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"L'Évangile
tel qu'il m'a été révélé" |
aucun accent |
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dimanche 14 mai 28 entre Modin et Béther
- Une riche caravane nuptiale 520 - Curiosité de Pierre et de Thomas 521 - Barthélemy fait partager ses soupçons 522 - Une cacophonie produite par l'épouvante 522 - Discours (La faim maudite de l'or 523 - L'autre vie 524 - Appel efficace à la conversion) 524 |
3.85. |
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520> "À l'endroit où
nous allons nous rendre, je vais parler" dit le Seigneur pendant que la
troupe s'enfonce toujours plus dans des vallées qui montent à l'assaut de la
montagne par des chemins difficiles, caillouteux, étroits, et qui montent et
descendent en perdant de vue l'horizon, en le retrouvant jusqu'à ce que,
arrivée à une vallée profonde par une descente très rapide sur laquelle,
comme dit Pierre, seul le bouc se sent à l'aise, la troupe se repose et prend
son repas près d'une source au débit abondant. D'autres personnes sont dispersées dans les
prés et les bosquets et prennent leur repas comme Jésus et les siens. C'est
un endroit où l'on s'arrête parce qu'il est à l'abri des vents, avec des prés
agréables et de l'eau. Il y a des pèlerins qui vont vers Jérusalem, des
voyageurs qui se rendent peut-être au Jourdain, des marchands d'agneaux
destinés au Temple, des bergers avec leurs troupeaux. Certains font le voyage
sur des montures, la plupart à pied. Voilà qu'arrive même une caravane
nuptiale toute en fête. L'or brille sous les voiles dont s'enveloppe l'épouse
qui sort de l'enfance, accompagnée de deux matrones toutes scintillantes de
bracelets et de colliers et d'un homme, peut-être le paranymphe,
[1] sans compter deux
serviteurs. Ils sont arrivés sur des ânes couverts de bouffettes et de
grelots et se retirent dans un coin pour manger comme s'ils avaient peur
qu'un regard des gens viole la petite épouse. Le paranymphe,
ou peut-être un parent, monte la garde, l'air menaçant, pendant que les
femmes mangent. Ils sont, en fait, l'objet d'une curiosité
très vive, et sous prétexte de demander du sel, un couteau, une goutte de
vinaigre, il y a toujours quelqu'un qui va trouver l'un ou l'autre pour
savoir si l'épouse est connue et où elle va et tant de belles choses du même
genre... Il y a quelqu'un, en effet, qui sait d'où elle vient et où elle va
et qui est bien content de raconter tout ce qu'il sait, excité par un autre
qui le fait parler en lui versant un vin généreux. Par moments on étale
jusqu'aux plus secrets détails des deux familles, du trousseau que l'épouse
emporte dans ses coffres, des richesses qui l'attendent dans la maison de
l'époux, et ainsi de suite. On arrive ainsi à savoir que l'épouse est la
fille d'un riche marchand de Joppé et qu'elle va
épouser le fils d'un riche marchand de Jérusalem, et que l'époux l'a précédée
pour décorer la maison nuptiale, vu l'imminence de son arrivée et que celui
qui l'accompagne, 521> l'ami de l'époux
est, lui aussi, fils d'un marchand, Abraham, qui travaille les diamants et
les perles, alors que l'époux est orfèvre et le père de l'épouse marchand de
