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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" |
aucun accent |
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lundi
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L'attente d'une foule nombreuse et variée 173 -
Deux païens commentent 174 -
Les attitudes contradictoires de la foule 175 -
Jésus affirme son origine divine 176 -
Le tumulte est apaisé par Gamaliel 176 -
Discours (Le Messie, plus qu'un ange et qu'un homme 177 -
Quel rapport a-t-il avec Dieu et l'homme ? 177 -
Dieu fait homme pour racheter les hommes 178 -
Prêtre selon un nouveau sacerdoce 179 -
Vous ignorez ma véritable origine 180 -
Père, me voici pour faire ta volonté) 180 -
Admiration et malveillance 181 -
Gamaliel a une conversation privée avec Jésus 181 - Gamaliel se demande si Jésus est le Messie 182 |
7.182. |
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173> Le Temple est encore
plus bondé que la veille. Et dans la foule qui l'emplit et s'agite dans la
première cour, je vois beaucoup de gentils, beaucoup plus qu'hier. Ils sont
tous dans une attente anxieuse, tant les Israélites que les gentils. Et ils
parlent, les gentils avec les gentils, les hébreux avec les hébreux, en
groupes disséminés ça et là, sans perdre de vue les portes. Les docteurs, sous les portiques, se
fatiguent à élever la voix pour attirer et faire étalage d'éloquence. Mais
les gens sont distraits, et ils parlent à des élèves peu nombreux. Gamaliel est là, à sa place. Mais il ne parle
pas. Il va et vient sur son somptueux tapis, les bras croisés, la tête
inclinée, méditant, et son long vêtement, son manteau encore plus long qu'il
a ouvert et qui pend retenu aux épaules par deux agrafes d'argent, lui font
par derrière une traîne qu'il repousse du pied quand il revient sur ses pas. 174> Ses disciples, les
plus fidèles, adossés au mur, le regardent en silence, craintifs, et
ils respectent la méditation de leur maître. Des pharisiens, des prêtres, font semblant d'avoir beaucoup à
faire et ils vont et viennent... Les gens, qui comprennent leurs véritables
intentions, se les montrent du doigt, et quelque commentaire part comme une
fusée allumée pour brûler leur hypocrisie. Mais ils font semblant de ne pas entendre.
Ils sont peu nombreux par rapport au grand nombre de ceux qui ne haïssent pas
Jésus et qui par contre les haïssent eux. Aussi
ils trouvent prudent de ne pas réagir. "Le voilà ! Le voilà ! Il vient par la Porte Dorée
aujourd'hui !" "Courons !" "Je reste ici. C'est ici qu'il viendra parler. Je garde ma
place." "Et moi de même, et même ceux qui s'en vont font place à
nous qui restons." "Mais le laisseront-ils parler ?" "S'ils l'ont laissé entrer !..." "Oui, mais c'est autre chose. Comme fils de la Loi, ils ne
peuvent l'empêcher d'entrer, mais en tant que rabbi, ils peuvent le chasser,
s'ils le veulent." "Que de différences ! S'ils le laissent aller pour parler
à Dieu, pourquoi ne devraient-ils pas le laisser parler à des hommes?"
(c'est un gentil qui parle). "C'est vrai" dit un autre gentil. "Nous, parce
que nous sommes impurs, ils ne nous laissent pas aller là, mais ici, oui,
dans l'espoir qu'on devienne circoncis..." "Tais-toi, Quintus. C'est pour cela qu'ils le laissent nous
parler, espérant nous tailler comme si nous étions des arbres. Au contraire,
nous venons prendre ses idées comme des greffes pour les sauvageons que nous
sommes." "Tu dis bien. Le seul qui ne nous dédaigne pas !" "Oh ! pour cela ! Quand on va faire des achats avec une
bourse pleine, les autres non plus ne nous dédaignent pas." "Regarde ! Nous gentils, nous sommes restés maîtres de la
place. Nous entendrons bien ! Et nous verrons mieux ! Il me plaît de voir le
visage de ses ennemis. Par Jupiter ! Un combat de visages..." "Tais-toi ! Qu'on ne t'entende pas nommer Jupiter. C'est
défendu ici." "Oh ! entre Jupiter et Jéhovah, il n'y a que peu de
différence. Et entre dieux, on ne s'en offense pas... Je suis venu avec un
vrai désir de l'entendre, pas pour me moquer. On en parle tant partout de ce
Nazaréen ! 175> J'ai dit : la saison est bonne, et je vais l'entendre.
