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159> C'est le commencement
de la souffrance du Jeudi Saint.
Les apôtres - ils sont dix - s'occupent activement de préparer le Cénacle.
Judas,
grimpé sur la table, regarde s'il y a de l'huile dans tous les lampions du
grand lampadaire qui ressemble à une corolle de fuchsia double, car la tige
de suspension est entourée de cinq ampoules qui ressemblent à des pétales,
puis un second tour, plus bas, qui est une vraie couronne de petites flammes;
puis il y a enfin trois petits lampions suspendus à des chaînettes qui
semblent les pistils de la fleur lumineuse. 160> Puis il saute par terre et aide André à
disposer avec art la vaisselle sur la table sur laquelle on a étendu une
nappe très fine. J'entends André qui dit : "Quel lin splendide !"
Et l'Iscariote : "Un des meilleurs de Lazare. Marthe a voulu absolument
l'apporter."
"Et ces calices ? et ces amphores, alors ?" observe Thomas qui a
mis le vin dans les amphores précieuses et les regarde avec admiration en se
regardant dans leurs fines panses et il en caresse les poignées ciselées d'un
œil de connaisseur.
"Qui sait quelle valeur, hein ?" demande Judas Iscariote.
"C'est travaillé au marteau. Mon père en serait fou. L'argent et l'or en
feuilles se plient facilement à la chaleur. Mais traité ainsi... Un moment
peut tout abîmer. Il suffit d'un coup mal donné. Il faut en même temps de la
force et de la légèreté. Tu vois les poignées ? Elles sont tirées de la masse
et ne sont pas soudées. Choses de riches... Pense que toute la limaille et le
dégrossissement se perdent. Je ne sais pas si tu me comprends."
"Hé ! si je comprends ! C'est comme fait un sculpteur."
"Tout à fait cela."
Tous admirent, puis retournent à leur travail. Tel dispose les sièges et tel
autre prépare les crédences.
Pierre et Simon entrent ensemble.
"Oh ! vous êtes venus finalement ! Où êtes-vous allés de nouveau ? Après
être arrivés avec le Maître et nous, vous vous êtes enfuis de nouveau"
dit l'Iscariote.
"Encore une tâche avant l'heure" répond brièvement Simon.
"Tu es mélancolique ?"
"Je crois qu'avec ce qu'on a entendu en ces jours et de ces lèvres que
jamais on ne trouve mensongères, il y en a bien une raison."
"Et avec cette puanteur de... Bon ! tais-toi, Pierre" murmure
Pierre entre ses dents.
"Toi aussi !... Tu me sembles fou depuis quelques jours. Tu as la figure
d'un lapin sauvage qui sent derrière lui le chacal" répond Judas
l'Iscariote.
"Et toi, tu as le museau de la fouine. Toi aussi, tu n'es pas très beau
depuis quelques jours. Tu regardes d'une façon... Tu as même l'œil de
travers... Qui attends-tu ou qu'espères-tu voir ? Tu sembles plein
d'assurance, tu veux le faire paraître, mais tu as l'air de quelqu'un qui a
peur" réplique Pierre.
"Oh ! Quant à la peur !... Tu n'es certainement pas un héros, toi non
plus !"
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161> "Personne de nous ne l'est, Judas. Tu portes le nom du
Macchabée, mais tu ne l'es pas. Moi, je dis avec mon nom : "Dieu fait
grâce" , mais
je te jure que j'ai en moi le tremblement de qui sait porter malheur et
d'être surtout dans la disgrâce de Dieu. Simon de Jonas, rebaptisé "la
pierre", est mou maintenant comme de la cire près du feu. Il ne se
cramponne plus par sa volonté. Lui, que je n'ai jamais vu trembler dans les
plus violentes tempêtes ! Matthieu, Barthélemy et Philippe semblent des somnambules. Mon frère et André ne font
que soupirer. Les deux
cousins, qui ont la douleur de la parenté avec celle de l'amour pour
le Maître, regarde-les. Ils semblent déjà des vieillards. Thomas a
perdu son entrain, et Simon
semble redevenu le lépreux épuisé d'il y a maintenant trois ans tant il est
creusé par la douleur, je dirais corrodé, livide, avili" lui répond Jean.
"Oui. Il nous a tous suggestionnés par sa mélancolie" observe
l'Iscariote.
"Mon cousin Jésus, mon Maître et Seigneur et le vôtre, est et n'est pas
mélancolique. Si tu veux dire par ce nom qu'il est triste à cause de la
douleur excessive que tout Israël est en train de Lui donner, et que nous
voyons, et l'autre douleur cachée que Lui seul voit, je te dis : "Tu as
raison". Mais si tu uses de ce terme pour dire qu'il est fou, je te
l'interdis" dit Jacques d'Alphée.
"Et n'est-ce pas de la folie qu'une idée fixe de mélancolie ? J'ai fait
aussi des études profanes, et je sais. Il a trop donné de Lui-même.
Maintenant il a l'esprit épuisé."