laine, toile, tapis, rideaux... Comme le bavard est tout proche du groupe
apostolique, Thomas l'entend et lui demande : "Mais ce n'est pas
Nathanaël de Lévi, l'époux ?" "C'est justement lui. Tu le
connais ?" "Je connais bien le père avec qui j'ai
fait des affaires, un peu moins Nathanaël. C'est un riche
mariage !" "Et l'épouse est heureuse ! Elle
est couverte d'or. Abraham, parent de la mère de l'épouse et père de l'ami de
l'époux, s'en est fait un point d'honneur ,et de même l'époux et son père. On
dit que dans ces coffres, il y a la valeur de plusieurs talents d'or." [2] "Chapeau !" s'exclame Pierre
en sifflotant, et il ajoute : "Je vais voir de près si la
principale marchandise correspond au reste." Il se lève avec Thomas et
ils s'en vont faire un petit tour, autour du groupe nuptial et ils regardent
attentivement les trois femmes, amas d'étoffes et de voiles d'où émergent les
mains et les poignets couverts de joyaux et d'où filtrent des scintillements
aux oreilles et au cou, et ils dévisagent le rodomont paranymphe
qui semble repousser des corsaires partis à l'assaut de la jeune fille tant
il fait le bravache. Il regarde aussi de travers les deux apôtres. Mais
Thomas le prie de saluer Nathanaël de Lévi au nom de Thomas dit Didyme. Et la
paix est faite, si bien faite que, pendant qu'ils bavardent, la petite épouse
trouve le moyen de se faire admirer en se levant de façon que tombent le
manteau et le voile et qu'elle apparaisse dans toute sa grâce physique et
vestimentaire et dans sa richesse d'idole. Elle peut avoir quinze ans au
maximum, et des yeux malicieux ! Elle fait la belle, malgré la
désapprobation des matrones. Elle défait ses tresses et les réajuste avec des
épingles précieuses, elle serre sa ceinture ornée de pierreries, délace, ôte
ses chaussures et les remet bien serrées par des boucles en or et, entre
temps, trouve le moyen de montrer ses magnifiques cheveux noirs, ses belles
mains et ses bras gracieux, sa taille fine, sa poitrine et ses hanches bien
formées, son petit pied parfait et tous ses colliers qui tintent et qui
brillent aux dernières lueurs du jour et aux flammes du premier feu de bois. Pierre et Thomas reviennent. Thomas dit :
"C'est une belle enfant." 522> "C'est une
parfaite coquette. Elle sera... mais ton ami Nathanaël saura bien vite qu'il y a quelqu'un qui lui tient chaud le lit
pendant que lui tient chaud l'or pour le travailler, et son ami est un
parfait imbécile. Il a bien confié la petite épouse !" achève
Pierre en s'asseyant parmi ses compagnons. "À moi, il ne m'a pas plu cet homme qui
faisait parler l'autre imbécile" bougonne Barthélemy. "Quand il a
su tout ce qu'il voulait savoir, il est parti du côté de la montagne... C'est
une mauvaise place que celle-là. Et c'est un temps idéal pour les coups de mains
des brigands., Nuits de lune. Chaleur épuisante. Arbres couverts de feuilles.
Hum ! cet endroit ne me plaît pas. Il valait mieux poursuivre la
route." "Et cet imbécile qui a parlé de tant de
richesses ! Et cet autre qui joue au héros et au gardien devant les
ombres et qui ne voit pas les corps réels !... Eh bien, je veillerai sur
les feux. Qui vient avec moi ?" dit Pierre. "Moi, Simon" répond le Zélote.
