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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
aucun accent |
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lundi 17 septembre 29 (20 Tisri)
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L'attente d'une foule nombreuse et variée 173 -
Deux païens commentent 174 -
Les attitudes contradictoires de la foule 175 -
Jésus affirme son origine divine 176 -
Le tumulte est apaisé par Gamaliel 176 -
Discours (Le Messie, plus qu'un ange et qu'un homme 177 -
Quel rapport a-t-il avec Dieu et l'homme ? 177 -
Dieu fait homme pour racheter les hommes 178 -
Prêtre selon un nouveau sacerdoce 179 -
Vous ignorez ma véritable origine 180 -
Père, me voici pour faire ta volonté) 180 -
Admiration et malveillance 181 -
Gamaliel a une conversation privée avec Jésus 181 -
Gamaliel se demande si Jésus est le Messie 182 |
Accueil >> Plan du site >> Sommaire du Tome 7 7.182. |
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173> Le Temple est encore plus bondé que la veille. Et dans
la foule qui l'emplit et s'agite dans la première cour, je vois beaucoup de
gentils, beaucoup plus qu'hier. Ils sont tous dans une attente anxieuse, tant
les Israélites que les gentils. Et ils parlent, les gentils avec les gentils,
les hébreux avec les hébreux, en groupes disséminés ça et là, sans perdre de
vue les portes. Les docteurs, sous
les portiques, se fatiguent à élever la voix pour attirer et faire étalage
d'éloquence. Mais les gens sont distraits, et ils parlent à des élèves peu
nombreux. Gamaliel est là, à sa place. Mais
il ne parle pas. Il va et vient sur son somptueux tapis, les bras croisés, la
tête inclinée, méditant, et son long vêtement, son manteau encore plus long
qu'il a ouvert et qui pend retenu aux épaules par deux agrafes d'argent, lui
font par derrière une traîne qu'il repousse du pied quand il revient sur ses
pas. 174> Ses disciples, les plus fidèles, adossés au mur, le
regardent en silence, craintifs, et ils respectent la méditation de
leur maître. Des pharisiens, des prêtres, font
semblant d'avoir beaucoup à faire et ils vont et viennent... Les gens, qui
comprennent leurs véritables intentions, se les montrent du doigt, et quelque
commentaire part comme une fusée allumée pour brûler leur hypocrisie. Mais
ils font semblant de ne pas entendre. Ils sont peu nombreux par rapport au
grand nombre de ceux qui ne haïssent pas Jésus et qui par contre
les haïssent eux. Aussi ils trouvent prudent de ne pas réagir. "Le voilà ! Le voilà ! Il vient par
la Porte Dorée aujourd'hui !" "Courons !" "Je reste ici. C'est ici qu'il
viendra parler. Je garde ma place." "Et moi de même, et même ceux qui
s'en vont font place à nous qui restons." "Mais le laisseront-ils parler
?" "S'ils l'ont laissé entrer
!..." "Oui, mais c'est autre chose.
Comme fils de la Loi, ils ne peuvent l'empêcher d'entrer, mais en tant que
rabbi, ils peuvent le chasser, s'ils le veulent." "Que de différences ! S'ils le
laissent aller pour parler à Dieu, pourquoi ne devraient-ils pas le laisser
parler à des hommes?" (c'est un gentil qui parle). "C'est vrai" dit un autre
gentil. "Nous, parce que nous sommes impurs, ils ne nous laissent pas
aller là, mais ici, oui, dans l'espoir qu'on devienne circoncis..." "Tais-toi, Quintus. C'est pour cela qu'ils le laissent
nous parler, espérant nous tailler comme si nous étions des arbres. Au
contraire, nous venons prendre ses idées comme des greffes pour les
sauvageons que nous sommes." "Tu dis bien. Le seul qui ne nous
dédaigne pas !" "Oh ! pour cela ! Quand on va
faire des achats avec une bourse pleine, les autres non plus ne nous
dédaignent pas." "Regarde ! Nous gentils, nous
sommes restés maîtres de la place. Nous entendrons bien ! Et nous verrons
mieux ! Il me plaît de voir le visage de ses ennemis. Par Jupiter ! Un combat
de visages..." "Tais-toi ! Qu'on ne t'entende
pas nommer Jupiter. C'est défendu ici." "Oh ! entre Jupiter et Jéhovah, il n'y a que peu de
différence. Et entre dieux, on ne s'en offense pas... Je suis venu avec un
vrai désir de l'entendre, pas pour me moquer. On en parle tant partout de ce
Nazaréen ! 175> J'ai dit : la saison est bonne, et je vais l'entendre.
