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"L'Évangile tel qu'il m'a été
révélé" |
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Mardi 29 janvier 30 (6 Adar) vers midi
- Un jeune garçon
court annoncer la venue de Jésus 54 - Il a été
chassé de chez Lazare par les juifs 55 - Jésus traverse
la foule muette 56 - Marthe reproche à Jésus son absence 57 - Jésus proclame
sa puissance divine 58 - Deux groupes
se forment. Gamaliel reste seul 59 - Marie se plaint sans
amertume 59 - Ton Maître a dû le laisser mourir 60 - Jésus se rend
au tombeau et y pleure 60 - Il parvient à
faire enlever la pierre 61 - La prière et
le cri de Jésus 62 - Comme une
momie qu'on développe 63 - L'étonnement
général 64 - Discours (Dieu
a réalisé la première promesse) 66 - Jésus rappelle
son meurtre à Simon le synhédriste 67 - Et promet à
Gamaliel le signe de Jonas 67 - Le jardin se
vide lentement 67 - Jésus accablé
devant la putréfaction des cœurs 68 - La leçon à
tirer pour Marie et Marthe 68 - Les deux
ressuscités : Lazare et Marie 70 - [Commentaire
de Jésus : Explication de Jean 11, 30] 71 |
Accueil >> Plan du Site >> Sommaire du Tome 8 8.8 |
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54> Jésus vient à Béthanie par Ensémès. Ils doivent avoir fait une marche
vraiment fatigante par les sentiers casse-cou des monts
Adamin. 55> Les apôtres,
essoufflés, ont du mal à suivre Jésus qui va rapidement, comme si l'amour
l'emportait sur ses ailes de feu. Jésus sourit radieux alors qu'il marche en
avant de tous, la tête droite sous les rayons tièdes du soleil de midi. Avant qu'ils arrivent
aux premières maisons de Béthanie, ils sont vus par un jeune garçon déchaussé
qui va vers la fontaine près du village avec un broc de cuivre vide. Il
pousse un cri, met le broc par terre et s'en va en courant, de toute la
vitesse de ses petites jambes, vers le village. "Certainement il
va prévenir que tu arrives" observe Jude
Thaddée après avoir souri comme tous de la résolution... énergique du
jeune garçon qui a même abandonné son broc à la merci du premier passant. La petite ville, vue
ainsi d'auprès de la fontaine, qui est un peu en haut, paraît tranquille,
comme déserte. Seule la fumée grise qui s'élève des cheminées indique que
dans les maisons les femmes sont occupées à préparer le repas de midi.
Quelque grosse voix d'homme parmi les oliviers et les vergers vastes et
silencieux avertit que les hommes sont au travail. Malgré cela Jésus préfère
prendre un petit chemin qui passe en arrière du village pour pouvoir arriver
chez Lazare sans attirer l'attention des habitants. Ils sont presque à
moitié route quand ils entendent derrière eux le jeune garçon de tout à
l'heure qui les dépasse en courant et puis s'arrête au milieu de la route
pour, pensif, regarder Jésus... "Paix à toi,
petit Marc, tu as eu peur de
Moi que tu t'es enfui ?" demande Jésus en le caressant. "Moi, non,
Seigneur, je n'ai pas eu peur. Mais comme pendant plusieurs jours Marthe et Marie ont envoyé des serviteurs sur les routes qui
viennent ici pour voir si tu venais, maintenant que je t'ai vu, je suis
accouru pour dire que tu venais..." "Tu as bien
fait. Les sœurs vont préparer leurs cœurs à me voir." "Non, Seigneur.
Les sœurs ne vont rien se préparer car elles ne savent rien. Ils n'ont pas
voulu que je le dise. Ils m'ont pris quand j'ai dit, en entrant dans le
jardin : "Il y a le Rabbi", et ils m'ont chassé dehors en disant :
"Tu es un menteur ou un sot. Lui désormais ne vient plus car il est
certain désormais qu'il ne peut pas faire le miracle". Et comme je
disais que c'était bien Toi, ils m'ont donné deux gifles comme je n'en avais
encore jamais reçues... Regarde ici mes joues rouges. Elles me brûlent ! Et
ils m'ont poussé dehors en disant : "Cela pour te purifier d'avoir
regardé un démon". Et je te regardais pour voir si tu étais devenu un
démon. 56> Mais je ne le vois pas. Tu es toujours mon Jésus beau
comme les anges dont parle maman." Jésus se penche pour
baiser ses petites joues souffletées en disant : "Ainsi va passer la
démangeaison. Je suis peiné que tu aies souffert pour Moi..." "Moi, non,
Seigneur, car ces gifles m'ont valu deux baisers de Toi" et il s'attache
en en espérant d'autres. "Dis un peu,
Marc, qui t'a chassé ? Ceux de Lazare ?" demande le Thaddée. "Non. Les juifs.
Ils viennent pour le deuil tous les jours. Il y en a tant ! Ils sont dans la
maison et dans le jardin. Ils viennent tôt, et s'en vont tard. Ils semblent
les maîtres. Ils maltraitent tout le monde. Tu vois qu'il n'y a personne dans
les rues ? Les premiers jours, on venait pour voir... mais ensuite...