"Je résiste bien au sommeil." Plusieurs, surtout des voyageurs isolés,
se sont levés et sont partis par petits groupes. Il reste des bergers avec
leurs troupeaux, la troupe nuptiale et celle des apôtres et trois marchands
d'agneaux qui dorment déjà. La petite épouse aussi dort avec les matrones,
sous une tente montée par les serviteurs. Les apôtres se cherchent une place, Jésus
s'isole pour prier. Les bergers font un grand feu au milieu de l'emplacement
où ils se trouvent. Pierre et Simon en font un autre sur le sentier escarpé
par lequel s'est éclipsé l'homme qui a donné des soupçons à Barthélemy. Les heures passent, et ceux qui ne ronflent
pas somnolent. Jésus prie. Le silence est total. Elle semble se taire elle
aussi la fontaine qui resplendit sous les rayons de la lune déjà haute dans
le ciel et qui éclaire parfaitement le campement alors que les pentes restent
à l'ombre sous les feuillages épais. Un gros chien de berger gronde. Un berger
lève la tête. Le chien se redresse, et son poil se hérisse sur son échine. Il
reste en arrêt et écoute. Il tremble même quand se fait plus fort le sourd
grondement qui trahit son émotion. Simon aussi lève la tête et secoue Pierre
qui somnole. Un bruissement presque imperceptible vient du bois. "Allons trouver le Maître et amenons-le
avec nous" disent les deux. Et en même temps le berger éveille ses
compagnons. Ils sont tous à l'écoute, sans faire de bruit. Jésus aussi s'est
levé, avant même qu'on l'appelle et il va vers les deux apôtres. 523> Ils se réunissent près de leurs compagnons, et donc près des bergers dont le chien
donne des signes de plus en plus manifestes d'agitation. "Appelez ceux qui dorment, tous.
Dites-leur qu'ils viennent ici sans bruit, et spécialement les femmes et les
serviteurs avec les coffres. Dites-leur que peut-être il y a des brigands,
mais pas aux femmes. À tous les hommes." Les apôtres se dispersent pour obéir au
Maître qui dit aux bergers : "Alimentez fortement le feu, qu'il
donne une flamme très vive." Les bergers obéissent, et comme ils
paraissent agités, Jésus leur dit : "Ne craignez pas. On ne vous
enlèvera pas un flocon de laine." Les marchands surviennent et ils murmurent:
"Oh ! nos bénéfices !" et ils ajoutent une litanie de
reproches à l'adresse des gouvernants romains et juifs "qui ne
débarrassent pas le monde des voleurs". "Ne craignez pas. Vous ne perdrez pas
une seule pièce de monnaie" dit Jésus pour les réconforter. Les femmes arrivent, en pleurs, effrayées,
car le courageux paranymphe, tout tremblant et
apeuré les effraye en disant : "C'est la mort ! La mort par
main des brigands !" "Ne craignez pas. On ne vous effleurera
pas, même d'un regard" dit Jésus pour les réconforter, et il les conduit
au milieu du petit peuple d'hommes et d'animaux effrayés. Les ânes braient, le chien hurle, les brebis
bêlent, les femmes sanglotent, les hommes poussent des imprécations et
défaillent plus que les femmes. C'est une cacophonie produite par
l'épouvante. Jésus est calme comme si de rien n'était. Au milieu de ce bruit,
on n'entend plus le bruissement dans le bois. Mais, que dans le bois il y ait
des brigands qui s'approchent, c'est ce qu'indiquent des branches que l'on
brise ou des pierres qui dévalent. "Silence !" impose Jésus et il
le dit de telle façon que le silence se fait. Jésus quitte sa place et va
vers le bois à la limite du campement. Il tourne le dos au bois et commence à
parler.