Il y en a qui vont plus loin pour entendre les oracles..." "D'où viens-tu ?" "De Pergé" "Et toi?" "De Tarse" "Je suis presque juif. Mon père
était un helléniste d'Iconium. Mais il épousa une
romaine à Antioche de Cilicie, et il mourut avant ma naissance. Mais la
semence est hébraïque." "Il tarde à venir... L'auraient-ils pris
?" "Ne crains pas. Les cris de la
foule nous le diraient. Ces hébreux crient comme des pies inquiètes,
toujours..." "Oh ! le voilà justement. Va-t-il
venir vraiment ici ?" "Tu ne vois pas qu'ils ont occupé
exprès tous les endroits sauf ce coin ? Entends-tu toutes ces grenouilles qui
coassent pour faire croire qu'elles sont les maîtresses ?" "Celui-là se tait, cependant.
Est-il vrai que c'est le plus grand docteur d'Israël ?" "Oui, mais... quel pédant ! Je
l'ai écouté un jour, et pour digérer sa science, j'ai dû boire plusieurs
coupes de Falerne [1] de Tito à Bézéta." Ils rient entre eux. Jésus approche lentement. Il passe
devant Gamaliel, qui ne lève même pas la tête, et puis il va à sa place de la
veille. Les gens, maintenant un mélange
d'Israélites, de prosélytes et de gentils, comprennent qu'il va parler et ils
murmurent : "Voilà qu'il parle en public, et ils ne Lui disent
rien." "Peut-être que les Princes et les
Chefs ont reconnu en Lui le Christ. Hier, Gamaliel, après le départ du
Galiléen, a parlé longuement avec des Anciens." "Est-ce possible ? Comment
ont-ils fait pour le reconnaître tout d'un coup, alors qu'il y a peu de
temps, ils le considéraient comme méritant la mort ?" "Peut-être Gamaliel possédait-il
des preuves..." "Et quelles preuves ? Quelles
preuves voulez-vous qu'il ait en faveur de cet homme ?" réplique
quelqu'un. "Tais-toi, chacal. Tu n'es que le
dernier des copistes. Qui t'a questionné?" et ils se moquent de lui. Il
s'en va.
À ce moment on entend la voix d'un
gentil qui dit : "Maître, parle-nous un peu, aujourd'hui. On a dit que
tu affirmes que tous les hommes sont venus d'un seul Dieu, le tien. Au point
que tu les appelles fils du Père. Des poètes stoïques de chez nous ont eu
aussi cette même idée. Ils ont dit : "Nous sommes de la race de
Dieu". Tes compatriotes nous disent plus impurs que des bêtes. Comment
concilies-tu les deux tendances ?" La question est posée conformément aux
coutumes des discussions philosophiques, du moins je le crois. Et Jésus va
répondre, quand s'élève avec plus de force la discussion entre les juifs
incrédules et ceux qui croient, et une voix perçante répète : "Lui est
un homme ordinaire. Le Christ ne sera pas comme cela. Tout sera exceptionnel
en Lui : forme, nature, origine..."
Un cri d'indignation s'élève du côté
des ennemis. "La Vérité elle-même. Mais vous
ne connaissez pas ses œuvres, vous ne connaissez pas ses chemins, les chemins
par lesquels je suis venu. La Haine ne peut connaître les voies et les œuvres
de l'Amour. Les Ténèbres ne peuvent supporter la vue de la Lumière. Mais Moi
je connais Celui qui m'a envoyé parce que je suis sien, je fais partie de
Lui, et je suis un Tout avec Lui. Et Il m'a envoyé, pour que j'accomplisse ce
que veut sa Pensée." Un tumulte se produit. Les ennemis se
précipitent pour mettre la main sur Lui, s'emparer de Lui, le frapper. Les
apôtres, les disciples, le peuple, les gentils, les prosélytes, réagissent
pour le défendre D'autres assaillants accourent au secours des premiers et
peut-être réussiraient, mais Gamaliel, qui jusqu'à ce moment paraissait
étranger à tout, quitte son tapis et vient vers Jésus, poussé sous le
portique par ceux qui veulent le défendre, et il crie : "Laissez-le tranquille.