Maintenant il n'y a que nous les enfants qui tourniquons pour... Oh ! mon
broc ! Maman qui attend l'eau... Elle va me battre elle aussi !..." Tous sourient de sa
désolation devant la perspective d'autres claques et Jésus lui dit : "Va
vite alors..." "C'est que... je
voulais entrer avec Toi et te voir faire le miracle..." et il termine :
"...et voir leurs figures... pour me venger des gifles..." "Cela non. Tu ne
dois pas désirer la vengeance. Tu dois être bon et pardonner... Mais ta mère
attend l'eau..." "Moi, j'y vais,
Maître. Je sais où habite Marc. J'expliquerai à la femme et je te
rejoindrai..." dit Jacques de
Zébédée. Et il s'en va en courant. Ils se remettent en
marche lentement et Jésus tient par la main l'enfant ravi... Les voilà à la grille
du jardin. Ils la suivent. De nombreuses montures y sont attachées,
surveillées par les serviteurs de chaque propriétaire. Le chuchotement qui
vient d'eux attire l'attention de quelques juifs qui se tournent vers le
portail ouvert, juste au moment où Jésus pose le pied à la limite du jardin. "Le Maître
!" disent les premiers qui le voient, et ce mot court comme le
bruissement du vent d'un groupe à l'autre, se propage, s'en va, comme une
vague venue de loin et qui se brise sur la rive, jusque contre les murs de la
maison et y pénètre, apporté certainement par de nombreux juifs présents ou
par quelques pharisiens, rabbi ou scribe ou sadducéen, répandus ça et là. Jésus y entre très
lentement alors que tous, tout en accourant de tous côtés, s'écartent du
sentier où il marche. Et comme personne ne le salue, 57> Lui ne salue
personne comme s'il ne connaissait même pas un grand nombre de ceux qui sont
rassemblés là pour le regarder la colère et la haine dans les yeux, sauf un
petit nombre qui sont secrètement ses disciples ou qui du moins ont le cœur
droit et qui, s'ils ne l'aiment pas comme disciples, le respectent comme
juste. De ce nombre sont Joseph, Nicodème, Jean, Éléazar, un autre Jean scribe, vu à la multiplication des pains, et
encore un autre Jean, qui rassasia les
gens à la descente de la montagne des béatitudes, Gamaliel avec son fils, Josué, Joachim, Manaën, le scribe Joël d'Abia, rencontré au
Jourdain dans l'épisode de Sabéa
[1], Joseph Barnabé disciple de Gamaliel, Chouza qui regarde Jésus de loin, un peu
intimidé de le revoir après sa méprise, ou peut-être retenu par le respect humain
et n'osant pas s'avancer comme ami. Il est certain qu'il n'est salué ni par
les amis, ni par ceux qui l'observent sans rancœur, ni par ses ennemis, et
Jésus ne salue pas. Il a seulement fait une vague inclination en mettant le
pied dans l'allée. Puis il a continué tout droit comme s'il était étranger à
la foule nombreuse qui l'entoure. Le jeune garçon marche toujours à son côté,
dans ses vêtements de petit paysan, avec ses pieds nus d'enfant pauvre, mais le
visage lumineux de quelqu'un qui est en fête, avec ses petits yeux noirs,
vifs, bien ouverts pour tout voir... et pour défier tout le monde... Marthe sort
de la maison au milieu d'un groupe de juifs venus pour rendre visite et parmi
lesquels se trouvent Elchias et Sadoc. De sa main elle protège ses yeux las de pleurer, gênés
par la lumière, pour voir où est Jésus. Elle le voit. Elle se détache de ceux
qui l'accompagnent et court vers Jésus à quelques pas du bassin rendu tout
brillant par les rayons du soleil. Elle se jette aux pieds de Jésus après
s'être inclinée et elle les baise et, en éclatant en sanglots, elle dit :
"Paix à Toi, Maître !" Jésus aussi, dès
qu'il l'a vue près de Lui, lui a dit : "Paix à toi !" et il a levé
la main pour la bénir, en laissant aller celle de l'enfant que Barthélemy a prise tout en l'attirant un peu en
arrière. Marthe poursuit :
"Mais il n'y a plus de paix pour ta servante." Elle lève son visage
vers Jésus en restant encore à genoux. Et dans un cri de douleur que l'on
entend bien dans le silence qui s'est fait elle s'écrie : "Lazare est
mort ! Si tu avais été là il ne serait pas mort. Pourquoi n'es-tu pas venu
plus tôt, Maître ?" Elle a un ton involontaire de reproche en posant
cette question. 58> Puis elle revient au ton accablé de
quelqu'un qui n'a plus la force de faire des reproches et dont l'unique
réconfort est de rappeler les dernières actions et les derniers désirs d'un parent
auquel on a cherché à donner ce qu'il désirait et pour qui on n'a pas de
remords dans le cœur : "Il t'a tant appelé, Lazare, notre frère !...
Maintenant, tu vois ! Je suis désolée et Marie pleure sans pouvoir se donner
la paix. Et lui n'est plus ici. Tu sais si nous l'aimions ! Nous espérions
tout de Toi !..." Un murmure de
compassion pour la femme et de reproche à l'adresse de Jésus, un assentiment
à la pensée sous-entendue : "et tu pouvais nous exaucer car nous le
méritions à cause de l'amour que nous avons pour Toi, et Toi, au contraire,
tu nous as déçues" court de groupe en groupe parmi des hochements de
tête ou des regards moqueurs. Seuls quelques secrets disciples, disséminés
dans la foule ont des regards de compassion pour Jésus qui écoute, très pâle
et affligé, la femme désolée qui Lui parle. Gamaliel, les bras croisés
dans son ample et riche vêtement de laine très fine, orné de nœuds bleus, un
peu à part dans le groupe de jeunes où se trouve son fils et Joseph Barnabé, regarde fixement
Jésus, sans haine et sans amour.