Il y en a qui vont plus loin pour entendre les oracles..." "D'où viens-tu ?" "De Pergé" "Et toi?" "De Tarse" "Je suis presque juif. Mon père était un helléniste d'Iconium. Mais il épousa une
romaine à Antioche de Cilicie, et il mourut avant ma naissance. Mais la
semence est hébraïque." "Il tarde à venir... L'auraient-ils pris
?" "Ne crains pas. Les cris de la foule nous le diraient. Ces
hébreux crient comme des pies inquiètes, toujours..." "Oh ! le voilà justement. Va-t-il venir vraiment ici
?" "Tu ne vois pas qu'ils ont occupé exprès tous les endroits
sauf ce coin ? Entends-tu toutes ces grenouilles qui coassent pour faire
croire qu'elles sont les maîtresses ?" "Celui-là se tait, cependant. Est-il vrai que c'est le
plus grand docteur d'Israël ?" "Oui, mais... quel pédant ! Je l'ai écouté un jour, et
pour digérer sa science, j'ai dû boire plusieurs coupes de Falerne [1] de Tito à Bézéta." Ils rient entre eux. Jésus approche lentement. Il passe devant Gamaliel, qui ne lève
même pas la tête, et puis il va à sa place de la veille. Les gens, maintenant un mélange d'Israélites, de prosélytes et
de gentils, comprennent qu'il va parler et ils murmurent : "Voilà qu'il
parle en public, et ils ne Lui disent rien." "Peut-être que les Princes et les Chefs ont reconnu en Lui
le Christ. Hier, Gamaliel, après le départ du Galiléen, a parlé longuement
avec des Anciens." "Est-ce possible ? Comment ont-ils fait pour le
reconnaître tout d'un coup, alors qu'il y a peu de temps, ils le
considéraient comme méritant la mort ?" "Peut-être Gamaliel possédait-il des preuves..." "Et quelles preuves ? Quelles preuves voulez-vous qu'il
ait en faveur de cet homme ?" réplique quelqu'un. "Tais-toi, chacal. Tu n'es que le dernier des copistes.
Qui t'a questionné?" et ils se moquent de lui. Il s'en va.
A ce moment on entend la voix d'un gentil qui dit :
"Maître, parle-nous un peu, aujourd'hui. On a dit que tu affirmes que
tous les hommes sont venus d'un seul Dieu, le tien. Au point que tu les
appelles fils du Père. Des poètes stoïques de chez nous ont eu aussi cette
même idée. Ils ont dit : "Nous sommes de la race de Dieu". Tes
compatriotes nous disent plus impurs que des bêtes. Comment concilies-tu les
deux tendances ?" La question est posée conformément aux coutumes des discussions
philosophiques, du moins je le crois. Et Jésus va répondre, quand s'élève
avec plus de force la discussion entre les juifs incrédules et ceux qui
croient, et une voix perçante répète : "Lui est un homme ordinaire. Le
Christ ne sera pas comme cela. Tout sera exceptionnel en Lui : forme, nature,
origine..."