Je veux entendre ce qu'il dit." Plus que le détachement des
légionnaires qui accourent de l'Antonia pour apaiser le tumulte, agit la voix
de Gamaliel. Le tumulte tombe
comme un tourbillon qui se brise, et les cris s'apaisent 177> pour devenir un
simple bourdonnement. Les légionnaires, par prudence, restent près de
l'enceinte extérieure, mais sont désormais inutiles. "Parle, ordonne Gamaliel à Jésus.
Réponds à ceux qui t'accusent." Le ton est impérieux mais pas méprisant. Jésus s'avance vers la cour.
Tranquille, il recommence à parler. Gamaliel reste où il est, et ses
disciples s'affairent à lui apporter son tapis et son siège pour qu'il soit
plus à l'aise, mais il reste debout, les bras croisés, la tête penchée, les
yeux fermés, tout concentré pour écouter. "Vous m'avez accusé sans raison,
comme si j'avais blasphémé au lieu de dire la vérité. Moi, ce n'est pas pour
me défendre mais pour vous donner la Lumière, afin que vous puissiez
connaître la Vérité, que je parle. Et ce n'est pas pour Moi-même que je
parle, mais je parle pour vous rappeler les paroles auxquelles vous croyez et
sur lesquelles vous jurez. Elles témoignent de Moi. Vous, je le sais, vous ne
voyez en Moi qu'un homme qui vous ressemble, qui vous est inférieur. Et il
vous paraît impossible qu'un homme puisse être le Messie. Vous pensez du
moins qu'il devrait être un ange, ce Messie, d'une origine tellement
mystérieuse qu'il ne pourrait être roi qu'à cause de l'autorité que le
mystère de son origine suscite. Mais quand donc dans
l'histoire de notre peuple, dans les livres qui renferment cette histoire -
et qui seront des livres éternels autant que le monde
car c'est à eux que les docteurs de tous les pays et de tous les temps
s'adresseront pour fortifier leur science et leurs recherches sur le passé à
l'aide des lumières de la vérité - quand donc est-il dit dans ces livres que
Dieu ait parlé à un de ses anges pour lui dire : "Tu seras dorénavant
pour Moi un Fils, parce que Je t'ai engendré ?" [2] Je vois Gamaliel qui se fait donner
une petite table et des parchemins et qui s'assoit pour écrire...
Si donc Dieu ne peut
engendrer les anges, ni non plus les élever à la dignité d'être ses fils,
quel sera le Fils auquel Il dit: "Tu es mon Fils. Aujourd'hui Je t'ai
engendré ?" Et de quelle nature sera-t-il si, en l'engendrant, Il dit à
ses anges en le montrant : "Et que l'adorent tous les anges de
Dieu" [3] ?" 178> Et comment sera ce
Fils, pour mériter de s'entendre dire par le Père, par Celui par la grâce
duquel les hommes peuvent le nommer avec un cœur qui s'anéantit dans
l'adoration: "Assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce que je fasse de tes
ennemis l'escabeau de tes pieds" [4] ? Ce Fils ne pourra
être que Dieu comme le Père, dont Il partage les attributs et la puissance,
et avec qui II jouit de la Charité qui les réjouit dans les ineffables et
inconnaissables amours de la Perfection pour Elle-même.
Qu'est donc l'Homme qui vous parle ?
Serait-il né de la semence et du vouloir de l'homme comme vous tous ? Et le
Très-Haut pourrait-Il avoir placé son Esprit pour habiter une chair, privée
de la grâce comme l'est celle des hommes nés d'un vouloir charnel ? Et le
Très-Haut pourrait-Il, pour payer la grande Faute, être satisfait du
sacrifice d'un homme ? Réfléchissez. Il n'a pas choisi un ange pour être
Messie et Rédempteur, pourrait-Il alors choisir un homme pour l'être ? Et le
Rédempteur pouvait-il être seulement Fils du Père sans assumer la Nature
humaine, mais avec des moyens et des pouvoirs qui surpassent les raisonnements
humains ? Et le Premier-né de Dieu pouvait-il avoir des parents, s'il est le
Premier-né éternel ? Ne se bouleverse-t-elle pas la pensée
orgueilleuse devant ces interrogations qui montent vers les royaumes de la
Vérité, toujours plus proches d'elle, et qui ne trouvent une réponse que dans
un cœur humble et plein de foi?