"Ton frère
ressuscitera. Lève-toi, Marthe." Marthe se lève tout
en restant courbée en vénération devant Jésus auquel elle répond : "Je
le sais, Maître. Il ressuscitera au dernier jour." "Je suis la Résurrection et la Vie. Quiconque croit en Moi,
même s'il est mort, vivra. Et celui qui croit et vit en Moi ne mourra pas
éternellement. Crois-tu tout cela ?" Jésus, qui d'abord avait parlé
d'une voix plutôt basse uniquement à Marthe, élève la voix pour dire ces
phrases où il proclame sa puissance de Dieu, et son timbre parfait résonne
comme une trompette d'or dans le vaste jardin. Un frémissement presque
d'épouvante secoue l'assistance. Mais ensuite certains raillent en secouant
la tête. Marthe, à laquelle
Jésus semble vouloir transfuser une espérance de plus en plus forte en tenant
la main appuyée sur son épaule, lève son visage qu'elle gardait penché. Elle
le lève vers Jésus, en fixant ses yeux affligés dans les lumineuses pupilles
du Christ et serrant ses mains sur sa poitrine, elle répond avec une angoisse
différente : "Oui, Seigneur. Je crois cela. 59> Je crois que tu es
le Christ, le Fils du Dieu Vivant, venu dans le monde. Et que tu peux tout ce
que tu veux. Je crois. Maintenant, je vais prévenir Marie" et elle
s'éloigne rapidement en disparaissant dans la maison. Jésus reste où il
était, ou plutôt il fait quelques pas en avant et s'approche du parterre qui
entoure le bassin. Le parterre est tout éclairé de ce côté par la fine
poussière du jet d'eau qu'un vent léger pousse de ce côté comme un plumet
d'argent, et il paraît se perdre, Jésus, dans la contemplation du
frétillement des poissons sous le voile de l'eau limpide, dans leurs jeux qui
mettent des virgules d'argent et des reflets d'or dans le cristal des eaux
frappées par le soleil. Les juifs
l'observent. Ils se sont involontairement séparés en groupes bien distincts.
D'un côté, en face de Jésus, tous ceux qui Lui sont hostiles, habituellement
divisés entre eux par esprit sectaire, maintenant d'accord pour s'opposer à
Jésus. À côté de Lui, derrière les apôtres, auxquels s'est réuni Jacques de Zébédée, Joseph, Nicodème et les autres d'esprit bienveillant. Plus
loin, Gamaliel, toujours à sa place et avec la même attitude, est seul, car
son fils et ses disciples se sont séparés de lui pour se répartir entre les
deux groupes principaux pour être plus près de Jésus. Avec son cri habituel
: "Rabboni !" Marie sort de la maison en courant, les bras
tendus vers Jésus. Elle se jette à ses pieds qu'elle baise en sanglotant.
Divers juifs, qui étaient dans la maison avec elle et qui l'ont suivie,
unissent à ses pleurs leurs pleurs d'une sincérité douteuse. Maximin aussi, Marcelle, Sara, Noémi ont suivi Marie ainsi que tous ses
serviteurs et de fortes lamentations s'élèvent. Je crois que dans la maison
il n'est resté personne. Marthe, en voyant pleurer ainsi Marie, redouble elle
aussi ses pleurs. "Paix à toi, Marie.
Lève-toi ! Regarde-moi ! Pourquoi ces pleurs semblables à ceux des gens qui
n'ont pas d'espérance ?" Jésus se penche pour dire doucement ces
paroles, ses yeux dans les yeux de Marie qui, restant à genoux, reposant sur
ses talons, tend vers Lui ses mains dans un geste d'invocation et ne peut
parler tant elle sanglote : "Ne t'ai-je pas dit d'espérer au-delà de ce
qui est croyable pour voir la gloire de Dieu ? Est-ce que par hasard ton
Maître est changé pour que tu aies raison d'être ainsi angoissée ?" Mais Marie ne
recueille pas les mots qui veulent déjà la préparer à une joie trop forte
après tant d'angoisse, et elle crie, finalement maîtresse de sa voix : Jésus, très penché
pour entendre ces paroles qu'elle murmure la face contre terre, se redresse
et dit à haute voix : "Marie, ne pleure pas ! Ton Maître aussi souffre
de la mort de l'ami fidèle... car il a dû le laisser mourir..." Oh ! quelles
railleries et quels regards de joie livide il y a sur les visages des ennemis
du Christ ! Ils le voient vaincu, et s'en réjouissent, alors que les amis
deviennent de plus en plus tristes. Jésus dit encore plus
fort : "Mais, je te le dis : ne pleure pas. Lève-toi ! Regarde-moi !
Crois-tu que Moi qui t'ai tant aimée j'ai fait cela sans motif ? Peux-tu
croire que je t'ai donné cette douleur inutilement ? Viens. Allons vers
Lazare. Où l'avez-vous mis ?" Jésus, plutôt que
Marie et Marthe, qui ne parlent pas prises comme elles le sont par des pleurs
plus forts, interroge tous les autres, surtout ceux qui, sortis avec Marie de
la maison, semblent les plus troublés. Ce sont peut-être des parents plus
âgés, je ne sais pas. Et ceux-ci répondent à Jésus, visiblement affligé :
"Viens et vois" et ils se dirigent vers l'endroit où se trouve le
tombeau à l'extrémité du verger, là où le sol a des ondulations et des veines
de roche calcaire qui affleurent à la surface du sol. Marthe, à côté de
Jésus qui a forcé Marie à se lever et il la conduit, car elle est aveuglée
par ses larmes, montre de la main à Jésus où se trouve Lazare et quand ils
sont près de l'endroit elle dit aussi : "C'est ici, Maître, que ton ami
est enseveli" et elle indique la pierre posée obliquement à l'entrée du
tombeau. 61> Jésus pour s'y rendre, suivi de tout le monde, a dû passer
devant Gamaliel. Mais ils ne se sont pas salués. Ensuite Gamaliel s'est uni
aux autres en s'arrêtant comme tous les pharisiens les plus rigides à
quelques mètres du tombeau, alors que Jésus s'avance tout près avec les
sœurs, Maximin et ceux qui sont peut-être des parents. Jésus contemple la
lourde pierre qui sert de porte au tombeau et forme un lourd obstacle entre Lui
et l'ami éteint, et il pleure. Les larmes des sœurs redoublent et de même
celles des intimes et familiers. "Enlevez cette
pierre" crie Jésus tout d'un coup, après avoir essuyé ses larmes. Tous ont un geste
d'étonnement et un murmure court dans le rassemblement qui a grossi de
quelques habitants de Béthanie qui sont entrés dans le jardin et se sont mis
à la suite des hôtes. Je vois certains pharisiens qui se touchent le front en
secouant la tête comme pour dire : "Il est fou !" Personne n'exécute
l'ordre. Même chez les plus fidèles, on éprouve de l'hésitation, de la
répugnance à le faire. Jésus répète plus
fort son ordre, effrayant encore davantage les gens pris par deux sentiments
opposés et qui, après avoir pensé à fuir, s'approchent tout à coup davantage
pour voir, défiant la puanteur toute proche du tombeau que Jésus veut faire
ouvrir. "Maître, ce
n'est pas possible" dit Marthe en s'efforçant de retenir ses pleurs pour
parler : "Ne t'ai-je pas
dit que si tu crois tu verras la gloire de Dieu ? Enlevez cette pierre, je le
veux !" C'est un cri de
volonté divine... Un "oh !" étouffé sort de toutes les poitrines.