Un cri d'indignation s'élève du côté des ennemis. "La Vérité elle-même. Mais vous ne connaissez pas ses
œuvres, vous ne connaissez pas ses chemins, les chemins par lesquels je suis
venu. La Haine ne peut connaître les voies et les œuvres de l'Amour. Les
Ténèbres ne peuvent supporter la vue de la Lumière. Mais Moi je connais Celui
qui m'a envoyé parce que je suis sien, je fais partie de Lui, et je suis un
Tout avec Lui. Et Il m'a envoyé, pour que j'accomplisse ce que veut sa
Pensée." Un tumulte se produit. Les ennemis se précipitent pour mettre la
main sur Lui, s'emparer de Lui, le frapper. Les apôtres, les disciples, le
peuple, les gentils, les prosélytes, réagissent pour le défendre D'autres
assaillants accourent au secours des premiers et peut-être réussiraient, mais
Gamaliel, qui jusqu'à ce moment paraissait étranger à tout, quitte son tapis
et vient vers Jésus, poussé sous le portique par ceux qui veulent le
défendre, et il crie : "Laissez-le tranquille. Je veux entendre
ce qu'il dit." Plus que le détachement des légionnaires qui accourent de
l'Antonia pour apaiser le tumulte, agit la voix de Gamaliel. Le tumulte tombe comme un tourbillon
qui se brise, et les cris s'apaisent 177> pour devenir un simple
bourdonnement. Les légionnaires, par prudence, restent près de l'enceinte
extérieure, mais sont désormais inutiles. "Parle, ordonne Gamaliel à Jésus. Réponds à ceux qui
t'accusent." Le ton est impérieux mais pas méprisant. Jésus s'avance vers la cour. Tranquille, il recommence à
parler. Gamaliel reste où il est, et ses disciples s'affairent à lui apporter
son tapis et son siège pour qu'il soit plus à l'aise, mais il reste debout,
les bras croisés, la tête penchée, les yeux fermés, tout concentré pour
écouter. "Vous m'avez accusé sans raison, comme si j'avais
blasphémé au lieu de dire la vérité. Moi, ce n'est pas pour me défendre mais
pour vous donner la Lumière, afin que vous puissiez connaître la Vérité, que
je parle. Et ce n'est pas pour Moi-même que je parle, mais je parle pour vous
rappeler les paroles auxquelles vous croyez et sur lesquelles vous jurez.
Elles témoignent de Moi. Vous, je le sais, vous ne voyez en Moi qu'un homme
qui vous ressemble, qui vous est inférieur. Et il vous paraît impossible
qu'un homme puisse être le Messie. Vous pensez du moins qu'il devrait être un
ange, ce Messie, d'une origine tellement mystérieuse qu'il ne pourrait être
roi qu'à cause de l'autorité que le mystère de son origine suscite. Mais quand donc dans l'histoire de notre peuple, dans les
livres qui renferment cette histoire - et qui seront des livres éternels autant que le monde
car c'est à eux que les docteurs de tous les pays et de tous les temps
s'adresseront pour fortifier leur science et leurs recherches sur le passé à
l'aide des lumières de la vérité - quand donc est-il dit dans ces livres que
Dieu ait parlé à un de ses anges pour lui dire : "Tu seras dorénavant
pour Moi un Fils, parce que Je t'ai engendré ?" [2] Je vois Gamaliel qui se fait donner une petite table et des
parchemins et qui s'assoit pour écrire...
Si donc Dieu ne peut engendrer les anges, ni
non plus les élever à la dignité d'être ses fils, quel sera le Fils auquel Il
dit: "Tu es mon Fils. Aujourd'hui Je t'ai engendré ?" Et de quelle
nature sera-t-il si, en l'engendrant, Il dit à ses anges en le montrant :
"Et que l'adorent tous les anges de Dieu" [3] ?" 178> Et comment sera ce
Fils, pour mériter de s'entendre dire par le Père, par Celui par la grâce
duquel les hommes peuvent le nommer avec un cœur qui s'anéantit dans
l'adoration: "Assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce que je fasse de tes
ennemis l'escabeau de tes pieds" [4] ? Ce Fils ne pourra
être que Dieu comme le Père, dont Il partage les attributs et la puissance,
et avec qui II jouit de la Charité qui les réjouit dans les ineffables et
inconnaissables amours de la Perfection pour Elle-même.
Qu'est donc l'Homme qui vous parle ? Serait-il né de la semence
et du vouloir de l'homme comme vous tous ? Et le Très-Haut pourrait-Il avoir
placé son Esprit pour habiter une chair, privée de la grâce comme l'est celle
des hommes nés d'un vouloir charnel ? Et le Très-Haut pourrait-Il, pour payer
la grande Faute, être satisfait du sacrifice d'un homme ? Réfléchissez. Il
n'a pas choisi un ange pour être Messie et Rédempteur, pourrait-Il alors
choisir un homme pour l'être ? Et le Rédempteur pouvait-il être seulement
Fils du Père sans assumer la Nature humaine, mais avec des moyens et des
pouvoirs qui surpassent les raisonnements humains ? Et le Premier-né de Dieu
pouvait-il avoir des parents, s'il est le Premier-né éternel ? Ne se bouleverse-t-elle pas la pensée orgueilleuse devant ces
interrogations qui montent vers les royaumes de la Vérité, toujours plus
proches d'elle, et qui ne trouvent une réponse que dans un cœur humble et
plein de foi?