"Ce qui signifie de la démence. N'est-ce pas ?" demande l'autre
cousin Jude, apparemment calme.
"Tout à fait cela ! Il avait bien vu ton père, juste de sainte mémoire,
à qui tu ressembles pour la justice et la sagesse ! Jésus, triste destin
d'une illustre maison trop vieille et frappée de sénilité psychique, a
toujours eu une tendance à cette maladie, d'abord douce, puis toujours de
plus en plus agressive. Tu as vu comme il a attaqué pharisiens et scribes,
sadducéens et hérodiens. Il s'est rendu la vie impossible comme un chemin
couvert d'éclats de quartz. Et c'est Lui qui les a semés. Nous... nous
l'aimions tant que l'amour nous l'a caché. Mais ceux qui l'ont aimé sans
l'idolâtrer : ton père, ton frère Joseph, et Simon au début, ont vu juste...
nous devions ouvrir les yeux en les écoutant. Au contraire, nous avons été
tous séduits par sa douce fascination de malade. Et maintenant... Hélas
!"
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162> Jude Thaddée qui, aussi grand
que l'Iscariote, est justement en face de lui et paraît l'écouter
paisiblement, a un déclic violent et d'un puissant revers de main il couche
Judas sur un des sièges et avec une colère contenue, sans éclat de voix, se
penchant, siffle sur son visage de lâche, et Judas ne réagit pas, craignant
peut-être que le Thaddée soit au courant de son crime : "Voilà pour la
démence, reptile ! Et c'est seulement parce que Lui est à côté et que c'est
le soir de Pâque que je ne t'étrangle pas. Mais réfléchis, réfléchis bien !
S'il Lui arrive du mal et qu'il n'est plus là pour arrêter ma force, personne
ne te sauve. C'est comme si déjà tu avais la corde au cou et ce seront ces
mains honnêtes et fortes d'artisan galiléen et de descendant du frondeur de
Goliath qui feront ton affaire. Lève-toi, mollasson libertin ! Et surveille
ta conduite."
Judas se lève, livide, sans la moindre réaction. Et, ce qui me surprend, personne
ne réagit au nouveau geste du Thaddée. Au contraire !... Il est clair que
tous approuvent.
L'ambiance est à peine redevenue tranquille que Jésus entre. Il se présente
au seuil de la petite porte par laquelle sa grande taille passe
difficilement, met le pied sur le petit palier et, avec son sourire doux et
triste, dit en ouvrant les bras : "La paix soit avec vous." Sa voix
est lasse comme celle de quelqu'un qui souffre physiquement et moralement.
Il descend, caresse la tête blonde de Jean qui est accouru près de Lui. Comme
s'il ignorait tout, il sourit à son cousin Jude et il dit à l'autre cousin :
"Ta mère te prie d'être doux avec Joseph. Tout à l'heure il a demandé
aux femmes de mes nouvelles et des tiennes. Je regrette de ne l'avoir pas
salué."
"Tu le feras demain."
"Demain ?... Mais j'aurai toujours le temps de le voir... Oh ! Pierre !
Nous allons rester finalement un peu ensemble ! Depuis hier, tu semblés pour
Moi un feu follet. Je te vois, puis je ne te vois plus. Aujourd'hui je puis
presque dire que je t'ai perdu. Toi aussi, Simon."
"Nos cheveux plutôt blancs que noirs peuvent t'assurer que nous ne nous
sommes pas absentés par désir de la chair" dit Simon avec sérieux.
"Bien que... à tout âge on peut avoir cette faim... Les vieux ! Pires
que les jeunes..." dit l'Iscariote offensif.
Simon le regarde et il va répliquer. Mais Jésus le regarde aussi et dit :
"Tu as mal aux dents ? Tu as la joue droite enflée et rouge."
"Oui, j'ai mal. Mais ce n'est pas la peine de s'en occuper."
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163> Les autres ne disent rien, et
l'affaire se termine ainsi.
"Avez-vous fait tout ce qu'il fallait faire ? Toi, Matthieu ? Et toi,
André ? Et toi, Judas, as-tu pensé à l'offrande au Temple ?"
Les deux premiers, aussi bien que l'Iscariote, disent : "Tout est fait
de ce que tu avais dit de faire pour aujourd'hui. Sois tranquille."
"Moi, j'ai apporté les primeurs de Lazare à Jeanne de Chouza, pour les enfants. Ils m'ont dit : "Elles
étaient meilleurs ces pommes !" Elles avaient la saveur de la faim,
celles-là ! Et c'était tes pommes" dit
Jean souriant et rêvant.
Jésus aussi sourit à un souvenir...
"J'ai vu Nicodème et Joseph" dit Thomas.
"Tu les as vus ? Tu as parlé avec eux ?" demande l'Iscariote avec
un intérêt exagéré.
"Oui. Qu'y a-t-il d'étrange ? Joseph est un bon client de mon
père."
"Tu ne l'avais pas dit avant... C'est pour cela que j'ai été étonné
!..." Judas essaie de dépailler l'impression, qu'il avait donnée
d'abord, de son inquiétude pour la rencontre de Joseph et de Nicodème avec
Thomas.