Les visages deviennent blêmes, certains tremblent comme s'il était passé sur
tous un vent glacial de mort. Marthe fait un signe
à Maximin et celui-ci ordonne aux serviteurs de prendre les outils pouvant
servir à remuer la lourde pierre. Les serviteurs s'en
vont rapidement pour revenir avec des pics et des leviers robustes. Ils
travaillent en faisant entrer la pointe brillante des pics entre la roche et
la pierre, et ensuite ils remplacent les pics par des leviers robustes et
enfin ils soulèvent avec attention la pierre en la faisant glisser d'un côté
et en la traînant ensuite avec précaution contre la paroi rocheuse. Une
puanteur infecte sort du sombre trou et fait reculer tout le monde. 62> Marthe demande tout
bas : "Maître, tu veux y descendre ? Si oui, il faut des
torches..." mais elle est livide à la pensée qu'il doit le faire. Jésus ne lui répond
pas. Il lève les yeux vers le ciel, met ses bras en croix et prie d'une voix
très forte, en scandant les mots : Il reste encore ainsi
un moment et il semble ravi en extase tellement il est transfiguré alors que,
sans plus émettre aucun son, il dit des paroles secrètes de prière ou
d'adoration, je ne sais. Ce que je sais, c'est qu'il a tellement outrepassé
l'humain, qu'on ne peut le regarder sans se sentir le cœur trembler dans la
poitrine. Il semble devenir lumière en perdant son aspect corporel, se
spiritualiser, grandir et même s'élever de terre. Tout en gardant la couleur
de ses cheveux, de ses yeux, de sa peau, de ses vêtements, au contraire de ce
qui se passa à la transfiguration du Thabor durant laquelle tout devint
lumière et éclat éblouissant, il paraît dégager de la lumière et que tout ce
qui est de Lui devient lumière. La lumière semble l'entourer d'un halo, en
particulier son visage levé vers le ciel, certainement ravi dans la
contemplation du Père. Il reste ainsi
quelque temps, puis redevient Lui : l'Homme, mais d'une majesté puissante. Il
s'avance jusqu'au seuil du tombeau. Il déplace ses bras — que jusqu'à ce
moment il avait gardés ouverts en croix, les paumes tournées vers le ciel —
en avant, les paumes vers la terre, et par conséquent les mains se trouvent
déjà à l'intérieur du tunnel du tombeau, toutes blanches dans ce tunnel
obscur. Il plonge le feu bleu de ses yeux, dont l'éclat miraculeux est aujourd'hui
insoutenable, dans cette obscurité muette, et d'une voix puissante, avec un
cri plus fort que celui par lequel il commanda sur le lac aux vents de
tomber, d'une voix que je ne Lui ai jamais entendue dans aucun miracle, il
crie : 63> Tous éprouvent un frisson plus intense, et si la curiosité les
cloue tous à leurs places, les visages pâlissent et les yeux s'écarquillent
alors que les bouches s'entrouvrent involontairement avec déjà dans la gorge
le cri de stupeur. Marthe, un peu en
arrière et de côté, est comme fascinée en regardant Jésus. Marie tombe à
genoux, elle qui ne s'est jamais écartée de son Maître, elle tombe à genoux
au bord du tombeau, une main sur sa poitrine pour calmer les palpitations de
son cœur, l'autre qui inconsciemment et convulsivement tient un pan du
manteau de Jésus, et on se rend compte qu'elle tremble car le manteau a de
légères secousses imprimées par la main qui le tient. Quelque chose de
blanc semble émerger du plus profond du souterrain. C'est d'abord une petite
ligne convexe, puis elle fait place à une forme ovale, puis à l'ovale se
substituent des lignes plus amples, plus longues, de plus en plus longues. Et
celui qui était mort, serré dans ses bandes, avance lentement, toujours plus
visible, fantomatique, impressionnant. Jésus recule, recule,
insensiblement, mais continuellement à mesure que Lazare avance. La distance
entre les deux reste donc la même. Marie est contrainte
de lâcher le pan du manteau, mais elle ne bouge pas de l'endroit où elle est.
La joie, l'émotion, tout, la cloue à l'endroit où elle était. Un "oh !"
de plus en plus net sort des gorges d'abord fermées par la douleur de
l'attente. C'est d'abord un murmure à peine distinct qui se change en voix,
et la voix devient un cri puissant. Lazare est désormais
au bord du tombeau et il s'arrête là, raide, muet, semblable à une statue de
plâtre à peine ébauchée et donc informe, une longue chose, mince à la tête,
mince aux jambes, plus large au tronc, macabre comme la mort elle-même,
spectrale, dans la blancheur des bandes contre le fond sombre du tombeau. Au
soleil qui l'enveloppe, les bandes paraissent ça et là laisser couler la
pourriture. Jésus crie d'une voix
forte : "Débarrassez-le et laissez-le aller. Donnez-lui des vêtements et
de la nourriture." "Maître
!..." dit Marthe, et elle voudrait peut-être en dire davantage, mais
Jésus la regarde fixement, la subjuguant de son regard étincelant, et il dit
: "Ici ! Tout de suite ! Tout de suite, apportez un vêtement.
