait comme une planche rabotée et dressée comme il faut. Celui qui commence son travail spirituel dans le désordre, en commençant par des choses inutiles, en sautant, comme un oiseau inquiet, d'une chose à une autre, lorsqu'il veut joindre les différentes parties de son travail, il n'arrive plus à rien. Pas d'assemblage possible. Par conséquent l'ordre. Par conséquent la charité. Puis, en gardant fixées entre les deux étaux ces deux extrêmes, qu'ils ne bougent plus du tout, travailler à tout le reste : que ce soit ornements ou sculptures. As-tu compris ?" "J'ai compris." Pierre digère en silence la leçon qui lui est donnée et conclut tout à coup : "Alors mon frère est plus brave que moi. Lui est vraiment ordonné. Un pas après l'autre, silencieux, calme. Il semble ne pas bouger, et, au contraire... Je voudrais faire vite et beaucoup de choses, et je ne fais rien. Qui va m'aider ?" "Ton bon désir. Ne crains pas, Pierre. Tu fais, toi aussi. Tu te fais." "Et moi ?" "Toi aussi, Philippe." "Et moi ? Il me semble n'être absolument bon à rien, moi." "Non Thomas, toi aussi tu te travailles. Tous, tous vous vous travaillez. Vous êtes des arbres sauvages, mais greffés vous changez lentement et sûrement et Moi, j'ai en vous ma joie." 643> "Voilà : nous sommes tristes et tu nous consoles. Faibles et tu nous fortifies. Peureux, et tu nous donnes le courage. Pour tous, et dans tous les cas, tu as tout de suite le conseil et le réconfort. Comment fais-tu, Maître, pour être toujours si prompt et si bon ?" |
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