Le Père et le Fils se sont aimés et
compris. Le Père a dit : "Je veux". Et le Fils a dit : "Je
veux". Et puis le Fils a dit : "Donne-moi". Et le Père a dit :
"Prends", et le Verbe eut une chair dont la formation est
mystérieuse, et cette chair s'appela Jésus Christ, Messie, Celui qui doit
racheter les hommes, les amener au Royaume, vaincre le démon, briser
l'esclavage. Vaincre le démon ! Un ange ne le
pouvait pas, ne peut pas, accomplir ce que le Fils de l'homme peut accomplir.
Et pour cela, voilà que Dieu appelle pour la grande œuvre non pas les anges,
mais l'Homme. Voici l'Homme de l'origine duquel vous êtes incertains, ou
négateurs, ou pensifs. Voici l'Homme. L'Homme que Dieu accepte. L'Homme qui
représente tous ses frères. L'Homme comme vous pour la ressemblance, l'Homme
supérieur et différent de vous pour la provenance, qui non d'homme, mais de
Dieu engendré et consacré pour son ministère, se tient devant l'autel élevé,
afin d'être Prêtre et Victime pour les péchés du monde, Pontife éternel et
suprême, Souverain Prêtre selon l'ordre de Melchisédech. Ne tremblez pas ! Je ne tends pas les
mains vers la tiare pontificale. Un autre diadème m'attend. Ne tremblez pas !
Je ne vous enlèverai pas le Rational. Un autre est déjà prêt pour Moi. Mais
tremblez seulement que pour vous ne serve pas le Sacrifice de l'Homme et la
Miséricorde du Christ. Je vous ai tant aimés, je vous aime tant que j'ai
obtenu du Père de m'anéantir Moi-même. Je vous ai tant aimés, je vous aime
tant que j'ai demandé de consumer toute la Douleur du monde pour vous donner
le salut éternel. Pourquoi ne voulez-vous pas me croire
? Ne pouvez-vous croire encore ? N'est-il pas dit du
Christ : "Tu es Prêtre éternellement selon l'ordre de
Melchisédech" [6] ? Mais quand a
commencé le sacerdoce ? Peut-être au temps d'Abraham ? Non. Et vous le savez.
Le Roi de Justice et de Paix qui apparaît pour m'annoncer, par une figure
prophétique, à l'aurore de notre peuple, ne vous avertit-il pas qu'il y a un
sacerdoce plus parfait, qui vient directement de Dieu, de même que
Melchisédech dont personne n'a jamais pu donner l'origine et que l'on appelle
"le prêtre" et qui demeurera prêtre éternellement ? 180> Ne croyez-vous plus
aux paroles inspirées ? Et si vous y croyez, comment donc, Ô docteurs, ne
savez-vous pas donner une explication acceptable aux paroles qui disent, et
elles parlent de Moi : "Tu es prêtre éternellement selon l'ordre de
Melchisédech"? Il y a donc un autre sacerdoce, en
outre, avant celui d'Aaron. Et de ce sacerdoce il est dit "tu
es", non pas "tu as été", non pas "tu seras". Tu
es prêtre pour l'éternité. Voilà alors que cette phrase annonce que l'éternel
Prêtre ne sera pas de la souche connue d'Aaron, ne sera d'aucune souche
sacerdotale, mais sera d'une provenance nouvelle, mystérieuse comme
Melchisédech. Il appartient à cette provenance. Et si la Puissance de Dieu
l'envoie, c'est le signe qu'il veut rénover le Sacerdoce et le Rite pour
qu'il devienne utile à l'Humanité. Connaissez-vous mon origine ? Non.