Habillez-le en présence de tout le monde et donnez-lui à manger." Il
commande et ne se retourne jamais pour regarder ceux qui sont derrière et
autour de Lui. 64> Son œil regarde seulement Lazare, Marie qui
est près du ressuscité sans souci de la répulsion que donnent à tous les
bandes souillées, et Marthe qui halète comme si son cœur allait éclater et
qui ne sait si elle doit crier sa joie ou pleurer... Les serviteurs se
hâtent d'exécuter les ordres. Noémi s'en va en courant
la première et la première revient avec les vêtements qu'elle tient pliés sur
son bras. Quelques-uns délient les lacets des bandelettes après avoir
retroussé leurs manches et relevé leurs vêtements pour qu'ils ne touchent pas
la pourriture qui coule. Marcelle et Sara reviennent avec des
amphores de parfums, suivies de serviteurs les uns avec des bassins et des
brocs fumants d'eau chaude, les autres avec des plateaux, des bols pleins de
lait, du vin, des fruits, des fouaces recouvertes de miel. Les bandelettes
étroites et très longues, de lin, me semble-t-il, avec des lisières des deux
côtés, certainement tissées pour cet usage, se déroulent comme des rouleaux
de ganse d'une grande bobine et s'entassent sur le sol, alourdies par les
aromates et la pourriture. Les serviteurs les écartent en se servant de
bâtons. Ils ont commencé par la tête, et là aussi il y a la pourriture qui
s'est écoulée du nez, des oreilles, de la bouche. Le suaire placé sur le
visage est tout trempé de ces souillures et le visage de Lazare que l'on voit
très pâle, squelettique, avec les yeux tenus fermés par des pommades mises
dans les orbites, avec les cheveux collés et de même la barbiche du menton,
en est tout souillé. Le drap descend lentement, le suaire mis autour du
corps, à mesure que les bandelettes descendent, descendent, descendent,
libérant le tronc qu'elles avaient comprimé pendant de nombreux jours, et
rendant une forme humaine à ce qu'elles avaient d'abord rendu semblable à une
grande chrysalide. Les épaules osseuses, les bras squelettiques, les côtes à
peine couvertes de peau, le ventre creusé, apparaissent lentement. À mesure
que les bandes tombent, les sœurs, Maximin, les serviteurs, s'empressent
d'enlever la première couche de crasse et de baume, et s'y appliquent en
changeant continuellement l'eau rendue détergente par les aromates qu'on y a
mis jusqu'à ce que la peau apparaisse nette. Lorsqu'on a dégagé le
visage de Lazare et qu'il peut regarder, il dirige son regard vers Jésus
avant même de regarder ses sœurs. Il oublie tout et s'abstrait de tout ce qui
arrive pour regarder, avec un sourire d'amour sur ses lèvres pâles et une
larme lumineuse au fond des yeux, son Jésus. Jésus aussi lui sourit et a une
lueur de larme dans le coin de l'œil, mais sans parler il dirige le regard de
Lazare vers le ciel, Lazare comprend et remue les lèvres dans une prière
silencieuse. 65> Marthe croit qu'il
veut dire quelque chose sans avoir encore de voix et elle demande; "Que
me dis-tu, mon Lazare ?" "Rien, Marthe.
Je remerciais le Très-Haut." La prononciation est assurée, la voix
forte. Les gens poussent de
nouveau un "oh !" étonné. Désormais ils l'ont
dégagé jusqu'aux hanches, libéré et propre, et ils peuvent le revêtir de la tunique
courte, une sorte de chemisette qui dépasse l'aine pour retomber sur les
cuisses. On le fait asseoir
pour dégager ses jambes et les laver. Quand elles apparaissent, Marthe et
Marie poussent un grand cri en montrant les jambes et les bandelettes. Sur
les bandelettes qui serraient les jambes, et sur le suaire posé par dessous,
les écoulements purulents sont si abondants qu'ils forment des grosses
gouttes sur les toiles, mais les jambes visiblement sont tout à fait
cicatrisées. Seules les cicatrices rouges-bleuâtres indiquent où elles
étaient gangrenées. Tous les gens crient
plus fort leur étonnement. Jésus sourit et aussi Lazare qui regarde un
instant ses jambes guéries, puis s'abstrait de nouveau pour regarder Jésus.
Il semble ne pouvoir se rassasier de le voir. Les juifs, pharisiens,
sadducéens, scribes, rabbis, s'approchent avec précaution pour ne pas
souiller leurs vêtements. Ils regardent de tout près Lazare, ils regardent de
tout près Jésus. Mais ni Lazare ni Jésus ne s'occupent d'eux : ils se regardent
et tout le reste est inexistant. Voilà que l'on met
les sandales à Lazare. Il se lève, agile, sûr de lui. Il prend le vêtement
que Marthe lui présente et l'enfile tout seul, lie sa ceinture, ajuste les
plis. Le voilà, maigre et pâle, mais semblable à tout le monde. Il se lave
encore les mains et les bras jusqu'aux coudes après avoir retroussé ses
manches. Et puis avec une nouvelle eau il se lave de nouveau le visage et la
tête, jusqu'à ce qu'il se sente tout à fait net. Il essuie ses cheveux et son
visage, rend la serviette au serviteur et va tout droit vers Jésus. Il se
prosterne, Lui baise les pieds. Jésus se penche, le
relève, le serre contre son cœur en lui disant : "Bien revenu, mon ami.
Que la paix soit avec toi et la joie. Vis pour accomplir ton heureuse
destinée. Lève ton visage pour que je te donne le baiser de salutation."
Il dépose un baiser sur les joues et Lazare Lui rend son baiser. 66> C'est seulement
après avoir vénéré et embrassé le Maître que Lazare parle à ses sœurs et les
embrasse, puis il embrasse Maximin et Noémi qui
pleurent de joie, et certains autres dont je crois qu'ils lui sont apparentés
ou amis très intimes. Puis il embrasse Joseph, Nicodème, Simon le Zélote et
quelques autres. Jésus va
personnellement trouver un serviteur qui a sur les bras un plateau avec de la
nourriture et il prend une fouace avec du miel, une pomme, une coupe de vin
et il offre le tout à Lazare, après les avoir offerts et bénits, pour qu'il
se restaure. Et Lazare mange avec l'appétit de quelqu'un qui se porte bien.
