|
102> Jésus dit :
"Ne lit-on pas dans la Genèse que Dieu donna à l'homme la domination sur
tout, sauf sur Dieu et les anges ses ministres ? N'y
lit-on pas qu'Il fit la femme pour être la compagne de l’homme pour partager
sa joie et sa maîtrise sur tous les êtres vivants ? N'y
lit-on pas qu'ils pouvaient manger de tout sauf des fruits de l'arbre de la
science du Bien et du Mal ?
Pourquoi ? Qu'est-ce qui est sous-entendu dans ces paroles "qu'il
domine" ? Qu'est-ce qu'il y avait dans l'arbre de la science, du
Bien et du Mal ? Vous êtes-vous jamais demandé cela, vous qui cherchez
tant de choses inutiles et ne savez pas demander à votre âme les vérités
célestes ?
Votre âme si elle
était vivante, vous le dirait, elle qui, quand elle est en état de grâce est
comme une fleur entre les mains de votre ange, elle qui, quand vous êtes en
état de grâce ressemble à une fleur qui reçoit le baiser du soleil,
rafraîchie par la rosée, par l'action de l'Esprit Saint qui la réchauffe et
l'éclaire, l'arrose et l'embellit par des lumières célestes. Que de vérités
vous dirait votre âme si vous saviez converser avec elle, si vous l'aimiez
comme ce qui vous donne la ressemblance avec Dieu qui est Esprit, comme votre
âme est esprit. Quelle grande amie vous auriez en votre âme si vous l'aimiez
au lieu de la haïr jusqu'à la tuer. Quelle grande et sublime amie avec
laquelle vous pourriez parler des choses du Ciel vous qui êtes si avides de
parler et vous vous dégradez l'un l'autre avec vos amitiés. Ces amitiés, si
elles ne sont pas indignes - ce qui arrive parfois - sont cependant à peu
près toujours inutiles ne donnant occasion de s'exprimer qu'à un flot de
paroles vaines et nuisibles, et toujours toutes terrestres.
N'ai-je pas dit : "Qui m'aime gardera ma parole, et mon Père
l'aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre
demeure" ? L'âme en état de grâce possède l'amour, et possédant
l'amour, elle possède Dieu, c'est-à-dire le Père qui la conserve-le Fils qui
la gouverne, l'Esprit qui l'éclaire. Elle possède donc la Connaissance, la
Science, la Sagesse. Elle possède la Lumière. Pensez donc quelles
conversations sublimes pourrait lier votre âme avec
vous. Ce sont elles qui ont rempli le silence des prisons, le silence des
cellules, le silence des ermitages, le silence d'infirmes pieux. Ce sont
elles qui ont réconforté les prisonniers dans l'attente du martyre, les
cloîtrés à la recherche de la Vérité, les solitaires aspirant à une
connaissance anticipée de Dieu, les infirmes à l'acceptation, mais que
dis-je, à l'amour de leur croix.
Haut
de page
103> Si
vous saviez également interroger votre âme, elle vous dirait la signification
vraie, exacte, vaste comme le monde, de cette parole pour "qu'il
domine", et qui est celle-ci : "Pour que
l'homme domine sur tout. Sur tous ses trois états. L'état inférieur, animal.
L'état intermédiaire, moral. L'état supérieur, spirituel. Et
que tous les trois l'inclinent à une seule fin : posséder Dieu". Le
posséder en le méritant avec cette domination absolue qui tient assujetties
toutes les forces du moi et les fait
servantes de cet unique but : mériter de posséder Dieu. Elle vous
dirait que Dieu avait interdit la connaissance du bien et du mal, parce que
le bien, Il l'avait accordé gratuitement à ses créatures, et le mal Il ne
voulait pas que vous le connaissiez, parce que c'est un fruit doux au palais,
mais, qui descendu avec son suc dans le sang y apporte une fièvre qui tue et
produit une soif ardente, si bien que plus on en boit de ce suc mensonger et
plus on en a soif.
Vous objecterez : "Et pourquoi l'y a-t-il mis" ? Et
pourquoi ? Parce que le mal
est une force qui est née d'elle même spontanée comme certains maux qui
s'attaquent aux corps les plus sains.
Lucifer était un ange, le plus beau des anges. Esprit parfait inférieur à
Dieu seulement. Et pourtant dans son être de lumière naquit une vapeur
d'orgueil qu'il ne dissipa pas, mais au contraire il la condensa en la
couvant. De cette incubation est né le Mal. il existait avant que l'homme
existât. Dieu avait précipité hors du Paradis le maudit qui avait couvé le
Mal qui avait souillé le Paradis. Mais il est resté l'éternel incubateur du
Mal et, ne pouvant plus souiller le Paradis, il a souillé la terre.
Cette plante symbolique sert à démontrer cette vérité. Dieu avait dit à
l'homme et à la femme : "Vous connaissez toutes les lois et les
mystères de la création. Mais n'usurpez pas mon droit d'être le Créateur de
l'homme. Pour propager la race humaine il suffira mon amour qui circulera en
vous, et sans luxure, par le seul mouvement de la charité, il suscitera les
nouveaux Adams de la race humaine. Je vous donne tout. Je ne me réserve que
ce mystère de la formation de l'homme".
Satan a voulu enlever à l'homme cette virginité de l'intelligence, et avec sa
langue de serpent a flatté et caressé les membres et les yeux d'Ève en
produisant des réflexes et une excitation que les premiers parents ne
connaissaient pas parce que la malice ne les avait pas empoisonnés.
Haut
de page
104> Ève "vit".
Et en voyant elle voulut essayer : C'était l'éveil de la chair. Oh !
si elle avait appelé Dieu ! Si elle avait couru Lui dire :
"Père, je suis malade. Les caresses du serpent ont excité le trouble en
moi" , le Père l'aurait purifiée et guérie de son souffle
qui, comme il lui avait infusé la vie, il pouvait lui infuser une nouvelle
innocence en lui faisant oublier le poison du serpent et même en mettant en
elle l'horreur du serpent, comme ceux qui, attaqués par un mal, en ont été
guéris et conservent envers ce mal une instinctive répugnance. Mais Ève ne va
pas au Père. Elle se dirige vers le Serpent. Cette sensation lui est douce.
"En voyant que le fruit de l'arbre était bon à manger, beau pour les
yeux, gracieux à voir, elle le cueillit et en mangea" .
Et "elle comprit". Désormais la malice était descendue en
ses entrailles avec sa morsure. Elle vit avec des yeux nouveaux et
entendit avec des oreilles nouvelles les mœurs et les voix des brutes. Et les
désira d'un désir fou. Elle commença seule le péché. L’acheva avec son
compagnon. Voilà pourquoi sur la femme pèse une condamnation plus grande.
C'est par elle que l'homme est devenu rebelle à Dieu et qu'il a connu la
luxure et la mort. C'est par elle qu'il n'a plus su dominer ses trois
règnes : de l'esprit, parce qu'il a permis que l'esprit
désobéisse à Dieu; de la conduite morale, parce qu'il a permis que les
passions le dominent; de la chair, parce qu'il l'a rabaissée au niveau
des lois instinctives des brutes. "Le Serpent m'a séduite" dit Ève.
"La femme m'a offert le fruit et j'en ai mangé" dit Adam. Et la
triple concupiscence s’attache alors aux trois règnes de l'homme
.
|