"Il me semble étrange qu'ils ne soient pas venus ici pour te vénérer. Ni
eux, ni Chouza, ni Manaën...
Aucun des..."
Mais l'Iscariote, avec un faux rire, interrompt Barthélemy et il dit :
"Le crocodile se terre quand il le faut."
"Que veux-tu dire ? Qu'insinues-tu ?" demande Simon, agressif comme
il n'a jamais été.
"Paix, paix ! Mais qu'avez-vous ? C'est la soirée pascale ! Jamais nous
n'avons eu un si digne apparat pour consommer l'agneau. Consommons donc la
cène dans un esprit de paix. Je vois que je vous ai beaucoup troublés par mes
instructions de ces derniers soirs. Mais, vous voyez ? J'ai fini ! Maintenant
je ne vous troublerai plus. Tout n'est pas dit de ce qui se rapporte à Moi.
Seulement l'essentiel. Le reste... vous le comprendrez par la suite. Il vous
sera dit... Oui. Il viendra Celui qui vous le dira ! Jean, va avec Judas et
un autre, prendre les coupes pour la purification. Et puis assoyons-nous à
table." Jésus est d'une douceur déchirante.
Jean avec André, Jude Thaddée avec Jacques, apportent la vaste coupe, y
versent l'eau et offrent l'essuie-mains à Jésus et à leurs compagnons qui
font la même chose avec eux. La coupe (qui est un bassin de métal) est mise
dans un coin.
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164> "Et maintenant à vos places. Moi ici, et ici (à droite)
Jean et de l'autre côté mon fidèle Jacques. Les deux premiers disciples.
Après Jean ma Pierre forte et après Jacques celui qui est comme l'air. On ne
le remarque pas, mais il est toujours présent et réconforte : André. Près de
lui, mon cousin Jacques. Tu ne te plains pas, doux frère, si je donne la
première place aux premiers ? Tu es le neveu du Juste dont l'esprit palpite
et plane sur Moi en cette soirée plus que jamais. Aie la paix, père de ma
faiblesse enfantine, chêne à l'ombre duquel se restaurèrent la Mère et le
Fils ! Aie la paix !... Après Pierre: Simon... Simon, viens ici un moment. Je
veux fixer ton visage loyal. Après, je ne te verrai plus que mal car les
autres me couvriront ta figure honnête. Merci, Simon. De tout" et il
l'embrasse.
Simon, quand il le laisse, va à sa place portant ses mains à son visage en
marquant son affliction.
"En face de Simon, mon Bartholmaï, deux
honnêtetés et deux sagesses qui se reflètent. Ils sont bien ensemble. Et tout
près, toi, Jude mon frère. Ainsi je te vois... et il me semble être à
Nazareth... quand quelque fête nous réunissait tous à une table... Et aussi à
Cana... Tu te souviens ? Nous étions ensemble. Une fête... une fête de
noces... le premier miracle... l'eau changée en vin... Aujourd'hui aussi une
fête... et aujourd'hui aussi il y aura un miracle... le vin changera de
nature... et il sera..."
Jésus se plonge dans ses pensées, la tête inclinée, et comme isolé dans son
monde secret. Les autres le regardent et ne parlent pas.
Il relève la tête et fixe Judas Iscariote auquel
il dit : "Tu seras en face de Moi."
"Tu m'aimes à ce point ? Plus que Simon, que tu veux toujours m'avoir en
face de Toi ?"
"Tellement. Tu l'as dit."
"Pourquoi, Maître ?"
"Parce que tu es celui qui a fait plus que tous pour cette heure."
Judas jette un regard changé sur le Maître et sur ses compagnons. Sur le
premier avec un air de compassion, sur les autres avec un air de triomphe.
"Et à côté de toi, d'une part Matthieu, de l'autre Thomas."
"Alors Matthieu à ma gauche et Thomas à ma droite."
"Comme tu veux, comme tu veux" dit Matthieu. "Il me suffît
d'avoir bien en face de moi mon Sauveur."
"Le dernier, Philippe. Voilà, vous voyez ? Qui n'est pas à côté de Moi
du côté d'honneur, a l'honneur d'être en face de Moi."
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165> Jésus, debout à sa place,
verse dans le grand calice placé devant Lui (tous ont de hauts calices, mais
Lui en a un beaucoup plus grand en plus de celui des autres. Ce doit être le
calice rituel). Il verse le vin. Il l'élève, l'offre, le
repose.
Puis tous ensemble demandent sur le ton du psaume : "Pourquoi cette
cérémonie ?" Question de pure forme, on le comprend, rituelle.
Jésus, en chef de famille, y répond : "Ce jour rappelle notre libération
de l'Égypte. Que soit béni Jéovah qui a créé le
fruit de la vigne." Il boit une gorgée de ce vin qu'il a offert et passe
le calice aux autres. Puis il offre le pain, en fait des morceaux, le
distribue, ensuite les légumes trempés dans la sauce rougeâtre qui est dans
quatre saucières.