Connaissez-vous mes œuvres ? Non. Voyez-vous leurs fruits ? Non. Vous ne connaissez
rien de Moi. Vous voyez donc qu'en cela aussi, je suis le "Christ"
dont l'Origine, la Nature et la Mission doivent être inconnues jusqu'au
moment où il plaira à Dieu de les révéler aux hommes. Bienheureux ceux qui
sauront, qui savent croire avant que la Révélation terrible de Dieu ne les
écrase de son poids contre le sol et ne les y cloue et ne les brise sous la
fulgurante, puissante vérité tonnée par les Cieux, criée par la Terre:
"Lui était le Christ de Dieu". Vous dites : "Lui est de
Nazareth. Son père, c'était Joseph. Sa Mère, c'est Marie". Non, je n'ai
pas de père qui m'ait engendré comme homme. Je n'ai pas de mère qui m'ait
engendré comme Dieu. Et pourtant j'ai une chair et je l'ai assumée par
l'œuvre mystérieuse de l'Esprit, et je suis venu parmi vous en passant par un
tabernacle saint. Et je vous sauverai, après m'être formé Moi-même par la
volonté de Dieu, je vous sauverai, en faisant sortir mon véritable Moi-même
du Tabernacle de mon Corps pour consommer le grand Sacrifice d'un Dieu qui s'immole
pour le salut de l'homme. Père, mon Père ! Je te l'ai dit au
commencement des jours: "Me voici pour faire ta Volonté" [7]. Je te l'ai dit à
l'heure de grâce avant de te quitter pour me revêtir de la chair pour pouvoir
souffrir : "Me voici pour faire ta Volonté". Je te le dis encore
une fois pour sanctifier ceux pour lesquels je suis venu : "Me voici
pour faire ta Volonté". Et je te le dirai encore, toujours, jusqu'à ce
que ta Volonté soit accomplie..." Jésus, qui a levé les bras vers le
ciel pour prier, les abaisse maintenant, les croise sur sa poitrine et
incline la tête, ferme les yeux et s'abîme dans une prière secrète. 181> Les gens chuchotent.
Pas tous ont compris, même la plupart (et je suis du nombre) n'ont pas
compris. Nous sommes trop ignorants. Mais nous avons l'intuition qu'il a
énoncé de grandes choses, et nous nous taisons pleins d'admiration. Les malveillants, qui n'ont pas
compris ou n'ont pas voulu comprendre, raillent : "II délire !"
Mais ils n'osent pas en dire davantage et ils s'écartent ou bien se dirigent
vers les portes en secouant la tête. Tant de prudence je crois qu'elle vient
des lances et des dagues romaines qui brillent au soleil au bout du mur. Gamaliel se fraie un passage parmi
ceux qui sont restés. Il arrive près de Jésus qui prie encore, absorbé, loin
de la foule et de cet endroit, et il l'appelle : "Rabbi Jésus!" "Que veux-tu, rabbi Gamaliel
?" demande Jésus en levant la tête, les yeux encore absorbés dans une
vision intérieure. "Une explication de Toi." "Parle." "Retirez-vous tous !"
commande Gamaliel, et sur un tel ton que les apôtres, les disciples, les
partisans, les curieux et les disciples eux-mêmes de Gamaliel, s'écartent en
vitesse. Ils restent, seuls l'un en face de l'autre, et ils se regardent.
Jésus toujours plein d'une suave douceur, l'autre autoritaire sans le
vouloir, et l'air involontairement orgueilleux. Expression qui lui est
certainement venue d'années d'obséquiosité exagérée. "Maître... on m'a rapporté certaines
de tes paroles dites à un banquet... que j'ai désapprouvé parce qu'il
manquait de sincérité [8]. Moi, je combats ou
je ne combats pas, mais c'est toujours ouvertement... J'ai médité ces
paroles. Je les ai confrontées avec celles qui sont dans mon
souvenir … Et je t'ai attendu, ici, pour t'interroger sur elles... Et
auparavant, j'ai voulu t'écouter parler... Eux n'ont pas compris. Moi,
j'espère pouvoir comprendre. J'ai écrit tes paroles pendant que tu les
disais. Pour les méditer, non pas pour te nuire. Me crois-tu ?" "Je te crois. Et veuille le
Très-Haut les faire flamboyer à ton esprit." "Qu'il en soit ainsi. Écoute. Les
pierres qui doivent frémir, sont peut-être celles de nos cœurs ?" "Non, rabbi. Celles-ci (et dans
un geste circulaire, il indique les murailles du Temple). Pourquoi le
demandes-tu ?" "Parce que mon
cœur a frémi quand m'ont été rapportées tes paroles du banquet et tes réponses aux tentateurs. Je croyais que ce
frémissement était le signe..." 182> "Non, rabbi.