Le Père et le Fils se sont aimés et compris. Le Père a dit :
"Je veux". Et le Fils a dit : "Je veux". Et puis le Fils
a dit : "Donne-moi". Et le Père a dit : "Prends", et le
Verbe eut une chair dont la formation est mystérieuse, et cette chair
s'appela Jésus Christ, Messie, Celui qui doit racheter les hommes, les amener
au Royaume, vaincre le démon, briser l'esclavage. Vaincre le démon ! Un ange ne le pouvait pas, ne peut pas,
accomplir ce que le Fils de l'homme peut accomplir. Et pour cela, voilà que
Dieu appelle pour la grande œuvre non pas les anges, mais l'Homme. Voici
l'Homme de l'origine duquel vous êtes incertains, ou négateurs, ou pensifs.
Voici l'Homme. L'Homme que Dieu accepte. L'Homme qui représente tous ses
frères. L'Homme comme vous pour la ressemblance, l'Homme supérieur et
différent de vous pour la provenance, qui non d'homme, mais de Dieu engendré
et consacré pour son ministère, se tient devant l'autel élevé, afin d'être
Prêtre et Victime pour les péchés du monde, Pontife éternel et suprême,
Souverain Prêtre selon l'ordre de Melchisédech. Ne tremblez pas ! Je ne tends pas les mains vers la tiare
pontificale. Un autre diadème m'attend. Ne tremblez pas ! Je ne vous
enlèverai pas le Rational. Un autre est déjà prêt pour Moi. Mais tremblez
seulement que pour vous ne serve pas le Sacrifice de l'Homme et la
Miséricorde du Christ. Je vous ai tant aimés, je vous aime tant que j'ai
obtenu du Père de m'anéantir Moi-même. Je vous ai tant aimés, je vous aime
tant que j'ai demandé de consumer toute la Douleur du monde pour vous donner
le salut éternel. Pourquoi ne voulez-vous pas me croire ? Ne pouvez-vous croire
encore ? N'est-il pas dit du Christ : "Tu es Prêtre éternellement selon l'ordre de
Melchisédech" [6] ? Mais quand a commencé
le sacerdoce ? Peut-être au temps d'Abraham ? Non. Et vous le savez. Le Roi
de Justice et de Paix qui apparaît pour m'annoncer, par une figure
prophétique, à l'aurore de notre peuple, ne vous avertit-il pas qu'il y a un
sacerdoce plus parfait, qui vient directement de Dieu, de même que
Melchisédech dont personne n'a jamais pu donner l'origine et que l'on appelle
"le prêtre" et qui demeurera prêtre éternellement ? 180> Ne croyez-vous plus
aux paroles inspirées ? Et si vous y croyez, comment donc, Ô docteurs, ne
savez-vous pas donner une explication acceptable aux paroles qui disent, et
elles parlent de Moi : "Tu es prêtre éternellement selon l'ordre de
Melchisédech"? Il y a donc un autre sacerdoce, en outre, avant celui d'Aaron.
Et de ce sacerdoce il est dit "tu es", non pas "tu as
été", non pas "tu seras". Tu es prêtre pour l'éternité. Voilà
alors que cette phrase annonce que l'éternel Prêtre ne sera pas de la souche
connue d'Aaron, ne sera d'aucune souche sacerdotale, mais sera d'une
provenance nouvelle, mystérieuse comme Melchisédech. Il appartient à cette
provenance. Et si la Puissance de Dieu l'envoie, c'est le signe qu'il veut
rénover le Sacerdoce et le Rite pour qu'il devienne utile à l'Humanité. Connaissez-vous mon origine ? Non. Connaissez-vous mes œuvres ?