Une fois terminée cette partie du repas, ils chantent des psaumes tous en
chœur.
On apporte de la crédence sur la table et on place en face de Jésus le grand
plateau de l'agneau rôti.
Pierre qui a le rôle de... première
partie du chœur, si vous voulez, demande: "Pourquoi cet agneau ainsi
présenté ?"
"En souvenir de quand Israël fut sauvé par l'agneau immolé. Le
premier-né ne mourut pas là où le sang brillait sur les montants de la porte
et sur l'architrave. Et ensuite, alors que l'Égypte pleurait ses fils
premiers-nés qui étaient morts, depuis le palais royal jusqu'aux taudis, les
hébreux, commandés par Moïse, se mirent en marche vers la terre de la
libération et de la promesse. Les côtés déjà ceints, les sandales aux pieds,
le bourdon en main, le peuple d'Abraham s'empressa de se mettre en marche en
chantant les hymnes de la joie"
Tous se lèvent debout et entonnent : "Quand Israël sortit d'Égypte et la
maison de Jacob du milieu d'un peuple barbare, la Judée devint son
sanctuaire" et
cætera.
Maintenant Jésus découpe l'agneau, verse un nouveau calice, le passe après en
avoir bu. Puis ils chantent encore: "Enfants, louez le Seigneur. Que
soit béni le Nom de l'Éternel maintenant et toujours dans les siècles. De
l'orient à l'occident Il doit être loué" et
cætera.
Jésus donne les parts en faisant attention que chacun soit bien servi,
exactement comme un père de famille parmi ses fils qui lui sont tous chers.
Il est solennel, un peu triste, alors qu'il dit : "J'ai ardemment désiré de manger avec
vous cette Pâque. Cela a été mon désir des désirs depuis qu'éternellement
j'ai été le "Sauveur". Je savais que cette heure précéderait cette
autre, et la joie de me donner mettait à l'avance ce soulagement à
mon martyre... 166> J'ai
ardemment désiré de manger avec vous cette Pâque car jamais plus je ne goûterai
du fruit de la vigne jusqu'à ce que soit venu le Royaume de Dieu. Alors je
m'assiérai de nouveau avec les élus au Banquet de l'Agneau, pour les noces
des Vivants avec le Vivant. Mais y viendront seulement ceux qui auront été
humbles et purs de cœur comme je le suis."
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"Maître, tout à l'heure tu as dit que qui n'a pas l'honneur de la place,
a celui d'être en face de Toi. Comment alors pouvons-nous savoir qui est le
premier d'entre nous ?" demande Barthélemy.
"Tous et personne. Une fois... nous revenions fatigués... avec la nausée
de la rancœur des pharisiens. Mais vous n'étiez pas las pour discuter entre
vous qui était le plus grand... Un
enfant accourut près de Moi... un de mes petits amis... Et son innocence
adoucit mon dégoût de tant de choses. Ce n'était pas pour dernière votre
humanité opiniâtre. Où es-tu maintenant, petit Benjamin à la
réponse sage, venue à toi du Ciel car, ange comme tu l'étais, l'Esprit te
parlait ? Je vous ai dit alors : "Si quelqu'un veut être le premier
qu'il soit le dernier et le serviteur de tous". Et je vous ai donné en
exemple l'enfant sage. Maintenant je vous dis : "Les rois des nations les
dominent. Et les peuples opprimés, tout en les haïssant, les acclament et on
les appelle les rois 'Bienfaiteurs', 'Pères de la Patrie', mais la haine
couve sous le respect menteur". Mais parmi vous qu'il n'en soit pas
ainsi. Que le plus grand soit comme le plus petit, le chef comme celui qui
sert. Qui, en fait, est le plus grand ? Celui qui est à table ou celui qui
sert ? C'est celui qui est à table. Et pourtant, Moi je vous sers, et d'ici
peu, je vous servirai davantage. Vous êtes ceux qui ont été avec Moi dans les
épreuves, et Moi je dispose pour vous d'une place dans mon Royaume, de même
que j'y serai Roi selon la volonté du Père, afin que vous mangiez et buviez à
ma table éternelle et que vous soyez assis sur des trônes pour juger les
douze tribus d'Israël. Vous êtes restés avec Moi dans les épreuves... Il n'y
a que cela qui vous donne de la grandeur aux yeux du Père."
"Et ceux qui viendront ? Ils n'auront pas de place dans le Royaume ?
Nous seuls ?"
"Oh ! que de princes dans ma Maison ! Tous ceux qui auront été fidèles
au Christ dans les épreuves de la vie seront des princes dans mon Royaume,
car ceux qui auront persévéré jusqu'à la fin dans le martyre de l'existence
seront pareils à vous qui êtes restés avec Moi dans mes épreuves. Je
m'identifie avec ceux qui croient en Moi. 167> La Douleur que j'embrasse pour vous et pour tous les hommes,
je la donne comme enseigne à ceux qui sont particulièrement élus. Celui qui
me sera fidèle dans la Douleur sera un de mes bienheureux, pareil à vous, ô
mes aimés."