Tout le monde pousse encore un "oh !" d'étonnement. Jésus semble ne voir
que Lazare, mais en réalité il observe tout et tout le monde. Voyant qu'avec
des gestes de colère Sadoc avec Elchias, Canania, Félix, Doras et Cornélius et d'autres sont sur
le point de s'éloigner, il dit à haute voix : "Attends un moment, Sadoc. J'ai un mot à te dire, à toi et aux
tiens." Ils s'arrêtent avec
une figure de criminels. Joseph d'Arimathie fait un geste effaré
et fait signe au Zélote de retenir Jésus.
Mais Lui est déjà en train d'aller vers le groupe haineux, et il dit à haute
voix : "Est-ce que cela te suffit, Sadoc, ce que tu as vu ? Tu m'as dit
un jour [2] que pour croire tu
avais besoin, toi et tes pareils, de voir recomposé, en bonne santé, un homme
décomposé. Es-tu rassasié de la putréfaction que tu as vue ? Es-tu capable de
reconnaître que Lazare était mort et que maintenant il est vivant et sain
comme il ne l'était pas depuis des années ? Je le sais. Vous êtes venus ici
pour les tenter, pour mettre en eux plus de douleur et le doute. Vous êtes
venus ici pour me chercher, espérant me trouver caché dans la pièce du
mourant. Vous êtes venus ici, non par un sentiment d'amour et le désir d'honorer
celui qui s'était éteint mais pour vous assurer que Lazare était réellement
mort, et vous avez continué de venir, vous réjouissant toujours plus à mesure
que le temps passait. Si les choses étaient allées comme vous l'espériez,
comme désormais vous croyiez qu'elles iraient, vous auriez eu raison de vous
réjouir. L'Ami qui guérit tout le monde, mais ne guérit pas l'ami. Le Maître
qui récompense la foi de tout le monde, mais pas celle de ses amis de
Béthanie. Le Messie impuissant devant la réalité de la mort. Voilà ce qui
vous donnait raison de vous réjouir. Mais voilà : Dieu vous a répondu. Nul
prophète n'a jamais pu rassembler ce qui était décomposé, en plus que mort.
Dieu l'a fait. Voilà le témoignage vivant de ce que je suis. Il y eut un jour
où Dieu prit de la boue, lui donna une forme et y insuffla l'esprit de vie et
ce fut l'homme. 67> J'y étais pour dire : "Que l'on fasse
l'homme à notre image et à notre ressemblance" [3], car je suis le
Verbe du Père. Aujourd'hui, Moi, le Verbe, j'ai dit à ce qui était encore
moins que de la boue : à la corruption : "Vis" et la corruption
s'est faite de nouveau chair, une chair intègre, vivante, palpitante. La
voici qui vous regarde. Et à la chair j'ai réuni l'esprit qui gisait depuis
des jours dans le sein d'Abraham. Je l'ai rappelé par ma volonté car je puis
tout, Moi, le Vivant, Moi, le Roi des rois auquel sont soumises toutes les
créatures et toutes les choses. Maintenant, que me répondez-vous ?" Il est devant eux,
grand, fulgurant de majesté, vraiment Juge et Dieu. Ils ne répondent pas. Lui insiste :
"Ce n'est pas encore assez pour croire, pour accepter l'inéluctable
?" "Tu n'as tenu
qu'une partie de la promesse. Ce n'est pas le signe de Jonas..." dit
brutalement Sadoc. "Vous aurez
aussi celui-là. J'ai promis et je tiendrai ma promesse" dit le Seigneur.
"Un autre présent ici, attend un autre signe, et il l'aura [4]. Et comme c'est un
juste, il l'acceptera. Vous non. Vous resterez ce que vous êtes." Il fait un demi-tour
sur Lui-même et il voit Simon, le synhédriste,
fils d'Eli-Anna. Il le fixe, le fixe. Il laisse de côté ceux de tout à
l'heure et, arrivé en face de lui, il lui dit, à voix basse mais nette :
"C'est heureux pour toi que Lazare ne se rappelle pas son séjour parmi
les morts ! Qu'as-tu fait de ton père, Caïn ?" Simon s'enfuit en
poussant un cri de peur qui se change en un hurlement de malédiction :
"Sois maudit, Nazaréen !" à laquelle Jésus répond : "Ta
malédiction monte vers le Ciel et du Ciel le Très-Haut te la renvoie. Tu es
marqué du signe, ô malheureux !" Il revient en
arrière, parmi les groupes étonnés, presque effrayés. Il rencontre Gamaliel
qui se dirige vers la route. Il le regarde et Gamaliel le regarde. Jésus lui
dit sans s'arrêter : "Tiens-toi prêt, ô rabbi. Le signe viendra bientôt.
Je ne mens jamais." Le jardin se vide
lentement. Les juifs sont abasourdis, mais la plupart giclent de la colère
par tous leurs pores. Si leurs regards pouvaient le réduire en cendres, Jésus
serait complètement pulvérisé. Ils parlent, discutent entre eux en s'en
allant, si bouleversés maintenant par leur défaite qui ne peuvent plus cacher
sous une apparence hypocrite d'amitié le but de leur présence à cet endroit.
Ils s'en vont sans saluer ni Lazare ni ses sœurs. 68> Il reste en arrière
certains qui ont été conquis au Seigneur par le miracle. Parmi eux se trouve Joseph Barnabé qui se jette à genoux devant Jésus et
l'adore. Un autre est le scribe Joël d'Abia qui fait la même
chose avant de partir à son tour, et d'autres encore que je ne connais pas
mais qui doivent être influents. Pendant ce temps,
Lazare, entouré de ses plus intimes, s'est retiré dans la maison. Joseph,
Nicodème et les autres bons saluent Jésus et s'en vont. Partent avec de
profondes salutations les juifs qui étaient restés auprès de Marthe et Marie.