C'est trop peu que le frémissement de ton cœur et celui de quelques autres
pour être le signe qui ne laisse pas de doutes... Même si toi, grâce à un
rare jugement d'humble connaissance de toi-même, tu donnes à ton cœur le nom
de pierre. Oh ! Rabbi Gamaliel, ne peux-tu pas vraiment faire de ton cœur de
pierre un lumineux autel pour accueillir Dieu ? Non dans mon intérêt, rabbi,
mais pour que ta justice soit complète..." Et Jésus regarde avec douceur l'ancien
maître qui tourmente sa barbe et passe ses doigts sous son couvre-chef en
serrant son front et en murmurant, et il baisse la tête pour le dire : * Je
ne puis... Je ne puis encore... Mais j'espère... Ce signe, est-ce que tu le
donneras toujours ?" "Je le donnerai." "Adieu, rabbi Jésus." "Que le Seigneur vienne à toi,
rabbi Gamaliel." Ils se séparent. Jésus fait signe aux
siens et avec eux il se dirige hors du Temple. Scribes, pharisiens, prêtres,
disciples de rabbis, se précipitent comme autant de vautours autour de
Gamaliel, qui est en train de passer dans sa large ceinture les feuilles
qu'il a écrites. "Eh bien ? Qu'en penses-tu ? Un
fou ? Tu as bien fait d'écrire ces divagations. Elles nous serviront. As-tu
décidé ? Es-tu convaincu ? Hier... aujourd'hui... Plus qu'il n'en faut pour
te convaincre." Ils parlent tumultueusement et Gamaliel se tait pendant
qu'il rajuste sa ceinture, renferme l'encrier qu'il y a suspendu, rend à son
disciple la petite table sur laquelle il s'est appuyé pour écrire sur les
parchemins. "Tu ne réponds pas ? Depuis hier,
tu ne parles pas..." lui dit pour le décider un de ses collègues. "J'écoute. Pas vous. Lui. Et je
cherche à reconnaître dans les paroles de maintenant la parole qui m'a parlé
un jour. Ici." "Et tu y réussis, peut-être
?" disent plusieurs en riant. "C'est comme le tonnerre dont la
voix est différente selon que l'on est plus proche ou plus loin. Mais c'est
toujours le bruit du tonnerre." "Un bruit qui ne permet pas de
conclure, alors" plaisante quelqu'un. "Ne ris pas, Lévi. Dans le bruit
peut se trouver aussi la voix de Dieu et nous pouvons être assez sots pour
croire que c'est le bruit de nuages qui se déchirent... Ne ris pas non plus
toi, Elchias, et toi, Simon, de peur que le tonnerre ne vienne à se
changer en foudre et ne vous réduise en cendres..." 183> "Alors...
toi... tu dis quasi que le Galiléen c'est cet enfant qu'avec Hillel vous croyiez
prophète, et que cet enfant et cet homme soit le Messie..." demande des
railleurs, bien qu'en sourdine car Gamaliel se fait respecter. "Je ne dis rien. Je dis que le
bruit du tonnerre est toujours le bruit du tonnerre." "Plus proche ou plus lointain
?" "Hélas ! Les paroles sont plus
fortes comme l'âge le comporte. Mais les vingt années écoulées ont rendu mon
intelligence vingt fois plus fermée sur le trésor qu'elle possède. Et le son
pénètre plus faiblement..." Et Gamaliel laisse retomber sa tête sur sa
poitrine, pensif. "Ha ! Ha ! Ha ! Tu vieillis et tu
deviens sot, Gamaliel ! Tu prends des fantômes pour des réalités. Ha ! Ha !
Ha !" et tous se mettent à rire. |
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Gamaliel
hausse dédaigneusement les épaules. Puis relève son manteau qui pendait de
ses épaules, s'en enveloppe à plusieurs tours tant il est ample, et tourne le
dos à tout le monde sans répliquer un mot, plein de mépris dans son silence. |
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[1] Le Falerne est un vin de
Campanie réputé dès l'antiquité. Bézeta est un
quartier au nord de Jérusalem
[5] Au Baptême de Jésus les cieux s'ouvrirent et on vit l'Esprit de
Dieu sous forme d'une colombe, se poser sur la tête de Jésus pendant qu'une
voix disait : "Celui-ci est mon fils bien-aimé qui a toute ma faveur"