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"Nous avons persévéré jusqu'à la fin."
"Tu le crois, Pierre ? Et Moi, je te dis que l'heure de l'épreuve
n'est pas encore venue. Simon, Simon de Jonas, voilà que Satan a demandé de
vous vanner comme le grain. J'ai prié pour toi, pour que ta foi ne vacille
pas. Toi, quand tu te seras repenti, confirme tes frères."
"Je sais que je suis un pécheur. Mais je serai fidèle à Toi jusqu'à la
mort. Je n'ai pas ce péché. Je ne l'aurai jamais."
"Ne sois pas orgueilleux, mon Pierre. Cette heure changera une infinité
de choses qui avant étaient ainsi et qui maintenant seront différentes.
Combien !... Elles apportent et imposent des nécessités nouvelles. Vous le
savez. Je vous l'ai toujours dit, même quand nous allions par des chemins
écartés, parcourus par des bandits : "Ne craignez pas, il ne vous
arrivera aucun mal parce que les anges du Seigneur sont avec nous. Ne vous
préoccupez de rien". Vous rappelez-vous quand je vous disais :
"N'ayez pas d'inquiétudes pour ce que vous devez manger et pour le
vêtement. Le Père sait de quoi nous avons besoin" ? Je vous disais aussi
: "L'homme est beaucoup plus qu'un passereau et que la fleur qui
aujourd'hui est de l'herbe et demain est du foin. Et pourtant le Père a soin
aussi de la fleur et du petit oiseau. Pouvez-vous alors douter qu'il n'ait
pas soin de vous ?" Je vous disais encore : "Donnez à qui vous demande,
à celui qui vous offense présentez l'autre joue". Je vous disais :
"N'ayez pas de bourse ni de bâton". Parce que je vous ai enseigné
l'amour et la confiance . Mais
maintenant... Maintenant ce n'est plus ce temps. Maintenant je vous dis :
"Vous est-il rien manqué jusqu'à maintenant ? Avez-vous jamais été
offensés ?"
"Rien, Maître, Et Toi seul as été offensé."
"Vous voyez donc que ma parole était vraie. Mais maintenant les anges
ont tous été rappelés par leur Seigneur. C'est l'heure des démons... Avec
leurs ailes d'or, eux, les anges du Seigneur, se couvrent les yeux,
s'enveloppent et souffrent de ce que leurs ailes ne soient pas couleur du
chagrin, car c'est une heure de deuil, de deuil cruel, sacrilège... Il n'y a
pas d'anges sur la Terre ce soir. Ils sont près du trône de Dieu pour couvrir
de leur chant les blasphèmes du monde déicide et les pleurs de l'Innocent. Et
nous sommes seuls... Vous et Moi : seuls. Et les démons sont les maîtres de
l'heure. Aussi maintenant nous allons prendre les apparences et les mesures
des pauvres hommes qui se défient et n'aiment pas. 168> Maintenant que celui
qui a une bourse prenne aussi une besace, que celui qui n'a pas d'épée vende
son manteau et en achète une, car cela aussi est dit de Moi dans l'Écriture
et doit s'accomplir : "Il a été compté parmi les malfaiteurs" . En
vérité tout ce qui me concerne a son but."
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Simon, qui s'est levé pour aller au coffre où il a déposé son riche manteau —
c'est en effet que ce soir tous ont pris leurs meilleurs habits, et ont par
conséquent leurs poignards, damasquinés mais très courts, plutôt couteaux que
poignards, à leurs riches ceintures — prend deux épées, deux épées
véritables, longues, légèrement courbes, et les porte à Jésus : "Pierre
et moi, nous sommes armés ce soir. Nous avons celles-ci, mais les autres
n'ont que le court poignard"
Jésus prend les épées, les observe, en dégaine une et essaie le tranchant sur
l'ongle. C'est une vue étrange et cela fait une impression encore plus
étrange de voir cette arme féroce dans les mains de Jésus.
"Qui vous les a données ?" demande l'Iscariote alors que Jésus
observe en silence. Et Judas paraît sur les épines...
"Qui ? Je te rappelle que mon père était noble et puissant."
"Mais Pierre..."
"Eh bien ? Depuis quand dois-je rendre compte des cadeaux que je veux
faire à mes amis ?"
Jésus lève la tête après avoir rengainé l'arme et la rend au Zélote.