Non. Voyez-vous leurs fruits ? Non. Vous ne connaissez rien de Moi. Vous
voyez donc qu'en cela aussi, je suis le "Christ" dont l'Origine, la
Nature et la Mission doivent être inconnues jusqu'au moment où il plaira à
Dieu de les révéler aux hommes. Bienheureux ceux qui sauront, qui savent
croire avant que la Révélation terrible de Dieu ne les écrase de son poids
contre le sol et ne les y cloue et ne les brise sous la fulgurante, puissante
vérité tonnée par les Cieux, criée par la Terre: "Lui était le Christ de
Dieu". Vous dites : "Lui est de Nazareth. Son père, c'était
Joseph. Sa Mère, c'est Marie". Non, je n'ai pas de père qui m'ait
engendré comme homme. Je n'ai pas de mère qui m'ait engendré comme Dieu. Et
pourtant j'ai une chair et je l'ai assumée par l'œuvre mystérieuse de
l'Esprit, et je suis venu parmi vous en passant par un tabernacle saint. Et
je vous sauverai, après m'être formé Moi-même par la volonté de Dieu, je vous
sauverai, en faisant sortir mon véritable Moi-même du Tabernacle de mon Corps
pour consommer le grand Sacrifice d'un Dieu qui s'immole pour le salut de
l'homme. Père, mon Père ! Je te l'ai dit au commencement des jours:
"Me voici pour faire ta Volonté" [7]. Je te l'ai dit à
l'heure de grâce avant de te quitter pour me revêtir de la chair pour pouvoir
souffrir : "Me voici pour faire ta Volonté". Je te le dis encore
une fois pour sanctifier ceux pour lesquels je suis venu : "Me voici
pour faire ta Volonté". Et je te le dirai encore, toujours, jusqu'à ce
que ta Volonté soit accomplie..." Jésus, qui a levé les bras vers le ciel pour prier, les abaisse
maintenant, les croise sur sa poitrine et incline la tête, ferme les yeux et
s'abîme dans une prière secrète. 181> Les gens chuchotent. Pas tous ont compris, même
la plupart (et je suis du nombre) n'ont pas compris. Nous sommes trop
ignorants. Mais nous avons l'intuition qu'il a énoncé de grandes choses, et
nous nous taisons pleins d'admiration. Les malveillants, qui n'ont pas compris ou n'ont pas voulu
comprendre, raillent : "II délire !" Mais ils n'osent pas en dire
davantage et ils s'écartent ou bien se dirigent vers les portes en secouant
la tête. Tant de prudence je crois qu'elle vient des lances et des dagues
romaines qui brillent au soleil au bout du mur. Gamaliel se fraie un passage parmi ceux qui sont restés. Il
arrive près de Jésus qui prie encore, absorbé, loin de la foule et de cet
endroit, et il l'appelle : "Rabbi Jésus!" "Que veux-tu, rabbi Gamaliel ?" demande Jésus en
levant la tête, les yeux encore absorbés dans une vision intérieure. "Une explication de Toi." "Parle." "Retirez-vous tous !" commande Gamaliel, et sur un
tel ton que les apôtres, les disciples, les partisans, les curieux et les
disciples eux-mêmes de Gamaliel, s'écartent en vitesse. Ils restent, seuls
l'un en face de l'autre, et ils se regardent. Jésus toujours plein d'une
suave douceur, l'autre autoritaire sans le vouloir, et l'air involontairement
orgueilleux. Expression qui lui est certainement venue d'années
d'obséquiosité exagérée. "Maître... on m'a rapporté certaines de tes paroles dites
à un banquet... que j'ai désapprouvé parce qu'il manquait de sincérité [8]. Moi, je combats ou
je ne combats pas, mais c'est toujours ouvertement... J'ai médité ces
paroles. Je les ai confrontées avec celles qui
sont dans mon souvenir … Et je t'ai attendu, ici, pour t'interroger
sur elles... Et auparavant, j'ai voulu t'écouter parler... Eux n'ont pas
compris. Moi, j'espère pouvoir comprendre. J'ai écrit tes paroles pendant que
tu les disais. Pour les méditer, non pas pour te nuire. Me crois-tu ?" "Je te crois. Et veuille le Très-Haut les faire flamboyer
à ton esprit." "Qu'il en soit ainsi. Écoute. Les pierres qui doivent
frémir, sont peut-être celles de nos cœurs ?" "Non, rabbi. Celles-ci (et dans un geste circulaire, il