Les serviteurs ferment la grille. La maison redevient tranquille. Jésus regarde autour
de Lui. Il voit de la fumée et des flammes au fond du jardin, dans la
direction du tombeau. Jésus, seul, debout au milieu d'un sentier, dit :
"La putréfaction qui va être annulée par le feu... La putréfaction de la
mort... Mais celle des cœurs... de ces cœurs, aucun feu ne l'annulera... Pas
même le feu de l'Enfer. Elle sera éternelle... Quelle horreur !... Plus que
la mort... Plus que la corruption... Et...Mais qui te sauvera, ô Humanité, si
tu aimes tant d'être corrompue ! Tu veux être corrompue. Et Moi... Moi j'ai arraché
au tombeau un homme par une seule parole... Et avec un flot de paroles... et
de douleurs, je ne pourrai arracher au péché l'homme, les hommes, des
millions d'hommes." Il s'assoit et avec ses mains se couvre le visage,
accablé... Un serviteur qui passe
le voit. Il va à la maison. Peu après Marie sort de la maison. Elle va
trouver Jésus, légère comme si elle ne touchait pas le sol. Elle s'approche,
Lui dit doucement : "Rabboni, tu es las...
Viens, ô mon Seigneur. Tes apôtres fatigués sont allés dans l'autre maison,
tous, sauf Simon le Zélote... Tu pleures, Maître ? Pourquoi ?..." Elle s'agenouille aux
pieds de Jésus... l'observe... Jésus la regarde. Il ne répond pas. Il se lève
et se dirige vers la maison, suivi de Marie. Ils entrent dans une
salle. Lazare n'y est pas, ni non plus le Zélote, mais il y a Marthe,
heureuse, transfigurée par la joie. Elle s'adresse à Jésus pour expliquer :
"Lazare est allé au bain pour se purifier encore. Oh ! Maître ! Maître !
Que te dire !" Elle l'adore de toute elle-même. Elle remarque la
tristesse de Jésus et elle dit : "Tu es triste, Seigneur ? Tu n'es pas
heureux que Lazare..." Il lui vient un soupçon : "Oh ! Tu es
réservé avec moi. J'ai péché. C'est vrai." "Nous avons
péché, ma sœur" dit Marie. "Non, pas toi...
Oh ! Maître. Marie n'a pas péché. Marie a su obéir, moi seule ai désobéi. Je
t'ai envoyé appeler, parce que... parce que je ne pouvais plus les entendre
insinuer que tu n'étais pas le Messie, le Seigneur... et je pouvais plus le
voir souffrir... . Lazare te désirait tant. Il t'appelait tant...
Pardonne-moi, Jésus." 69> "Et toi, tu ne
parles pas, Marie ?" demande Jésus. "Maître...
moi... Je n'ai souffert alors que comme femme. Je souffrais parce que...
Marthe, jure, jure ici, devant le Maître que jamais, jamais tu ne parleras à Lazare de son délire... Mon Maître... je
t'ai connu tout à fait, ô Divine Miséricorde, dans les dernières heures de
Lazare. Oh ! mon Dieu ! Mais comme tu m'as aimée, Toi, Toi qui m'as
pardonnée, Toi, Dieu, Toi, Pur, Toi... si mon frère, qui pourtant m'aime,
mais qui est homme, seulement homme, au fond de son cœur ne m'a pas tout
pardonné ? ! Non, je m'exprime mal. Il n'a pas oublié mon passé et quand la
faiblesse de la mort a émoussé en lui sa bonté que je croyais oublieuse du
passé, il a crié sa douleur, son indignation pour moi... Oh !..." Marie
pleure... "Ne pleure pas,
Marie. Dieu t'a pardonnée et a oublié. L'âme de Lazare aussi a pardonné et a
oublié, a voulu oublier. L'homme n'a pas pu tout oublier, et quand la
chair a dominé par son dernier spasme la volonté affaiblie, l'homme a
parlé." "Je n'en éprouve
pas d'indignation, Seigneur. Cela m'a servi à t'aimer davantage et à aimer
encore plus Lazare. Dès lors moi aussi je t'ai désiré, car j'étais trop
angoissée de penser que Lazare était mort sans paix à cause de moi... et ensuite,
ensuite, quand je t'ai vu méprisé par les juifs... quand j'ai vu que tu ne
venais pas même après la mort, pas même après que je t'avais obéi en espérant
au-delà de ce qui est croyable, en espérant jusqu'à ce que le tombeau
s'ouvre, alors mon esprit aussi a souffert. Seigneur, si j'avais à expier, et
certainement je l'avais, j'ai expié, Seigneur..." "Pauvre Marie !
Je connais ton cœur. Tu as mérité le miracle et que cela t'affermisse dans
ton espérance et ta foi." "Mon Maître,
j'espérerai et je croirai toujours désormais. Je ne douterai plus, jamais
plus, Seigneur. Je vivrai de foi. Tu m'as donné la capacité de croire ce qui
est incroyable." "Et toi, Marthe,
as-tu appris ? Non, pas encore. Tu es ma Marthe mais tu n'es pas encore ma
parfaite adoratrice. Pourquoi agis-tu au lieu de contempler ? C'est plus
saint. Tu vois ? Ta force, parce qu'elle était trop tournée vers les choses
terrestres, a cédé à la constatation de faits terrestres qui semblent parfois
sans remède. En vérité les choses humaines n'ont pas de remède, si Dieu
n'intervient pas. La créature, à cause de cela, a besoin de savoir croire et
contempler, d'aimer jusqu'au bout des forces de l'homme tout entier, avec sa
pensée, son âme, sa chair, son sang, avec toutes les forces de
l'homme, je le répète. 70> Je te veux forte, Marthe. Je te veux
parfaite. Tu n'as pas su obéir parce que tu n'as pas su croire et espérer
complètement, et tu n'as pas su croire et espérer parce que tu n'as pas su
aimer totalement. Mais Moi, je t'en absous. Je te pardonne, Marthe. J'ai
ressuscité Lazare aujourd'hui. Maintenant je te donne un cœur plus fort. A
lui j'ai rendu la vie. À toi, j'infuse la force d'aimer, croire et espérer
parfaitement. Maintenant soyez heureuses et en paix. Pardonnez à ceux qui
vous ont offensé ces jours-ci..." "Seigneur, en
cela j'ai péché. Il y a un instant j'ai dit au vieux Canania
qui t'avait méprisé les autres jours : "Qui a triomphé ? Toi ou Dieu ?