"C'est bien, elles suffisent. Tu as bien fait de les prendre. Mais maintenant,
avant que l'on boive le troisième calice, attendez un moment. Je vous ai dit
que le plus grand est pareil au plus petit et que Moi je suis le serviteur à
cette table, et que je vous servirai davantage. Jusqu'à présent je vous ai
donné de la nourriture, service pour le corps. Maintenant je veux vous donner
une nourriture pour l'esprit. Ce n'est pas un plat du rituel ancien. Il
appartient au nouveau rite. J'ai voulu me baptiser avant d'être le
"Maître". Pour répandre la Parole, ce baptême suffisait. Maintenant
le Sang sera répandu. Il faut un nouveau baptême même pour vous qui pourtant
avez été purifiés, par le Baptiste en son temps, et même aujourd'hui au
Temple. Mais cela ne suffit pas encore. Venez que je vous purifie. Suspendez
le repas. Il y a quelque chose de plus élevé et de plus nécessaire que la
nourriture donnée au ventre pour le remplir, même si c'est une nourriture
sainte comme celle du rite pascal. Et c'est un esprit pur, disposé à recevoir
le don du Ciel qui déjà descend pour se faire un trône en vous et vous donner
la Vie. Donner la Vie à qui est pur."
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169> Jésus se lève, fait lever Jean pour sortir
plus facilement de sa place, va à un coffre et quitte son vêtement rouge pour
le plier et le déposer sur le manteau déjà plié, se ceint la taille d'un
grand essuie-mains, puis va à un autre bassin encore vide et propre. Il y
verse de l'eau, le porte au milieu de la pièce près de la table, et le met
sur un tabouret. Les apôtres le regardent étonnés.
"Vous ne me demandez pas ce que je fais ?"
"Nous ne savons pas. Je te dis que nous sommes déjà purifiés"
répond Pierre.
"Et je te répète que cela n'a pas importance. Ma purification servira à
celui qui est déjà pur à être plus pur."
Il s'agenouille, délace les sandales de l'Iscariote et lui lave les pieds
l'un après l'autre. Il est facile de le faire car les lits-sièges sont
tournés de façon que les pieds sont vers
l'extérieur. Judas est stupéfait et ne dit rien. Seulement quand Jésus, avant
de chausser le pied gauche et de se lever, fait le geste de lui baiser le
pied droit déjà chaussé, Judas retire vivement son pied et frappe avec la
semelle la bouche divine. Il le fait sans le vouloir. Ce n'est pas un coup
fort, mais il me donne tant de douleur. Jésus sourit et à l'apôtre qui Lui
demande : "T'ai-je fait mal ? Je ne voulais pas... Pardon", il dit :
"Non, ami. Tu l'as fait sans malice et cela ne me fait pas mal."
Judas le regarde. Un regard troublé, fuyant...
Jésus passe à Thomas, puis à Philippe... il suit le côté étroit de la table
et arrive à son cousin Jacques. Il le lave, et en se levant le baise au front.
Il passe à André qui rougit de honte et fait des efforts pour ne pas pleurer,
il le lave, le caresse comme un enfant. Puis c'est
Jacques de Zébédée qui ne cesse de murmurer : "Oh ! Maître ! Maître !
Maître ! Tu t'anéantis, mon sublime Maître !" Jean a déjà délacé ses
sandales et alors que Jésus se penche pour lui essuyer les pieds, il
s'incline pour baiser ses cheveux. Mais Pierre !... Il n'est pas facile de le
persuader de se prêter à ce rite !
"Toi, me laver les pieds ? N'y pense pas ! Tant que je suis en vie, je
ne le permettrai pas. Je suis un ver, tu es Dieu. Chacun à sa place."
"Ce que je fais, tu ne peux le comprendre maintenant, mais par la suite,
tu le comprendras. Laisse-moi faire."
"Tout
ce que tu veux, Maître. Veux-tu me couper le cou ? Fais-le. Mais me laver les
pieds, tu ne le feras pas."
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170> "Oh ! mon Simon ! Tu ne sais
pas que si je ne te lave pas tu n'auras pas part à mon Royaume ? Simon, Simon
! Tu as besoin de cette eau pour ton âme et pour le tant de chemin que tu
dois faire. Tu ne veux pas venir avec Moi ? Si je ne te lave pas, tu ne viens
pas dans mon Royaume."
"Oh ! mon Seigneur béni Mais
alors lave-moi tout entier ! Pieds, mains et tête !"
"Celui qui, comme vous, a pris un bain n'a besoin que de se laver les
pieds, puisqu'il est entièrement pur. Les pieds... L'homme avec ses pieds va
dans les ordures. Et ce serait encore peu car, je vous l'ai dit, ce n'est pas
ce qui entre et sort avec la nourriture qui souille, et ce n'est pas ce qui
va sur les pieds, en route, qui contamine l'homme. Mais c'est ce qui couve et
mûrit dans son cœur et sort de là pour contaminer ses actions et ses membres.
Et les pieds de l'homme à l'âme impure vont aux orgies, à la luxure, aux
commerces illicites, aux crimes... Ce sont donc parmi les membres du corps,
ceux qui ont une grande partie à purifier... avec les yeux, avec la bouche...
Oh ! homme ! homme ! Créature parfaite un jour, le premier ! Et ensuite
tellement corrompu par le Séducteur ! Et il n'y avait pas de malice en toi, ô
homme, et pas de péché !... Et maintenant ? Tu es tout entier malice et
péché, et il n'y a pas de parties de toi qui ne pèche pas !"