O vous, qui à cause de l'or vous péchez plus
ou moins légèrement, plus ou moins gravement et plus vous péchez et plus vous
riez de ce que vous ont enseigné vos mères et vos maîtres, à savoir qu'il
existe une récompense et un châtiment pour ce qu'on a fait durant
l'existence. Vous ne réfléchissez donc pas qu'à cause de ce péché, vous
perdrez la protection de Dieu, la vie éternelle, la joie, et aurez des
remords, des malédictions plein le cœur, la peur pour compagne, la peur des
châtiments des hommes qui n'est rien en comparaison de la peur que vous
devriez avoir et que vous n'avez pas, de la peur sainte des punitions de
Dieu ? Vous ne réfléchissez pas que vous pouvez avoir une fin terrible à
cause de vos méfaits, s'ils sont joints au crime, et une fin encore plus
redoutable parce qu'éternelle, si les fautes que vous avez commises par amour
de l'or, n'ont pas provoqué l'effusion de sang mais ont méprisé la loi
d'amour et du respect dû au prochain en refusant par avarice des secours à
ceux qui ont faim, en volant des situations, de l'argent, en trompant sur le
poids, par avidité ? Non. Vous n'y pensez pas. Vous dites :
"Ce sont des idées folles ! Je les ai écrasées sous le poids de mon
or. Et elles ne vivent plus". Ce ne sont pas des idées folles. C'est la
vérité. Ne dites pas : "Une fois que je
suis mort, tout est fini". Non. Tout commence. L'autre vie n'est pas un
abîme sans pensée et sans souvenir de ce que l'on a vécu, ni non plus sans
aspiration vers Dieu, telle que vous l'imaginez. Ce sera une pause dans
l'attente de la libération par le Rédempteur. L'autre vie est une attente
bienheureuse pour les justes, une attente patiente pour ceux qui ont à
expier, une attente affreuse pour les damnés. Pour les premiers dans les
Limbes, pour les seconds au Purgatoire, pour les derniers en Enfer. Et alors
que pour les premiers l'attente cessera avec l'entrée aux Cieux à la suite du
Rédempteur, pour les seconds après cette heure, l'attente sera réconfortée
par l'espérance, pour les troisièmes elle assombrira la terrible certitude de
leur malédiction éternelle. Pensez-y, vous qui péchez. 525> Il n'est jamais trop tard pour se repentir. Changez par un vrai repentir le verdict qu'on
est en train d'écrire aux Cieux pour vous. Que le schéol soit pour vous non
pas l'enfer, mais une attente pénitente, cela au moins, grâce à votre
volonté. Non pas l'obscurité, mais un crépuscule. Non pas déchirement, mais
nostalgie. Non pas désespoir, mais espérance. Allez. Ne cherchez pas à lutter avec Dieu.
Lui est le Fort et le Bon. Ne méprisez pas le nom de vos parents. Ecoutez le
gémisse- ment de cette fontaine, un gémissement semblable à celui qui brise
le cœur de vos mères en vous sachant assassins. Écoutez la plainte du vent
dans cette gorge. .Elle semble menacer et maudire. Comme vous maudit votre
père pour la vie que vous menez. Écoutez comment le remords crie en vos
cœurs. Pourquoi voulez-vous souffrir, alors que vous pourriez jouir d'une
tranquille satisfaction avec le peu qui suffit sur la terre et le tout que
vous aurez au Ciel ? Donnez la paix à votre esprit ! Donnez la paix
aux hommes qui craignent, qui doivent tout craindre de vous comme des
fauves ! Donnez-vous la paix à vous-mêmes, pauvres malheureux !
Levez vos regards vers le Ciel, débarrassez votre bouche de la nourriture
empoisonnée, purifiez vos mains qui ruissellent du sang de vos frères,
purifiez votre cœur. J'ai foi en vous. C'est pour cela que je vous
parle. Car, si le monde entier vous hait et vous craint, Moi je ne vous hais
ni ne vous crains. Mais je vous tends seulement les mains pour vous dire :
"Levez-vous. Venez. Redevenez doux parmi les hommes, hommes parmi les
hommes". Je vous crains si peu, que maintenant je dis à tous ceux-ci:
"Retournez vous reposer, sans rancœur pour les pauvres frères. Priez
pour eux. Moi je reste à les regarder d'un regard d'amour et je vous jure
qu'il n'arrivera plus rien. Car l'amour désarme les violents et rassasie
ceux qui sont avides. Que soit béni l'Amour, vraie force du monde. Force
inconnue et puissante. Force qui est Dieu" Et se tournant vers tous ceux qui campent: "Allez, allez,
ne craignez pas. Il n'y a plus là de malfaiteurs, mais des hommes effrayés et
des hommes qui pleurent. Celui qui pleure ne fait pas de mal. Dieu veuille
qu'ils restent comme ils sont maintenant. Ce serait leur rédemption." |
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