Ton mépris ou ma foi ? Le Christ est le Vivant et il est la Vérité. Moi, je
savais que sa gloire aurait resplendi plus grande, et toi, vieillard, refais
ton âme si tu ne veux pas connaître la mort". "Tu as bien
parlé. Mais ne discute pas avec les méchants, Marie. Et pardonne. Pardonne si
tu veux m'imiter... Voici Lazare. J'entends sa voix." En effet Lazare
rentre, vêtu à neuf et bien rasé, bien peigné et la chevelure parfumée. Avec
lui se trouvent Maximin et le Zélote. "Maître !" Lazare
s'agenouille encore pour l'adorer. Jésus lui met la main
sur la tête et sourit en disant : "L'épreuve est surmontée, mon ami.
Pour toi et pour tes sœurs. Maintenant soyez heureux et forts pour servir le
Seigneur. Que te rappelles-tu, ami, du passé ? Je veux parler de tes derniers
moments ?" "Un grand désir
de te voir et une grande paix au milieu de l'amour des sœurs." "Et qu'est-ce
qui t'affligeait le plus de quitter en mourant ?" "Toi, Seigneur,
et mes sœurs. Toi parce que je ne pouvais plus te servir, elles parce
qu'elles m'ont donné toute joie..." "Oh ! moi, frère
!" soupire Marie. "Toi, plus que
Marthe. Tu m'as donné Jésus et la mesure de ce qu'est Jésus. Et Jésus t'a
donnée à moi. Tu es le don de Dieu, Marie." "Tu le disais
aussi en mourant..." dit Marie et elle étudie le visage de son frère. "Parce que c'est
ma constante pensée." "Mais moi, je
t'ai donné tant de douleur..." "La maladie
aussi m'a donné de la douleur. Mais, par elle, j'espère avoir expié les
fautes du vieux Lazare et d'être ressuscité, purifié pour être digne de Dieu.
Toi et moi : tous deux ressuscités pour servir le Seigneur, et Marthe au
milieu de nous, elle qui fut toujours la paix de la maison." 71> "Tu l'entends,
Marie ? Lazare dit des paroles de sagesse et de vérité. Maintenant je me
retire et vous laisse à votre joie..." "Non, Seigneur,
reste avec nous. Ici. Reste à Béthanie et dans ma maison. Ce sera
beau..." "Je resterai. Je
veux te récompenser de tout ce que tu as souffert. Marthe, ne sois pas
triste. Marthe pense m'avoir affligé. Mais ma peine n'est pas autant pour
vous que pour ceux qui ne veulent pas se racheter. Eux haïssent de plus en
plus. Ils ont le venin dans le cœur... Eh bien... pardonnons." "Pardonnons,
Seigneur" dit Lazare avec son doux sourire... et sur cette parole tout
prend fin. Jésus dit : "On
peut mettre ici la dictée du 23-3-44 pour le commentaire de la résurrection
de Lazare." [5] En marge de la
résurrection de Lazare et en rapport avec une phrase de Saint Jean. Jésus dit : "Dans
l'Évangile de Jean, comme on le lit désormais depuis des siècles, il est
écrit : "Jésus n'était pas encore entré dans le village de
Béthanie" [Jean 9,30). Pour prévenir toutes objections possibles, je
fais remarquer que entre cette phrase et celle de l'Œuvre, que je rencontrai
Marthe à quelques pas du bassin dans le jardin de Lazare, il n'y a pas de
contradictions de faits mais seulement de traduction et de description. Béthanie appartenait
pour les trois quarts à Lazare, de même que Jérusalem lui appartenait en
grande partie. Mais parlons de Béthanie. Comme elle appartenait pour les
trois quarts à Lazare, on pouvait dire : Béthanie de Lazare. Par conséquent
le texte ne serait pas erroné même si j'avais, rencontré Marthe dans le village
ou à la fontaine, comme certaine veulent dire. Mais en réalité je n'étais pas
entré dans le village pour éviter qu'accourent les béthanites,
tous hostiles aux gens du Sanhédrin. J'étais passé en arrière de Béthanie
pour rejoindre la maison de Lazare, qui était à l'extrémité opposée pour qui
entrait à Béthanie par Ensémès. Justement pour cela
Jean dit que Jésus n'était pas encore entré dans le village. Et avec autant
de justesse le petit Jean dit que je m'étais arrêté près du bassin (fontaine
pour les hébreux) déjà dans le jardin de Lazare, mais encore très loin de la
maison. Que l'on considère en
outre que. durant le temps du deuil et de l'impureté (ce n'était pas encore
le septième jour après la mort), les sœurs ne sortaient pas de la maison. C'est
donc dans l'enceinte de leur propriété qu'est arrivée la rencontre. |
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Noter que le petit
Jean parle de la venue des béthanites dans le
jardin seulement quand déjà j'ordonne d'enlever la pierre. Auparavant
Béthanie ne savait pas que j'étais à Béthanie et c'est seulement quand le
bruit s'en est répandu qu'ils sont accourus chez Lazare." |
|||
[4] Gamaliel qui a entendu
cette prédiction de Jésus âgé de 12 ans.
[5] Cette dictée, consignée
dans "Les Cahiers de 1944" renvoie aux
visions plus détaillées rapportées ici.