Jésus lave les pieds à Pierre, les baise,
et Pierre pleure et il prend dans ses grosses mains les mains de Jésus, les
passe sur ses yeux et les baise ensuite.
Simon aussi a quitté ses sandales et se laisse laver. Mais ensuite, quand
Jésus va passer à Barthélemy, Simon s'agenouille et Lui baise les pieds en
disant : "Purifie-moi de la lèpre du péché comme tu m'as purifié de la
lèpre du corps, pour que je ne sois pas confondu à l'heure du jugement, mon
Sauveur !"
"Ne crains pas, Simon. Tu viendras dans la Cité céleste blanc comme la
neige."
"Et moi, Seigneur ? À ton vieux Bartholmaï que
dis-tu ? Tu m'as vu sous l'ombre du figuier et tu as lu dans mon cœur . Et maintenant que vois-tu, et où me vois-tu ?
Rassure un pauvre vieux qui craint de ne pas avoir la force et le temps pour
arriver à ce que tu veux qu'il soit." Barthélemy est très ému.
"Toi aussi, ne crains pas. J'ai dit alors : "Voici un vrai Israélite
en qui il n'y a pas de fraude". Maintenant je dis: "Voilà un vrai
chrétien, digne du Christ''. Où je te vois ? Sur un trône éternel, vêtu de
pourpre. Je serai toujours avec toi."
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171> C'est le tour de Jude
Thaddée. Celui-ci, quand il voit Jésus à ses pieds, ne sait pas se contenir,
il penche la tète sur son bras appuyé à la table et il pleure.
"Ne pleure pas, doux frère. Tu es maintenant comme quelqu'un qui doit
supporter qu'on lui enlève un nerf et il te paraît ne pas pouvoir le
supporter. Mais ce sera une brève douleur. Puis... oh ! tu seras heureux
parce que tu m'aimes. Tu t'appelles Jude, et tu es comme notre grand Jude:
comme un géant. Tu es celui qui protège. Tes actions sont du lion et du
lionceau qui rugit. Tu découvriras les impies qui reculeront devant toi, et
les gens iniques seront terrifiés. Moi, je sais. Sois courageux. Une
éternelle union resserrera et rendra parfaite notre parenté dans le
Ciel." Il le baise lui aussi sur le front comme l'autre cousin.
"Je suis pécheur, Maître. Pas à moi..."
"Tu étais pécheur, Matthieu. Maintenant tu es l'Apôtre. Tu es une de mes
"voix". Je te bénis. Ces pieds, que de chemin ils ont fait pour
avancer toujours, vers Dieu... L'âme les excitait et ils ont quitté tout
chemin qui n'était pas mon chemin. Avance. Sais-tu où finit le sentier
? Sur le sein du Père qui est le mien et le tien"
Jésus a fini. Il enlève la serviette, se lave les mains dans de l'eau propre,
reprend son vêtement, retourne à sa place et dit alors qu'il s'assied à sa
place : "Maintenant vous êtes purs, mais pas tous. Seulement ceux qui
ont eu la volonté de l'être."
Il fixe Judas de Kériot qui fait semblant de ne pas entendre, occupé à
expliquer à son compagnon Matthieu comment son père se décida à l'envoyer à
Jérusalem, conversation inutile dont le seul but est de donner une contenance
à Judas qui, malgré son audace, doit se sentir mal à l'aise.
Jésus pour la troisième fois verse du vin dans le calice commun. Il boit,
fait boire. Puis il entonne et les autres font un chœur : "J'aime parce
que le Seigneur écoute la voix de ma prière, parce qu'il tend son oreille
vers moi. Je l'invoquerai toute ma vie. J'étais entouré des douleurs de
mort" et cætera . Un
moment d'arrêt, puis il recommence à chanter : "J'ai eu foi, c'est pour
cela que j'ai parlé. Mais j'ai été fortement humilié. Et je disais dans mon
trouble : "Tout homme est menteur". Il regarde fixement Judas. La
voix de mon Jésus, fatiguée ce soir, reprend sa force quand il s'écrie :
"Elle est précieuse devant Dieu la mort des saints" et "Tu as
brisé mes chaînes. Je te sacrifierai une hostie de louange en invoquant le
nom du Seigneur" et cætera . Un
autre bref arrêt dans le chant et puis il reprend : "Louez tous le
Seigneur, ô nations; louez-le tous les peuples. 172> Car elle s'est
affermie sur nous sa miséricorde et la vérité du Seigneur dure
éternellement." Un autre arrêt bref et puis un long hymne: "Célébrez
le Seigneur car Il est bon, car sa miséricorde dure éternellement..."