indique les murailles du Temple). Pourquoi le demandes-tu ?" "Parce que mon cœur a frémi quand m'ont
été rapportées tes paroles du banquet et tes réponses
aux tentateurs. Je croyais que ce frémissement était le signe..." 182> "Non, rabbi. C'est trop peu que le
frémissement de ton cœur et celui de quelques autres pour être le signe qui
ne laisse pas de doutes... Même si toi, grâce à un rare jugement d'humble
connaissance de toi-même, tu donnes à ton cœur le nom de pierre. Oh ! Rabbi
Gamaliel, ne peux-tu pas vraiment faire de ton cœur de pierre un lumineux
autel pour accueillir Dieu ? Non dans mon intérêt, rabbi, mais pour que ta
justice soit complète..." Et Jésus regarde avec douceur l'ancien maître qui tourmente sa
barbe et passe ses doigts sous son couvre-chef en serrant son front et en
murmurant, et il baisse la tête pour le dire : * Je ne puis... Je ne puis
encore... Mais j'espère... Ce signe, est-ce que tu le donneras toujours
?" "Je le donnerai." "Adieu, rabbi Jésus." "Que le Seigneur vienne à toi, rabbi Gamaliel." Ils se séparent. Jésus fait signe aux siens et avec eux il se
dirige hors du Temple. Scribes, pharisiens, prêtres, disciples de rabbis, se
précipitent comme autant de vautours autour de Gamaliel, qui est en train de
passer dans sa large ceinture les feuilles qu'il a écrites. "Eh bien ? Qu'en penses-tu ? Un fou ? Tu as bien fait
d'écrire ces divagations. Elles nous serviront. As-tu décidé ? Es-tu
convaincu ? Hier... aujourd'hui... Plus qu'il n'en faut pour te
convaincre." Ils parlent tumultueusement et Gamaliel se tait pendant
qu'il rajuste sa ceinture, renferme l'encrier qu'il y a suspendu, rend à son
disciple la petite table sur laquelle il s'est appuyé pour écrire sur les
parchemins. "Tu ne réponds pas ? Depuis hier, tu ne parles
pas..." lui dit pour le décider un de ses collègues. "J'écoute. Pas vous. Lui. Et je cherche à reconnaître dans
les paroles de maintenant la parole qui m'a parlé un jour. Ici." "Et tu y réussis, peut-être ?" disent plusieurs en
riant. "C'est comme le tonnerre dont la voix est différente selon
que l'on est plus proche ou plus loin. Mais c'est toujours le bruit du
tonnerre." "Un bruit qui ne permet pas de conclure, alors"
plaisante quelqu'un. "Ne ris pas, Lévi. Dans le bruit peut se trouver aussi la
voix de Dieu et nous pouvons être assez sots pour croire que c'est le bruit
de nuages qui se déchirent... Ne ris pas non plus toi, Elchias, et toi, Simon, de peur que le
tonnerre ne vienne à se changer en foudre et ne vous réduise en
cendres..." 183> "Alors... toi... tu dis quasi que le
Galiléen c'est cet enfant qu'avec Hillel vous croyiez
prophète, et que cet enfant et cet homme soit le Messie..." demande des
railleurs, bien qu'en sourdine car Gamaliel se fait respecter. "Je ne dis rien. Je dis que le bruit du tonnerre est
toujours le bruit du tonnerre." "Plus proche ou plus lointain ?" "Hélas ! Les paroles sont plus fortes comme l'âge le
comporte. Mais les vingt années écoulées ont rendu mon intelligence vingt
fois plus fermée sur le trésor qu'elle possède. Et le son pénètre plus
faiblement..." Et Gamaliel laisse retomber sa tête sur sa poitrine,
pensif. "Ha ! Ha ! Ha ! Tu vieillis et tu deviens sot, Gamaliel !
Tu prends des fantômes pour des réalités. Ha ! Ha ! Ha !" et tous se mettent
à rire. Gamaliel hausse dédaigneusement les épaules. Puis relève son
manteau qui pendait de ses épaules, s'en enveloppe à plusieurs tours tant il
est ample, et tourne le dos à tout le monde sans répliquer un mot, plein de
mépris dans son silence. |
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[1] Le Falerne est un vin de
Campanie réputé dès l'antiquité. Bézeta est un quartier au nord de Jérusalem
[5] Au Baptême de Jésus les cieux s'ouvrirent et on vit l'Esprit de
Dieu sous forme d'une colombe, se poser sur la tête de Jésus pendant qu'une
voix disait : "Celui-ci est mon fils bien-aimé qui a toute ma faveur"