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Judas de Kériot chante tellement faux que par deux fois Thomas lui redonne le
ton de sa puissante voix de baryton et le regarde fixement. Les autres aussi
le regardent car généralement il est bien dans le ton de sa voix, j'ai
compris, qu'il en est orgueilleux comme du reste. Mais ce soir ! Certaines
phrases le troublent au point qu'il chante faux et de même des regards de
Jésus qui soulignent certaines phrases. L'une d'elles : "Il vaut mieux
avoir confiance en Dieu que d'avoir confiance en l'homme." Une autre :
"Bousculé, j'ai vacillé et j'allais tomber, mais le Seigneur m'a
soutenu." Une autre c'est : "Je ne mourrai pas, mais je vivrai et
je raconterai les œuvres du Seigneur." Et enfin ces deux, que je dis
maintenant, étranglent la voix dans la gorge du Traître : "La pierre
rejetée par les constructeurs est devenue la pierre d'angle" et
"Béni celui qui vient au nom du Seigneur !"
Le psaume fini, pendant que Jésus découpe des tranches de l'agneau et les
présente, Matthieu demande à Judas de Kériot : "Mais tu te sens mal
?"
"Non. Laisse-moi tranquille. Ne t'occupe pas de moi."
Matthieu hausse les épaules.
Jean, qui a entendu, dit : "Le Maître aussi n'est pas bien. Qu'as-tu mon
Jésus ? Ta voix est faible comme celle d'un malade ou de quelqu'un qui a
beaucoup pleuré" et il l'embrasse en restant la tête sur la poitrine de
Jésus.
"Il a seulement beaucoup parlé, comme moi j'ai beaucoup marché et pris
froid" dit Judas nerveux.
Et Jésus, sans lui répondre, dit à Jean : "Tu me connais désormais... et
tu sais ce qui me fatigue..."
L'agneau est presque consommé. Jésus, qui a très peu mangé en buvant
seulement une gorgée de vin à chaque calice et en buvant par contre beaucoup
d'eau comme s'il était fiévreux, recommence à parler : "Je veux que vous
compreniez mon geste de tout à l'heure. Je vous ai dit que le premier est
comme le dernier, et que je vous donnerai une nourriture qui n'est pas
corporelle. C'est une nourriture d'humilité que je vous ai donnée, pour votre
esprit. Vous m'appelez Maître et Seigneur. Vous dites bien car je le suis. Si
donc je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez le faire l'un pour l'autre.
Je vous ai donné l'exemple afin que vous fassiez comme j'ai fait. 173> En vérité je vous dis
: le serviteur n'est pas plus que le Maître, et l'apôtre n'est pas plus que
Celui qui l'a fait tel. Cherchez à comprendre ces choses. Si ensuite, en les
comprenant, vous les mettez en pratique vous serez bienheureux. Mais vous ne
serez pas tous bienheureux. Je vous connais. Je sais qui j'ai choisi. Je ne
parle pas de tous de la même manière, mais je dis ce qui est vrai. D'autre
part doit s'accomplir ce qui est écrit à mon sujet: "Celui qui a mangé
le pain avec Moi, a levé son talon sur Moi". Je vous dis tout avant que
cela n'arrive, pour que vous n'ayez pas de doutes sur Moi. Quand tout sera
accompli, vous croirez encore davantage que Je suis Moi. Celui qui m'accueille,
accueille Celui qui m'a envoyé: le Père Saint qui est dans les Cieux, et
celui qui accueillera ceux que je lui enverrai il m'accueillera Moi-même. Car
je suis avec le Père et vous êtes avec Moi... Mais maintenant accomplissons
le rite."
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Il verse de nouveau du vin dans le calice commun et avant d'en boire et d'en
faire boire il se lève, et tous se lèvent avec Lui et il chante de nouveau un
des psaumes d'auparavant : "J'ai eu foi, et c'est pour cela que j'ai
parlé..." et puis un autre qui n'en finit pas. Beau... mais sans fin !
Je crois le retrouver, pour le commencement et la longueur, dans le psaume 118 . Ils
le chantent ainsi. Un morceau tous ensemble, puis à tour de rôle chacun dit un
verset et les autres un morceau ensemble, et ainsi jusqu'à la fin. Je crois
qu'à la fin ils ont soif !
Jésus s'assied, il ne s'allonge pas. Il
reste assis, comme nous, et il parle : "Maintenant que l'ancien rite est
accompli, je célèbre le nouveau rite. Je vous ai promis un miracle d'amour.
C'est l'heure de le faire. C'est pour cela que j'ai désiré cette Pâque.
Dorénavant voilà l'Hostie qui sera consommée dans un perpétuel rite d'amour.
Je vous ai aimés pour toute la vie de la Terre, mes chers amis. Je vous ai
aimés pour toute l'éternité, mes fils. Et je veux vous aimer jusqu'à la fin.
Il n'y a pas de chose plus grande que celle-là. Rappelez-vous-en. Je m'en
vais, mais nous resterons unis pour toujours grâce au miracle que maintenant
j'accomplis."
Jésus prend un pain encore entier, le met sur le calice rempli. Il bénit et
offre l'un et l'autre, puis il partage le pain, en fait treize morceaux et en
donne un à chacun des apôtres en disant: "Prenez et mangez. Ceci est mon
Corps. Faites ceci en mémoire de Moi qui m'en vais."
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